S II
Le chancre, cette conséquence rigoureuse et inévitable de l’application du virus syphilitique soit sur la peau, soit sur les muqueuses, dans les conditions voulues d’inoculation , présente souvent des variétés telles, dans son aspect matériel, qu’il semble alors constituer des maladies différentes.
* On peut lire Une thèse faite par un de mes élèves sur là iionidentité de la blennorrhagie et du chancre.
Thèse soutenue à la Faculté de Paris, le 3i janvier 1837; par M. F.-.f.-B. Lavergnc de P-Lngueiix.
INOCnLATIOlS' DANS LES ACCIDENTS PBIMITIFS. 135
Ces différences du chancre, mal connues ou mal appréciées, ont été pour les uns un argument contre l’identité du virus vénérien et son unité d’action, et pour les antres la preuve de l’existence de la pluralité des virus ; mais bien étudié dans sa cause, qui reste toujours la même, dans son mode de développement et dans ses conséquences , dans les cas réguliers et de non-complication, les différences apparentes s’expliquent avec facilité, et toutes les contradictions disparaissent ; car , quelle que soit la forme actuelle du chancre à laquelle on emprunte le pus, pourvu qu’il soit pris à la période que j’ai autre part signalée, on obtient, comme je l’ai dit et prouvé , une pustule régulière caractéristique, quand le pus virulent est porté sous l’épiderme ou l’épithélium, un ulcère d’emblée quand il est appliqué sur des tissus dénudés, ou un abcès quand.il est introduit dans le tissu cellulaire, dans un lymphatique ou dans un ganglion.
Toujours, en tenant compte de la différence que donnent le siège et les tissus particuliers affectés, on trouve, dans l’ulcère à son début, un aspect identique, une physionomie régulière et caractéristique, et cela qu’il ait été la conséquence de la rupture de la pustule, de l’ouverture d’un abcès virulent du tissu cellulaire ou des voies
lymphatiques, ou bien qu’il soit survenu d’emblée. Les déviations ou formes particulières n’arrivent ou ne se développent qu’aprés et sous l’influence de conditions étrangères à la cause spécifique , telles que : la constitution particulière du malade, ses maladies antérieures ou concomitantes, son hygiène, les traitements généraux ou locaux qu’on lui a fait subir. C’est ainsi qu’on voit des malades affectés de chancres phagédéniques, et qui ont contracté leur maladie avec des personnes qui n’avaient, en apparence, que des ulcères bénins, et que cette raison vulgaire, partagée par quelques médecins, qui veut qu’une maladie forte ait été contractée avec une personne très gâtée, se trouve absolument fausse.
L’inoculation a mis hors de doute la régularité du début du chancre dans ses différentes formes et expliqué ses déviations.
C’est encore l’inoculation, comme on a pu le voir, qui m’a permis de bien établir ces deux périodes si distinctes du chancre, savoir : la période ulcéreuse, qui peut être toujours croissante, ou bien arriver à un état stationnaire dans lequel il y a équilibre entre la nutrition et la fonte ulcérative ; et la période dite de réparation, par le passage soit à l’état d’ulcère simple, soit à la transformation in situ, ou de symptôme secondaire sur place.
La période ulcéreuse spécifique est illimitée dan^s sa durée^ en conservant les caractères des ulcères primitifs; c’est ainsi que j’ai pu pratiquer l’inoculation avec du pus foui ni par des ulcères qui dataient déjà de dix-huit mois. Quant aux différentes phases du chancre, elles peuvent toujours être déterminées par l’inoculation.
Mais si l’inoculation nous a présenté des résultats curieux et importants, c’est surtout dans l’histoire des bubons qu’elle offre peut-être encore plus d’intérêt.
§ III
Le bubon, ce symptôme si fréquent des maladies vénériennes, si bien observé déjà par Guillaume de Plaisance’^, quoique Astruc l’ait regardé comme un des accidents qui n’ont appartenu à la vérole qu’à une époque plus récente, n’a pas toujours été bien connu des anciens sypbilograpbes, ce qui explique la singulière assertion d’ Astruc, ni même des auteurs de nos jours, ainsi qu’on peut s’en convaincre par les écrits modernes et les objections qui ont été faites à mes recherches^^.
