L'acide pyrogallique est livré au com
(') Dans ces derniers temps on a employé avec succès, paraît-il, le carbonate de lithium.
AVEC QUOI Di: VR LOPPE-T-ON? 29
mcrce à l'état de poudre blanche : nous remployons dans cet état et en prenons la quantité voulue au moyen d'une spatule ou d'une petite cuiller à moutarde en bois. Celle qui nous sert contient environ o^^, d'acide pyrogallique.
L'acide pyrogallique est soluble dans l'eau et dans l'alcool et l'on peut l'employer également dans l'un ou l'autre de ces dissolvants. Cependant il faut noter que les solutions aqueuses ne se conservent pas : les solutions alcooliques sont beaucoup plus stables, mais la présence de l'alcool ne présente guère d'avantages et peut par contre occasionner des marbrures de la couche. Pour ces diverses raisons, nous préférons donc nous servir du produit à l'état de poudre.
Pour obtenir les solutions de carbonate et de sulfite à saturation, rien n'est plus simple : on peut faire la dissolution à chaud avec un excès de sel, de manière à ce que cet excès cristallise, ou encore mettre en contact dans un bocal le sel et le dissolvant qui est, dans ce cas, l'eau. 11 faudra avoir soin de remuer de temps en temps ces solutions, car les couches inférieures seules se satureraient.
Pour éviter du reste tout tâtonnement au lecteur, voici les quantités de ces sels qui correspondent à la saturation.
Parties. Parties.
100 carbonate de soude se dissolvent dans. . loo d'eau, 100 sulfite de soude » » .. 200 »
3o CHAPITRE m.
On emploie habituellement le carbonate de soude ordinaire du commerce et il n'y a pas d'avantages à employer des produits plus purs,
27. — Il en est pas de même en ce qui concerne le sulfite de soude. Ce produit doit être bien pur et il ne faut employer que des solutions fraîchement préparées. En effet, ce sel et ses solutions s'oxydent facilement à l'air et se transforment partiellement et peu à peu en sulfate de sodium dont l'action est nuisible dans le développement; de plus, le sulfite oxydé ne peut plus donner les résultats que l'on attendait de sa présence.
Pour constater la pureté du sulfite, il faut traiter la solution de ce sel par l'acide chlorhydrique. Il se dégage de l'acide sulfureux et il se forme du chlorure de sodium. Lorsque le dégagement de gaz n'a plus lieu, on ajoute à la solution du chlorure de baryum qui donnera un abondant précipité blanc au cas où le sulfite contient du sulfate.
Le lecteur verra déjà dans la préparation des produits nécessaires une grande simplification, puisque, à part le bromure, il n'est besoin de rien peser ni de rien mesurer. Nous n'allons plus nous trouver, comme dans le développement au fer, en face d'une formule où les rapports des produits constituants ne peuvent varier que dans de faibles limites; ici, au contraire, les différents produits qui constituent le développement peuvent être
AVEC QUOI DÉVELOPPE-T-ON? 3l
mélangés dans les proportions les plus diverses. L'opérateur, suivant la manière dont son cliché viendra, sera libre de diminuer ou d'augmenter Ténergie du bain, de ralentir ou d'accélérer son action, de faire, en un mot, telle modification qu'il jugera nécessaire pour obtenir un résultat donné.
28. — Pour fixer néanmoins les idées du lecteur, nous allons lui indiquer les quantités de chacun des produits qu'il devra employer, mais en lui faisant remarquer en même temps que ces quantités ne lui sont données qu'à titre d'exemple et qu'elles peuvent et doivent varier beaucoup suivant les cas. Pour développer, par exemple, un i3 X i8 ayant une pose normale, ni trop forte ni trop faible, nous mettrons une cuillerée d'acide pyrogallique, c'est-à-dire environ o^'', 2 5 de ce produit. Si nous développons deux glaces dans la même cuvette ou une glace de format double, nous mettrons deux cuillerées. Inversement, nous n'en mettrons qu'une demie pour une plaque 9x12. Voilà le point de départ, mais, pour diverses raisons que nous allons développer, il faudra faire varier cette quantité en plus ou en moins. Ainsi, si le cliché a trop de pose et s'il présente des oppositions très grandes, nous diminuerons la quantité d'acide pyrogallique. Au contraire, s'il est uniforme, manquant d'oppositions ou trop peu
exposé, nous raiigmenterons. La nature des plaques peut également nécessiter des modifications analogues (60). A-t-on des préparations donnant des clichés à oppositions un peu durs, ménagez l'acide pyrogallique : ce sera souvent le cas avec les plaques lentes. Avez-vous affaire, au contraire, à des plaques rapides et tendant à donner des épreuves trop uniformes, un peu grises même, forcez la dose.
29. — Lorsque, par un raisonnement préalable, en vous basant sur ces considérations (28), vous aurez déterminé la quantité d'acide pyrogallique nécessaire, ajoutez le volume d'eau voulu pour baigner couvenablement la plaque, 6o^^ environ pour un i3 X i8, mettez la quantité de bromure reconnue utile, puis ajoutez lo^^ de la solution de sulfite de soude. Versez alors le tout dans la cuvette et plongez-y la plaque rapidement (11 à 13). Un mouillage incomplet de la couche n'est pas sans inconvénients, car celle-ci s'imprègne irrégulièrement et le développement se fait inégalement. Il est bon de laisser la glace une demi-minute environ dans le bain avant d'y rien ajouter. Ce séjour a pour but de permettre à la couche de se ramollir et de se pénétrer de liquide. Lorsqu'on ajoutera ensuite l'alcali qui, en présence de Facide pyrogallique, produit l'apparition de l'image, ce mélange s'effectuera dans l'intérieur de la couche
elle développement ne sera pas limité à la suiTace de la plaque.
Pour ajouter le carbonate de soude, il faut verser le liquide de la cuvette dans un verre, faire l'addition d'alcali dans ce verre, mais jamais sur la plaque, ce qui pourrait occasionner des taches.
