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DEFINITIONS ET PRINCIPES

Dans la première partie de ce travail, nous avons décrit les moyens employés en divers temps et en divers pays pour élever artificiellement la température ; nous en avons montré la nécessité pour entretenir la vie animale et végétale ; puis, après avoir étudié les combustibles, nous avons posé les règles qui doivent guider les constructeurs au point de vue hygiénique et au point de vue économique, soit qu'ils transmettent la chaleur par l'air, par l'eau ou par la vapeur; enfin, nous avons étudié les divers appareils qui ont été inventés à diverses époques pour chauffer les habitations.

Parmi les nombreuses applications de la chaleur à nos besoins, une des plus importantes est celle qui se rattache à la ventilation, puisque celle-ci a lieu généralement par des appareils de chauffage. Ces deux questions sont deux sœurs jumelles, inséparables, agissant ensemble et produisant l'une par l'autre des effets multiples. Sans vouloir traiter ici la grande question qui, encore à l'heure qu'il est, divise le monde savant, je veux dire la préférence à accorder à la ventilation naturelle sur les moyens artificiels appliqués à l'aération des hôpitaux et des grandes agglomérations d'hommes, nous rappellerons en peu de mots l'état présent de la question parmi les ingénieurs et les savants.

Mais, auparavant, il ne sera pas inutile de bien s'entendre sur la valeur des mots. Pour nous, ventilation signifiera: déplacement d'air plus ou moins vicié dans une enceinte close et son remplacement par de l'air pur. Le mot de ventilation emporte l'idée de mouvement : une soupape, une ouverture quelconque ne peuvent forcer l'air à se déplacer ; elles ne peuvent agir que pour diriger ou régler un courant. On voit qu'on donne ordinairement, et bien à tort, le nom de ventilateurs aux vasistas ou aux inventions sans nombre ayant pour effet unique de faciliter l'arrivée ou la sortie de l'air. Pour nous, le ventilateur sera : la force motrice naturelle ou artificielle, la chaleur ou le mécanisme déterminant le déplacement d'air.

La ventilation est dite naturelle ou artificielle. La première est celle qui a lieu par la différence de densité de la température intérieure et extérieure d'une pièce ou par la force des vents. On comprend de suite qu'elle est incertaine et variable comme la température et que ceux qui comptent sur elle seule pour les hôpitaux ou pour les grandes réunions d'hommes, surtout en été, où la ventilation est le plus nécessaire, s'exposent à de grandes déceptions.

La ventilation artificielle est celle que l'on opère au moyen de la chaleur dans une gaine d'appel ou par un moteur mécanique comme dans les mines, les usines ou les ateliers : dans ce dernier cas, le renouvellement de l'air peut se faire par aspiration et par pulsion ou insufflation.

Ceci posé, nous verrons que chacun de ces moyens a ses applications particulières, suivant les cas : nous aurons à examiner où doivent être placés les orifices d'arrivée ou d'extraction de l'air, selon les saisons, selon les lieux à ventiler et la force dont on dispose. Rien en ceci, comme en toute chose ici-bas, n'est absolu. Tantôt les orifices d'arrivée seront en bas et les bouches de sortie en haut : c'est la ventilation ancienne, celle que fait la nature ; c'est la plus simple et pas toujours la meilleure. Tantôt les bouches d'arrivée seront en haut et celles d'extraction en bas : dans ce cas, la ventilation est dite renversée et par appel ; c'est celle qui est appliquée dans les mines depuis un temps immémorial. Enfin, l'arrivée et l'extraction de l'air peuvent avoir lieu par en bas, à condition d'être placées à l'opposé • Tune de l'autre , de manière à causer un déplacement aussi efficace que possible de l'air vicié; c'est cette ventilation qui a lieu dans nos appartements, quand les bouches d'arrivée du calorifère

sont jointes à l'action d'un foyer de cheminée qui sert de bouche d'extraction.

Il y a quatre moyens de déplacer l'air dans une enceinte close :

1* En faisant communiquer cette enceinte avec une cheminée d'appel où Ton entretient un foyer allumé, puis, en alimentant l'enceinte avec de l'air neuf chauffé ou rafraîchi suivant les saisons : nous verrons plus loin la place à donner aux bouches d'arrivée ou d'appel et leur influence sur les résultats à obtenir ;

2° En injectant de l'air par pulsion, au moyen de ventilateurs mécaniques ;

3° En plaçant le ventilateur à la sortie de l'enceinte et en le faisant agir par aspiration ;

4° En produisant cette aspiration par un jet d'air comprimé qui agit par entraînement, soit à l'entrée, soit à la sortie.

Chacun de ces moyens a ses applications suivant la disposition des lieux et le but qu'on se propose.

Les avantages de l'appel sont les suivants :

1° C'est la ventilation la plus simple et la plus naturelle; tantôt elle agit de bas en haut par la différence do densité des couches gazeuses ; tantôt elle agit en contre-bas, sous l'appel d'un foyer que le premier manœuvre peut allumer et diriger à son gré sans autre dépense que le combustible, une fois les gaines bien établies ;

2° Elle n'exige pas, comme les autres systèmes, l'intervention d'ouvriers spéciaux, de mécaniciens, qu'on n'a que dans les usines, à moins qu'il n'y ait déjà une machine dans l'établissement ;

3° On extrait l'air vicié directement du point où il se produit et cela plus sûrement que par l'insufflation qui écarte et disperse les miasmes sans leur imprimer une direction déterminée ;

4° Enfin, elle est plus économique pour les petites vitesses, surtout si les gaines sont établies dans des proportions convenables et si le service des foyers ou de la force ventilante est assuré. Cette force étant produite par la chaleur, on fait concourir la fumée des foyers, c'est-à-dire une partie de la dépense, au profit de la ventilation, en faisant passer la fumée dans une double gaine.

Par contre, on reproche à l'appel :

1° Dans les habitations privées, de contrarier le tirage des cheminées ;

2° D'attirer dans les pièces les odeurs des cuisines et des cabinets ;

3° Dans les théâtres, de détourner les ondes sonores vers le lustre, de produire des courants d'air dangereux, et en tout cas désagréables, par les portes des loges et de causer une différence de température en haut et en bas de la salle, à moins qu'on n'ait recours à l'appel en contre-bas ;

4° Dans les amphithéâtres, d'obliger à fermer toutes les ouvertures extérieures, autrement l'appel aurait lieu, non sur l'air de la salle, mais sur celui du dehors et le but de la ventilation serait manqué en partie ;

5° Dans les hôpitaux, de faire introduire dans les salles les émanations des cabinets et des couloirs, l'air froid des fenêtres, enfin de mêler les miasmes des malades ;

6° D'exiger des gaines de grandes dimensions pour obtenir économiquement de petites vitesses.

Les partisans de la ventilation par injection prétendent : 1° Que l'on peut mieux commander â la qualité et à la quantité de l'air introduit, quand même il y aurait ouverture accidentelle des portes et des fenêtres : on peut le faire arriver au point précis où il est nécessaire et par des conduits de faible diamètre, ce qui dans les navires et dans les mines est un incalculable avantage. On en voit un

exemple dans la figure 274 où, dans les écoles, Pair arrive par un petit tube A et s'étale au-dessus du pupitre à travers la grille B, pour éloigner de chaque élève les émanations voisines. Le même moyen a été proposé pour les hôpitaux (lig. 275 et 276);

2° On a moins de chances d'incendie par les foyers ;

3° On évite les hautes et dispendieuses cheminées d'évacuation ; 4° Pour certains magasins à ouvertures larges et constamment en mouvement, on assure la rentrée de l'air neuf choisi au point convenable et on évite les poussières des voies publiques-

On voit qu'il y a beaucoup à dire sur les différents systèmes de ventilation et que Ton est loin d'être d'accord. En fait, la question ne comporte pas de solution absolue, car elle dépend d'une foule de circonstances, de la nature des lieux, du genre de besoins ou du but

Fig. 274.

