DU CHAUFFAGE PAR LE SOL
Nous avons vu, en étudiant l'histoire du chauffage, que les Chinois d'abord, puis les Romains, avaient l'excellente habitude de chauffer le sol et l'on comprendra facilement quel avantage on y trouve au point vue de la propreté et de la salubrité, car aucune fumée, aucune poussière ne pénètre dans les pièces. De plus, c'est un excellent moyen d'obtenir une chaleur durable et régulière, puisque semblable au volant qui emmagasine la force, dans une machine à vapeur, le sol, très-mauvais conducteur de sa nature , retient la chaleur trèslongtemps. On a, en outre, l'avantage comme dans les poêles allemands d'utiliser presque toute la fumée avant qu'elle ne se perde dans la cheminée. Avec les poêles ordinaires, l'air chaud monte immédiatement au plafond, et, chose des. plus fâcheuses, nous laisse les pieds dans une couche plus froide que celle de la tète. C'est surtout dans les théâtres que cette différence de température est frappante, et où l'on n'obtient l'effet contraire qu'au moyen de la ventilation renversée par l'appel d'un foyer.
Dans les temps modernes et avant l'invention du thermosiphon, on chauffait les serres par des circulations de fumée (fig. 235), enfin tout récemment, dans la guerre d'Amérique, ce moyen (fig. 261) a été employé pour le chauffage des ambulances sous tentes.
Puisqu'au point de vue de rhygiène et de l'économie, il y a de grands avantages, n'est-ce pas le cas de se demander, si malgré la disposition moderne de nos demeures , il n'y aurait pas moyen de faire des applications plus nombreuses du chauffage du sol? Pour moi, j'ensuis persuadé; ces applications peuvent être beaucoup plus nombreuses qu'on ne le pense et il y a lieu d'y avoir recours, surtout pour les églises à sol humide, les écoles, les ateliers, les serres, les vestibules, les passages à rez-de-chaussée de certaines habitations. Il va sans dire que ce moyen ne peut s'appliquer aux pièces où le renouvellement de l'air ne s'obtient pas en même temps que le chauffage et il sera indispensable dans ce cas , comme on le fait dans l'emploi de l'eau chaude, de disposer dans le haut des pièces des ouvertures réglées suivant les besoins.
Le mode d'installation est tout ce qu'il y a de plus primitif. Un
foyer quelconque, pouvant brûler des détritus et des combustibles de toute espèce, sera placé en dehors, en sous-sol : sa fumée circulera dans un conduit en briques» ou en pierre, à l'abri de tout corps combustible, jusqu'à l'extrémité de la pièce à chauffer, puis la fumée reviendra au point de départ , où se trouvera placé, soit un foyer d'appel, soit un branchement du foyer lui-même qui, lors de l'allumage, servira à chauffer le tuyau de fumée. Les dalles formant recouvrement pourront se poser sur des fers cornières avec joints de sable fin ou de terre à four. On donnera une légère pente au conduit de chaleur et au départ près du foyer. Leur épaisseur sera augmentée puisque la chaleur y est plus intense. On a du reste des exemples de ce moyen appliqué aux serres au commencement du siècle, avant l'invention du thermosiphon. On laissera aux angles des ouvertures mobiles pour le nettoyage. Sur le dessus des conduits de fumée, au lieu des mosaïques romaines, on posera des carreaux que l'industrie moderne sait aujourd'hui varier et orner à l'infini. Combien de nos pauvres églises de village seraient assainies à peu de frais et éviteraient la déperdition des objets du culte par l'humidité, si l'on adoptait ce simple moyen de les chauffer le dimanche matin !