DE LA VENTILATION PAR LES APPAREILS D'ÉCLAIRAGE
Rappelons les divers moyens de ventilation obtenus dans ces derniers temps par les appareils d'éclairage, qui n'ont servi d'abord qu'à donner de la lumière. On employa ensuite le gaz dans les appareils de chauffage; un troisième rôle lui était réservé: celui de force ventilante pour porter au dehors l'air vicié 'par la combustion et par la respiration.
Il n'est personne qui n'ait remarqué cette atmosphère particulièrement impure et lourde qu'on respire, par exemple, dans les foyers des théâtres ou dans les escaliers fermés et éclairés au gaz. Nous savons que la lumière résulte de la combustion, c'est-à-dire, de la combinaison de l'oxygène atmosphérique avec des produits divers, composés d'hydrogène et de carbone. C'est surtout la présence de molécules solides dans la flamme qui lui procure les propriétés lumineuses; quand la combustion est complète, il y a d'abord diminution de l'oxygène dans les pièces et production d'acide carbonique. De plus le gaz des villes n'est qu'imparfaitement purifié et son emploi donne lieu à la production de gaz sulfureux, ammoniacaux, etc., qui vicient l'air, souillent les dorures et les meubles et dont il importe d'effectuer l'évacuation.
On peut combiner l'éclairage et la ventilation de trois manières : 1° en plaçant les becs de gaz en dehors des pièces qu'ils éclairent par un verre dormant, comme le fait la lumière solaire. Ce moyen s'applique aux théâtres, aux cabines de navires, aux écuries ou aux pièces que l'on veut mettre à l'abri du feu ; 2° les becs de gaz peuvent être dans les pièces elles-mêmes, mais alimentés d'air par l'extérieur. Cela se fait dans les vitrines de magasins; 3° enfin, l'appareil se place dans les pièces à éclairer, qui alimentent la combustion, mais alors elles doivent être munies des gaines de sortie qui servent à évacuer
les gaz brûlés en même temps qu'ils ventilent la pièce. Pourquoi, hélas! n'en agit-on pas ainsi partout?
Longtemps avant l'emploi du gaz, Tune des premières applications pratiques de l'éclairage à la ventilation a été faite, d'abord en 1812, par le marquis de Chabannes, qui ventila le théâtre de Covent-Garden (fig. 292) par l'appel du lustre. En étudiant cette figure, on y reconnaît la disposition des < sun burners, » si usités aujourd'hui à Londres. Les brevets Fig. 359. d'invention du marquis de Chabannes nous
montrent, à la même époque, un moyen de ventiler les appartements par des lampes placées dans une gaine aboutissant à la cheminée.
Après lui, Faraday proposa, en 1840, d'entourer les becs de gaz par un double verre surmonté d'une plaque de mica (fig. 359) et mise en communication avec une gaine de sortie. Cette idée fut appliquée en grand par le docteur Reid pour l'éclairage des chambres dû Parlement. En France, on l'applique depuis aux rampes de théâtre, et on y a trouvé deux avantages: 1° on évite les chances d'incendie pour les robes des artistes; 2° on obtient une évacuation directe des gaz de la combustion dont l'action est si desséchante pour les voies respiratoires.
Quant à l'utilisation du lustre pour l'appel, d'Arcet, imitant le marquis dé Chabannes, l'avait déjà appliquée en 1825, et cela pour un excellent motif, c'est qu'il ne peut en être autrement, sous peine d'élever la température des cintres à un degré intolérable. Mais comme nous l'avons vu en parlant des théâtres, là se trouve un écueil, c'est-à-dire, un courant d'aspiration des ondes sonores et un
appel d'air trop énergique par la scène et par les portes des loges. Pour y remédier, on a voulu supprimer complètement le trou du lustre, ce qui avait d'autres inconvénients ; puis on a descendu le lustre lui-même en le mettant dans une enveloppe cristalline, comme au Vaudeville. Enfin, au nouvel Opéra à Paris, on laissera le trou ordinaire du plafond, mais on le rétrécira le plus possible, pour diminuer les effets de l'appel que détermine la chaleur du gaz.
On voit que la question de l'éclairage en est encore à la période des tâtonnements.
Si nous passons aux petits espaces comme les clubs, les fumoirs, les restaurants, les salles de lecture, etc., nous verrons que le remède est à côté du mal et qu'en Angleterre, on a combiné, sur une grande échelle, l'éclairage et la ventilation par les < sun burners»
ou lustres à gaz, avec double gaîne ventilatrice formant une sorte d'égout aérien. Les types que nous figurons ci-dessous se rencontrent à Londres aujourd'hui dans presque tous les bâtiments publics.