* Guillaume de Plai-ance e'crivait en 1 343.
Le pus lornji? dans les bubons qui accompagnent les ulcères
L’inoculation, appliquée à l’étude de ce symptôme, a permis d’établird’ii ne manière expérimentale les espèces suivantes :
1 <». Le bubon peut être simplement inflammatoire.
A. Par propagation de l’inflammation de proche en proche, sans tenir compte de la nature particulière de l’accident primitif qui le produit, que ce soit une blennorrhagie, un chancre ôii toute autre lésion.
primitifs ou secondaires, ou la blennorrhagie, yeut être impunément introduit sous l'épiderme et sous V épithélium,-» MM. Cullerier et Ratier, article inoculation, dictionnaire en i5 volumes.
« On a- pi’oposé l’inoculation comme moyen de diagnostic des bubons sympathiques et des bubons réellement vénériens; la plupart des expérimentateurs qui ont essayé cès inoculations , entre autres M. Cullerier, n’ont rien obtenu de l’inoculation du pus des bubons qu’il paraissait le plus naturel de regarder comme syphilitiques. M. Ricord, au contraire, dit être parvenu à obtenir la pustule caractéristique , toutes leS fois que le bubon était joint à un chancre ou à un écoulement vaginal qui prenait sa source dans des ulcérations du col de rütérus. Le petit nombre d’expériences que j’ai faites ou vu faire par mon collègue et ami, le docteur Manec, nous ont donné, comme à M. Cullerier, un résultat négatif. D’ailleurs comme le plus grand nombre des bubons, chez la femme, se terminent par résolution , les cas où l’inoculation sei-ait praticable sont singulièrement restreints. » M. Gibert, Manuel des maladies vénériennes. Paris, i836.
M. Ruef de Strasbourg a aussi dit que tous les bubons n’étaient pas susceptibles de s’inoculer , sans indiquer la cause de cette différence, bien qu’il eût assisté à mes expériences , qu’il ne s’était probablement pasrappelées.
IXOCCLATIOX DAWS LÎIS ACCIDENTS PRIMITIFS, 139
B. Par retentissement sympathique;
2”. Être virulent, c’est à dire dû à Fahsorplion directe du pus spécifique de la syphilis, et alors il est la conséquence rigoureuse du chancre; le pus du chancre peut seul le produire.
3“. Etre superficiel ou profond , ou offrir ces deux formes à la fois.
4°. Avoir pour siège le tissu cellulaire, les vaisseaux lymphatiques ou les ganglions , isolément ou différemment combinés.
5°. Etre aigu ou chronique ;
6°. Être précédé d’autres accidents dits primitifs ou se montrer d’emblée.
7®. Lorsque d’autres accidents se sont montrés avant lui , il a pu leur succéder immédiatement et n’être alors qu’un symptôme successif > ou ne s’être montré qu’à l’époque des accidents généraux de la vérole et constituer le bubon secondaire.
Quand on s’est bien convaincu de la vérité des divisions cliniques que je viens d’établir, et qui .sont généralement admises partout, on est étonné d’entendre des hommes > du reste pleins de savoir et de bonne foi, dire que mes expériences d’inoculation relatives aux bubons n’ont aucune valeur, attendu qu’ils ont, eux, tantôt réussi et tantôt échoué, et que , par conséquent, le bubon ne s’inoculant pas toujours, l’inoculation était un
moyen incertain, soit pour prouver, comme nous Tavons dit autre part , l’existence du virus, soit pour servir de moyen de diagnostic ; ne faisant pas attention que cette prétendue infidélité de l’inoculation était précisément ce qui en établissait la valeur absolue.