à satisfaire et des moyens dont on dispose. Ainsi, dans l'industrie, si Ton peut utiliser le tirage d'une haute cheminée, le mode d'appel

Fig. 275.

sera naturellement indiqué. Si l'on a affaire à une salle de spectacle, il faudra combiner l'injection et l'aspiration. On peut en conclure que le proverbe « In medio veritas » s'applique à nos études comme à tant d'autres choses en ce monde.

Quant à nos habitations , en général, le moyen le plus simple et le plus naturel semble consister dans des ouvertures placées à la partie inférieure d'un côté de la pièce et dans d'autres ouvertures placées à l'opposé près du plafond. On sait que l'air respiré est chaud, par conséquent plus léger que l'air frais et qu'il tend à monter : il en est de même des produits de la combustion des appareils d'éclairage Rien donc de plus facile, en apparence, que de donner une issue par en haut à l'air vicié de nos habitations. Mais il s'en faut de beaucoup, dans la pratique, que les choses se passent comme on le suppose. On

Fig. 276.

ne tient pas assez compte des variations continuelles de la température extérieure et de la direction des vents, de telle sorte que, la plupart du temps, ce qu'on a cru être une issue à l'air vicié, n'est au contraire qu'un orifice d'entrée, causant dans une foule de cas des refroidissements et des courants intolérables. C'est pourquoi dans quelques grands édifices, comme l'Opéra de Vienne ou les chambres du Parlement à Londres, on a mis dans les cheminées d'évacuation des hélices ou des ventilateurs pour assurer la sortie de l'air vicié. Au premier abord, l'art de chauffer ou de ventiler est fort simple, mais l'art de chauffer et de ventiler convenablement est très-difficile : et cependant, de lui dépend souvent, non- seulement le comfort, mais la santé elle-même des hommes ou des animaux réunis dans des enceintes closes. En outre, l'architecte ,ne fait pas toujours ce qu'il veut. Le propriétaire l'arrête à chaque instant par la question de dépense : il ne voit que l'intérêt de son capital et ne s'occupe qu'accessoirement de la question de salubrité que, pour ma part, j'appelle ici une question d'humanité.

Les trois instruments que l'on emploie, pour juger des effets d'un système quelconque de ventilation, sont les suivants :

En premier lieu, Y anémomètre : il y en a de plusieurs sortes ; M. Combes, le général Morin, M. Neumann ont perfectionné cet appareil. Il consiste essentiellement en un moulinet, formé de quatre ailes planes en mica, montées sur un axe horizontal muni d'une vis sans fin qui transmet le mouvement à des roues dentées, disposées comme celles d'une montre, pour indiquer le nombre de tours parcourus par le moulinet.

Après l'instrument destiné à mesurer la vitesse de l'air vient le thermomètre que tout le monde connaît, mais dont les renseignements sont pour nous des plus trompeurs en ce qu'ils n'indiquent que la température de l'air, tandis que sa qualité et sa composition est ce qui nous occupe avant tout.

Puis vient l'hygromètre, qui nous donne l'indication du degré d'humidité de l'air: mais, là encore, nous n'avons qu'une indication accessoire qui n'a qu'une utilité limitée.

Enfin, nous avons ce que les Anglais appellent le « Nose test » ou le sens de l'odorat, qui, mieux que tout le reste, sert, à certaines personnes, à indiquer la pureté de l'air. En somme, nos moyens pra-

tiques sont loin d'être parfaits pour nous faire juger, au point de vue hygiénique, de la qualité de l'air respirable.

Faire entrer, sortir, circuler à volonté un corps aussi léger, aussi fluide, aussi élastique que l'air, un corps de densité aussi différente que les gaz qu'il doit déplacer, un corps enfin qui, en dehors du pouvoir ventilant, est soumis à tant d'influences diverses, comme la respiration humaine, l'état de santé des personnes présentes, la combustion du foyer, l'éclairage de la pièce, l'ouverture des portes, etc., c'est là, on le conçoit, un problème des plus difficiles. Le déplacement de l'air nécessaire à la santé est bien autrement compliqué que les phénomènes que nous observons, par exemple, dans les végétaux, où la circulation de la sève ascendante et descendante a lieu sous l'influence de l'endosmose et par l'évaporation de l'eau à la surface des feuilles, évaporation qui fait appel sur les racines. Dans les animaux, la circu lation du sang artériel et veineux a un moteur merveilleux, le cœur, dont les contractions puissantes font appel au sang vicié ou veineux pour faire refluer dans tout l'organisme le sang artériel oxygéné dans nos poumons. Dans les deux cas précédents, il y a des forces naturelles très-faciles à saisir. Au contraire, dans la circulation de l'air pour les besoins de l'homme, quand cette circulation se trouve gênée par les obstacles artificiels que nous lui créons, elle ne peut avoir lieu que par deux causes, ou bien par la différence de densité de l'air extérieur et intérieur, ou bien par des appareils mécaniques. Tous les soi-disant ventilateurs-fumifuges-aspirateurs à hélice que Ton a préconisés et brevetés vingt fois en divers pays et sous des noms différents, sont tous sujets au même inconvénient, c'est-à-dire, à l'incertitude et l'irrégularité du pouvoir ventilant qui augmente souvent ou diminue à l'inverse des besoins.

Il ne faut pas oublier que l'air nous affecte bien moins par sa température que par sa composition, par son degré d'humidité, et surtout par le mouvement dont il est animé. Ce dernier point est de la plus haute importance. Ainsi, vers les pôles, on peut supporter assez facilement des températures de 30 à 35 degrés au-dessous de zéro, quand l'air est calme; mais qu'il soit agité et le froid devient intolérable. De même, à l'équateur, avec des brises de mer, on supporte plus facilement 40 à 45 degrés, que l'on n'en supporte 25 dans l'air stagnant et vicié d'une ville. On sait que pour que la transpiration cutanée s'effectue régulièrement, il faut que l'humidité de l'air soit dans des li-

mites moyennes. Trop considérable, la vapeur d'eau diminue la transpiration pulmonaire et cutanée, et peut causer de grandes maladies : trop faible, elle permet à l'air d'enlever trop d'humidité à nos organes et cause des maux de tête. On sait aussi qu'une température chaude et sèche sera plus facilement supportée que la même température humide; de plus, l'air en mouvement, soit parce qu'il cause un surcroît d'évaporation et, par conséquent, de froid à la peau, en faisant de notre corps un alcarazas, soit par le fait même du déplacement de l'air vicié, sera plus facilement supporté que ne le serait de l'air moins chaud, mais stagnant. On souffre beaucoup moins de la chaleur dans certains climats tropicaux, quand les lieux sont bien ventilés, que dans nos villes, où l'air moins chaud, mais vicié et concentré dans de hautes murailles, ne peut se déplacer qu'avec lenteur.

