‹ Traité pratique du développementChapitre 13 sur 25 · ON · texte numérisé non relu

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53. — Nous venons de passer en revue les principaux révélateurs employés en Photographie ; nous en avons indiqué les formules et le mode d'emploi.

D'autres pourraient croire leur tâche terminée et laisseraient le lecteur mettre en œuvre les procédés signalés : pour notre part, nous ne pouvons nous arrêter ainsi ; car, au-dessus des formules, il existe des règles supérieures, de véritables lois qui doivent servir de guide et qui constituent ce qu'on pourrait appeler la philosophie du développement. Nous allons faire cette étude, car c'est elle qui va nous dégager des termes des formules pour nous en montrer l'esprit et nous faire voir le rôle intelligent et raisonné que doit avoir l'opérateur dans le travail du développement.

Il nous semble tout d'abord nécessaire de définir ce qu'est un bon cliché et quelles sont les quahtés qu'il doit posséder pour atteindre la perfection. Il ne peut être question en cette place de la qualité de f image au point de vue de la netteté ou du ca-

ractère arlistiqiie. Nous n'entendons parler que de Ja valeur du cliché lui-même en tant que négatif. Cette question est loin d'être oiseuse ; car beaucoup d'opérateurs, faute de modèles ou d'explications suffisantes, considèrent leurs résultats comme bons jusqu'au jour où ils reconnaissent leur erreur devant les œuvres d'un plus habile,

34. De Vintensité et du détail. — Les qualités primordiales du négatif consisteront, d'une part, à avoir tous les détails, et, de Fautre, à posséder une intensité suffisante. Expliquons-nous. La plupart des sujets que reproduit la chambre noire, sauf certains cas tout spéciaux, sont des sujets à teintes modelées où toutes les nuances, depuis la plus éclatante jusqu'à la plus sombre, peuvent se rencontrer. Comme il ne nous est pas possible de donner à chacune des parties de ce sujet des poses proportionnées à leur intensité et qu'il nous faut, par conséquent, donner une même pose à des objets inégalement éclairés, nous éprouverons au développement des difficultés toutes particulières. Les parties les plus éclairées agiront sur la couche sensible plus énergiquement que les plus sombres, et ceci précisément dans le même rapport que les différentes valeurs entre elles.

Les grandes lumières apparaîtront donc les premières, puis les moins intenses, et ainsi de suitejusqu'aux plus faibles, qui se montreront les dernières.

SS. — Avoir du détail, ce sera pousser le développement jusqu'à ce que l'on obtienne l'image dans les parties les moins éclairées. 11 est en effet certain que, dans un cliché bien développé, il ne doit y avoir en aucun point absence d'image, si ce n'est dans le cas de noir absolu dans l'endroit correspondant du sujet que l'on reproduit. On doit donc pousser le développement jusqu'à ce que l'on aperçoive tous les détails dans les blancs du cliché qui correspondent aux parties sombres du modèle.

36. — Quant à l'intensité, il faut distinguer entre l'intensité, pour ainsi dire, locale et l'intensité générale. La première est le résultat des parties inégalement éclairées du modèle et elle en reproduit précisément les différences de valeur. Elle résulte absolument de l'intensité des rayons qui ont agi sur la couche, et, en principe, elle est indépendante de l'opérateur. La seconde consiste en l'opacité plus ou moins grande qu'il faudra donner au négatif en général pour avoir de bonnes épreuves positives.

On conçoit parfaitement qu'un cliché possédant tous les détails et l'intensité relative entre les différentes valeurs puisse avoir néanmoins une opacité très variable et donner, par suite, des résultats dissemblables. S'il est, par exemple, trop léger, l'épreuve sera monotone et terne; est-il trop in-

tense, elle sera dure, heurtée et nécessitera un tirage très prolongé. Au contraire, entre ces deux limites, il donnera une épreuve satisfaisante à tous les points de vue. Pour mieux faire comprendre ce que nous voulons dire, prenons un bon cliché donnant une épreuve irréprochable et renforçons-le. Nous lui faisons subir par cette opération une augmentation d'intensité générale qui ne modifiera pas les rapports entre les intensités locales, mais le résultat ne sera plus le même. Au contraire, réduisons notre même cliché par un passage dans l'eau iodée, nous diminuerons cette fois notre intensité générale et, quoique les rapports des intensités locales n'aient pas changé, le négatif deviendra trop léger, trop transparent.

