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VENTILATION PAR L'AIR COMPRIMÉ

Un mode de ventilation récemment appliqué par M. de Montdésir, dans de grands espaces, est celui que l'on obtient en injectant, au

moyen d'un ajutage conique, de l'air comprimé dans une gaine cylindrique ouverte en arrière du jet (fig. 364). On produit ainsi l'entraînement des couches gazeuses contiguês, proportionnellement à la pression de l'air comprimé et au diamètre du jet.

Or , comme l'on peut régler et le dûir mètre du jet et la pression de l'air, c'està-dire, la puissance du moteur, on voit qu'on peut agir sur la ventilation par la simple manœuvre d'un robinet, comme on règle l'écoulement de l'eau ou la vitesse d'un appareil mécanique. C'est un moyen d'action qui sort un peu des limites de ce travail, mais il offre un tel intérêt et il se rattache de si près à nos études, qu'il ne sera pas inutile d'en dire quelques mots.

La connaissance de la puissance et de l'élasticité de l'air comprimé est aussi ancienne que le monde. Un physicien, qui vivait à Alexandrie, 200 ans avant J. G., Héron, en fit la première application dans une fontaine qui porte son nom ; mais jamais on n'avait tiré de ce principe un parti industriel. De nos jours, en 1822, Wilkinson fit des expériences qui prouvèrent que l'air comprimé pouvait se transmettre À de grandes distances. Après lui, d'Aubuissoû démontra, en 1826, que dans des conduites de 400 mètres de longueur, on n'éprouvait qu'une perte de 4 •/„ seulement sur l'air injecté. En 1854, M. de Cavour, à l'occasion du percement du Mont-Cenis, insista pour l'emploi du nouveau moyen et fit justement observer « qu'avec ses chutes d'eau, la Savoie avait plus de force motrice que l'Angleterre avec toutes ses mines de charbon. »

Aujourd'hui que le prix des houilles augmente de toutes parts, la grande industrie se demande à quelle force il faudra s'adresser dans l'avenir pour remplacer nos mines épuisées.

Or, il est deux sources de force, sans limites, fournies gratuitement par la nature: l'eau, quand on pourra la décomposer industriellement, et Fair, qu'on peut comprimer et emmagasiner à volonté dans des réservoirs au moyen des chutes de nos cours d'eau. Ici, la vapeur cédera le pas à un agent soumis et infatigable, complètement à l'abri des grèves des mineurs et des dangers de l'exploitation des mines. Au moyen du câble de Hirn, ou de tuyaux multipliés à l'infini, comme ceux qui transmettent le gaz d'éclairage, on enverra la force comme on envoie aujourd'hui l'eau, la lumière et la chaleur

On sait que lorsqu'une masse d'air est en repos, on peut lui faire acquérir une force motrice, en la comprimant dans un espace clos, d'où on la laisse ensuite sortir par un orifice réglé par un robinet. Mais le travail étant plus grand que celui qu'on pourrait retirer ensuite de ce moteur, il est plus avantageux de l'appliquer de suite à l'effet qu'on veut obtenir. Mettre de l'air en mouvement par une force quelconque pour le faire agir ensuite sur une machine serait aussi absurde que d'élever de l'eau par une pompe pour la faire tom ber ensuite sur une roue. Voilà pour les principes.

Mais il n'en est pas de même quand il s'agit d'appliquer l'effet de l'air comprimé à l'entraînement des couches contiguës, de le modifier, de le régler, de l'emmagasiner et de le distribuer au besoin comme on le fait dans l'industrie : et, quand on examine de près ce nouvel et merveilleux agent, on se demande pourquoi on va chercher si loin et à grands frais une force que, dans une foule de pays, la nature vous met gratuitement sous la main, absolument comme on va au Pérou chercher du guano, pour jeter ensuite en rivière tous les résidus des villes. La nouvelle source de mouvement offre les avantages suivants : 1° on la produit sans autres frais que la dépense première des appareils compresseurs, quand on pourra disposer d'une force naturelle comme le vent, une chute ou un cours d'eau, dont on transforme ainsi la puissance ; 2° on peut l'emmagasiner, la conserver, la transporter à distance presque sans perte. Au Mont-Cenis, la longueur totale des tuyaux a été jusqu'à 7 kilomètres et la perte de pression n'était que de 8 à 10 %. On fera dans les villes une canalisation comme celle du gaz, se réglant de même par des robinets. Plus de charbon, plus de fumée, plus d'ouvriers en goguette. Le nouveau moteur, après avoir produit son effet utile, le complétera, en assainissant l'atmosphère de l'atelier. Enfin, l'air comprimé se prête à un fractionnement infini, et peut convenir sous ce rapport à la petite industrie qui cherche vainement une force docile, économique et à l'abri de tous dangers pour nos habitations.