Les premiers lustres réflecteurs à gaz se composaient d'abord de simples jets en couronne, en forme de papillons ou de queues de poissons placées sous un réflecteur métallique aboutissant à une gaine d'évacuation pour les gaz brûlés. Le premier inconvénient
était l'ombre portée par le réflecteur suivant la hauteur où il était placé. On y remédia en donnant à l'appareil la disposition de la figure 360. Le second inconvénient était la rentrée d'air froid tombant sur les lustres et pouvant éteindre les becs. On y obvia par une soupape particulière fermant le tuyau d'évacuation en même temps que le robinet de gaz, et on surmonta le tuyau d'air vicié d'un chapeau contre les vents. Dans la figure 360, qui est la disposition la plus usitée pour abaisser les lumières, le lustre est en contre-bas des plafonds et la gaine- d'évacuation est verticale. La partie supérieure est un treillis
Fig.36l.
métallique garni de mica transparent pour éviter l'ombre du réflecteur. Quand le lustre est appliqué dans le plafond, comme dans les fumoirs, on le surmonte par une petite voûte en fonte émaillée et on envoie la gaine d'air vicié dans une double conduite isolante, aboutissant à une cheminée.
La figure 361 est une forme très-usitée à Londres pour les petits espaces; elle est surtout applicable aux magasins, aux cafés, vestibules et antichambres. Le tuyau d'arrivée du gaz est intérieur et l'air de la pièce est évacuée par le bas et par le haut de l'appareil Dans la salle des séances de la Société d'encouragement à Paris, la sortie de l'air vicié a lieu sous l'appel de nombreux becs de gaz placés dans une cheminée située dans les combles, où aboutissent des gaines d'évacuation avec prises en contre-bas. L'arrivée de l'air neuf a lieu dans une chambre de mélange et par de larges orifices ménagés dans les ornements du plafond. En plaçant en bas le robinet à gaz, la personne chargée de la ventilation peut, par l'inspection de quelques thermomètres et sans monter dans les combles, activer, arrêter et modifiera son gré la combustion du gaz, c'est-àdire l'activité de l'aération. Pour la ventilation et le chauffage d'hiver, un calorifère placé en dessous de la salle envoie de l'air à la température et à la qualité voulues. En cas de besoin, l'ouverture des orifices du plafond, pendant quelques instants, donne une issue facile à l'air vicié.
11 est d'autres applications qu'il est très-important de noter parce qu'elle peuvent rendre de grands services suivant les cas, surtout quand on a besoin d'une force mobile variable et exempte de dangers ou de survei llance. Ainsi, dans la disposition fig. 362, on peut régler la ventilation par appel en bas ou en haut, suivant les saisons, dans la gaîne d'évacuation B, par les orifices à coulisse C. Un ou plusieurs becs, placés en A, éclaireront les pièces et feront appel par entraînement en D. Il sera nécessaire d'abriter la sortie par un chapeau, en E. pour le meVre à l'abri de la pluie ou du vent et l'ou
Fig. 362.
fera bien d'élargir la gaine d'évacuation au-dessus des becs au point D.
Une autre disposition plus simple (fig. 363), s'applique aux dortoirs des collèges, aux lieux bas et humides et surtout aux cabinets d'aisance, en faisant partir le tube inférieur sous le siège avec sortie par un tube d'évacuation à l'extérieur. Ce moyen a été appliqué avec succès dans les gares du chemin de fer du Nord, où les urinoirs et cabinets sont mis 2 à 2, en communication avec des jets permanents, placés dans dss lanternes qui éclairent les pièces et les assainis sent en même temps. C'est un moyen qu'on devrait appliquer dans tous les lieux publics. Signalons, enfin, un emploi du gaz pour rafraîchir les appartements en été, en mettant les becs ou la force ventilante à l'intérieur des cheminées, dans un tube mobile, fixé derrière le tablier qu'on soulèvera de 15 à 20 centimètres. On mettra naturellement les pièces en communication avec une cave saine et on réglera l'arrivée de l'air frais par des registres ou par le nombre de becs de gaz. Ce même moyen peut s'appliquer aux salons de réception, dont la bouche d'extraction sera le foyer ; le tablier sera relevé et garni de fleurs par devant. Il cachera le tube des becs à gaz placés à l'intérieur. L'air de remplacement sera fourni parles corniches et par le dessus des portes disposées en conséquence pour diviser les courants à leur arrivée.
11 nous reste, en parlant des gaz de la combustion, à signaler un emploi dès plus ingénieux de la fonte que l'on utilise en Angleterre pour les rosaces des plafonds situées au-dessus des appareils d'éclairage. La chaleur et la fumée des lampes ou du gaz trouve dans la rosace une issue naturelle aboutissant à une cheminée. Les ouvertures se dissimulent dans les ornements, qui se composent d'appliques mobiles faciles à visiter et à nettoyer.
tig. 3G3.