30. — Le système que nous employons, quel que soit le cliché à développer, consiste à n'ajouter l'alcali que par petites fractions successives, de manière à ne pas être surpris par la venue trop rapide de l'image.
Après chaque addition, il faut attendre un certain temps afin de juger de l'effet produit, etn'ajouter une nouvelle quantité de produit que si cela est nécessaire. Si l'on n'opère ainsi, on risque de voir l'image apparaître trop rapidement; on pourra, il est vrai, l'arrêter brusquement par l'addition de bromure, mais le plus souvent ce sera trop tard. La nature du cliché sera déjà modifiée et l'addition du bromure ne pourra que donner un excès de dureté (69). Il faut, au contraire, que l'image vienne toujours avec une sage lenteur; nous nous arrangeons pour que la dose d'alcali soit toujours trop faible dans la majorité des cas et que l'image n'arrive pas à la première addition d'alcali; et si, par hasard, il y avait grand excès de pose, cette faible quantité d'alcali serait suffisante pour la faire apparaître, mais pas assez pour la mener trop vite.
Dans la plupart des cas, au bout d'environ une demi-minute, nous n'aurons pas trace d'image. Nous ajouterons alors une nouvelle quantité d'alcali, en opérant toujours comme nous l'avons dit tout à l'heure. On attendra l'effet de cette nouvelle addition, puis, si l'image n'apparaît encore pas, on continuera les additions successives de carbonate par petites fractions espacées, et ceci jusqu'à ce qu'elle vienne. A cet instant, il faut la laisser monter tranquillement jusqu'à ce qu'elle ne gagne plus.
31. — Voilà le moment délicat du développement; c'est là, en voyant apparaître l'image, qu'on devra la juger pour voir comment elle s'annonce et ce qui lui manque. Si elle vient dans toutes ses parties également, ou presque également, on a bien des chances d'avoir un cliché gris, terne et manquant d'oppositions; il faudra lui donner de la vigueur, de l'énergie. Au contraire, les grandes lumières apparaissent-elles seules, il est à craindre qu'on n'ait un cliché dur, heurté; il faudra éviter cette dureté et l'atténuer, s'il est possible. L'examen de l'image lors de son apparition nous dictera donc la conduite à suivre. S'il lui faut de la vigueur, nous pousserons avec le pyrogallique, nous pourrons même ajouter un peu de bromure ; faut-il au contraire des détails, éviter la dureté, nous augmenterons la dose d'alcali. En principe, on doit
chercher d'abord à obtenir tous les détails de l'image par l'addition de l'alcali; puis, ce résultat atteint, on augmente l'intensité, s'il est nécessaire, au moyen de l'acide pyrogallique (S4 à 59). On s'aperçoit que tous les détails sont venus lorsque l'on voit l'image dans les endroits qui correspondent aux parties peu éclairées du modèle : ce sont, sur le cliché, les blancs. Lors donc qu'on a les détails dans les blancs, le résultat est atteint.
32. — Pour juger de l'intensité, il faut faire cet examen devant la lanterne à verre rouge, et avec rapidité, comme nous l'avons indiqué (6). En dehors de l'intensité locale propre à chacune des parties du cliché, intensité qui est fonction des différentes valeurs de l'original, il faut s'occuper de l'intensité générale du cliché, qui doit avoir une valeur donnée pour produire une bonne épreuve.
Il faut tenir compte, dans cette opération, de la nature des glaces employées, car les diverses marques n'ont pas une même épaisseur de couche et l'on peut commettre des erreurs très facilement.
Ainsi, les glaces recouvertes d'une couche épaisse de gélatinobromure sont très trompeuses et, après le fixage, on les trouve généralement insuffisamment énergiques ; il faudra donc les pousser davantage.
Avec les glaces à couche mince, les erreurs
ne sont pas tant à craindre, car elles perdent moins au fixage. On a souvent recommandé d'arrêter le cliché lorsque l'image a traversé la couche et se voit par derrière; cette indication, pour nous, n'est d'aucune valeur, précisément à cause des différentes épaisseurs de couche. 11 n'y a que l'examen par transparence auquel on doive accorder confiance.
33. — Lorsqu'un cliché a une pose convenable, on remarquera que l'intensité monte en même temps que les détails arrivent. Ceci se comprend aisément, puisque toute réduction des sels d'argent se traduit par une opacité proportionnelle. C'est ce qui se passera le plus souvent. Dans d'autres cas, au contraire, le cliché, quoique ayant tous ses détails, manquera d'intensité générale. Au tirage, il ne donnerait cju'une épreuve grise par suite de sa trop grande transparence. Il faut alors augmenter l'intensité générale du cliché, opérer en quelque sorte un véritable renforcement. Pour ce faire, il suffit d'ajouter un peu d'acide pyrogallique et l'on verra immédiatement la vigueur arriver (56).
Jusqu'à présent, nous n'avons eu en l'idée que le développement de clichés ayant reçu une action suffisante de la lumière pour donner tous les détails et toute l'énergie voulue. L'augmentation progressive de Ténergie du bain révélateur a fait peu à peu apparaître cette image qui ne demandait qu'à venir.
et que, par méthode, on a traitée avec une lenteur calculée.
Mais il est d'autres cas où la lumière n'a pas accompli une réduction aussi intense, lorsqu'il s'agit d^instantanéités, par exemple, fl faut que nous arrivions à développer cette image, qui n'est due qu'à une faible impression de la lumière. Dans ce cas tout particulier, les additions d'acide pyrogallique seules ne seront pas suffisantes, il faudra les alterner avec celles d^alcali. On aura donc ainsi un bain toujours et constamment additionné d'éléments neufs qui en augmenteront l'énergie d'une manière progressive.
