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DES CAUSES DE V1CIATION DE L'AIR

Jusqu'à présent, nous connaissons de l'atmosphère ses éléments gazeux permanents : oxygène, azote, acide carbonique, vapeur d'eau; nous connaissons, moins bien déjà, sinon dans leur composition, du moins dans leur proportion, les éléments gazeux accidentels, ozone, composés ammoniacaux et nitreux, mais nous ignorons presque complètement les populations infinies, incommensurables, d'origine organique qui peuplent les airs, et même les matières minérales charriées par les vents. Si un rayon de soleil passe à travers une chambre obscure, il nous révèle des milliards d'atomes dont nos sens imparfaits ne nous donnent aucune idée. Que Ton analyse l'air des villes ou bien celui des campagnes, on y verra en suspension des poussières de nature diverse, enlevées non-seulement au sol et aux plantes, mais encore à la surface des mers, et que les vents transportent à de grandes distances. Ces myriades de germes microscopiques jouent dans le monde organisé un rôle immense : ce sont des agents de corruption, des ouvriers sinistres de la maladie, épiant sans cesse l'occa-

sion de s'insinuer dans l'organisme, pour y provoquer des désordres plus ou moins graves. Quand le principe de vie est le plus fort, on leur échappe, mais rien ne saurait leur disputer nos dépouilles, car la mort est leur laboratoire de prédilection : c'est là que ces germes infîmes accomplissent leur œuvre dans le grand drame du renouvellement de la vie à la surface du globe. Ils désorganisent les tissus sous l'influence de la chaleur et de l'humidité, pénètrent dans les vaisseaux, envahissent le sang et font rentrer nos éléments dans l'immense réservoir d'où doit sortir une vie nouvelle, confirmant ainsi la phrase de l'Écriture : * Et tu pulvis es et in pulverem reverteris. » Pour s'opposer à ces décompositions, il n'y a qu'un moyen : supprimer l'accès de l'air, c'est-à-dire des germes aériens, ou bien soumettre les corps à l'action du froid, ou enfin les imprimer de sels antiseptiques, comme l'acide phénique et les sulfites alcalins. De ces faits, il est facile de tirer des conséquences en ce qui concerne nos études spéciales.

En effet, si l'on observe un homme adulte, respirant avec calme, on verra que l'acte respiratoire se répétera treize à quinze fois par minute. A chaque inspiration, l'homme absorbe à peu près un demi-litre d'air et en expulse ensuite à peu près le même volume. L'air expiré diffère de l'air inspiré : quelle que soit la température extérieure, la sienne est presque aussi élevée que celle du sang, soit + 37 à 38*. 11 ne faut donc pas s'étonner que plusieurs personnes enfermées dans une même pièce élèvent la température de l'appartement. Chacune d'elles y verse quinze fois par minute un demi-litre d'air chauffé à 38°. Quelque sec que soit l'air extérieur, l'air expiré est toujours saturé de vapeurs d'eau; il a gagné 5 p. 100 d'acide carbonique et perdu 5 p. 100 d'oxygène. On calcule que 100 à 110 mètres cubes d'air passent ainsi en vingt-quatre heures à travers nos poumons. Si un homme est enfermé dans une chambre close ayant la forme d'un cube de 2 mètres de côté, chaque particule d'air de cette chambre aura passé par ses poumons dans l'espace de vingt-quatre heures, et le quart de l'oxygène qu'il contenait aura été remplacé par de l'acide carbonique qu'on pourrait représenter assez nettement par un morceau de charbon pur pesant 250 grammes. La quantité d'eau qui sort des poumons varie beaucoup dans les vingt-quatre heures, suivant les saisons et les individus; elle peut descendre au-dessous de 300 grammes ou aller jusqu'au double et même au triple de ce chiffre.