L'une des erreurs les plus répandues et qu'il importe de signaler, c'est la confiance qu'inspire, pour une chambre de malade, par exemple, la désinfection de l'air, qu'il ne faut pas confondre avec son renouvellement. En effet, enlever à l'atmosphère d'une pièce son odeur, en masquant cette odeur par une plus forte, ce n'est pas lui rendre ce qui lui manque, c'est-à-dire, ses propriétés vivifiantes. Il peut y avoir bénéfice pour l'odorat, il n'y en a pas pour la respiration et pour la santé. D'ailleurs, l'air est comme l'eau : cette dernière, pour être bonne, doit être inerte, inodore, insipide : de même pour l'atmosphère, à moins qu'on ait à recourir à des émanations résineuses, par exemple, l'air le meilleur est celui qui ne sent rien.

Depuis D'Arcet, le véritable père de nos progrès modernes en chauffage et en ventilation, bien des moyens ont été proposés pour obtenir un déplacement de l'air. Quelques-uns sont primitifs ; on fait évacuer une pièce quand l'atmosphère devient intolérable, on ouvre les fenêtres un instant, puis on rentre quand l'air en est renouvelé : d'autres fois on ouvre des vasistas dans le haut, au risque de doter de fluxions de poitrines ou de rhumatismes les personnes assises près des fenêtres. Tout cela n'est pas la solution du problème. Recourir à la ventilation naturelle pour nos grandes réunions, c'est prendre la question à l'envers.

Pratiquement, la ventilation se résume dans l'appréciation du volume d'air à renouveler en un temps déterminé suivant les causes d'altération de l'air, et dans la quantité de chaleur à produire ou à

déduire suivant ce volume et suivant la différence en plus ou en moins que Ton veut obtenir entre la température extérieure et intérieure. Dans le plus grand nombre des cas, la véritable solution du problème est dans la ventilation renversée, celle qui consiste à faire circuler l'air de la pièce à ventiler, contrairement à son mouvement naturel, c'est-à-dire de haut en bas. C'est le seul moyen d'obtenir un renouvellement de l'air aussi complet que le permet l'agitation de cet air, provenant de causes étrangères à la ventilation, comme les ouvertures des portes, la circulation des personnes présentes, etc.

Au contraire, par l'appel direct, c'est-à-dire, quand on laisse l'air chaud suivre son mouvement naturel, soit de bas en haut, on semble ne se proposer que, la plus mauvaise solution du problème, c'est-àdire, faire passer dans la pièce à ventiler un volume d'air nouveau, dans un temps donné, en déplaçant le moins possible l'air vicié préexistant dans la pièce, et de la manière la plus contraire à notre bienêtre. C'est précisément ce qui arrive dans nos théâtres actuels ; on établit un vaste courant partant de la scène et allant s'engouffrer dans le trou du lustre où le sollicite un puissant appel qui a pour effet de faire dévier les ondes sonores et de geler les spectateurs des loges dès qu'on en ouvre les portes.

On a fait à la ventilation renversée plusieurs objections :

1° Si l'on n'allume pas le foyer, c'est-à-dire la force motrice qui est une cause de dépense, il n'y a pas de ventilation ;

2° L'air qui sort de nos poumons étant à 38 degrés, et l'air de la pièce à 18 ou 20, les produits de la respiration tendent à monter, puis sont ramenés en bas par l'appel, il y a donc tendance à ce qu'ils soient respires deux fois.

A ces deux objections il est facile de répondre. Sans doute, on peut supprimer la force ventilante ; mais la question ici est de savoir, non pas s'il y aura ventilation, mais quel est le meilleur moyen de l'obtenir d'une manière rationnelle. Quant aux produits de la respiration, le courant insensible allant de haut en bas entraîne loin de nous, et régulièrement, les produits de la respiration, bien plus sûrement que par l'appel contraire, puisque les gaz acides carboniques, produits de la combustion et de la respiration, tendent eux-mêmes à descendre, par leur poids supérieur à celui de l'air.

Il est bien entendu que la ventilation renversée est applicable surtout quand on aura à éviter des courants gênants et dangereux,

comme dans un bal, une assemblée en amphithéâtre, dans un théâtre même. Hais, comme toutes choses en ce nfonde, elle a son revers, c'est-à-dire qu'elle exige une force artificielle, une attention donnée à un foyer, sans quoi la ventilation devient nulle, et l'air chaud, suivant son mouvement naturel de bas en haut, l'aération n'a pas lieu s'il n'y a pas d'orifices de sortie aux parties supérieures ; c'est au constructeur à peser tout cela suivant le cas et les besoins. L'inconvénient dont je parle peut se produire et s'est produit souvent dans un théâtre dont le plafond est fermé, comme le théâtre Lyrique, où Ton négligeait d'allumer les foyers d'appel.

En fait, la ventilation renversée n'est que l'application à nos habitations de la plus ancienne méthode d'aération, celle des mines. En effet, dans ces dernières, l'air pur entre par le puits A, par exemple

(fig. 277), vient balayer toutes les galeries de la mine, pour remonter en B sous l'influence du puissant appel d'un foyer C.

Pour nos lieux de» réunion, le principe est le même : élargissez le tube A de la largeur de la salle à ventiler, et ajoutez extérieurement une gaine d'ascension B, ce sera la ventilation renversée des mines. Cette méthode a déjà été employée avant 1844, à Londres, dans la prison modèle de Pentonville, où Ton a voulu appliquer le système cellulaire : on y a fermé toutes les issues par lesquelles les prisonniers pouvaient communiquer entre eux, et l'air arrivant par une grille placée sur l'un des côtés supérieurs de la cellule ressort par le bas, à l'opposé,

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Fig. 277. même système en 1837, pour la venti-

lation de la Chambre [des communes , comme le montre la figure 278, où l'air chaud devait descendre par des gaines à travers le plafond et sortir par le sol sous rappel d'un foyer. L'éclairage devait avoir lieu par des pendentifsfA, garnis de verres ornés et dépolis, puis par les corniches B, où circulait une rampe de becs de gaz : c'est là

l'origine des plafonds lumineux, et nous en verrons l'application, faite sur une large échelle en Angleterre, dans l'éclairage des clubs, esca-

Fig. 278.

liers, musées, salles de lecture, etc. Dans ces derniers temps, ces principes ont été appliqués à Paris au Conservatoire des arts et métiers et à la Chambre des députés, contrairement aux idées reçues sur la ventilation naturelle.

