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PROCÉDÉS DE LA PEINTURE DES MANUSCRITS

La peinture des manuscrits étant un travail d’une extrême finesse, le jour de l’endroit où l’on travaille a son importance, et le nord est toujours préférable. Toutefois ce n’est nullement là une condition rigoureuse, et l’on peut parfaitement travailler sous une autre orientation, mais si des raisons de santé, par exemple, vous obligent à travailler au midi, nous ne saurions trop vous engager à tamiser le jour par un store blanc tendu sur châssis, comme celui des graveurs, fixé de biais au-dessus de votre tête, ce qui ne vous empêchera pas de vous garantir du soleil par un rideau de croisée, également blanc et transparent : le tout est destiné à tamiser la lumière afin d’éviter le miroitement des couleurs.

Une table quelconque, un peu large, de façon à pouvoir placer à votre droite tous vos instruments de travail, gouaches, pinceaux, godets, etc., et à gauche les modèles et documents divers dont vous vous servez, ainsi que le papier d’essai pour vos tons.

Au milieu, le pupitre à inclinaison, sur lequel vous travaillez. Nous croyons devoir insister sur l’emploi du pupitre qui présente l’œuvre dans le même plan que celui où elle doit être regardée et qui a, en outre, l’avantage de fatiguer beaucoup moins la vue que si l’on travaillait sur une table. L’exécution des miniatures, si minutieuse, vous obligerait à baisser fortement la tête, et à appuyer en outre l’estomac contre la table, toutes positions nuisibles k la santé. Enfin il est indispensable d’adopter un siège, tabouret ou autre, un peu plus élevé que celui qu’on prendrait pour écrire, car il faut que la vue plane bien sur l’ensemble du travail afin de pouvoir constamment en juger toute l’harmonie.

La peinture des manuscrits s’exécute : U sur des peaux ou parchemins préparés, connus sous la désignation de vélins ; 2® sur bristols ; 3® sur des compositions gélatineuses appelées ivoirines.

Le papier bristol, surtout lorsqu’il s’agit de petites dimensions, s’emploie sans être tendu, mais la peau de vélin serait d’un emploi beaucoup plus difficile, si avant de s’en servir on ne prenait l’indispensable précaution de la tendre. Sans ce moyen, au moindre contact de l’eau ou des couleurs, elle se grippe et se voile, ce qui dépare le travail et le rend d’une exécution difficile. Le prix relativement élevé des peaux de vélin, leur qualité qui* donne au travail une durée illimitée, nous obligent à entrer ici dans quelques explications un peu longues, peut-être, mais dont nos lecteurs nous sauront gré, car le vélin bien tendre reçoit les couleurs avec une grande facilité ; bien plus, on peut enlever à volonté avec une éponge, imbibée d’eau pure, les parties du travail dont on ne serait pas satisfait, sans que cette opération laisse la moindre trace. L’encre commune seule est ineffaçable, c’est pourquoi l’on ne doit se servir que d’encre de Chine.

Ayant donc fait le choix d’une peau de vélin, qui ne présente à la transparence aucun défaut, et au toucher une épaisseur égale et moyenne ; d’une dimension un peu supérieure au format adopté, on prend une planchette à dessin, plus

Kahi. aoiîERT. — Lu Gouache. 3

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grande que le vélin, ou à défaut un morceau de carton laminé qu’on aura préalablement recouvert d’un papier contrecollé pour éviter la transparence du carton ou du bois. On coupe ensuite’ quelques bandelettes de papier, de trois ou quatre centimètres environ de largeur, qu’on enduit de colle de pâte. Pendant qu’elle s’imbibe, on mouille légèrement, avec une petite éponge line, toute la surface de la peau de vélin, jusqu’à ce qu’elle ri’ offre plus aucune rigidité, en quelque endroit que ce soit. On la pose alors délicatement et bien d’équerre sur la planchette ou le carton, la, partie mouillée en dessus, puis on place les bandes de papier encollées à cheval sur chacun des quatre côtés du vélin, et sur la planchette. Cette opération terminée, on enlève à l’éponge la colle de pâte qui aurait pu déborder de chaque côté, en opérant très légèrement, d’opposé à opposé, et en maintenant avec l’index de la main gauche l’extrémité de la bande qu’on est en train d’éponger, pour l’empêcher de glisser. Puis on laisse sécher à l’air libre, sans s’inquiéter des boursouflures qui disparaîtront à mesure que le vélin en séchant se tendra. Nous avons supposé dans cette opération le carton ou