T out es les fois qu’une inflamma tion du tissu cellulaire ou du .système lymphatique des régions inguino-crurales ou autres a été la conséquence d’une cause autre que le chancre, jamais, quandla suppuration est survenue, celle-ci n’a rien fourni par l’inoculation, quelles qu’aient été l’époque et les conditions dans lesquelles le pus a été pris. C’est ainsi, par exemple, que, lorsque le hubon a eu pour antécédent une blennorrhagie , jamais , quand il est arrivé à suppuration , comme nous l’avons déjà dit , il n’a fourni un pus inoculable; ce n’est qu’alors que le bubon a eu pour antécédent un chancre, qu’il peut fournir un pus spécifique et susceptible de s’inoculer. Mais il ne suffit pas, ici , qu’un chancre ait précédé un bubon pour que celui-ci fournisse de nécessité un pus spécifique ; pour que cela ait lieu , il faut que le bubon , dans ce cas , ne soit pas le résultat d’une simple inflammation sympathique ou de succession^ mais bien qu'il y ait eu absorption : or, l’absorption, quand elle a lieu à la suite d’un chancre des organes génitaux, ne se fait que dans les ganglions
INOCULATION DANS LES ACCIDENTS PRISIlTll^S. 41
superficiels , et le plus souvent dans un seul à la fois, bien que plusieurs ganglions puissent être enflammés ou tuméfiés en même temps , soit superficiels, soit profonds de telle façon qu’un ganglion offre actuellement tous les caractères du bubon virulent, tandis que les ganglions voisins, dans lesquels l’inflammation peut aussi arriver à la suppuration, ainsi que dans le tissu cellulaire ambiant, ne présentent que des caractères de simplicité et de non-virulence.
Je fus quelque temps à bien reconnaître ces conditions , et à m’expliquer comment tous les bubons ne s’inoculaient pas, ainsi que ceux qui ont répété mes expériences, sans bien les connaître, l’ont avancé ; et comment il se faisait qu’un bubon , dont le pus ne s’inoculait pas un jour , s’inoculait souvent le lendemain ; ou bien dans un bubon à foyers séparés, et qu’on peut appeler
^ Si l’on donne le nom debubon à tout engorgement glandulaire survenu dans le Toisinage de parties actuellement soumises à une infection réputée vénérienne, la division de bubons superficiels et debubons profonds est bonne et juste; mais si l’on ne l’egarde comme bubons sj'philitiques que ceux qui sont le résultat de l’absorption directe du pus, il n’y a que des bubons superficiels, et l’opinion que soutient mon collègue et ami, M. Philippe Boyer, est vraie. {De la syphilis. Paris, 1 83G.) Toutefois, comme, dans l’étude et le traitement des bubons , il y a autre chose que le seul virus syphilitique dont il faille tenir compte, cette distinction de bubons profonds et de bubons superficiels, sur laquelle insiste surtout avec raison M. Desruelles, doit être conservée et étudiée avec soin.
multiloculaire, un des loyers fournissait un pus inoculable , et les autres pas.
J’arrivai alors à mieux préciser mes expériences, et j’inoculai d’abord tous les bubons, au moment de l’ouverture avec le premier pus échappé, et le résultat fut négatif, ce qui m’expliqua l’assertion de M. Gullerier , qui n’avait peut-élre expérimenté que dans ces circonstances ou dans des cas de bubons simples; puis je pris deux, trois, quatre, cinq jours et plus, après l’ouverture , du pus de ces mêmes bubons, et alors ce pus présenta, dans-beaucoup de circonstances , des résultats positifs ; et dans d’autres, rinoculation continua à ne rien produire. Dans le premier cas, le foyer , ainsi que les bords de l’ouverture , ne tardaient pas à prendre les caractères du chancre, tandis que, dans le second cas , les abcès suivaient la marche des abcès simples phlegmoneux ou lymphatiques, en marchant vers la guérison.
Il me restait toutefois à décider une question importante, savoir si ^ dans les cas où le pus du bubon ne s’était pas inoculé au moment de l’ouverture, il n’acquerrait pas sa qualité inoculable par le contact de l’air où par le mélange extérieur, et après coup, avec le pus du chancre préexistant ou de toute autre manière. La solution paraissait encore bien difficile, lorsqu’un ma-
lade se présenta à mon observation avec un bubon, suite de chancre : il y avait une forte suppuration. Je fis l’ouverture de l’abcès ; mais, après avoir évacué le pus du tissu cellulaire, je trouvai, au milieu du foyer, un ganglion lymphatique très volumineux et présentant de la fluctuation dans son centre. J’en pratiquai l’ouverture, et je fis, avec le pus qu’il contenait, une inoculation, tandis que j’en pratiquai une semblable avec le pus pris dans les parties voisines, c’est à dire dans le tissu cellulaire ; et, pendant que le pus pris dans le ganglion fournit la pustule caractéristique, celui du tissu cellulaire resta sans effet. 11 me fut alors prouvé que la différence ne tenait plus à des causes fortuites et arrivées dans les autres cas après l’ouverture des bubons, mais bien à ce qu’on n’avait pas su aller chercher le pus virulent là où il était. Je fis, après cette observation, une série d’expériences qui ne laissèrent pl us aucun doute sur les résultats de l’inoculation.