Comme je l'ai dit en commençant, il faut que nos architectes comprennent qu'il ne suffit pas d'étaler des merveilles d'art et de goût dans nos salons, il faut encore et avant tout que non-seulement la température en soit convenable, mais que l'air soit pur de ces poisons aériens qui nous asphyxient. Si l'on pouvait voir dans l'air aussi clairement qu'on le voit dans l'eau trouble, toutes les impuretés animales et végétales que nous aspirons dans nos poumons, on en serait souvent effrayé. De là ce proverbe anglais : « Our own breath is our greatest enemy, — Notre propre respiration est notre plus grand ennemi. »

Pour remédier à cette viciation de l'air respirable, il n'y a qu'un moyen : faire appel à l'air vicié dans la partie où il existe et le remplacer par de l'air pur préalablement chauffé en hiver, préalablement rafraîchi en été. Il est évident que cela exige un moteur, une force quelconque. N'oublions pas que, pour nous, ici, force et chaleur sont synonymes. A défaut de l'appel des cheminées, on emploiera un ventilateur mécanique : il y en a de plusieurs genres et de très-efficaces. Dans l'avenir, on emploiera très- probablement pour cela, comme

pour beaucoup d'autres usages, la pression d'eau de nos réservoirs, c'est-à-dire la force dont nous pouvons tous aujourd'hui disposer dans les villes. En Californie, où la main-d'œuvre est très-chère, ce moyen est employé comme moteur pour une foule de services publics et particuliers. On Ta appliqué ici au montage des matériaux, mais l'avenir lui réserve bien d'autres usages. Dans toutes les maisons, on a une antichambre; on peut bien réserver aussi quelques mètres carrés pour y placer et l'appareil de chauffage avec sa prise d'air extérieur, et le ventilateur avec ses deux tuyaux d'aspiration ou d'insufflation. La température de la pièce changeant constamment suivant les saisons, suivant qu'on s'y tient la nuit ou le jour, suivant le nombre et l'état de santé ou l'âge des personnes présentes, il est évident qu'il faudra un moteur mobile et changeant comme le besoin qu'il doit satisfaire ; c'est pour cela que la ventilation dite naturelle sera toujours inégale et inefficace. Eh ! ne fait-on pas usage de bras d'homme pour taper du piano, racler des cordes, ou souffler dans des instruments? Pourquoi, dans les grandes soirées, n'aurait-on pas aussi un homme chargé de nous insuffler de l'air pur? Au premier abord, cela choque les idées reçues, mais cet homme, ne serait-il pas aussi utile aux jouissances d'une réunion que le musicien qui nous excite ou le glacier qui prétend nous rafraîchir? Là, où nos invités viennent chercher le plaisir, ils ne rencontrent la plupart du temps que malaise et souvent la souffrance : on prodigue les fleurs, les toilettes, les lumières et on nous refuse de l'air. Là est une des absurdités les plus complètes de nos plaisirs factices. Il ne faut rien exagérer, mais quelle est, en entrant dans la vie, la première fonction que nous remplissons? N'est-ce pas l'acte respiratoire? Quelle est notre dernière œuvre en ce monde? N'est-ce pas une expiration d'air? Et l'on pourrait penser que la nature n'a pas attaché à cet acte une importance capitale? N'a-t-elle pas plongé notre être dans un océan aérien en donnant à cet océan une forme élastique, mobile, soumise aux lois de la pesanteur, remplissant les moindres espaces au point qu'il n'y a pas de machine qui puisse faire le vide parfait? Nous pouvons suspendre pendant longtemps certaines fonctions vitales, la digestion, par exemple, mais la respiration, nous ne pouvons l'arrêter plus de quelques minutes sans que mort s'ensuive! Qu'on seconde donc les médecins, qui, comme médication principale, conseillent des bains d'air pur à la campagne. Que de fois n'a-t-on pas vu des fièvres rebelles céder au seul

bain d'air de mer! Demandez à la ville de Paris le résultat qu'elle obtient pour ses orphelins scrofuleux élevés dans l'hospice qu'elle a fondé à Berk-sur-Mer, Demandez' aux chirurgiens l'influence de l'air pur sur un accouchement fait en ville ou à la campagne, sur la guérison ou la réussite de leurs opérations les plus habilement faîtes. G'est à un tel point qu'on a proposé de faire des opérations par occlusion, c'est-à-dire en mettant la plaie à l'abri de l'air toujours chargé de ferments organiques. C'est encore pour le même motif qu on a mis récemment en pratique la fabrication du vin à l'abri du contact de l'air. Qui ne connaît l'influence du collodion et des enduits imperméables dans les maladies inflammatoires, la péritonite, les brûlures, Térésipèle, etc., etc.?

Ces vérités une fois bien comprises, travaillons tous, propriétaires et architectes, à perfectionner nos moyens d'aération de nos salons. Nos artistes ne seront pas embarrassés pour disposer les ornements de leurs plafonds et leurs sty lobâtes pour les faire servir à un appel convenable et très-divisé des veines fluides, rafraîchies ou réchauffées suivant les cas, et communiquant à remplacement d'un ventilateur mû par un instrument quelconque, ou d'un foyer d'appel dont la dépense sera toujours minime comparativement aux résultats obtenus, À quoi tiennent les dispositions nerveuses, irritables, les constitutions chétives de nos héroïnes de salon? N'est-ce pas en partie à cette atmosphère viciée qu'elles respirent pendant des nuits entières, en activant encore par la danse les fonctions respiratoires? Dans les bals, on nous inonde de fleurs, de diamants, d'étoffes précieuses, et Ton néglige de nous donner une atmosphère convenable! A l'œuvre donc, messieurs les architectes, on ne vit pas seulement de glaces et de dorures, et vous avez un beau rôle à jouer dans la longévité humaine, puisque c'est vous qui faîtes les boites où nous devons forcément respirer pendant le tiers de notre existence. Qu'il me soit permis ici, en passant, de blâmer l'invariable copie des Grecs par notre architecture française moderne. Les études portent toujours nos architectes vers Itome et Athènes, c'est-à-dire vers d'éternels modèles du beau, c'est vrai, mais aussi vers un climat, une religion, des mœurs et une civilisation qui ne sont plus les nôtres. C'est le cas d'appliquer le fameux vers : « Qui nous délivrera des Grecs et des Romains? » Revenus en France, nos artistes s'inspirent d'un ciel et d'une époque dont les besoins étaient tout différents, et Dieu sait si nos édiiiees publics et par-

ciculiers ont à en souffrir I Tantôt ce sera un théâtre manqué par des boutiques, tantôt une cour de justice avec un péristyle grandiose, nais avec des aménagements intérieurs insensés. Ne serait-il pas temps qu'on mît les bœufs avant la charrue, c'est-à-dire qu'on fît la façade pour l'intérieur et non l'intérieur pour la façade?

Nous verrons plus loin quels sont les moyens pratiques à mettre en usage, suivant les lieux et les besoins. C'est au goût, à la science de l'architecte à tirer parti des circonstances où il est placé, suivant la capacité des salles, suivant la dépense qu'on lui impose, la disposition des pièces voisines, etc. Qu'il soit bien compris que je ne préconise aucun système. En ventilation, comme en médecine, comme en toute chose, les systèmes mènent souvent à Terreur. D'ailleurs, on ne ventile pas un hôpital comme un théâtre, une prison comme une caserne, etc. Bornons-nous à indiquer les moyens que chacun pourra et devra modifier suivant le cas : il n'y a qu'une chose qui ne change pas, c'est la série des lois physiques que l'on oublie trop souvent. Ainsi, lorsqu'on aura à ventiler une écurie, il ne faut pas oublier que les gaz ammoniacaux dégagés par les fumiers, pèsent 0,58, relativement à l'air, à la température de 0° ; il sera donc préférable de mettre la bouche d'évacuation en haut: au contraire, l'acide carbonique exhalé par nos poumons pesant 1,52, c'est-à-dire une fois et demie autant que lair atmosphérique, il sera préférable de l'appeler par le bas. L'habitude qu'ont les chiens de flairer les émanations de leur maître à la surface du sol, semblerait indiquer qu'elles y sont plus abondantes.

Envoyer de l'air chaud dans les diverses pièces d'une maison et à diverses hauteurs, est chose qu'on fait tous les jours par des calorifères placés aux étages inférieurs et secondés par l'appel des cheminées d'appartement, en hiver.