34. — Dans celte hypothèse, il sera utile d'employer un moyen dont nous n'avons pas encore parlé : c'est de faire varier la concentration du bain révélateur ( 66 ) . Plus il sera concentré et plus sa puissance sera grande, plus son action sera rapide ; plus il sera dilué, au contraire, et plus il agira avec douceur et lenteur. Il faudra donc tout simplement, suivant les cas, faire varier la quantité d'eau que l'on ajoute au bain.
Nous espérons avoir démontré que l'on peut obtenir, avec l'acide pyrogallique, un développateur qui se prête à toutes les variantes possibles, et, bien qu'au premier abord son emploi paraisse un peu compliqué, nous croyons qu'en pratique il n'offre pas de difficultés sérieuses à celui qui veut A. L. 4
se donner la peine de raisonner ce qu'il fait.
Nous aurons du reste l'occasion de revenir, dans le Chapitre IV, sur les principes généraux qui dominent la question du développement et nous indiquerons, dans chaque hypothèse, la marche à suivre.
Achèvement du négatif.
3o. — On lave abondamment le négatif et l'on procède au fixage dans la solution suivante :
Eau 1000 ce
Hyposulfite de soude 200 g'"
Le cliché doit y séjourner jusqu'à ce que tout le bromure d'argent non réduit soit dissous, ce dont on s^apereoltà la disparition complète de la couche blanchâtre visible au dos du cliché* 11 n'y a pas d'inconvénients à laisser quelques minutes de plus le cliché dans le fixage, même lorsqu'il paraît complètement fixé. Nous croyons toujours prudent d'opérer le fixage dans le laboratoire et non en plein jour comme le font certaines personnes. En tout cas, il faut éviter avec soin d'exposer au jour un cliché incomplètement fixé ; il se forme dans ce cas une nouvelle combinaison du sel d'argent avec la gélatine, combinaison qui est insoluble dans l'h^'posulfite et formera tache.
AVEC QUOI DÉ VELO P PE-T-ON? Sg
Après le fixage, on procède à un lavage soigné et l'on plonge la plaque dans le bain suivant :
Eau 1000 ce
Alun . . 60 s^'
Ce bain, qui a une action tannante manifeste, durcit la gélatine, l'empêche de se soulever et en facilite la conservation ultérieure. Il enlève également la coloration de la couche qui se produit fréquemment lorsque l'on a employé un excès d'alcali, prolongé par trop la durée du développement, ou que la solution de sulfite était altérée (27).
Quelques personnes ont préconisé l'emploi du bain d'alun de suite après le fixage. Cette manière de faire peut être précieuse si les glaces ont une forte tendance au soulèvement. Mais, dans ce cas, il faut auparavant laver les clichés avec un soin minutieux; en effet, si le carbonate de soude n'est pas entièrement éliminé, il se forme avec l'alun un précipité gélatineux blanchâtre très épais d'alumine. Ce précipité, se produisant dans l'épaisseur même de la couche, en provoque le boursouflement, voire même le soulèvement. Les parties où la réaction s'est produite ne se fixent plus qu'avec la plus grande difficulté et, au séchage, on remarque à l'endroit des taches jaunâtres recouvertes du dépôt en question, desséché à l'état de poudre blanche.
Nous signalons le résultat d'un mauvais lavage
avant le passage à l'alun ; à l'opérateur prévenu d'y remédier comme nous l'avons dit.
On a proposé également un mélange d'hjposulfîte de soude et d'alun pour faire les deux opérations en même temps. Ce procédé n'est pas mauvais, à la condition de faire le mélange par avance et de le débarrasser par un filtrage soigné du précipité laiteux de soufre qui se forme.
On lave les clichés comme d'habitude (').
36. Coloration des clichés, — Comme nous l'avons dit tout à l'heure, on obtient assez souvent des clichés colorés plus ou moins en jaune dans le développement à l'acide pyrogallique. Cette coloration, lorsqu'elle n'est pas trop prononcée, n'est pas un inconvénient comme on pourrait le croire a priori , et les épreuves obtenues sont à notre avis le plus souvent préférables à celles provenant d'un cliché non coloré. Cette coloration est même très avantageuse pour améliorer certains clichés manquant de pose, et, dansée cas particulier, nous ne craignons pas de l'exagérer. R peut être nécessaire cependant de supprimer cette coloration, soit par goût personnel de l'opérateur, soit pour faciliter la reproduction du néga-
(^) On sait que le lavage des clichés doit être fait avec le plus grand soin, afin d'éliminer complètement Tliyposulfite de soude. Un lavage de plusieurs heures à l'eau courante est nécessaire.
AVEC QUOI DÉVELOPPE-T - ON? 4l
tlf par certains procédés spéciaux de tirages, ou lorsqu'il s'agit d'agrandissements. On a constaté, en effet, que les divers procédés de tirages photomécaniques s'accommodent mal des clichés colorés et donnent de bien meilleurs résultats avec des clichés limpides et transparents.
On remarquera tout d'abord qu'avec un bon sulfite et une exposition convenable, les plaques sont rarement colorées. Voilà déjà un premier point acquis : dans les cas où l'on craindrait la coloralion, on peut employer le procédé suivant, que nous avons vu réussir à merveille entre les mains de notre habile collègue M. Bouillaud(de Mâcon). Au sortir du développement, on lave rapidement la plaque et on la plonge pendant une dizaine de secondes dans le bain suivant :
Eau loocc
Acide citrique. .. 5gi'
On la lave de nouveau et on la fixe comme d'habitude (35). Les clichés ainsi obtenus n'ont pas la moindre coloration et ils se prêtent admirablement aux tirages quels qu'ils soient.
On termine toujours par le bain d'alun que nous considérons comme indispensable pour la conservation des négatifs.