Je choisis donc des buhons dans lesquels la suppuration était bien avancée, et qui avaient pour antécédents des chancres. Je pratiquai l’inoculation avec le premier pus échappé au moment de l’ouverture; puis, les vidant aussi complètement que possible, j’allai, à l’aide de grandes ouvertures, chercher dans le fond du foyer, et sur les ganglions suppurés, du pus, pour Fino-
14i PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE H.
culer à son tour. Les résultats furent comme les premiers : avec le pus superficiel, rien ; avec le pus profond, pustule.
On conçoit cependant que, dans un cas de suppuration existant déjà depuis un certain temps, le pus virulent ganglionnaire pourrait être venu à la surface, ou être mélangé en assez grande quantité au pus phlegmoneux ambiant, pour qu’au moment de l’ouverture celui-ci put s’inoculer, et c’est ce qui a semblé arriver dans une observation. On comprend bien encore, par la difficulté d’isoler les couches de pus simple et de pus virulent dans ce cas, qu’on pourrait arriver à des résultats en apparence contradictoires ; mais, pour ne laisser aucun doute, le nombre des expériences que j’ai faites et leur régularité sont plus que satisfaisants.
Les mêmes résultats ont été obtenus avec le pus pris dans le trajet des vaisseaux lymphatiques. Il n’est pas très rare de trouver des lymphites ou des engorgemenis de vaisseaux lymphatiques étendus d’un chancre aux ganglions auxquels ils aboutissent. La maladie du vaisseau lymphatique peut avoir lieu ici sans que, de nécessité, les ganglions soient affectés. Le chancre peut même exister d’un côté et occasionner un bubon du côté opposé, cas dans lesquels les vaisseaux absorbants peuvent rester sains ou s’engor-
L>OCULATIO>' DAiSS LES ACCiDEATS PRUltlIFS. 145
ger, et dessiner leur trajet d’un côté à l’autre en croisant la ligne médiane. Eh bien ! toutes les fois que l’angéioleucite s’est terminée par suppuration, et qu’elle a été la conséquence de l’absorption du pus du chancre, elle a fourni à son tour un pus inoculable.
On a déjà vu que le bubon phlegmoneux , ou la suppuration simple du tissu cellulaire , ne fournissait rien à l’inoculation , à moins que , plus lard, le foyer ne s’infectât par le contact du pus virulent venu de quelque part et, le plus ordinairement, de l’ouverture d’un ganglion ou d’un vaisseau lymphatique contaminé. Cependant il peut y avoir des abcès du tissu cellulaire primitivement virulent; ils ont ordinairement leur siège très prés du chancre et se produisent par l’infdtration du pus au dessous de la peau et dans le tissu cellulaire sous -cutané. On sent fréquemment alors une corde d'indui ation, entre le chancre et l’abcès , qu’on pourrait quelquefois prendre pour un vaisseau lymphatique, mais qui n’est que du tissu cellulaire induré. Ces abcès s’inoculent toujours au moment même de l’ouverture, et avec tout le pus qu’ils renferment sans distinction.
Quant aux engorgements ganglionnaires profonds, nommés bubons profonds, lorsqu’ils supput renl, ce qui est beaucoup plus rare que pour les
ganglions superficiels, le pus qu’ils fournissent ne s’inocule jamais, à moins que, dans une fonte purulente, ils ne se trouvent, après coup , baignés par du pus virulent venu d’un chancre voisin ou d’un ganglion superficiel infecté; mais jamais, dans ce cas, les ganglions profonds ne s’infectent pîir voie d’absorption. On peut affirmer, d’une manière absolue, que l’absorption dupus virulent, conservant sa propriété de pouvoir être inoculé, ne passe pas le premier ganglion en rapport direct d’absorption avec le chancre auquel succède le bubon.
