CONCOURS POUR LE CHAUFFAGE DES SERRES
C'est peut-être ici le cas de mentionner un concours public proposé en avril 1870, par la Société centrale d'horticulture de France, pour déterminer par une expérimentation exacte : quels sont les meilleurs appareils de chauffage au thermosiphon pour les grandes et les petites serres. En d'autres termes, on voulait rechercher quel était l'appareil susceptible de chauffer une serre le plus économiquement, le plus régulièrement, le plus longtemps et le plus rapide-
mont, dans les meilleures conditions d'hygiène pour le développement des plantes.
Il n'y avait pas d'illusions à se faire sur la valeur réelle du concours, puisqu'on n'aurait eu en fait pour résultat que la meilleure utilisation du combustible, problème éternel de tous les ingénieurs qui cherchent de la force à bon marché.
Seulement, l'horticulteur est dans des conditions particulières : il lui faut de la régularité, ce que l'ingénieur obtient par le volant; il lui faut de la durée, et on l'obtient par l'eau qui emmagasine la chaleur; il lui faut de l'égalité en bas comme en haut; il lui faut transporter la chaleur au loin et la multiplier au besoin sur un point donné ; enfin, il lui faut quelquefois de l'humidité et presque toujours de la ventilation.
La Société ne pouvait rien apprendre aux constructeurs, mais elle pouvait faire naître et en tous cas recommander quelques combinaisons nouvelles; enfin, elle devait éclairer les horticulteurs sur le choix des appareils suivant les besoins.
Les conditions générales du concours étaient les suivantes :
Chaque concurrent était pourvu d'un réservoir couvert, en métal uniforme et de même capacité, disposé parallèlement et à air libre, mais séparé des voisins par des cloisons à égale distance et d'égale hauteur : chacun pouvait choisir son combustible, mais à condition d'égalité dans la dépense et la qualité. Les réservoirs étaient mis en communication avec la chaudière par des tuyaux d'égale longueur et d'égal diamètre. L'allumage des feux avait lieu au même moment, et les mesures de la température obtenue, de la durée, de la régularité, de la rapidité du chauffage, enfin l'économie, la solidité de l'appareil devaient entrer en ligne de compte dans la décision du Jury.
Pour des causes que nous n'avons pas à apprécier ici, le concours n'eut pas lieu, mais l'intérêt du sujet reste entier, et il est à espérer que des ingénieurs compétents viendront élucider ces questions si intéressantes pour l'horticulteur.
DES JARDINS D'HIVER OU SERRES d' APPARTEMENT.
La mode des serres d'appartement, très en faveur dans les pays du nord de l'Europe, se répand chez nous de plus en plus. Une habitation ne semble pas complète si elle n'est ornée de fleurs ou du moins de ces plantes vertes si rustiques et si faciles à conserver, même dans nos étroites demeures. Beaucoup de propriétaires, désireux de se donner le luxe d'un petit jardin suspendu, hésitent en présence des difficultés apparentes de la construction. En effet, il faut prévoir bien des choses auxquelles on ne pense que quand la serre est presque terminée. Nous allons donner quelques idées générales qui guideront l'amateur et l'aideront à satisfaire son goût des choses de la nature.
Nous supposons la serre placée à l'un des étages d'une maison sur des solives ordinaires et pouvant recevoir en abondance deux des éléments indispensables à une bonne végétation : l'air et la lumière.
On songera d'abord à l'arrivée d'un tuyau d'eau pour les arrosements, tuyau qu'on aura soin de mettre à l'abri de la gelée par les moyens habituels, c'est-à-dire, une double enveloppe remplie de sciure de bois. On avisera ensuite au départ des eaux d'arrosement et de nettoyage. En effet, si l'on veut conserver des plantes au milieu d'habitations où volent les poussières de tout genre, on sait qu'il est indispensable de faire des lavages de feuilles fréquemment et des bassinages répétés, surtout en été. Il va sans dire que dans l'intérêt des plantes comme dans celui des habitants, les jardins d'hiver seront toujours complètement isolés des appartements par des cloisons vitrées.