Dans la grande et merveilleuse application dont nous avons parlé, le percçment du Mont-Cenis, on a obtenu par l'air comprimé un double résultat: on a pu transmettre la force motrice à des distances considérables et, en même temps, fournir l'air respirable nécessaire à la vie des ouvriers. Ce moyen s'applique aussi bien au transport en grand des dépêches qu'aux modestes sonneries à air dans nos ap-

partements. Tout le monde se rappelle qu'en 1867, le difficile problème de la ventilation du palais de l'Exposition fut résolu par M. de Montdésir, au moyen de l'air comprimé. Dans l'industrie, on en trouve des applications pour les séchoirs, les brasseries, les manufactures de tabac, les navires, les mines, etc. Ce principe consiste à augmenter la quantité d'air mis en mouvement, à diminuer et régler sa vitesse, c'est-à-dire, à transformer le travail des anciens ventilateurs, qui donnent des vitesses inutilement trop grandes.

Au point de vue qui nous occupe, celui de l'hygiène, on voit qu'on peut en tirer les applications les plus variées. On a essayé d'en faire usage pour certaines affections, en mettant le malade dans des récipients disposés dans ce but. L'effet produit consiste dans une sensation de pesanteur dans les oreilles qui cesse au bout de quelques instants. La respiration devient plus facile et plus fréquente ; le pouls se ralentit, la tension artérielle est augmentée : une bougie brûle plus activement par suite de l'accroissement de la proportion d'oxygène. Chez l'homme, cette activité de la combustion engendre un accroissement d'appétit et de puissance musculaire. Dans les travaux exécutés sous les fleuves ou dans les cloches à plongeurs, on a pu faire supporter sans dangers à des ouvriers des pressions de 3 atmosphères, pourvu que la décompression soit lente ; si elle avait lieu trop vite, on éprouverait des congestions ou des hémorragies comme on en a des exemples dans les ascensions en ballon et sur le Mont- Blanc. Si Ton pousse trop loin la pression de l'air, jusqu'à 10 et 12 atmosphères, par exemple, l'oxygène devient pour nous un véritable poison ; tandis qu'au-dessous de 9 atmosphères, l'acide carbonique envahit le système nerveux et artériel, puis, ne pouvant sortir des poumons, il y produit une véritable asphyxie.

Mais, revenons aux applications pratiques qui nous concernent Dans les navires, où la question de place est si importante, on peut envoyer de l'air pur, au moyen de gaines de petit diamètre, dans les parties de la cale les plus éloignées. On peut ainsi,dans les transports lointains de produits végétaux et animaux, éviter réchauffement ou la fermentation qui compromettent souvent des cargaisons entières. Dans les établissements insalubres, on peut diriger et régler l'arrivée de l'air au point nécessaire en l'imprégnant tantôt d'acide phénique, pour la désinfection, ou d'humidité, au moyen d'un jet d'eau pulvérisé, s'il s'agit de filatures ou d'établissements où Ton veut pro-

duire un abaissement de température. Dans ce dernier cas, le refroidissement se produit par la vaporisation rapide de l'eau entraînée par le jet d'air comprimé. Pourquoi un moyen si simple et si rationnel n'est-il pas employé pour nos théâtres en été? C'est ce que nos neyeux se demanderont avec étonnemenb quand on leur dira qu'en 1873, on continuait à s'empoisonner les uns les autres malgré les moyens si simples inventés par la mécanique moderne.

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