Mais une question d’un haut intérêt et qui est loin d’avoir été résolue de la même manière par tout le monde, c’est la question des bubons d’emblée.
Existe-t-il des bubons syphilitiques primitifs dans toute la rigueur du mot, c’est à dire sans aucun autre antécédent qu’un coït présumé suspect , et sans accidents concomitants auxquels on puisse les rapporter? Des noms également recommandables ont répondu , dans des sens opposés, à cette question
Les bubons qu’on nomme d’emblée se manifestent sans qu’aucun symptôme primitif d’infection les ait précédés; ils afléctent le plus ordinairement les glandes inguinales. Quelques écrivains ont cru pouvoir élever des doutes sur l’existence de ces sortes de tumeurs; maisj comme les faits démontrent chaque jour le pende
IXOCtILATION DANS LES ACCIDENTS PRIMITIFS. 147
Lorsqu’on soumet les malades à des examens rigoureux et à des questions minutieuses , on ne taixle pas à se convaincre que les bubons réputés
fondement de cette opinion , elle est tout à fait abandonuc'e parles me’ilecins de notre époque. On conçoit effectivement que, puisqu’il est génc'ralenieut reconnu que la contagion sj^philitique peut s'introduire dans l’économie et y produire tous les désordres d’une infection profonde, sans que la partie par où l’absorption s'est opérée ait été le siège d’accidents primitifs, tels que blenuori’liagic, chancres, ou érosion quelconque, on conçoit, dis-je, que ce virus peut aussi, et à bien plus forte raison., s’arrêter dans les glandes lymphatiques qui se trouvent sur son passage, et y déterminer, par ses propriétés irritantes, un engorgement plus ou moins considérable ; les auteurs les plus recommandables se sont constamment montrés de cet avis.
Fallope *, en tre autres , cite l’observation d’un jeune homme qui , vingt-quatre heures après un coït impur ,. s’aperçut d’un bubon inguinal, sans qu’il fût accompagné d’aucun autre symptôme à la verge. Astruc s’exprime aussi bien clairement sur cet objet, il dit : Eximpuroconcubituabortimediativelimmediati Svvcdiaui^^, Bertrandi’f''’^’^, partagent le même sentiment et donnent des observations à l’appui. Je puis encore ajouter à ces témoignages déjà très propres à inspirer la confiance, en assurant queriiôpilai des Vénériens m’en a offert de fréquents exemples et qu’il est rare de n’y en pas trouver, quel que soit l'iustant auquel on fasse cette recherche; j’ai donné mes soins, en 1 8 1 1 , .à un jeune oflicier qui, n’ayant jamais eu la vérole , a été' d’abord affecté de deux Indjons inguinaux. d’un volume considérable , un mois juste aprc.s le commerce avec une femme suspecte , et sans que ces fumeurs eusseul été précédées de chancres, de gonorrhée ni de la moindic irritation aux
" De morbo galUco, .cap. XC.
’• Lib. m, cap. V, pag. 323.
"* Traité complet de la maladie vciiéiienne, toni. l'c, pag. 287, 6' cJit.
Opéré analomiche et ceriitiche Ai \nib:o;i BertraiiJi, lom. VU, ;ag. 43.
PKIîMiKRE i>AKilE, - CUAriTKE IK
d’emblée sont très rares; car, le plus souvent, pour ceux qu’on croyait tels, on trouve que la cause est tellement évidente qu’on est étonné que les malades ne s’en soient pas aperçus eux-mêmes; c’est ainsi que, souvent , des sujets qui n’ont été avertis de leur maladie que par le développement d’une tumeur plus ou moins douloureuse dans l’aine ne vous parlent que de cette tumeur qu’ils ont vue de la veille ou du jour même; si vous les interrogez , ils reportent le dernier coït à quinze, vingt jours, un mois ou plus, et ne se plaignent de rien autre ; si alors on les examine, on trouve un chancre, (|uelc|uefois assez grand, sur le gland , sur le prépuce , ou dans quelques points voisins. Cependant, s’il est vrai qu’aprésdes rapports sexuels suspects les engorgements des ganglions voisins des organes génitaux devien-
pai’ties génitales. Chez «a étranger qui re'clama mes soins il y a trois ans, deux bubons affectant le même siège étaient survenus trois semaines après le coït. Le temps d’incubation n’a été que de dix jours pour un jeune homme que j’observai à peu près dans le même temps, et chez lequel une tumeur vénérienne se manifesta à l’aiac gauche : il a été le même pour deux malades dont l’histoire vient d’être donnée par M. le docteur Mordret, médecin de l’hôpital du Mans; et chez une troisième, it s’est écoulé trois mois entiers entre le coït et le développement du bubon. ( Mimoire surl’exis' tenez (lu virus syphilitique, inséré dans le recueil périodique de la Société de médecine de Paris. Cahier d’août, 1827.)