Mais le problème change de face, quand il s'agit, pendant les chaleurs, d'envoyer de l'air frais, c'est-à-dire, de l'air plus lourd que celui des pièces à ventiler et n'ayant aucun motif de déplacement. C'est là, cependant, le but à atteindre en été, c'est-à -dire, au moment où l'aération est le plus nécessaire. Dans ce cas, on comprend qu'il faudra : 1° mettre les bouches d'arrivée en haut, c'est-à-dire, à l'opposé des bouches de chaleur de l'hiver; 2° il faudra faciliter l'arrivée de l'air frais par des orifices de sortie d'air vicié, convenablement placées, et au besoin, quand la différence de densité des deux courants

ne sera pas suffisante, il faudra déterminer le déplacement par une force quelconque, comme un ventilateur mécanique, un foyer d'appel, ou même à bras d'homme. On veut bien accorder des sorties d'air vicié, mais non pas d'arrivée ; on veut ventiler et on ne veut pas de tuyaux ou de gaines supplémentaires : c'est demander l'impossible. Pour nos maisons à six étages, la question se complique, il est vrai, par la perte de place, mais on ne saurait trop le rappeler, la ventilation naturelle dans la plupart des cas est une chimère; il faut en outre et très-souvent, pour déterminer un déplacement d'air, un moteur, une force, et cette force ne peut être que la chaleur ou un moteur mécanique.

Je viens de dire qu'on veut bien généralement laisser évacuer l'air vicié, mais on ne voudrait pas laisser admettre l'air nouveau sous le prétexte qu'il est froid. Cela me rappelle exactement les législateurs qui, en économie politique, veulent bien laisser sortir nos marchandises indigènes fabriquées, mais imposent la prohibition aux marchandises étrangères. Ne pouvant entrer par la porte, celles-ci entrent par contrebande, et la moindre conséquence de ce beau système est une prime à la fraude et une atonie dans la circulation et les affaires. De même pour la ventilation, on veut bien laisser sortir la fumée par la cheminée, et l'air vicié par de maigres ouvertures, mais on repousse l'air froid extérieur par des bourrelets ou d'autres moyens. De là, atonie, c'est-à-dire fumée, ou manque de circulation ; et l'air extérieur, n'ayant pas d'entrée légale, vient comme la marchandise étrangère, en contrebande, par les fissures des portes et des fenêtres, c'est-à-dire de la manière la plus fâcheuse.

Il est des vérités qu'on ne saurait se lasser de répéter; en hiver, la ventilation est presque toujours suffisante, grâce au chauffage et à la différence de température extérieure et intérieure ; mais, en été, où elle est le plus nécessaire, il arrive souvent que ces températures se balancent et Ton sait que c'est moins la chaleur de l'air que sa pureté et son déplacement qui ont sur nous de l'influence. En vain donc, vous aurez des orifices d'arrivée et de sortie, si vous n'y joignez une force quelconque, vous n'aurez pas de déplacement : c'est là que devient indispensable cette force déterminante que nous irons demander tantôt à une cheminée d'usine, tantôt à celle d'une cuisine, tantôt à un foyer artificiel et temporaire, tantôt à un appareil mécanique, suivant les cas.

Tous ces moyens deviendront d'une application facile, le jour où les architectes daigneront s'occuper de ces questions, non après, mais avant d'avoir arrêté leurs plans, comme ils l'ont fait jusqu'à présent. Vouloir faire une ventilation rationnelle dans une maison bâtie est une grande dépense quand ce n'est pas une impossibilité ; quand la maison est encore à faire, tout devient simple et économique.

Rappelons en peu de mots l'application pratique des principes que nous avons reconnus dans cette étude, et n'oublions pas que nous avons à satisfaire aux conditions suivantes : 1° enlever ou déplacer l'air vicié sans produire de courants désagréables aux personnes présentes ; 2° remplacer cette atmosphère, en été par de 1 air rafraîchi ou au moins par de l'air pur, et en hiver, par de l'air préalablement chauffé à une température moyenne et suffisamment saturé d'humidité.

Eh bien, l'expérience nous apprend que pour remplir ce but, il faut trois choses : de nombreux orifices d'arrivée, de nombreux orifices de sortie, enfin, une force.

Nous savons que, pour ne gêner personne, il faut que les orifices d'entrée soient très-multipliés, qu'ils soient placés loin des personnes présentes, et qu'ils arrivent autant que possible à un angle de 45* près du plafond, pour que les courants d'air soient insensibles. Nous savons aussi que si les orifices de sortie ou d'extraction sont placés en bas et près du plancher, les courants seront inaperçus.

Reste à trouver le troisième terme du problème, c'est-à-dire, la force déterminant le déplacement d'air. Évidemment, on ne peut pas compter sur les différences de température ni sur l'action des vents, ou sur la ventilation naturelle. Il faut, surtout en été, une force mobile, obéissante, variable, comme le besoin qu'elle doit satisfaire; ce sera donc, suivant les cas, ou un foyer convenable, faisant appel, ou une machine à gaz, ou une petite machine à vapeur, faisant mouvoir une aspiration et un refoulement, ou bien la pression d'un réservoir d'eau, ou enfin la force humaine, quand le travail est court et de peu d'importance.

Ce que je veux bien établir, c'estque partout où, dans une enceinte close par des moyens artificiels, il y a réunion d'êtres vivants, hommes ou bêtes, depuis l'abeille et le ver à soie, jusqu'à l'éléphant, le renouvellement de l'air est de la plus haute importance ; c'est qu'il

ne faut pas compter sur des moyens naturels pour l'obtenir ; c'est que nous savons, par expérience, où placer l'arrivée de l'air pur et la sortie de l'air vicié ; c'est qu'enfin, il y a des moyens physiques et mécaniques simples et faciles de déplacer l'air, et qu'il est grand temps, qu'en 1873, nos chambres de représentants, nos cours de justice, nos théâtres et nos salons ne soient plus des étuves insalubres. Il devra se créer chez nous, comme en Angleterre, des t sanitary engineers, » ou si l'on veut, des architectes chargés de nous faire des boîtes plus ou moins ornées et dorées, mais, avant tout, des boîtes où l'on puisse respirer à l'aise ; ces messieurs pensent à l'aspect extérieur de l'édifice, à la sculpture, aux ornements, à tout enfin, excepté à l'indispensable, c'est-à-dire, le renouvellement de l'air. Depuis qu'il se fait des maisons, on n'a eu qu'un but: se clore. De la clôture, soit, mais, c'est comme la vertu, « pas trop n'en faut. »

Je sais très-bien que dans la pratique, quel que soit le système que l'on adopte, il sera impossible de contenter tout le monde. Les uns sont chauves ou ont la poitrine délicate ; le moindre courant les gêne. D'autres sont très-facilement congestionnés et ont besoin d'air en abondance. Comment satisfaire à la fois ces besoins opposés? A l'heure qu'il est, on ferme toutes les issues et on s'empoisonne réciproquement. Est-ce là la solution du problème?

Résumant les principes et les observations qui précèdent, on voit que la ventilation est de deux sortes : ou elle est naturelle, ou elle est artificielle.