le bois assez fort et d’assez bonne qualité pour qu’il ne se g*ondole et ne joue durant le tendage.. S’il en était autrement, il faudrait le surveiller^ et sitôt les boursouflures disparues, mais avant complète dessiccation du tendage, le mettre sous presse, c’est-à-dire après l’avoir recouvert d’un papier blanc, placer dessus quelques gros livres.

Fragments extraits d’un Calendrier du xiv" siècle.

Si malgré cela il persistait à ne pas reprendre sa forme première, il suffirait de contrecoller au dos de la planchette, bois ou carton, une feuille de papier goudron bien humectée de colle de pâte liquide, et de remettre sous presse jusqu’à ce que le tout fût bien sec.

Lorsque cette opération aura été conduite avec soin, et suivant nos indications, on obtiendra

une surface très unie et tendue qui facilitera considérablement le travail. Avant de peindre, il sera bon de frotter vivement la surface du vélin -avec un linge fin ou de la peau de gant, pour ramener le poli que le mouillage aura légèrement fait disparaître. Mais cette opération doit être faite avec dextérité afin de ne point enlever l’apprêt du vélin. Certains, pour obvier à l’inconvénient du gondolage, tendent les peaux sur une plaque de verre, en employant pour encoller les bandelettes de la colle forte : mais le verre est un subjectile dur au travail et nous lui préférons de beaucoup le carton.

La méthode de tendage que nous venons d’indiquer est la plus courante, mais je l’ai dit, en mouillant à l’éponge la surface du parchemin, on a des boursouflures qui peuvent nuire au parfait tendage et y former de petits plissés ; d’autre part, l’enduit qui forme l’apprêt du vélin peut avoir à souffrir du contact de l’eau.

11 est une autre méthode absolument parfaite en tous points, nous allons l’indiquer, car si elle est plus longue, elle ne peut présenter de déboires.

On prend la feuille de parchemin à tendre, et

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on l’introduit sèche dans une feuille de papier écolier également sec, de façon à ce que le papier recouvre bien le

vélin de part et d’autre : puis on mouille abondamment une serviette blanche qu’on essore jusqu’à ce que, très humide encore, elle ne contienne plus d’eau ruisselante, on plie la serviette en deux, puis en quatre, etc., jusqu’à la grandeur du papier qui contient le vélin, que l’on introduit dans le milieu de la serviette. On place le tout bien à plat sur une table de bois ou mieux encore sur un marbre de commode, cheminée ou autre, et on laisse envirop une demi-

heure. De cette façon^ le parchemin, protégé par son enveloppe de papier mince, s’humidifie complètement sans se mouiller, et l’apprêt n’est nullement touché. On le retire alors et on le tend, en relevant légèrement les quatre côtés que l’on enduit de colle forte légère. On appuie avec l’ongle du pouce ou |un couteau de corne, d’os ou ivoire, et on place les bandes de papier comme il est dit plus haut.

Lorsque le parchemin est destiné à être recouvert de peinture sur les deux faces, il est alors nécessaire d’avoir un carton découpé à jour de la grandeur de l’image, ou un petit stirator qui permette de travailler des deux côtés simultanément ou l’un après l’autre, car on ne saurait opérer un tendage nouveau, puisque l’humidité compromettrait l’ouvrage déjà fait.

Enfin nous devons dire que M. Senée, à Paris, construit un petit stirator breveté à planchette, tout spécial pour tendre les parchemins, et que cet appareil ne laisse rien à désirer.

Un nouveau stirator, également excellent surtout pour les vélins qui n’atteignent jamais de grandes dimensions, est « le Métallique », il a en outre l’avantage d’être très peu coûteux et on y

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emploie .‘implemeat de grosses épingles pour tendre le parchemin.

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