Lagneau : Traité des maladies syphilitiques, 1828. vol. i*'', pag. 2o4, section iv. M. Lagneau ne dit pas que ces bubons aient été suivis d’accidents secondaires.
HfOCüLATION DA\S LES ACCIDENTS PRIâllTIFS. 149
nent rarement primitivement malades , il y a des circonstances dans lesquelles il est impossible de retrouver aucun antécédent ou concomitant suspect , et alors on est forcé d’admettre le bubon dit d’emblée.
Quand on étudie bien les engorgements de cette nature , et qu’on ne s’en laisse pas imposer par ceux qui peuvent leur ressembler, on trouve qu’ils débutent le plus souvent par les ganglions profonds, et assez fréquemment même par ceux de la fosse iliaque ou , au moins, par les sous - aponévrotiques de la cuisse; que leur marche est souvent chronique; qu’ils sont longtemps indolents et qu’ils ont peu de tendance à la suppuration; mais ce qui, surtout, est très remarquable, c’est que, lorsqu’ils suppurent, le pus qu’ils fournissent ne s’inocule pas : jamais, jusqu’à présent, je n’ai trouvé un bubon réunissant tous les signes rationnels du bubon d’emblée qui ait fourni un pus inoculable. Si l’on ajoute à cette observation importante que, d’après des relevés exacts que j’ai fait faire, je n’ai jamais trouvé que des bubons d’emblée , dans la rigueur du mot , aient été suivis d’accidents généraux de vérole , on reconnaîtra toute l’importance que présente encore ici l’inoculation. Du reste, sous le rapport de l’absorption en général , pour que le bubon virulent d’emblée eût lieu, il faudrait que les vaisseaux
lympliatifjiieseiissent des bouches ouvertes sur les surfaces muqueuses ou cutanées; car, dans l’hypothèse qui veut que toute absorption soit précédée d’une sorte d’imbibition , les tissus qui s'imprégneraient du pus d’un chancre seraient d’abord infectés, ce pus produisant dé nécessité l’inflammation ulcéra tive partout où il pénètre, si ce n’est dans les vaisseaux absorbants, tant que leur membrane interne reste partout intègre ; car, dans les circonstances contraires, on voit ceux-ci mêmes se prendre comme dans les cas de lymphites que nous avons déjà cités.
On peut, dans l’état actuel de la science et de nos expériences de l’inoculation appliquée à l’étude et au diagnostic du bubon, conclure ;
\o. Que le bubon virulent, ou d’absorption du pus du chancre, est un accident tout à fait analogue au chancre quant à sa nature, et qui n’en diffère que par la forme et le siège ;
2°. Que le bubon virulent est le seul qui s’inocule ;
3°. Que les signes qui ont été indiqués par les auteurs, sans en excepter aucun, pour différencier le bubon virulent des engorgements avec lesquels on pouvait le confondre, ne servaient, dans la grande majorité des cas, qu’à établir un diagnostic rationnel ou de probabilité, et que
l’iDOCulalion seule pouvait être considérée comme signe irrécusable et pathognomonique ;
h°. Que si, dans un grand nombre de cas, le diagnostic rigoureux d’un bubon n’était pas d’absolue nécessité pour diriger le traitement et por^ ter un pronostic sur les chances à venir du ma-^ ladé, dans les cas où il s’agissait d’un bubon réputé d’emblée , il ne fallait jamais négliger , lorsqu’il y avait suppuration, d’essayer celle-ci à toutes les époques de sa durée , l’observation rigoureuse ayant démontré que les bubons qui ne s’inoculent pas ( quand les expériences sont bien faites) ne sont jamais suivis d’accidents secondaires, et que, partant, ils ne sont pas syphilitiques, attendu que d’autres causes qui nous échappent souvent, et sans qu’il soit besoin de la vérole, peuvent donner lieu aux engorgements du système lymphatique d’une région du corps, aussi bien que d’une autre; et qu’il serait absurde de conclure qu’un bubon est de nécessité syphilitique, parce qu’il serait survenu peu de temps après un coït , attendu qu’à un certain âge il n’y a pas d’affection qui ne soit, à la rigueur, précédée de cet acte si souvent répété et si souvent suspect.
