DES VENTOUSES OU PRISES D AIR
11 ne suffit pas qu'un appareil de chauffage soit rationnel, il faut encore qu'un ouvrier négligent ou malveillant ne vienne pas contrarier, à dessein, les dispositions les plus simples et les mieux entendues. On sait que pour avoir un chauffage salubre et pour assurer un bon tirage, il est indispensable que l'air alimentant la pièce et par conséquent le foyer (qui devient une bouche d'extraction), il faut, dis-je, que cet air soit puisé dans un lieu exempt de toute émanation fâcheuse. Il faut, en outre, que cet air arrive en quantité suffisante pour équilibrer celui qu'il doit remplacer par l'ascension des gaz brûlés dans la cheminée ; autrement, la différence serait obtenue par les joints des portes et des fenêtres, c'est-à-dire par la source la plus incommode et la plus dangereuse; on évitera ainsi une des principales causes de la fumée. Les bouches latérales donneront d'abord de l'air froid, lors de l'allumage, c'est vrai, et lors de l'extinction du feu, si l'on ne prend le soin de les fermer : mais il ne peut en être autrement, à moins qu'on ne prenne l'air nécessaire à la combustion dans une pièce voisine chauffée à l'avance. Les grilles ou prises d'air seront soigneusement maillées et leur superficie sera calculée sur la dimension des pièces à chauffer, c'est-à-dire à deux ou trois décimètres d'ouverture franche, au moins, pour nos chambres ordinaires, et à quatre ou cinq décimètres pour les salons. On aura soin, dans les coudes et près des solives enfer, d'élargir le diamètre de la gaine par
remploi de la tôle ou de tout autre métal mince et poli ; cette gaine débouchera sous la plaque et en avant ; l'air s'y étalera en nappe et viendra envelopper l'appareil librement, sans chicanes ou tubes étroits qui en compliquent le passage. On ne devra jamais oublier que les appareils qui promettent de l'air à 90 ou 1 00 degrés aux bouches sont déplorables comme résultat hygiénique et qu'il est infiniment préférable d'avoir une grande quantité d'air à une température moyenne de 40 à 50 degrés, plutôt qu'une faible quantité à 100 degrés, c'est-à-dire, un air desséché et chargé de molécules organiques carbonisées. C'est à cette dernière cause qu'il faut attribuer, en partie, l'insalubrité de la plupart de nos calorifères et les fâcheux effets qu'ils produisent sur l'économie. Si nos cheminées d'appartements étaient pourvues de ventouses convenables et de chambres de chaleur bien disposées, nous obtiendrions trois résultats qu'on a cherchés bien longtemps et qu'il est pourtant bien facile d'obtenir : 1° pas de fumée ; 2° économie de combustible ; 3° chaleur égale dans les pièces.
Il y a certes là de quoi encourager les inventeurs ! Voilà cent soixante ans que Gauger a indiqué ces moyens dans sa Mèchanique du feu. On a pris des milliers de brevets depuis sur les mêmes idées et Dieu sait combien il faudra encore de siècles pour répandre ces simples vérités!