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DES MOYENS DE RAFRAICHIR L AIR

On a cherché bien des moyens de rafraîchir l'air. Le premier essai que l'on rapporte est mentionné par Palladio en 1570. Des seigneurs deVicence, MM. Trenti, auraient rafraîchi leur résidence de campagne à Costoza, en la mettant en communication avec de vastes carrières, d'où les vents envoyaient de l'air frais dans les pièces par des tuyaux munis de régulateurs. Un moyen analogue a été employé, en petit, de nos jours, en puisant l'air dans des caves saines; l'appel était déterminé par des becs de gaz placés au-dessus du foyer dans la cheminée transformée en frigorifère.

Nous avons indiqué, en parlant des théâtres, les moyens les plus pratiques pour abaisser la température dans de vastes espaces. On a proposé de comprimer l'air neuf, pour le dilater ensuite, lors de son introduction dans les salles. Peut-être y a-t il là une modification de l'état électrique de l'air. On a employé aussi l'arrosement des toitures, quand elles sont minces, comme dans les gares de chemins de fer. Le même moyen est appliqué aux jardins d'hiver, où Ton fait disposer, sur l'arête de la croupe en fer, un tuyau percé de trous nombreux laissant tomber l'eau lentement de chaque côté sur les vitrages. Au palais de l'Institut de Paris, on a disposé des appareils destinés à extraire de l'eau très-fraîche d'un puits, pour la faire circuler et suinter le long des parois d'un cylindre percé de trous nombreux. L'air refoulé dans la salle venait baigner et traverser les parois des tubes pour s'y rafraîchir et s'y imprégner d'humidité. A Londres, à la Chambre des Lords, on faisait tamiser l'air neuf à travers de grandes chambres remplies de toiles mouillées sur lesquelles se projetaient avec force des jets d'eau multipliés et très-divisés. On a songé à faire passer l'air à travers de l'eau rafraîchie par des mélanges réfrigérants, comme de la glace pilée, du sel marin et du sel ammoniaque. On a proposé pour des chambres de malades, outre le Punkag indien, de suspendre des draps mouillés contre les murs pour faire évaporation sur de grandes surfaces. En tin, on a fait passer l'air à travers des caves saines à la température moyenne de 10 à 12*; mais dans ce dernier cas, l'air circule trop rapidement pour s'y modifier sensiblement et la température de la cave est bientôt égale à celle de l'extérieur.

Ce qu'on doit surtout chercher à utiliser, c'est la grande loi physique de la chaleur latente de vaporisation. On sait, en effet, que 1 kilogr. de vapeur d'eau à 100° renferme 536 calories. Puis donc qu'il faut à l'eau une grande quantité de chaleur pour passer à l'état de vapeur, cherchons par des moyens économiques à favoriser cette transformation. Parmi ces moyens se trouve, en premier lieu, l'art de faire le vide dans une capacité où se trouve l'eau à transformer en glace. La science est en ce moment sur le point de nous donner plusieurs solutions du problème.

Un des meilleurs moyens pratiques, applicables dans les circonstances ordinaires, consiste, surtout, dans le passage de l'air à travers un jet d'eau projetée avec force et pulvérisée, puis dans un courant

d'air modéré qui détermine à la peau une évaporation lente et par suite un rafraîchissement. Inutile de rappeler que la prise d'air doit être faite pour l'été à l'ombre et au nord.

Quand on aura à rafraîchir ou au moins à renouveler l'air de vastes espaces, pendant le jour, il est des cas où, en été, la nature ellemême met le remède à côté du mal et nous fournit un moyen simple et gratuit d'aération. En effet, il n'est personne qui n'ait observé, en montant dans les combles des habitations, quelle chaleur excessive on y ressent sous l'influence des rayons solaires, surtout depuis qu'on emploie pour couverture les surfaces métalliques. Pourquoi ne pas utiliser cette chaleur, c'est-à-dire cette force gratuite pour l'aération? Il suffira pour cela de surmonter le faite du bâtiment d'une cheminée d'évacuation (fig. 354), à laquelle viendront aboutir des gai-

Fig. 355.

nés latérales formant double plafond, et faisant appel aux orifices placés au-dessous dans la corniche. L'air frais, venant de caves saines, débouchera dans la pièce par des stylobates ou des gaines verticales suivant les cas et la nuit, à défaut de foyer naturel comme le soleil, on aura recours à un foyer artificiel. Ce moyen avait déjà été conseillé en 1800 par le docteur Anderson, et rappelé le 31 juillet 1865 à l'Académie des sciences par M. Regnault. Seulement, le docteur Anderson proposait pour les musées et les salles de réunion de Jour, des cheminées nombreuses revêtues de châssis en verre du côté du midi

(fig. 355), et fermées des trois autres côtés; le soleil, frappant sur les panneaux de verre, devait produire un appel en harmonie avec l'intensité de la chaleur, c'est-à-dire avec la nécessité de l'aération ; c'est, d'ailleurs, ce que fait toujours la nature, qui met le remède à côté du mal : à nous le soin d'étudier et d'appliquer ce remède.

Le moyen ci-dessus est encore applicable quand, pour des motifs de décoration, l'architecte aura à placer de grands vitrages au midi. Si l'on emploie un double vitrage en hiver pour garantir du froid, on peut l'employer aussi en été pour garantir de la chaleur, mais à une condition, c'est qu'au lieu d'avoir de l'air stagnant entre les vitres comme en hiver, on placera dans le panneau extérieur deux trous, l'un en haut, l'autre en bas, pour établir une circulation d'autant plus active que le soleil sera plus ardent.