§ IV
Mais un symptôme réputé primitif, dans cer-
152 PnEMlÈRE PARTIE. — CHAPITRE II.
laines circonstances, nous reste encore à examiner : c’est la pustule muqueuse, pustule plate, humide, tubercule muqueux, papule muqueuse, etc.
Quels qu’aient été les antécédents de la pustule muqueuse, quelle qu’ait été la période à laquelle nous l’avons étudiée, jamais l’inoculation ii’a rien produit. La sécrétion morbide qu’elle fournit a été inoculée à la lancette, appliquée sur des vésicatoires, frictionnée sur des surfaces dénudées, maintenue sur des points de peau dont on avait arraché les poils , et cela toujours sans résultats ; et cependant la contagion du tubercule muqueux semble chose prouvée, et, chez quelques individus, il paraît être le premier symptôme par lequel débute la syphilis. Mais, contagieux par lin procédé vital insaisissable et qu’on ne peut expliquer, le tubercule muqueux ne peut être transmis par voie d’inoculation. Symptôme bizarre, voilé dans sou début, insidieux dans sa marche, il constitue un accident de transition entre le point de départ régulier et caractéristique de la syphilis, le chancre, et les accidents d’infection générale. Semblable en apparence au chancre, en ce qu’on croit qu’il est contagieux comme lui, et peut être le début de la vérole, il en diffère fiar les résultats de l’inoculation. Analogue aux accidents secondaires , en ce que , comme eux, il succède au chancre et peut se propager par voie
d’hérédité et ne rien fournir par l’inoculation.
Cependant le tubercule muqueux, dont quelques auteurs ont voulu faire deux espèces différentes, le primitif et le secondaire, et qui est évidemment le même quant à sa nature intime et à sa marche dans tous les cas, et qui ne différé que par ses antécédents si souvent difficiles à bien apprécier, est encore un de ces symptômes qui, quoique bien caractéristiques de la vérole, n’ont pas été bien étudiés.
Examiné sous le rapport de ses causes, de son siège, de sa forme, de sa marche, de ses symptômes concomitants et de ses conséquences, il présente assez d’intérêt pour qu’il nous soit permis de nous y arrêter un moment.
On peut affirmer que l’antécédent régulier, constant, la cause spécifique du tubercule muqueux, c’est le chancre. Chez un individu actuellement affecté de tubercules muqueux, on trouve, ou qu’ils ont sur lui-même été précédés de chancres, ou qu’il les a contractés d’un individu qui avait eu des chancres j en un mot, on trouve rigoureusement, quand on ne se contente pas d^’examen superficiel, qu’il y a eu, soit sur un individu, soit sur un autre de ceux qui ont transmis en apparence le tubercule muqueux, un chancre pourpoint de départ. Mais un fait incontestable dans l’histoire des causes qui président au déve-
loppement des tubercules muqueux, c’est que tous les individus n’en sont pas susceptibles; c’est que, si les muqueuses peuvent en être le siège, tous les points de la peau ne s’y prêtent pas également , et qu’il faut que celle-ci se rap* proche naturellement, ou par altération morbide, des premières, pour en être affectée. C’est ainsi que les individus d’un tempérament lymphatique, les femmes, les enfants y sont plus sujets; que les muqueuses génitales, anales, buccales en sont. plus souvent atteintes, et que la peau ne s’y prêteguére qu’aux environs des organes génitaux, au pourtour de l’anus, à l’ombilic, dans le conduit auditif externe, derrière les oreilles, etc.