Dans le cas où il s'agirait de clichés déjà existants et qu'on voudrait décolorer, il suffira de les passer quelques instants dans de l'eau contenant
5 pour 100 d'acide chlorhydrlcjue, puis de laver ensuite abondamment,
37. Variantes du développement à V aeidepyrogallique, — Nous avons dit plus haut qu'on pouvait employer comme alcalis l'ammoniaque, la potasse, la soude ou leurs carbonates (24), Nous avons décrit le développement avec le carbonate de soude que nous préférons de beaucoup; mais il est utile, croyons-nous, d'indiquer les résultats un peu différents que l'on peut obtenir avec les autres alcalis, L'ammoniaque a été employée surtout dans les premiers temps du gélatinobromure; elle donne des clichés très ciselés, si l'on nous passe l'exprès^ sion ; malheureusement elle a une tendance très prononcée à colorer la couche et souvent à voiler l'image si l'on en ajoute un excès. C'est pour cette raison principalement que l'on préfère les carbonates qui donnent une latitude beaucoup plus grande. Le carbonate d'ammoniaque (sesquicarbonate d'ammoniaque), très usité avec les procédés au coUodion sec, est abandonné maintenant à cause de son altérabilité, et on lui préfère les carbonates de soude ou de potasse qui sont beaucoup plus stables. Le carbonate de potasse, d'après certains auteurs, serait plus énergique que le carbonate de soude, mais il a une tendance marquée à soulever la couche sensible. Enfin, on a indiqué Femploi de la soude et de la potasse caustiques.
Ces produits, d'un usage dangereux, car ils sont éminemment corrosifs, sont reconnus comme énergiques, mais ils ont une action indéniable sur la gélatine qu'ils attaquent fortement et dont ils favorisent le soulèvement. Ces remarques faites, on pourra se servir de l'un ou l'autre de ces alcalis au lieu et place du carbonate de soude, si Tony trouve un avantage quelconque.
38, — Nous croyons, en effet, que ces diverses variantes pourront convenir mieux à telle ou telle marque de plaques. On comprend facilement d'ailleurs que les formules d'émulsion, n'étant pas identiques, puissent s'accommoder mieux de tel ou tel développement.
De nombreuses expériences nous ont confirmé dans cette manière de voir. Ainsi, les plaques de feu Monckhoven se développaient admirablement à l'acide pyrogallique et à l'ammoniaque ; les plaques Lumière et Guilleminot nous donnent de meilleurs résultats avec le carbonate de soude; les plaques anglaises paraissent mieux se trouver de l'usage du carbonate de potasse. D'autres plaques se développent mieux au fer, d'autres à l'hydroquinone. Aussi engageons- no us vivement le lecteur, lorsqu'il aura adopté une marque de plaque, à l'essayer successivement avec les divers révélateurs, afin de choisir ceUii qui convient le mieux.
On a discuté et l'on discute encore sur la supé-
44 CHAPITRE m.
riorité de tel ou tel révélateur. Quelques personnes y mettent même un acharnement vraiment curieux en telle matière. Or, dans ces questions si délicates, lorsqu'il s'agit de comparaisons, il faut que les conditions de l'expérience soient identiques pour pouvoir conclure en connaissance de cause. Eh bien, jamais, au grand jamais, vous ne verrez spécifier la nature des plaques employées. Elles sont généralement fort différentes, c'est ce qui explique la divergence d'opinions et de résultats obtenus. Nous croyons aussi que la nature du résultat à obtenir peut nécessiter l'emploi de tel révélateur de préférence à tel autre. C'est encore un élément du problème dont il n'est jamais fait mention. Celui qui fait, par exemple, des transparents sur verre se trouvera très bien d'un révélateur qui ne lui donnerait que des résultats médiocres s'il avait à développer des clichés instantanés, et inversement.
11 nous paraît donc impossible d'affirmer a/^/^^or^:* la supériorité d'un révélateur sur un autre, puisque, d'après la nature très diverse des travaux à exécuter, on peut être obligé suivant les cas de les employer tous; mais, au point de vue de la praticité, les uns peuvent posséder des ressources beaucoup plus considérables que les autres, et ceci constitue une cjualité prédominante. C'est ainsi que le développement à l'acide pyrogallique nous paraît de beaucoup préférable;, parce qu'avec lui on est maître
de son cliché, on le manie à sa guise et l'on obtient ce que Von veut.
Développement à Thydroquinone.
39. — Nous arrivons maintenant à Tétude du révélateur à l'ordre du jour, si nous pouvons nous exprimer ainsi.
L'hydroquinone est une substance dérivée du quinone, qui appartient à la famille des phénols et fait partie de la même série que l'acide pyrogallique, dont elle ne diffère que très peu au point de vue de la formule. L'usage de ce corps a été indiqué tout d'abord par Abney, puis essayé en France par quelques personnes; il est devenu d'un usage courant en Amérique, d'où il a été de nouveau importé en France il y a peu de temps ( ^ ). On a cru avoir découvert un révélateur bien supérieur aux autres, donnant et la transparence du fer et l'énergie du pyrogallique, ne s'altérant aucunement et permettant de faire du développement une opération absolument automatique. L'amateur, et ici nous lui en ferons le reproche, toujours à l'affût de ces prétendues découvertes qui lui procureront d'excellents clichés sans qu'il se donne le moindre mal, s'est précipité sur le nouveau révélateur. Mais le succès n'a pas répondu complètement aux pro-
(') Moniteur de la Photographie, 1888, p. 3.
messes : non pas que Tliydrocjainone ne possède aucune des qualités qui constituent un bon révélateur, mais bien plutôt parce qu'il a été mal présenté»
40, — Nous aurons donc à examiner tout d'abord comment le bain d'hydroquinone a été présenté et ensuite comment il doit être employé. Nous voudrions prouver au lecteur, et l'hydroquinone va nous en fournir un exemple tout à fait démonstratif, qu'il faut savoir interpréter une formule au lieu de la suivre littéralement, qu'il faut même la raisonner pour éviter quelquefois d'être induit en erreur.
Un de nos collègues, du reste fort habile opérateur, a, dans une série de communications à la Société française de Photographie, minutieusement décrit sa formule, son mode opératoire et les résultats obtenus.