C'est ici le cas de rappeler une nouvelle et heureuse application qu'on a faite de la tôle pour remplacer les mâts en bois des navires. L'intérieur des colonnes creuses en fonte avait déjà été utilisé pour l'écoulement des eaux pluviales. Dans la marine, les colonnes, c'està-dire, les mâts en tôle rivée, sont admirablement adaptés à la ventilation des cales. On perce dans le bas des trous de distance en distance jusqu'à l'entre-pont, et la sortie de l'air vicié a lieu au sommet du màt transformé en cheminée. Pour les traversées dans les mers de l'équateur, il y aura naturellement un appel d'autant plus actif que l'action du soleil sur le mât sera plus puissante.

Lorsqu'on aura dans un salon un éclairage actif et qu'on ne pourra pas disposer de gaines à ventilation renversée, il faudra faire servir la rosace du lustre à un départ qui se continuera entre les solives du plafond pour aboutir à l'extérieur et qui sera secondé par des ouvertures à registre mobile (fig. 356 et 357) placées le plus loin possible en haut de la salle et admettant l'air à une pente de 45 degrés vers le plafond. Ces ouvertures seront déguisées avec soin dans les corniches ; c'est le moyen qui sera le plus pratique pour les salles à manger où la lampe avec son fumivore pourra exercer un appel suffisant vc;rs la rosace et vers la gaîne cachée dans le plafond ; l'arrivée dn l'air de remplacement se fera en hiver par les ventouses des poêles ou les bouches du calorifère, et, en été, par les corniches ou par des vusistas convenablement placés. Il est bien peu de constructions qui no ho prêtent à ce simple moyen ; nous admettons bien l'air froid

sous nos planchers par des ventouses, pourquoi nos plafonds ne contiendraient-ils pas aussi des gaines de sortie ?

Quand on ne voudra pas user du moyen précédent, il faudra recourir à la cheminée elle-même, surtout en été, et cette cheminée rentrera alors dans son véritable rôle, celui d'un appareil de ventilation. On y disposera des

becs de gaz, ou un poêle portatif convenable , en baissant le rideau à moitié, sans oublier que l'air de "^ remplacement devra tou- /* jours arriver par des points nombreux, le plus loin possible de l'appel et toujours dirigés vers le plafond Flg ' 356, pour que le courant s'éteigne avant d'arriver aux personnes présentes.

En somme, on voit que l'un des moyens les plus convenables, pour nous aider à supporter de hautes températures, consiste surtout dans le renouvellement de la couche d'air qui nous environne. Si près des pôles, on supporte assez facilement un froid de — 30 à 40°, quand l'air est en repos, par contre, dans les climats chauds, quand l'air est en mouvement, on supporte plus facilement + 30 à 35° qu'on n'en peut tolérer -f- 20°, par exemple, dans une baignoire de théâtre où l'air n'a accès que d'un côté. J'ai beaucoup plus de confiance dans le mouvement que dans l'humidification de l'air, car le corps humain est un alcarazas et en augmentant l'humidité de l'air, on n'obtient pas toujours un refroidissement correspondant, parce qu'on réduit d'autant la transpiration pulmonaire et cutanée.

Il est une industrie destinée à prendre une grande extension dans l'avenir, c'est celle de la production artificielle du froid , comme on a créé depuis longtemps celle de la production artificielle de la chaleur. S'il est vrai que la vie végétale et animale ne peuvent s'exercer

Fig. 357.

que dans certaines limites de température, s'il est vrai que la chaleur est l'agent le plus actif de l'industrie, il ne Test pas moins que certaines transformations de la matière, dans nos usines, ne peuvent avoir lieu qu'à basse température ; de là la nécessité de produire le froid en grand et à bon marché. En parlant des glacières américaines, nous avons indiqué les meilleurs moyens pratiques d'emmagasiner la glace pour les habitations particulières. Mais si utile que soit la glace, dans ses applications culinaires, ces applications ont peu •d'importance en comparaison des nombreux usages du froid pour la médecine et la chirurgie, pour la conservation des substances animales, pour les brasseries et une foule d'industries. Ici, dans nos habitations, la glace est encore un objet de luxe. Dans certains pays, les États-Unis, par exemple, elle est considérée comme un objet de première nécessité, et tous les matins, chaque ménage reçoit sa provision en même temps que son journal. Déjà deux grandes maisons exploitent à Paris l'industrie du froid par des procédés différents; il est hors de doute que, dans l'avenir, la fabrication de la glace sera une des grandes industries, surtout dans les villes manufacturières. Dans le numéro d'avril 1873 du Moniteur scientifique, nous trouvons (fig. 358) la description d'un procédé pour rafraîchir les salons par

Fig. 358.

l'envoi d'air humide. A est le ventilateur mû par une force quelconque ; B, la gaîne conduisant l'air neuf sous la boîte C, où il passe à travers une toile tendue, qui reçoit par le haut des jets d'eau trèsdivisés, qu'on règle par le robinet D. Le trop-plein s'écoule par le bas, dans un petit caniveau, qui le conduit au dehors et le tuyau E dirige l'.air rafraîchi dans la pièce à ventiler. Il va sans dire que le robi-

net D peut amener de l'eau phéniquée, si l'on ventile une chambre de malade, ou de l'eau légèrement parfumée, si Ton ventile un salon. Ce procédé peut rendre des services dans certains cas, mais il en est un, celui de la production du froid par le vide, qui remplacera bientôt tous les autres.

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