Dans sa forme matérielle, ou dans la lésion de tissu qui le constitue, le tubercule muqueux, surtout quand il est isolée est très souvent bien difficile à distinguer du chanc]^e , à la période de réparation vicieuse; sans doute, dans le plus grand nombre des cas, le reste des bords nettement découpés des chancres se distingue de la base et de la circonférence moins bien dessinées du tubercule muqueux ; mais, dans les chancres qui sont restés superficiels, et qui passent promptement au bourgeonnement ou à l’état d’une des variétés de Vulcus elevatum^ la différence n’est souvent plus possible.
Il est bien évident pour tout observateur que le
tubercule muqueux est bien plus commun comme ^ accident secondaire que comme accident réputé primitif. Si , d’un autre côté, on considère que, dans ce dernier cas, il est bien plus fréquent chez les femmes et chez les enfants, où les chancres auxquels ils ont dû succéder ont pu rester inaperçus^ ou cachés; que c’est toujours à une époque plus ou moins éloignée du moment de la contagion que les malades s’en plaignent et qu’on est appelé à les observer, époque qui est celle à laquelle les véritables accidents secondaires peuvent déjà se développer, il sera facile d’admettre qu’un chancre aura pu les précéder, d’autant mieux que , lorsqu’un malade ne présente qu’un ou deux tubercules muqueux sur les points ordinairement soumis à la contagion, sans autres antécédents que des rapports avec une personne infectée , il reste prouvé , pour des observateurs habitués et rigoureux , que ce sont des chancres à la période de réparation vicieuse ou de transformation in situ. On trouve encore souvent , au milieu d’une plaque de tubercules muqueux, un chancre non transformé et qui fournit du pus inoculable. Dans les cas contraires, les tubercules sont en grand nombre , souvent sur différentes régions à la fois , ou accompagnés d’autres symptômes qui ne laissent plus aucun doute sur leur forme spéciale , caractéristique , et leur nature,
comme accident de syphilis constitutionnelle. Il ne faut pas oublier ici que, de tous les accidents secondaires, le tubercule muqueux est celui qui peut paraître le plus tôt , et, comme nous l-avons dit, non seulement à distance du point par lequel l’infection du chancre s’est d’abord faite> mais sur le lieu même de rulcére primitif , et par un passage insensible in situ du chancre inoculable au tubercule qui ne l’est plus.
Mais un point que je ne puis laisser ici sans discussion , c’est la question de savoir si le tubercule muqueux peut succéder à la blennorrhagie. Voici ce que l’observation rigoureuse et approfondie m’a appris.
Jamais une blennorrhagie, dans la rigueur du mot, c’est à dire un écoulement muco - purulent sans complication de chancre , et qui, partant, ne fournit rien par l’inoculation , n’a été suivi du développement de tubercules muqueux, pas plus que d’autres accidents de vérole générale. Dans les circonstances où des écoulements blennorrhoïdes ont semblé seuls précéder le développement des tubercules muqueux, ou bien il existait encore ou avait existé concurremment un chancre larvé, ou bien il ne s’agissait que d’un de ces écoulements concomitants ou consécutifs aux tubercules muqueux, et que des observateurs superficiels peuvent alors regarder
-IXOCL'LATIÜN DAAS LES ACC1DE^^S PîtlSlIUFS. 157
comme la cause primilive de ceux-ci. Je conviens que moi -même j’ai été assez longtemps avant de bienrecônnaitre ce fait, que là où les tubercules muqueux se développent, non seulement ils fournissent ordinairement une sécrétion morbide qui leur est propre , mais qu'ils déterminent un flux catarrhal sur les muqueuses où ils siègent ou qui les avoisinent. De ce qui précède je conclus ;
l". Que le tubercule muqueux ne s’inocule jamais ;
2“. Qu’il doit être rapporté aux accidents secondaires, et est une preuve de vérole constitutionnelle ;
3“. Que la sécrétion qu’il produit peut, en agissant comme matière irritante, déterminer l’inflammation des tissus avec lesquels elle est mise en contact;
4». Que, lorsque des tubercules muqueux ou pustules muqueuses ont transmis à un autre individu la vérole, c’est c|u’au moment de la contagion il y avait d’autres accidents spécifiquement contagieux ;
5°. Que, comme les autres symptômes secondaires, le véritable tubercule muqueux ne peut se transmettre que par voie d’hérédité.
mOCÜLATIOM DANS LES SYMtTOMES SECONDAIRES. 159