Le bain d'hydroquinone est ainsi composé :
Solution de sulfite de soude à 25
pour 100 3oocc
Hydroquinone lo^^
Solution de carbonate de soude à 25
pour 100 ôoo^c
On chauffe le sulfite de soude à ^o° environ ; on y met l'hydroquinone, puis, après dissolution complète, on ajoute le carbonate de soude. Ce bain, d'après l'auteur, se conserve indéfiniment; il est
d'une énergie bien supérieure à celle des autres révélateurs; il est enfin automatique, en ce sens qu'il peut se prêter au développement d'un cliché d'une pose quelconque. De plus, il ne voile jamais, ne nécessite pas l'emploi du bromure et donne des clichés d'une limpidité et d'une pureté extraordinaires. Cet ensemble de qualités ainsi annoncées constituerait évidemment un développateur vraiment supérieur. Aussi l'auteur voit-il les difficultés de la Photographie disparaître comme par enchantement et le premier venu arriver à faire sans études et sans difficultés ces épreuves qui demandent à l'heure actuelle tant de travail et de connaissances pour être exécutées.
Nous nous sommes élevé dès le premier jour contre cette manière de présenter le nouveau produit (que nous n'avions même pas essayé), parce que nous trouvions dans ces communications des faits qui nous paraissaient contradictoires, qui étaient opposés directement à ce que nous indiquait le raisonnement, et que nous y voyions une tendance à rabaisser l'œuvre intelligente de la Photographie et à tromper le débutant en lui faisant croire qu'il peut arriver sans peine et sans travail à un résultat satisfaisant. Nous avons entrepris la tâche quotidienne de pratiquer le nouveau révélateur, afin d'examiner si toutes les qualités annoncées existaient réellement ou s'il n'y avait pas, au con^ traire, beaucoup d'exagération.
41. — La première question intéressante était celle de savoir si le bain se conservait indéfiniment. Cette affirmation nous paraissait a priorihien hasardée. Les solutions d'acide p^^rogallique qui possèdent un pouvoir de réduction très grand s'oxydent rapidement en présence de l'air, et au bout de peu de temps elles sont impropres à servir. En serait-il difî'éremment pour celles d'hjdroquinone, corps qui, au point de vue chimique, est si voisin de l'acide pyrogallique ? Nous ne le croyons pas. En effet, une solution d'hydroquinone s'oxyde également très promptement. Mais si on lui ajoute vine certaine quantité de sulfite, elle est beaucoup plus stable. L'emploi du sulfite de soude pour conserver le révélateur n'est du reste pas nouveau. Il a été indiqué, il y a plusieurs années, par Eder qui l'utilisait avec succès pour garder les solutions d'acide pyrogallique ( ' ).
Quoi qu'il en soit, ce qu'il faut reconnaître, c'est qu'en présence du sulfite et du carbonate de soude suivant la formule indiquée, le bain reste d'une parfaite limpidité (^). On ne perçoit aucun changement sensible, même après un laps de
(^) Eder, Théorie et pratique du procédé au gélatinobromure d'argent, p. lôg; i883 (Paris, Gauthier-Villars).
(-) Nous avons fait dernièrement des essais pour conserver des bains d'acide pyrogallique et de carbonate de soude. Ils ont parfaitement réussi. La conservation du bain d'hydroquinone ne tient donc qu'à la quantité de sulfite de soude employée, et n'est pas une propriété particulière de ce corps.
lemjDS de plusieurs mois. D'où la conclusion de l'auteur que le bain est inaltérable et est aussi énergique. Cette affirmation est absolument aventurée; car, de ce qu'un bain ne subit pas de modifications dans son aspect, on ne peut conclure qu'il n'ait perdu aucune de ses propriétés.
Aussi avons-nous pensé qu'il fallait faire une expérience décisive pour trancher la question. Nous avons préparé une solution d'hj'droquinone, puis l'avons transvasée dans cinq flacons égaux, vides d'air et hermétiquement bouchés. Nous avons ensuite fait un cliché d'un objet uniformément éclairé (une page de musique), puis nous l'avons coupé en cinq bandes, que nous devions développer avec le contenu de chacun des flacons, à des dates déterminées. Nous avons pris entre chaque expérience un intervalle assez court, cinq jours, afin de voir si l'énergie du bain diminuait rapidement ou si, au contraire, l'eff'et ne devenait sensible qu'après un laps de temps beaucoup plus considérable. Il nous avait fallu cinq minutes et demie pour développer la première bande; nous avons donc développé les autres pendant le même temps. Si l'énergie, comme nous le pensions, diminuait, nous devions avoir des clichés de plus en plus faibles. C'est ce que l'expérience, que nous avons eu soin de faire devant témoins, nous a montré d'une manière irréfutable. Ainsi, au bout de cinq jours seulement, l'afl'aiblis-
5o CHAPITRE III.
sèment est déjà sensible et va toujours en augmentant.
Nous sommes donc obligé de reconnaître que, si le bain se conserve en apparence, il perd néanmoins tous les jours de son énergie. ïel cliché qui aurait nécessité le bain du premier jour ne pourra plus venir avec un bain plus âgé. Voici déjà une cause d'infériorité sur le développateur à l'acide pyrogallique, dont les divers constituants, isolés les uns des autres, ne peuvent réagir mutuellement, et qui, par leur mélange en proportions voulues, donneront toujours la même énergie. Avec le bain d'hydroquinone il faudra donner en quelque sorte un véritable état civil au bain, pour connaître son âge et, par suite, la perte d^énergie qu'il a subie.