Dans le premier cas, elle a lieu par l'ouverture des orifices extérieurs d'une pièce et le renouvellement de l'air s'opère plus ou moins activement, suivant la différence de densité de l'air extérieur et intérieur, suivant la place, la grandeur des orifices d'admission, suivant la direction des vents, etc.; on conçoit que ces moyens, bons dans plusieurs cas et quand il y a peu de personnes rassemblées, sont très-irréguliers, très- incommodes souvent, et très-inefficaces, surtout la nuit, pendant le sommeil, et dans les réunions nombreuses. Dans la ventilation artificielle, on a recours, soit à l'appel par un foyer, soit à une force mécanique quelconque qu'on peut commander et modifier à son gré, suivant les circonstances. Ce sont ces moyens artificiels qu'il faudra employer dans la plupart des cas, puisque l'effet à produire dépendra des saisons, de la grandeur des pièces, du nombre des personnes réunies, etc. C'est surtout pour la ventilation

des mines ou des vaisseaux que l'appel forcé est indispensable. Tout le monde n'est pas descendu dans une mine, mais il n'est presque personne qui n'ait fait une traversée en mer, quelque courte qu'elle soit, et qui n'ait été péniblement frappé, malade même, par l'odeur particulière qu'on respire dans l'intérieur. Combien de nuits n'avons-nous pas passées nous-même sur le pont pour éviter les émanations des salons et des cabines! Quoi de plus simple pourtant que d'emprunter à la machine à vapeur quelques centièmes de sa force pour donner à 300 ou 400 passagers, entassés dans un espace restreint, un bien-être aussi désirable?

Les principes de la ventilation artificielle sont des plus simples :

1° Les orifices d'arrivée de l'air pur devront toujours être maillés à leur entrée, très-divisés et placés le plus loin possible des orifices d'appel ou d'extraction.

2° Les orifices d'appel seront placés le plus près possible des foyers de l'air vicié à extraire.

3° L'air nouveau admis dans une pièce devra être préalablement chauffé à une température moyenne, saturé d'humidité suffisante et pris dans un lieu éloigné de toute émanation fâcheuse. Il sera divisé autant que possible à son entrée.

4° Les orifices d'appel et d'arrivée devront être suffisamment larges pour éviter tout courant sensible.

5° On devra utiliser pour l'appel, la famée, c'est-à-dire la force perdue du foyer, servant à chauffer l'air nouveau.

6° Il faudra toujours adjoindre au calorifère un foyer d'appel versant sa fumée dans le tuyau commun et servant seulement pour augmenter l'appel en hiver et pour le déterminer seul en été ; on y adjoindra des chambres de mélange pour élever ou abaisser la température à son gré. Ces chambres seront desservies par des registres mobiles à portée du chauffeur.

7° La ventilation renversée, c'est-à-dire, celle qui est contraire au mouvement naturel de l'air, est l'un des moyens les plus certains de produire une ventilation, c'est-à-dire, un renouvellement insensible et complet de l'air vicié, en même temps qu'une température égale en haut et en bas des lieux ventilés.

On voit qu'en somme, les principes de la ventilation sont assez simples ; les voici en quelques lignes : Pour ventiler une pièce quelconque, il faut trois choses, une entrée, une sortie, une force; en d'au-

très termes, toute capacité close où Ton voudra produire un renouvellement de l'air, devra être munie d'au moins deux orifices proportionnels à Teffet qu'on veut produire, un orifice d'entrée et un orifice de sortie, l'un, placé en haut autant que possible, l'autre dans le bas et loin du premier. L'orifice de sortie sera mis en communication avec une colonne d'ascension soumise à une force calorifique quelconque ou à un ventilateur mécanique, et cette force combinée avec la grandeur des orifices et la hauteur de la colonne, déterminera la mesure et la ventilation obtenue. Prenons, par exemple, l'appareil de ventilation par excellence, celui qui est le plus commun, une cheminée d'appartement : la colonne d'ascension, c'est le tuyau de la cheminée; la force, c'est le foyer; l'arrivée, ce sont hélas i les fissures des portes et des fenêtres quand il n'y a pas de ventouses suffisantes et de prise d'air derrière le foyer.

Il est facile de comprendre, par ce qui précède, que pour renouveler l'air d'une enceinte quelconque, il faudra toujours ménager deux ouvertures, une d'entrée et une de sortie, car l'air extérieur ne peut pas entrer si l'air intérieur ne commence par sortir: mais, cela ne suffit pas encore et l'on en a la preuve dans l'expérience suivante: Si l'on place une bougie allumée dans un vase (fig. 279) n'ayant qu'une ouverture à la partie supérieure , au bout d'un certain temps , la lumière s'éteindra, faute d'air; mais, qu'on divise le goulot de la cloche en deux parties d'inégales hauteurs, la bougie brûlera parfaitement, parce qu'il y aura circulation et renouvellement de l'air intérieur. Nous aurons là les trois conditions du problème, sortie, entrée et force. Pour les habitations privées , une quatrième condition est nécessaire pour que la ventilation soit complètement satisfaisante, c'est le chauffage, ou le rafraîchissement préalable de l'air rentrant. Si on l'admet brusquement surtout dans les salles de bal ou de théâtre, ce peut être un danger. De là une complication qui rend le rôle de l'ingénieur très-délicat.

En terminant ce chapitre, mentionnons les différents moyens pratiques de ventilation qu'on a employés jusqu'à ce jour et dont nous verrons l'application dans le cours de notre travail; ils dérivent tous,

Fig. 279.

ou d'une force naturelle comme le vent ou la différence de température de l'intérieur d'un lieu avec l'extérieur; ou bien, ils dérivent de forces artificielles dont la principale source est encore la chaleur.

On a employé tour à tour :

1° Les pompes aspirantes et foulantes appliquées d'abord à la ventilation des mines, puis les soufflets inventés par Haies comme nous le verrons plus loin;

2° La chute d'un poids, un ressort, une colonne faisant mouvoir un appareil mécanique ;

3° Les briques à jour placées dans les murs à différentes hauteurs. A cette classe, se rattachent les inventions sans nombre décorées du nom de ventilateurs et qui consistent en soupapes à coulisse, zinc perforé, lames de persiennes, moulinets, etc. ;

4° Les gaines de ventilation simples ou doubles partant du plancher ou du plafond et montant jusqu'au toit sous l'action d'un aspirateur ou d'un foyer allumé;

5° Les diverses gueules de loup utilisant l'action du vent, mais n'opérant pas en temps de calme;

6° Les ventilateurs à palettes ou tarares qu'on a modifiées en ventilateurs excentriques et à hélice. Ce sont ceux qui sont le plus en usage dans les usines et les ateliers où l'on dispose d'une force motrice convenable ;

7° Les appareils d'éclairage et, entre autres, les lustres à gaz des théâtres qui déterminent un appel malheureusement trop énergique vers le trou supérieur ;

8° Les cheminées ordinaires de nos appartements : c'est là un des meilleurs appareils connus ; c'est pourquoi il est recommandé avec raison pour les chambres de malades ;

9° Les doubles gaines où l'on utilise le tuyau de fumée comme dans les écoles, les usines et ateliers;

10° Enfin, l'air comprimé agissant par entraînement. C'est l'un des moyens les plus récents dont la première application en grand à Paris a eu lieu au palais de l'Exposition, en 1867.

HISTOIRE DE i/ AÉRATION.