On attribue souvent à l'acide carbonique une influence imaginaire : jamais sa quantité ne s'élève au point de causer des dangers u asphyxie, à moins qu'il n'y ait production anormale, comme dans remploi des braseros. La véritable cause des accidents attribués à l'air confiné consiste dans les miasmes provenant des diverses sécrétions de l'homme et tenues en suspension dans l'air. Qu'on entre le matin dans un hôpital, la salle consacrée aux varioleux n'aura pas la même odeur que celle des femmes en couches ou des opérés. Si Ton pénètre le matin dans les différentes chambres d'une même famille, avant l'ouverture des fenêtres, on distinguera pour chaque personne une émanation différente, et cela par le moyen élémentaire que les Anglais appellent le « Nose test. » C'est cette émanation particulière qui est une merveilleuse preuve de la divisibilité infinie de la matière et qui sert aux chiens à suivre de très- loin la piste de leurs maîtres. L'étude de ces questions présente donc un intérêt de premier ordre, et l'on ne saurait en exagérer l'importance pour le choix dune habitation.

À ces causes de viciation de l'air, il faut en joindre une foule d'autres :

1 # La combustion des gaz d'éclairage, qui, nous le verrons plus loin, peut trouver son remède en elle-même, puisqu'elle développe en même temps une force qu'on peut utiliser pour la ventilation ;

2° Les émanations des fosses d'aisances fixes qui, dans une grande ville comme Paris, s'élèvent au nombre formidable de cinquante à soixante mille;

3° La fermentation des matières végétales dans les marchés, dans les ruisseaux, les joints des pavés, etc.;

4° Les hôpitaux, séjour de la fièvre et des miasmes de tout genre : aussi faut-il éviter leur voisinage, aussi bien que celui des casernes, presque toujours mal tenues ;

5° Les deux cent mille foyers allumés dans les soixante-huit mille maisons de Paris et dégageant des fumées plus ou moins malsaines ;

6° Les établissements industriels de toute nature et les dépotoirs qui nous envoient au loin portées par le vent les odeurs qu'ils dégagent, etc ,etc.

On voit par là l'importance du choix d'une habitation pour l'éloigner le plus possible des agglomérations humaines et industrielles et la faire profiter des vents dominants.

On se fait difficilement une idée de l'infection que produisent dans Fa/.* la respiration et la transpiration d'un certain nombre de personnes réunies dans une enceinte close. Pour cela, on n'a qu'à respirer Fair sortant des cintres d'un théâtre : on y courrait le risque d'être asphyxié, si l'on ne prenait des précautions pour se retirer à temps.

Il y a une légion de maladies auxquelles les médecins se sont plu à donner des noms différents suivant qu'elles attaquent des hommes ou des animaux. Ces maladies, qui ont toutes leur période d'incubation, sont dues, pour l'hygiéniste, à une seule et même cause, à Fencombrement et à ses suites, c'est-à-dire ces ennemis terribles et insaisissables, agissant dans l'ombre et qui sont amenés par la fermentation sous l'influence de la chaleur et de l'humidité : citons la peste, la fièvre jaune, le choléra, le typhus, chez l'homme; la peste bovine chez les bestiaux; dans les versa soie, la muscardine, la pébrine, les morts-flats, etc. A Dieu ne plaise que j'empiète ici sur le domaine du médecin, mais il me sera permis de dire que le même moyen de prévention et de traitement est employé dans tous les cas, c'est-à-dire, une ventilation convenable, qui diminue la contagion aussi bien dans les hôpitaux que dans les magnaneries, les casernes ou les étables.

Il y a divers moyens de s'assurer de la pureté de Fair : qu'on porte, par exemple, dans un lieu public une carafe glacée : sa surface se couvrira de gouttelettes de vapeur condensée qu'on recueillera dans une assiette ou une petite bouteille; qu'on Fexpose à une température de 30 à 40 degrés, et la fermentation putride sera immédiate. La lumière est un deuxième et admirable moyen de juger de Fair qui nous environne. S'il ne contient aucune molécule en suspension, il est noir comme l'atmosphère qui nous sépare des mondes voisins. S'il est impur, on y distinguera facilement des milliers d'atomes en mouvement et réfléchissant la lumière. On est alors étonné de la quantité infinie d'impuretés que nos poumons sont chargés de filtrer dans Facte de la respiration. On a évalué à plus de cent millions les spores ou germes de nature diverse qui passent journellement dans nos bronches. Qu'on juge de Finfluence d'un air impur sur la santé!

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