Une fdis ce premier point déterminé, de quelle matière ferons-nous les boites ou caisses à fleurs? De tous les matériaux, le plus commode, le plus facile à entretenir est la terre cuite, qu'on peut varier en dessins et dimensions de tout genre. Les métaux s'oxydent à la longue; les bois se gonflent et se pourrissent, les fantaisies en bambous sont des nids à poussière et à insectes : seule, la terre cuite ne s'altère jamais. La figure 247 indique un des genres fabriqués par
sera recouvert d*une fenille de plomb ou de zinc. Puis, sur ce fond imperméable, on posera des caisses en zinc, d'une longueur de i m , 50 au plus. Ces caisses seront percées en bas de quelques trous et auront
par devant un léger bourrelet. Par derrière, le zinc remontera de m ,10 plus haut que la bâche, contre le mur, qu'il protégera pendant les binages et les arrosements : chaque caisse sera raccordée avec sa voisine par une petite bande mobile à recouvrement cachée par la terre. L'écartement des parois sera maintenu par de petits tubes de m ,02 à ro ,0'4, soudés à la caisse par leurs deux extrémités de distance en distance; on étendra au fond les racines des mottes de terre de bruyère renversées pour assurer un drainage facile et favorable aux plantes. Sur le devant de la caisse on plantera du lycopode en bordure, au milieu et au fond des plantes vertes, des camélias tapissés; puis, dans les intervalles, en hiver, des primevères, des bruyères, etc., suivant la saison. Ce changement peu coûteux de fleurs variées animera l'aspect général des bâches, surtout pour les jours de réception.
Avant la plantation, nous avons â prévoir bien des choses, si Ton veut préserver des plantes qui ne doivent entrer dans la serre que quand tout ouvrier, peintre, maçon, fumiste, gazier aura disparu. Il faudra penser au soleil brûlant de l'été, c'est-à-dire, préparer des ouvertures nombreuses qui devront toujours être disposées du dedans au dehors et fermées hermétiquement pour l'hiver. La serre sera recouverte en haut et sur le côté de claies roulantes fortement attachées. On songera aussi à se réserver un petit abri pour serrer les outils indispensables au service : arrosoir, tuteurs, éponges, sécateur, fil de plomb, etc. Une entrée sera prévue pour le passage des fleurs et du jardinier sans salir les appartements ; sur les murs on disposera les treillages cloués sur des cales à 2 centimètres de distance pour faciliter le palissage des plantes et leur ventilation. Dans les axes des portes on appliquera des glaces, isolées du mur de quelques centimètres, entourées d'un cadre en bois découpé et protégé en haut par une bavette en plomb.
Il nous reste à dire quelques mots de l'éclairage et du chauffage, deux questions assez difficiles, et différentes suivant les lieux et les besoins. Quand on pourra disposer de l'étage inférieur, il vaudra mieux y installer le chauffage; je dirai plus, il faudrait faire descendre les bâches en sorte de ne les faire saillir sur le sol que de m ,30 environ par une bordure en pierre dure, à moulure ou en terre cuite (fig. 249). La serre paraîtra plus grande et les plantes seront vues d'un point plus favorable, c'est-à-dire plus élevé. Le chauffage, au-
tant que possible, se fera avec de l'eau chaude combinée avec l'air chaud pour les grands froids, ou bien avec des poêles à combustion lente qui n'exigent pas de soins fréquents ; on n'oubliera pas les thermomètres à minima, placés dans les points les plus froids de la serre pour s'assurer que le chauffage est suffisant pendant les longues nuits d'hiver. Afin d'éviter l'aspect toujours fâcheux des tuyaux dans une serre-salon, on les placera dans une gaine revêtue de zinc, avec pente convenable, et couverte d'une grille posée sur fers cornières. Les tuyaux seront mis en communication avec une chaudière placée
Fig. 249.
en sous-sol et, au besoin, on y joindra un grand réservoir pour emmagasiner la chaleur.