42. — Nous avons également fait des comparaisons entre les deux révélateurs, pour savoir quel était le plus énergique. Cette étude nous in-^ téressait particulièrement pour les travaux que nous faisons journellement dans notre service de la Salpêtrière. Nous sommes toujours à la recherche d'un révélateur plus puissant, parce que chaque progrès dans cette voie nous permet des réductions de pose, ou^ pour les poses très courtes que nous sommes obligé de faire avec les malades, nous donne des résultats meilleurs. L'hydroquinone n'a pas produit ce que nous espérions et^ comme
AVEC QUOI DÉ VELOPPE-T-ON? 5l
énergie, ne nous paraît pas devoir supplanter l'acide pyrogallique.
L'automatisme du développement annoncé, malgré notre scepticisme à cet égard pour des raisons toutes théoriques, ne pouvait nous laisser indifférent. Rien ne serait, en effet, plus avantageux pour celui qui fait beaucoup de clichés que de les mettre simplement dans un bain, de les surveiller de temps en temps et de les retirer au moment voulu. Malheureusement, nous avons encore été déçu de ce côté. Tant que l'on n'a affaire qu'à des clichés peu posés, le développement s'effectue sans encombre et, malgré la lenteur de l'action du bain, on arrive le plus souvent à un bon résultat. Mais dès qu'il y a tant soit peu de pose, et surtout s'il y a un excès, les choses changent. Le bain neuf voile infailliblement. Ce fait, reconnu maintenant même par l'auteur, n'est-il pas déjà la négation de l'automatisme? Lorsqu'on a prétendu que, grâce à l'automatisme du développement, la question de l'appréciation du temps de pose n^existerait plus, nous nous sommes élevé contre cette affirmation, en disant qu'au contraire l'influence du temps de pose deviendrait prépondérante. Nous ne nous trompions pas, et les modifications apportées par Fauteur lui-même à sa méthode sont l'éclatante confirmation de ce que nous avions avancé. Voici, en effet, les corrections apportées au procédé. Le bain neuf ne doit plus être employé que dans les poses
d'une extrême rapidité; il faat toujours le mélanger, suivant les cas, d'une plus ou moins grande quantité de bain vieux ayant déjà servi. Qu'est devenu alors le prétendu automatisme? Nous retrouvons ici l'application des lois générales dont nous parlerons dans le prochain Chapitre, lois qui exigent que le développement soit modifié d'après le temps de pose et d'après le résultat à obtenir ( 62 ) .
43. — Reste enfin la question du voile. L'hydrocjuinone, d'après l'auteur, ne voile jamais et ne nécessite pas l'emploi du bromure. Il est maintenant prouvé que, dès qu'il y a excès de pose, le voile est infaillible, à moins que l'on n'ait diminué l'énergie du bain; de plus, l'auteur recommande les additions de bain vieux qui s'est chargé de bromure pendant les développements antérieurs.
44. — Que reste-t-il donc de toutes ces communications si pleines de promesses? Rien, absolument rien, si ce n'est la conviction pour celui qui raisonne que Thydroquinone reste soumis aux règles générales qui doivent guider dans tout développement ; que ce développateur possède certaines qualités spéciales que nous allons mettre en lumière, mais qu'il n'exempte en aucune manière l'opérateur du travail intelligent et raisonné qu'il doit faire en développant. La conservation relative du bain d'hydroquinone pourra être appréciée de
quelques personnes; mais elle ne sera pas de grande valeur pour un opérateur sérieux, qui désire savoir ce qu'il fait et ne saurait se contenter d'un produit qui perd journellement de son énergie (41 ).
La qualité la plus sérieuse de l'hydroquinone est de donner des clichés d'un aspect très agréable, dépourvus de toute coloration et offrant des blancs très purs. La coloration de la couche peut néanmoins se produire, s'il y a manque de pose et si le développement est prolongé pendant trop longtemps. Ce résultat, que l'on ne trouve dansTacide pyrogalliqae que dans des mains habiles, est ici atteint sans le moindre effort.
45. — L'hydroquinone se prêtera donc admirablement aux travaux dans lesquels une grande pureté est nécessaire , les reproductions , par exemple, et les projections sur verre. Au point de vue des clichés de paysages ou de portraits, cet excès de transparence sera plutôt une cause de dureté, et les épreuves auront un peu trop d'oppositions. Il ne faut pas oublier que le négatif n'est pas le but final de la Photographie, mais bien qu'il est destiné à nous donner le positif. Nous faisons cette remarque parce qu'en matière de développement certaines personnes s'éblouissent elles-mêmes devant la pureté, la transparence de leurs clichés développés à l'hydroquinone. Or, ces clichés si flatteurs à l'œil sont loin de donner des épreuves
aussi bonnes qu'on pourrait le croire. Les con~ Irastes sont exagérés, les oppositions trop fortes. Ce qui, dans une épreuve destinée aux projections, serait une qualité est ici plutôt un défaut. Ne cherchons pas tant les clichés beaux à l'œil, mais plutôl ceux qui donnent de belles épreuves,
46. — Que conclure maintenant après l'étude que nous venons de faire? Le nouveau révélateur^ à cause de certaines qualités spéciales, devra être employé par l'opérateur dans les cas que nous avons déterminés. Mais il faudra modifier la formule indiquée plus haut, en lui ajoutant une certaine quantité de bromure de potassium (i^^' par litre), et mettre en pratique la méthode générale que nous avons proposée pour le développement au fer et à l'acide pyrogallique, c'est-à-dire que Topérateur commencera toujours par un bain très faible dont il augmentera peu à peu l'énergie, et qu^il ne devra faire usage du bain au maximum de puissance que lorsqu'il aura affaire à des clichés manquant de pose.
