‹ Traité pratique des peintures à la gouacheChapitre 5 sur 16 · LES PLUMES. LES PINCEAUX · texte numérisé non relu

LES PLUMES. LES PINCEAUX

Beaucoup de praticiens dessinent le trait de leur sujet à la plume, principalement lorsqu’ils opèrent sur bristol. Bien que nous préférions de beaucoup l’emploi du j)inceau, nous devons donc en dire deux mots. Le trait doit toujours être passé à l’encre de carmin léger : on y emploiera la plume à dessin de Brandauer ou de Gillott, ou mieux encore la plume lithographique. Mais je le répète, l’emploi du pinceau à pointe fine est bien préférable, rend la main plus souple, et avec un peu d’habitude, on arrive à tracer les plus extrêmes finesses, en sorte que les fleurons et ligaments qui accompagnent souvent l’ornementation présenteront un aspect aussi correct, mais plus souple.

Le choix des pinceaux a donc une grande importance ; on adoptera ceux de martre rouge ou de petit gris, ceux de martre noire pour les teintes à plat. Avec un jeu de six pinceaux et deux larges blaireaux, on sera complètement

outillé. Il les faut choisir de poils allong-és, même pour les plus g“ros, souples et formant bien la pointe lorsqu’après les avoir imbibés d’eau, on les étanche sur le bord du verre à lavis. Quant aux numéros, il est bien difficile de les indiquer d’une manière précise, chaque fabricant ayant des numéros différents.

Les pinceaux doivent être tenus en grande propreté' et lavés sitôt l’usage, la gouache formant en séchant une pâte plâtreuse qui en casserait vite tous les poils si l’on n’y prenait garde. Pour les ors on doit avoir des pinceaux à part, ne servant qu'à cet usage : un pour l’or jaune, un pour l’or rouge, un pour l’or vert. Quelque soin que vous en preniez, il reste toujours près de l’emmanchure du pinceau quelques traces d’or qui se mêleraient à la couleur si vous ne les réserviez exclusivement. Les brunissoirs en agate sont de trois formes ; la dent de loup, recourbée comme l’indique son nom, en pointe de stylet, ou plats en battoir. Ils servent tous à polir l’or par le frottement. On fait usage du brunissoir plat pour les fonds d’or : la dent de loup sert à brunir les reliefs, la pointe de stylet pour les gravures d’ornements en bruni sur fonds mats.

Page de manuscrit orne moderne.

Styles assemblés (Composite).

Le premier qu’on doit se procurer est la dent de loup qui peut au besoin suppléer aux deux autres, en ce sens qu’elle contient la rondeur dans la partie coudée^ le plat dans l'espace compris entre le coude et la pointe, enfin la pointe ellemême à son extrémité. Mais on se rendra bien vite compte qu’il est nécessaire d’avoir les deux autres, caria pointe de la dent de loup est difficile à manier dans les chantournés des ornements et moins précise que 1^ stylet ; de même elle ne saurait dans les grands à-plats s’arrêter net comme l’agate en forme de battoir. Un outil analogue au brunissoir en stylet est la pointe à décalquer, en ivoire, montée sur manche noir, et qui sert à passer sur les contours du sujet à reporter. Cette pointe d’ivoire est indispensable, car elle ne fatigue pas, comme les aiguilles ou les pointes d’acier, les calques qu’on ne fait, d’ordinaire que pour les sujets un peu compliqués, toujours utiles à conserver.

Les encres de Chine liquides qu’on fait aujourd’hui sont préparées avec un tel soin et d’un prix si modique, qu’il serait puéril de revenir aux bâtons d’autrefois, qu’il fallait délayer longuement au risque de granules désagréables dan.s

l’emploi si le bâton n’était pas de première qualité, et la dessiccation rapide de l’encre de Chine

Lettre ornée au trait et en rouge tirée d’un manuscrit du X® siècle.

sur la surface du godet, donnait par suite beaucoup de perte de temps. Avec l’encre de Chine liquide, vous versez dans un très petit

godet la quantité nécessaire, et votre réserve se conserve intacte et liquide dans le flacon.

L’ox-gall ou fiel de bœuf existe à l’état liquide ou en pâte ; liquide, on en met une goutte dans l’eau qui sert à délayer les couleurs, pour donner du mordant, afin que la touche prenne mieux, notamment sur l’ivoire et les ivoirines : en pâte, on le délaye avec le pinceau imbibé d’eau, et on le mélange dans le même but aux couleurs au moment de l’emploi. Ce produit a un inconvénient, celui de porter une odeur peu agréable. Aussi fait-on aujourd’hui une mixture souple qui le remplace avantageusement dans tous les travaux de la gouache.

DE LA GOMME ET DE l’eAü GOMMÉE

La gomme arabique, dont l’emploi estconstant, se trouve, quelque belle qu’elle soit, toujours chargée d'impuretés, dont il faut la débarrasser pour faire son eau gommée. Pour cela, prenez un morceau d’étoffe blanche, soie, mousseline ou linge fin, confectionnez un petit sac dans lequel vous introduisez la gomme à dissoudre, puis suspendez le sac dans un verre d’eau pure

et filtrée, et laissez séjourner jusqu’à parfaite dissolution.

La g-omme ainsi dissoute donnera une eau gommée aussi pure que possible, mais elle aura toujours rinconvénient d’aigrir et de se recouvrir d’une légère moisissure^ si l’on n’en fait pas un usage quotidien. On y remédie en y ajoutant un peu de dextrine, substance tirée de l’amidon ; une goutte d’acide phénique remplit le même objet, mais la dextrine a l’avantage de conserver à l’or et autres substances métalliques leur éclat. Quelques artistes ajoutent de la gly-

Grotesque tiré . . y

d’un manuscrit flamand cérilie, mais llOUS prélé-

du xv« siècle. ^ons la dextrine, parce que la glycérine arrête quelque peu la dessiccation des couleurs, ce qui, dans les à-plats, peut gêner l’artiste. Ici 'nous remarquerons combien les procédés ont peu changé, car, en somme, la glycérine et la dextrine n’ont fait que remplacer

Miniature tirée d'un manuscrit du .\ir siècle'.

K'.mu. I’oueht. — Ln Gouache.

le sucre candi dans la préparation de l’eau gommée. Enfin, je l’ai dit, on prépare aujourd’hui un véhicule diluant et adhésif connu sous le nom de mixture souple pour l’emploi des couleurs de gouache, qui remplace l’eau gommée et supprime par conséquent le souci de sa préparation et surtout celui de sa conservation.

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