‹ Traité pratique du chauffageChapitre 82 sur 90 · DES CHAMBRES D OUVRIERS · texte numérisé non relu

DES CHAMBRES D OUVRIERS

L'habitation est un des signes les plus certains auxquels on reconnaît lYInl intellectuel et l'avancement d'un peuple civilisé. Sans doute, lV*tat physique n'est pas toujours une preuve de l'état moral des individus, mais en raison des liens intimes qui unissent l'âme au corps

humain, on peut dire que le progrès moral et intellectuel peut difficilement exister, si Ton ne trouve réunies les conditions voulues de salubrité, d'air, de lumière, de propreté et de santé. « As the homes, as the people » est une profonde vérité. Rendre sa maison saine et agréable a plus d'influence qu'on ne le pense sur la vie de famille et sur les mœurs en général, car la famille est l'unité sociale et, comme on l'a dit, la société vaut ce que vaut la famille. On me reprochera, en lisant ce livre, d'attacher trop d'importance au comfort et à la salubrité de nos habitations : j'accepte l'accusation et je crois qu'embellir sa demeure, tâcher qu'elle fasse concurrence aux séductions des cercles et des cafés, rendre le service des domestiques simple et facile, s'affranchir des misères de notre être physique pour donner plus de temps aux choses de l'esprit, tout cela n'est pas la civilisation, mais cela y mène et en esta coup sur le signe extérieur. C'est surtout pour les classes ouvrières que le fait est vrai. Ne nous étonnons pas de l'entraînement que Ton observe pour les cafésconcerts et autres lieux publics où l'ouvrier va iinir sa journée au milieu des dorures et des beautés factices, qui forment un si grand contraste avec son garni sombre, sale, humide et malsain.

On s'est beaucoup occupé d'améliorer le sort des prisonniers, c'està-dire de la lie des populations; n'y aurait-il pas lieu de s'occuper auparavant de l'honnête homme qui, gagnant son pain à la sueur de son front, rentre le soir dans des réduits immondes, où il ne trouve souvent ni eau, ni ventilation, ni chaleur, ni salubrité. Qu'on compare, par exemple, l'aspect des ouvriers de nos manufactures avec celui des agriculteurs vivant en plein air, et le contraste de leur teint indiquera assez l'effet des milieux où ils vivent. Sans doute, le manque d'air, l'obscurité, la malpropreté, le drainage imparfait des habitations ouvrières ne sont pas les causes principales du désordre et du vice dans les classes laborieuses, mais ils y conduisent et il n'y a pas le moindre doute que tout argent sagement dépensé dans l'amélioration et la salubrité des quartiers populeux, servira autant et plus que tout autre moyen, à diminuer la population des prisons et des hôpitaux. Combien ne voit-on pas encore de gens riches qui veillent attentivement à la propreté et à la ventilation de leurs écuries et de leurs étables, mais qui négligent complètement la ventilation des chambres de leur serviteurs ? Ne sont-ce pas cependant des êtres animés respirant et viciant l'air comme les autres? Et dans les fabri-

ques, pourquoi, lorsqu'on a de longues suites de maisons continues à l'usine, pourquoi ne pas faire servir la cheminée de la machine à vapeur et la machine elle-même à ventiler les rangées de maisons par une vaste conduite horizontale ayant accès dans chaque chambre et y portant à la fois l'air pur en été, et la chaleur en hiver? Les grands manufacturiers qui essayeraient ces simples moyens en seraient largement récompensés par la vigueur et l'activité de leurs ouvriers, par la diminution des maladies et l'amélioration des caisses de secours.

Souvent les modestes chambres de nos ou- ' vriers servent à la fois de cuisine et de chambre à coucher. Indiquons un moyen simple d'améliorer presque sans frais l'atmosphère de ces pièces si souvent malsaines. Le fourneau du travailleur devra autant que possible soutenir en dessus un petit réservoir en tôle étamée de 20 à 30 litres chauffé par la fumée et par un bouilleur à circulation. Le tuyau de ce fourneau, à son arrivée au plafond (flg. 353), devra trouver là un élargissement au milieu duquel s'introduira la fumée, et à l'entour sera une grille à registre mobile, fermée lors dj l'allumage du feu, mais ouverte, surtout la nuit, quand la cheminée et le fourneau échauffés feront appel, et suffiront à procurer une issue à l'air vicié. L'action de cette bouche d'extraction sera favorisée par un petit vasistas placé à l'extrémité opposée de la pièce.

Fig. 353.

Page 1