La méthode consistera donc uniquement à faire un judicieux emploi du bain neuf ou du mélange de celui-ci avec un bain vieux (ayant déjà servi). Plus la pose aura été longue et plus il faudra de bain vieux ; inversement, plus elle aura été courte, moins il en faudra. Si l'on cherche des oppositions, il faudra faire usage de bains vieux. Veut-on , au
conti^aire, de la douceur, c'est la quantité de bain neuf qui devra augmenter. Le même bain pourra développer un nombre assez considérable de clichés; mais il ne faut pas oublier que le bain vieillit par l'usage. Donc, après chaque cliché, sa composition se modifie et il donne des images de plus en plus dures, en même temps que les temps de développement deviennent de plus en plus prolongés. Si l'on veut développer des séries de clichés et leur donner la même valeur, il faut faire, comme avec le développement au fer, des poses croissantes, et commencer par le cliché le moins posé. Il peut être bon également de raviver de temps en temps l'énergie par une addition de bain neuf. L'excès du temps de développement n'est pas, en effet, sans inconvénients; car il se produit une coloration jaunâtre de la couche, exactement comme dans l'acide pyrogallique (48).
47. — En suivant cette manière de conduire le développement, nous ne doutons pas que le lecteur n'obtienne de bons résultats; mais qu'il n'oublie pas l'importance prépondérante du temps de pose.
Le bain d'hydroquinone, employé comme nous venons de le dire, a gagné évidemment en souplesse, mais on agit toujours avec des produits dont on ignore l'énergie. Le bain neuf lui-même, nous l'avons vu, perd journellement. Le bain vieux doit être soumis à la même loi; et, de plus, qu'a-
t-il perdu pour avoir développé tel ou tel nombre de clichés? Ou l'ignore absolument. Dans ces conditions, le développement d'un cliché surexposé doit demander des précautions infinies, un tâtonnement minutieux. Comme, d'ailleurs, le bain d'hydroquinone n'agit qu'avec grande lenteur, on verra le temps de développement s'allonger d'une manière désespérante : une demi-heure, une heure, quelquefois plus, seront nécessaires pour mener à bien un cliché. Outre le côté fastidieux de l'opération, la perte de temps, il est un danger qu'il nous faut signaler : c'est celui du décollement. Les alcalis ont une action énergique sur la gélatine, et si leur action est trop prolongée, comme il arrivera sou^ vent, on aura des soulèvements, surtout dans la saison chaude. Ceci est d'autant plus certain que, dans les formules de bains d'hydroquinone , la quantité d'alcali est en général très considérable.
Telles sont les remarques que nous avons faites sur le révélateur à l'hydroquinone ; ne lui trouvant pas d'avantages particuliers, sauf dans les cas de reproductions et de transparents sur verre, le lecteur comprendra facilement pourquoi nous n'avons pas abandonné l'acide pyrogallique dans les divers autres travaux.
48. Considérations nouvelles sur U emploi de Vhydroquinone. — Dans la partie qui précède et qui contient le développement à l'hydro-
q-dinone, nous avons tenu à ne pas modifier en quoi que ce soit le texte de notre première édition. En effet, au moment où l'iiydroquinone était lancée en France par notre collègue, M. Balagny, nous avons été, croyons-nous, un des seuls à signaler les points faibles de la nouvelle méthode et nous avons combattu avec énergie l'automatisme naissant.
Quoique basée sur un principe essentiellement faux, à notre avis, cette méthode a fait fortune, et c'est sous les formes les plus variées, pastilles, tablettes, capsules, pilules, etc., que Fautomatisme nous est revenu de toutes parts ; même les nouveaux révélateurs indiqués depuis l'hydroquinone ont été présentés tout d'abord sous la forme automatique. Le promoteur de l'hydroquinone se trouve dépassé et, dans son dernier travail ('), c'est avec une certaine amertume qu'il reproche à tous les fabricants de développateurs automatiques
enlever aux amateurs et aux praticiens ce qu^il cherche à leur conserver avant tout, le désir de travailler par eux-mêmes et avec intelligence. Mais n'insistons pas et contentons-nous de faire remarquer que cette critique [dans la bouche de son auteur est la condamnation formelle de l'automatisme. D'ailleurs, dans ce même travail dont
(') Balagny, Hydroquinone et Potasse. In-i8 jésus; 1891 (Paris, Gauthier-Villars et Fils).
nous recommandons vivement la lecture à ceux qu'intéresse la question, M. Balagny reconnaît à sa première méthode deux inconvénients majeurs, l'un résultant des modifications subies par le bain d'hydroquinone qui se colore de plus en plus et devient inutilisable, l'autre qui consiste dans la dureté que Ton obtenait souvent par suite de l'excès de transparence du cliché ( ' ).
D'après l'auteur, c'est au carbonate de soude qu'il faudrait attribuer ces défauts; aussi proposet-il de remplacer cet alcali parla potasse caustique. Nous nous permettons de ne pas partager cette manière de voir, et nous croyons que ces inconvénients sont produits par l'usage trop prolongé d'un même bain qui s'oxyde constamment et par le développement lui-même et sous l'influence de Fair, et qui, se chargeant constamment de bromure, pousse naturellement à la dureté. Avec la potasse qui donne plus gris que le carbonate de soude, on combattra donc avantageusement la dureté, mais, quoi que l'on fasse, il arrivera toujours un moment où les mêmes inconvénients se reproduiront fatalement.
Nous ne voyons donc pas beaucoup les avantages que Pon pourra retirer de la nouvelle méthode indiquée par l'auteur, si ce n'est dans la manière
(^) Nous ferons remarquer que, clans notre première édition, nous avions absolument signalé ces deux défauts (43-44 ).
AVEC QUOI DÉVELOPPE-T-ON? 5g
de l'employer qui devient beaucoup plus rationnelle. En effet, après s^étre déclaré à la poursuite de r automatisme et avoir réfuté avec énergie V opinion d\in collègue [le lecteur le reconnaîtra sans qu^ il soit besoin de le nommer)^ cjui veut s^en tenir au vieux système qui consiste à tâter le cliché y etc., l'auteur indique l'emploi des trois solutions suivantes :
Solution A,
Eau looocf'
Sulfite de soude 25os^"
Hydroquinoue cristallisée 20 s^*
Solution B.