Le mobilier de la serre devra être léger, confortable ; si l'on a la place et les soins nécessaires, un aquarium, une volière compléteront l'ornementation et' s'harmoniseront bien avec les plantes. Quant à l'éclairage, on sait combien il est difficile de l'obtenir suffisant faute de parois réfléchissantes. Si l'on choisit un lustre à gaz, ce qui n'a nul inconvénient, puisqu'une serre n'est allumée qu'accidentellement, il faut que le lustre soit recouvert d'un métal inoxydable, platine, nickel, or ou argent, sans quoi l'humidité de la serre oxyderait et détruirait les becs en quelques semaines. Les lustres tout en
cristal sont préférables aux autres comme effet et comme entretien. On aura prévu au plafond des tire-fonds pour y suspendre des corbeilles de plantes appropriées et au milieu le lustre à gaz. Nous terminerons en recommandant, pour le sol, des mosaïques ou des terres cuites non émaillées et recouvertes de nattes de Chine en été. Quant à la peinture, les murs seront en vert d'eau très-tendre pour le fond, plus foncé pour le treillage et les bois découpés. Les plantes fourniront le troisième ton, d'un vert sombre, qui ressortira à merveille sur les fonds clairs. Nous ne disons rien ici de la plantation. Depuis que le goût des plantes vertes s'est répandu chez nous, les serres de nos horticulteurs offrent des choix de palmiers, dracœnas,
Fig. 250.
cocotiers, camélias, bananiers, etc., avec lesquels lin homme de goût saura facilement combiner les effets les plus pittoresques.
Nous donnons ici des exemples des principales formes de serres ou de jardins annexés aux habitations. Les figures 250 et 251 indiquent un jardin placé au rez-de-chaussée et permettant les bâches et le chauffage de la fig. 249. Les figures 252 et 253 supposent le jardin d'hiver suspendu au premier étage et formant galerie de communication entre
Fig. 251.
diverses pièces. Cette disposition, fort usitée aujourd'hui, peut varier à l'infini ; c'est l'annexe indispensable d'un boudoir ou d'un cabinet de travail.
Les figures 254 et 255 s'appliquent à un rez de-chaussée^[élevé;
Fig. Ï56.
les panneaux et les portes sont mobiles et peuvent s'enlever pour l'été.
Dans la figure 256, on trouvera une excellente disposition, que j'ai fait appliquer comme annexe d'un salon et d'une salle à manger. En Russie et dans le nord de l'Europe, on place souvent les plantes dans les appartements eux-mêmes. Chez nous, il est préférable, pour une foule de motifs, de séparer les pièces par de larges baies vitrées de
2 ra ,50 à 3 m , pouvant s'enlever lors des jours de réception. La fig. 256
Fig. 257.
indique un billard en sous-sol et un escalier en fer à double révolution pour communiquer avec le jardin.
Fig. 258.
Enfin, dans nos villes fumeuses, à rues étroites et mal aérées, il sera quelquefois bon d'installer son jardin sur le toit (fig. 257 et 258),
en prenant les précautions d'usage pour éviter l'humidité dans les étages inférieurs, c'est-à-dire, en étendant sur le plancher une feuille de plomb avec pente convenable. On la recouvrira de nattes et de tapis. Tout autour seront disposées des caisses variées avec plaques d'émail, en bambous ou terre cuite, que l'art parisien sait si bien combiner aujourd'hui. On tachera de se réserver en dessous un petit cabinet de débarras pour y déposer les ustensiles de jardinage ; on utilisera les colonnettes-supports formant sofas à la base pour les plantes grimpantes et pour les suspensions assorties aux meubles. Les photographes ne doivent pas avoir seuls le monopole des terrasses lumineuses. Il y a là, pour les personnes sédentaires, une vraie source de jouissances sous la main : on pourra comme en Russie établir des vitrages doubles du côté du nord et la chaleur des escaliers, l'utilisation de la cheminée des cuisines, au besoin un petit thermosiphon établi en dessous, dans le cabinet de débarras, permettront d'obtenir la température désirable.