La première ventilation artificielle dont l'histoire fasse mention est celle qu'avait conseillée Hippocrate, lors d'une épidémie à Athènes, et celle qu'on a appliquée dans ces derniers temps dans quelques villes du Midi, pendant le choléra, je veux dire, l'allumage de vastes foyers sur les places publiques. Ces foyers brûlaient une partie des miasmes aériens et déterminaient un certain courant dans l'atmosphère ambiant, mais ils exigeaient une masse énorme de combustible et, on le comprend, ils n'agissaient que sur des surfaces très-restreintes.

A ce moyen imparfait de ventilation il faut ajouter le modeste éventail employé en Chine depuis les temps les plus recuîés et devenus entre les mains de nos modernes Espagnoles un instrument si mobile et si prompt de leurs pensées. Mentionnons aussi le « Punkah » usité dans les Indes et aux Antilles pour agiter l'air des appartements; enfin, le grossier « manche à vent » de nos navires, instrument essentiellement imparfait, puisqu'il ne fonctionne pas en temps de calme, faute de force motrice, ni en cas de tempête, parce qu'il faut fermer les écoutilles.

Qu'a-t-on fait sous le rapport de l'hygiène depuis Hippocrate? C'est là une des nombreuses questions que les savants laissent sans réponse, car l'histoire nous transmet avec un soin infini les prouesses des sabreurs de l'antiquité, mais elle dit à peine quelques mots des inventeurs et des bienfaiteurs de l'humanité. De tous temps, hélas! le dieu delà destruction a eu le pas sur celui de la production, et le monde actuel ne nous donne guère l'aspect d'un changement prochain! Que l'on compare le budget de l'instruction publique avec celui du ministre de la guerre depuis Clovis jusqu'à Napoléon III : quel triste contraste pour la sagesse humaine, et quelle marge à parcourir pour que la force de la raison puisse équilibrer celle du sabre!

Les seuls exemples qui nous restent d'un essai quelconque de ventilation chez les anciens, consistent dans les ouvertures faites dans les plafonds des bains publics pour donner passage à la vapeur. On en voit encore des restes dans les bains de l'Alhambra à Grenade, mais

le but qu'on se proposait en Orient était surtout de rafraîchir l'air plutôt que de le purifier. Dans nos climats, nos habitations, placées dans d'autres conditions, péchaient par l'excès contraire i cause des vastes cheminées et des appels d'air froid qu'elles causaient. De nos jours, le rétrécissement des cheminées, la meilleure fermeture des portes, l'encombrement dans les maisons à six étages, l'usage du gaz, etc., tout cela a rendu la ventilation plus nécessaire.

Au moyen âge, les livres spéciaux ne nous citent aucun fait qui ait rapport à la question d'aération, lorsqu'en 1657, George Agricola publia à Bâle un ouvrage sur l'exploitation des mines. Il y indique les moyens employés alors pour la ventilation, et on reconnaît dans le dessin de l'époque les trois moyens artificiels encore employés de nos jours. La figure 280 nous indique un vaste soufflet qu'on soulevait par un levier. Le soufflet s'emmanchait dans des pièces de bois percées au centre comme celles qui ont longtemps servi avec les tuyaux de terre cuite à conduire les eaux, jusqu'à l'emploi tout moderne des tubes de fonte. Dans les mines importantes, on employait quatre à cinq de ces soufflets placés les uns à côté des autres et réunissant leurs tuyaux en un seul, le tout mis en mouvement par des chevaux attelés à des manèges. La figure 281 indique le ventilateur rotatif

Fig. 280.

employé si souvent et perfectionné depuis. Enfin on voit dans la figure 282 le ventilateur à ailes et à quadruples compartiments tel qu'en Angleterre Muir l'a préconisé de nos jours (fig. 283), sauf qu'il y a ajouté des lames inclinées, pour profiter de l'action des vents et avoir, comme l'indique Agricola, des divisions pour les courants montants et les courants descendants. Ce sont là les premiers docu-

ments sur la ventilation artificielle des mines qui, de nos jours, a vu accroître son importance à cause des nombreux accidents causés

Fig. 281.

Fig. 282.

par le feu grisou. A l'heure qu'il est, une des plus vives préoccupations des ingénieurs consiste à insuffler des torrents d'air dans les galeries exploitées, pour prévenir des accidents qui compromettent la vie de milliers de personnes et la propriété minière elle-même.

En Angleterre, le premier essai de ventilation d'un édifice public est attribué à l'architecte de Saint-Paul, Christopher Wren, qui fit faire dans les quatre angles du plafond de la salle des séances du Parlement des ouvertures surmontées d'un coffre en bois aboutissant aux étages supérieurs. Il arriva là ce que Ton observe partout où Ton se borne à placer des orifices de sortie pour l'air vicié. Il y eut à certains moments des courants descendants qui refroidissaient les salles et qui firent renoncer bientôt à ce moyen.

Un Français réfugié à Londres après l'édit de Nantes, le D r Desaguliers, ajouta, en 1723, au moyen proposé par Christopher Wren, l'appel d'un foyer placé dans les étages supérieurs. Il employa aussi le ventilateur à palettes, figures 284 et 285, tel que nous l'avons vu décrit par Agricola pour les mines et comme on l'applique encore de nos jours dans les usines où la force est empruntée à une machine à

vapeur. Ce mode de ventilation a continué à être appliqué à la

Fig. 284.

Fig. 285.

Chambre des communes jusqu'en 1820. Dès 1734, Désaguliers l'avait employé pour la désinfection des vaisseaux.

Vers 1758, le D r Haies proposa un moyen de ventilation par pulsion ou injection, tel qu'il l'avait observé dans les soufflets de foigeou les orgues d'église. La figure 286 représente cet appareil, qui fut employé, soit pour aspirer l'air vicié, soit pour injecter de l'air neuf, suivant la disposition des soupapes et des tubes adoptés aux soufflets.

C'est là l'origine de la ventilation par pulsion, appliquée depuis dans nos hôpitaux, mais indiquée longtemps auparavant par Agricola pour les mines.

En 1749, Sutton, contemporain et rival de Haies, avait proposé aux lords de l'amirauté un moyen économique de ventiler les navires. Il consistait à utiliser la chaleur des foyers des cuisines, sous lesquels il faisait arriver l'air vicié des cales pour alimenter la combustion. La figure 287 indique deux tubes allant puiser l'air vicié au fond des navires et l'amenant pour alimenter les foyers, dont les portes ordinaires étaient hermétiquement fermées. En étudiant l'assainissement des usines insalubres, nous verrons que le même moyen

Fig. 286.

Fig.287.

est employé de nos jours pour diriger vers les foyers toutes les émanations des chaudières.

A la même époque, Duhamel proposait à l'Académie des sciences divers moyens de ventilation, tous fort ingénieux et résumant un grand nombre d'inventions soi-disant modernes.

Ainsi, dans son mémoire en date du 29 mars 1748, il rappelle que « certaines opérations de chirurgie ne réussissent jamais à l'Hôtel-Dieu, bien que les chirurgiens qui les font soient très-habiles et très -exercés. » Nous

sommes en 1873 et les choses sont exactement comme en 1748. C'est pourquoi il proposa de faire percer au plafond des salles, des hottes pyramidales surmontées de cheminées chauffées par des poêles, figure 288, et il fit fort justement observer que ces poêles devaient être allumés surtout en été où la ventilation est le plus nécessaire et où la différence de densité de l'air extérieur et intérieur est moindre.