! i Eau gooct
I I Potasse à la chaux loos^'
{ Après dissolution, ajoute?^ :
I [ Eau lOQCc
\ I Prussiate jaune de potasse 5os^' (^ ).
Solution C,
Eau 100 ce
Bromure de potassium. los^'
(^) Dans ces derniers temps on a publié un certain nombre de formules contenant du prussiate jaune de potasse ou ferrocyanure de potassium. Ce produit, que l'on emploie au lieu et place du bromure ou concurremment avec lui, a une qualité très précieuse, c'est de bien conserver les blancs du cliché. Son emploi sera donc très précieux lorsque l'on voudra faire des reproduccions de traits, par exemple.
Pour développer un cliché instantané, par exemple, on prend
Solution A 80^'^
Eau 4o^^
Solution G 2 ce
et l'on verse le tout sur la plaque; on ajoute alors ^cc ^ 3CC solution B, puis on attend et l'on
renouvelle les additions d'alcali jusqu'à ce que l'image apparaisse.
49. — Nous n'insistons pas davantage ; cette méthode est précisément celle que nous préconisons, et ces additions successives d'alcali, qu'est-ce donc si ce n'est tâter son cliché, comme nous recommandions de le faire et comme nous l'avons décrit dans le développement à l'acide pyrogalliquc (30, 65). Mais alors, qu'est devenu ce prétendu automatisme autotir duquel on a fait tant de bruit? A notre avis, il est définitivement condamné. Nous doutons qu'il s'en relève jamais. C'est une satisfaction intime pour nous que de voir que nous ne nous étions pas trompé dans nos affirmations et que nos prévisions ont été pleinement justifiées.
50. — Aussi autant avions-nous de prévention contre l'emploi de l'hydroquinone (première méthode) qui devait être une panacée universelle, autant sommes-nous porté à recommander la
AVEC QUOI DÉVELOPPE-T-ON? 6l
deuxième, en tant que manière d'opérer principalement. Les formules, en effet, et nous le verrons plus loin, n'ont guère de valeur que par la manière dont on sait s'en servir. Qu'elles renferment du carbonate de soude ou de la potasse caustique, les résultats seront bons si l'on opère d'une manière logique et rationnelle, mais il subsistera toujours dans cette deuxième méthode une lacune : l'auteur ne parle jamais que des additions d'alcali et non du réducteur. Ce peut être pourtant quelquefois nécessaire, ainsi que nous croyons l'avoir démontré dans le développement à l'acide pjrogallique ; pour avoir la même souplesse que dans ce procédé, il faudra donc opérer de la même manière.
Développement à l'iconogène.
SI. — Ce nouveau produit, dont la composition n'a pas été publiée, a été introduit dans la pratique photographique par le Andresen en i88g. Il paraît posséder d'excellentes qualités et devoir prendre une place importante parmi les révélateurs usuels. Il donne des clichés très doux, bien fouillés, d'une nuance très agréable; peut-être pourrait-on lui reprocher seulement de produire des négatifs manquant d'intensité.
On l'a présenté tout d'abord en formules fixes, mais comportant néanmoins des variantes considé-
62 CHAPITRE m.
rables, suivant que l'on avait affaire à un cliché ou à un autre. C'est là une nouvelle consécration de nos théories; mais, sous le prétexte primitif de simplifier, on arrive maintenant à être obligé d'employer trois bains de formules différentes pour parer à toutes les hypothèses. N'est-ce pas beaucoup plus compliqué et plus embarrassant que d'avoir ses produits séparés et d'en opérer seulement le mélange voulu au moment du développement.
A titi'c d'exemple, voici les trois formules indiquées par le D^' Andresen :
Clichés posés,
/ Eau distillée bouillante doqcc
i Sulfite de soude pur 200 g''
Solution A j Iconogéne réduit en poudre Sos^
f Après dissolution^ verser dans
\ Eau distillée froide 25oocc
^ , . ^ i Eau distillée looocc
Solution v> { ^ , , , . 1,. - r
Carbonate de soude cristallise .. . lôogi'
Le bain de développement se compose de :
Solution A , . . 75
Solution B : 25 ce
Instantanéités moyennes.
Se servir des mêmes formules en remplaçant Ici carbonate de soude par le carbonate de potasse.
In S tan tanéités ex tva - ra p ides .
Eau distillée bouillante Boo^c
Sulfite de soude loos^'
Carbonate de potasse pur \o^^^
Iconogène en poudre , 20»^
En plus de ces trois bains qui devraient répondre auK cas les plus ordinaires (il n'est cependant pas fait mention des variantes que l'on devra introduire pour développer les clichés surexposés), l'auteur recommande dans certains cas de diminuer l'énergie du bain employé par l'addition d'eau oti de bromure, ou de les renforcer, au contraire, par l'emploi de petites quantités de bain pour instantanés.
Etant donné que les qualités de ces divers bains se modifient par l'âge ( 41 ) et par l'usage (42), nous avouons en totite confiance que leur maniement nous semble beaucoup plus compliqué que la méthode que notis avons indiquée.
Divers autres révélateurs,
52. — On a indiqué également, pour le développement, le chlorhydrate d'hydroxylamine, mais ce développement n'a pas donné jusqu'à présent ce que l'on paraissait en attendre. Voici néanmoins,
une formule recommandée par M, de la Baume Pluvinel .
Eau 1000^^
Ghloiliydiate d'hydroxylamine . . 4^^'
Soude caustique Gs^'
Bromure de potassium i s^'
On parle beaucoup en ce moment du paramidophénol indiqué par MM. Lumière fils, de Lyon. Nous n'avons pas encore essayé ce nouveau produit qu'il est difficile de se procurer. On en dit le plus grand bien, mais étant donné sa forme automatique, nous croyons qu'il faudra faire cjuelques réserves. Voici la formule publiée par MM. Lumière.
Eau. looo^c
Sulfite de soude loos^
Carbonate de soude loos»'
Paramidophénol 2 8^'