DU CHAUFFAGE DES COLLÈGES
Lorsqu'on étudie l'installation d'un collège au point de vue du chauffage, on est frappé d'une chose, c'est que, si les besoins de ventilation sont permanents, ceux du chauffage sont essentiellement intermittents, puisque dortoirs, salles d'études, classes, réfectoire, sont tour à tour occupés temporairement. Il en résulte que si on a des chauffages spéciaux pour chaque pièce, le service des foyers devient très-compliqué, très-dispendieux et le chauffage est presque toujours imparfait, quand il n'est pas insalubre.
De ces observations découle naturellement la nécessité d'avoir recours à un calorifère général, comme ceux que nous avons décrits précédemment et qu'on munira de clefs indiquant au départ l'heure et la durée du chauffage pour chaque partie de l'établissement. Tout devient ainsi simple, économique et facile, si la personne chargée du service observe exactement sa consigne indiquée jour par jour sur un tableau spécial. Les figures 303 et dOk représentent en petit les moyens qu'on peut employer pour la majorité des collèges dont les bâtiments, comme ceux des casernes, sont très-souvent divisés en deux par un couloir donnant accès aux classes. Pour les collèges ainsi disposés, on n'aura qu'à envoyer une conduite de chaleur débouchant dans chaque pièce vers le mur extérieur. L'air vicié sera appelé en contre-bas dans une gaîne collective, renfermant les tuyaux de fumée et un poêle de renfort pour la ventilation d'été. Il faudra dans le choix du calorifère s'occuper surtout de la question de salubrité, à cause de l'âge des élèves et de la nature de leurs occupations. Si l'on veut faire les choses complètes, on établira dans toutes les pièces des bouches d'appel se réunissant dans une gaine collective *iauffée par un fourneau spécial; mais cette disposition indispensable
dans un hôpital, le devient moins dans un collège où les habitants sont souvent en mouvement et où les pièces ne sont occupées que par intervalles. Au contraire, la ventilation sera de toute nécessité dans les dortoirs où l'élève passe le tiers de la journée. Ces dortoirs devront avoir leurs fenêtres ouvertes pendant tout le jour, surtout lors des nettoyages ; les literies et matelas seront souvent retournés et exposés à l'air; la nuit, une ventilation spéciale, partant des plafonds, sera réglée et activée par des becs de gaz qui serviront en même temps à éclairer les lieux environnants. Il ne sera pas indispensable de chauffer les dortoirs, mais il faudra chauffer la pièce aux lavabos contiguê, ceux-ci ne devant jamais être placés dans les dortoirs à cause des émanations qu'ils entraînent. A défaut de gaz, les gaines de ventilation des dortoirs iront aboutir au tuyau de cuisine, dont la chaleur est toujours intense et durable. Les précautions hygiéniques indiquées pour toutes les écoles sont à observer ici, mais il y a, en outre, des besoins spéciaux, sur lesquels il est nécessaire d'appeler l'attention et qui se rattachent au but de ce livre. Je veux parler des bains qu'on trouve rarement installés dans les collèges et qu'il sera très-facile d'obtenir, à peu de frais, en utilisant la fumée des fourneaux comme nous l'avons indiqué pour les habitations particulières. Seulement les réservoirs seront ici plus considérables et leur disposition devra se rapprocher de celle qu'on observe dans l'industrie pour multiplier les surfaces de chauffe. Lorsqu'un collège est très-fréquenté, les salles de bains sont presque toujours insuffisantes et les études absorbent le temps des élèves, au point de leur laisser à peine le strict nécessaire pour les soins les plus urgents de la toilette. Périsse le corps plutôt que le latin et le grec! Alors, prenons un terme moyen et adoptons un système qui aura pour lui tous les avantages, celui de faire prendre de bonne heure à l'élève des habitudes de propreté générale, de n'exiger que peu de temps et d'avoir une efficacité réelle comme nettoyage de corps, je veux parler des douches si usitées dans la race anglaise. On établira à côté des dortoirs, des salles chauffées, à fond imperméable, sur lequel on posera les planchers à claire-voie (fig. 267). Tout autour de la pièce seront installées des douches froides ou tièdes, selon la saison, et l'élève apprendra ainsi que la toilette ne consiste pas, ainsi que le font beaucoup de personnes, à se laver seulement le visage et les mains comme cela se fait au collège. Sur la couche de ciment ou sur la
feuille de plomb couvrant les planchers et relevés sur les bords, on appliquera contre les murs et jusqu'à hauteur d'homme, de grandes
plaques de verre double, d'ardoises ou de faïence émaillée : les robinets à bascule de chaque douche, placés à un mètre de distance, seront manœuvres par un cordon. Rien de plus simple, de plus rapide et de plus efficace.
On réservera les grands bains pour les constitutions particulières et on installera au rez-de-chaussée des bains de pieds fixes, alimentés par un bassin de mélange et un tuyau unique. Le remplissage, la vidange, tout se fera en même temps au-dessus d'un caniveau de fonte.
Il y a, dans les collèges, des installations de lieux d'aisances qui, presque partout, font concurrence aux casernes pour Tinfection et la mauvaise tenue. Nous parlerons plus loin de cette question : qu'il nous suffise de faire remarquer ici, une fois de plus, que le latin absorbe tellement les administrations des collèges que les lois de l'hygiène et de la dignité humaine ne viennent qu'après. Ne sont-ce pas là cependant les premiers préceptes à inculquer aux élèves, avant de leur faire connaître les hauts faitsdeSémiramisoude Sésostris ? Et ne serait-il pas aussi utile de forcer l'homme à comprendre dès son enfance que la propreté est une vertu?
Fig.267.