11 insista sur la nécessité de percer des fenêtres à la partie supérieure des murs pour faciliter la sortie de l'air vicié, et il conseilla en outre de placer dans les salles de malades des cheminées ventilatrices à foyer et à prise d'air extérieur comme celle de Gauger. N'est-ce pas là encore un des meilleurs moyens qu'on puisse employer? Duhamel indiqua en même temps pour les fosses d'aisance, pour les trous à fumier, etc., des dispositions toutes usitées de nos jours. La figure 289 montre le moyen qu'il proposa pour désinfecter les cales des vaisseaux, moyen qui a beaucoup de rapport avec celui de Sutton et qu'il est malheureux de ne pas voir employer plus souvent pour

assainir nos cabines de bateaux à vapeur. Des tubes partant des dif-

Fig. 288.

férentes parties du navire devraient aboutir sous les fourneaux de cuisine presque constamment allumés et produiraient un appel gratuit de l'air vicié.

Quelques années après Duhamel, Genneté, faisant ressortir les inconvénients des moteurs mécaniques de ses devanciers, expose tout d'une pièce l'application aux hôpitaux de la ventilation par appel qu'il avait observée à Liège dans les mines, où on la pratiquait depuis des siècles. La figure 290, tirée de son ouvrage, en date de 1767, indique

-GT

Fig. 289.

Flg. ?90.

presque tous les progrès modernes. Il conseille : 1° un foyer extérieur pour Tintroduction de l'air pur préalablement chauffé en hiver; 2° la pente à donner au plafond pour faciliter la sortie de l'air vicié par un tuyau central; 3° des gaines séparées pour chaque étage; 4° un foyer d'appel placé dans les combles, où il indique clairement tous les moyens usités aujourd'hui, y compris la prise d'air sur les toits quand on a à craindre les émanations du sol. En 1776, on voit appliquer, en Angleterre, le ventilateur à soufflet (fig. 291), mû par un balancier et décrit dans le supplément de Y Encyclopédie de Diderot et d'Alembert.

Depuis les essais ci-dessus, rien ne fut proposé jusqu'à Rumfort qui s'occupa surtout du perfectionnement à apporter au chauffage

Fig. 291.

domestique. Néanmoins, il proposa un moyen employé [depuis, dans quelques hôpitaux et dans certaines constructions à Paris. 11 consistait à établir dans une habitation un large tuyau unitaire ouvert sur le toit et servant à alimenter des ventouses à chaque étage.

Il oubliait que la ventilation par cette voie ne pourrait fonctionner que si les foyers des pièces étaient allumés et si les autres ouvertures étaient parfaitement closes.

Au commencement de ce siècle, un de nos compatriotes, le marquis de

Chabannes, émigré à Londres, y introduisit et y préconisa le chauffage à l'eau et à la vapeur, qui depuis ce moment y ont pris une extension considérable. Il inventa et perfectionna une foule de moyens ingénieux de ventilation, qui, suivant l'habitude, ont repassé le détroit comme inventions anglaises.

La figure 292 indique ce qu'il employait pour la ventilation des théâtres par la chaleur du lustre : c'est la disposition des « Sun Burners » si usités aujourd'hui en Angleterre pour éclairer et ventiler les lieux publics.

Une application importante de chauffage et de ventilation par la vapeur fut faite par lui à la Chambre des communes. L'air chauffé en soussol, en passant à travers des serpentins, arrivait sous les sièges et sortait par des trous ménagés dans les plafonds sous l'appel d'autres serpentins. Ces différentes gaines se réunissaient dans un conduit unique de quatre pieds de diamètre surmonté (Tune vaste gueule de loup ; le même système fut appliqué au théâtre de Covent-Garden.

Après lui, en 1811, on fit appel aux lumières de sir Humphrey Davy pour ventiler la Chambre des lords. Ici, l'air neuf arrivait par des trous nombreux percés dans le plancher et se divisait à travers les tapis. L'extraction se faisait par le plafond sous l'appel de tubes chauffés. Mais leur diamètre trop petit fit encore échouer ce nouvel essai.

En France parait à cette époque notre illustre d'Arcet, qui applique sa science à l'assainissement des théâtres, des magnaneries et des ateliers. Nous aurons occasion de reparler de ses nombreux travaux en étudiant les progrès modernes dans chacune de nos constructions où notre compatriote a apporté les lumières de la science la plus avancée : malheureusement, il ne conseillait encore que la ventilation naturelle, c'est-à-dire, de bas en haut et nous verrons qu'elle n'est pas la meilleure dans tous les cas.

Vers 1834, le docteur D. Boswell Reid, professeur de physique à Edimbourg, fut appelé à Londres pour chauffer et ventiler les nouvelles chambres du Parlement. A cette occasion, il fit faire un pas considérable à la question et les dispositions qu'il parvint à faire adopter furent faites sur une échelle inconnue jusqu'alors. Ainsi, l'air, avant d'entrer dans les salles d'assemblée, était d'abord purifié à travers une toile de 12 mètres de long sur 6 mètres de haut, pour intercepter les poussières de l'atmosphère : en hiver, cet air était chauffé en passant à travers des tubes d'eau chaude : en été, il traversait une abondante pluie pour se rafraîchir. Enfin, des chambres de mélange furent ajoutées pour modifier à volonté la température. Malheureusement pour le docteur Reid, il dut combiner ses plans avec ceux de l'architecte du Parlement, sir Ch. Barry, et l'on vit surgir les mêmes difficultés que celles dont nous avons été témoins à Paris, lors de la construction des nouveaux théâtres. Le docteur Reid, obligé de céder la place, partit pour New- York et fut remplacé par M. Gurney. Depuis ce moment, et surtout à partir de 1842, un grand nombre de savants et d'ingénieurs ont successivement appliqué leurs systèmes aux prisons, aux hôpitaux, aux théâtres, et finalement aux salles de l'Exposition universelle de 1867. En Allemagne, en Russie, à Genève, aux États-Unis, partout l'essor est donné à la science nouvelle. La Société centrale des architectes en a fait en 1869, à Paris, le sujet de conférences intéressantes. Espérons que le progrès dans l'aération de nos habitations suivra celui des autres parties de la construction, et

que l'architecte, homme universel, complétera son instruction par des connaissances plus étendues en physique et en hygiène. Quant à appliquer la ventilation à nos habitations privées, le mot n'est même pas mentionné dans les ouvrages d'architecture, ce qui prouve à quel point la chose préoccupe peu les ingénieurs et les savants que cela concerne. Du reste, il faut le dire, il n'y a pas longtemps que la satisfaction de ce besoin impérieux d'air pur dans les grandes réunions d'hommes a été l'objet de l'étude des constructeurs. La composition intime de l'air, son influence réelle sur la santé, il y a à peine trois quarts de siècle qu'on les connaît et qu'on s'en préoccupe un peu sérieusement; une des grandes erreurs, encore trop répandues, consiste à ne considérer l'air que sous le rapport de sa température et non pas sous celui de sa composition : l'influence de son état électrique, le rôle qu'y jouent l'ozone et les miasmes invisibles qu'il renferme, il y a à peine quelques années que les savants nous ont éclairés à leur égard, et si l'on est loin de connaître les profondeurs de l'océan liquide qui couvre les deux tiers du globe, on est aussi loin encore de savoir tout ce que renferme cet océan gazeux dans lequel nous nous mouvons.

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