57. — Dans l'opération du développement, il faudra donc s'occuper d'acquérir non seulement l'intensité locale, mais bien encore l'intensité générale suffisante pour obtenir un bon négatif, lequel possédant tous les détails et la vigueur désirables devra donner une excellente épreuve. Cette question est des plus importantes; car il est reconnu maintenant que, s'il est nécessaire d'avoir une intensité donnée pour arriverau meilleurrésultat avec un procédé de reproduction, cette intensité ne doit pas être la même pour tous les autres. Ainsi le procédé au charbon exige des clichés doux et transparents; le papier aristotypique également; le procédé

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à l'argent des clichés plus fermes, plus poussés; le procédé au platine les demande encore plus corsés ; de même pour les clichés devant être reproduits par un quelconque des procédés photomécaniques. On peut du reste parfaitement poser en principe que l'intensité du cliché doit varier constamment, suivant le procédé dans lequel il sera utilisé. Voilà ce que nous devons avoir en vue lorsque nous développerons.

58. — Mais alors comment obtiendrons-nous les détails, comment règlerons-no us l'intensité ? C'est là ce qu'il nous faut examiner. Tout d'abord, ce serait une erreur de croire que les détails et l'intensité ne puissent être obtenus simultanément. En principe, lorsqu'un cliché ne présente pas d'oppositions trop fortes, que le temps de pose a été précis, l'intensité viendra avec les détails. C'est le cas le plus simple ; mais, lorsque le modèle présentera de forts contrastes, il n'en sera plus de même : les grandes lumières, venues les premières, continueront à gagner en intensité de plus en plus, avant qu'aucun détail soit encore visible dans les parties sombres. Les contrastes s'exagéreront et Ton aura un cliché dur. Il faudrait, dans ce cas, empêcher en quelque sorte l'intensité de monter, afin de permettre aux détails de venir.

Au contraire, dans les sujets gris et sans contrastes, l'image viendra d'un seul coup, tous les

détails apparaîtront de suite; mais elle manquera de valeurs, d'oppositions et, si on la pousse à rintensité, le voile arrivera; dans ce cas, il faudrait retenir les détails et permettre aux contrastes de se produire. Suivant les hypothèses, nous aurons donc à modifier notre manière de faire. C'est ce que nous allons étudier.

S9. — Les moyens qui permettent d'obtenir l'intensité et les détails sont multiples, comme nous allons le démontrer. Aussi nous faut-il procéder avec ordre, pour bien faire sentir à l'opérateur l'utilité de raisonner chacune des opérations qui sont nécessaires pour l'obtention du négatif. C'est à cette seule condition qu'il pourra mener son cliché comme il le désire, et le traiter de manière à Jui faire rendre tout ce qui sera possible.

Il est maintenant reconnu que, grâce à certaines précautions, l'objectif photographique peut donner la représentation pour ainsi dire mathématique des objets ; mais il n'en est pas de même en ce qui concerne la reproduction des diverses valeurs du modèle, qui sont dues à des différences de nuances ou de coloration. L'image photographique, à ce point de vue particulier, est loin d'être à l'abri d'une critique impartiale. Dans certains cas, elle atténue des valeurs; dans d'autres, au contraire, elle les accentue : elle pourra même quelquefois les modifier complètement. On ne s'en aperçoit.

liélas ! que trop souvent dans les photographies de paysages, de portraits ou de tableaux. Est-ce à dire qu'il n'y ait rien à faire? Non, certainement ; mais il faudra combiner les diverses opérations de manière à obtenir un résultat final qui se rapproche autant que possible de l'original et en donne la reproduction la plus fidèle et la plus exacte. Au moyen de ces diverses modifications, que nous allons étudier en détail, nous pourrons corriger certains effets et atténuer, dans la plupart des cas, quelques-uns des défauts inhérents aux procédés photographiques actuellement connus.

60* Influence de la nature des plaques. — Le choix des plaques n'est pas indifférent, comme on pourrait le croire au premier abord. Suivant la formule employée, le mode de préparation, elles ne présentent pas, en effet, les mêmes qualités. Pour beaucoup de personnes, les différences ne paraissent porter que sur la sensibilité plus ou moins grande, ou sur le grain qui est plus ou moins fin. Ce n'est pourtant pas tout. Les plaques, suivant leur préparation, peuvent donner en outre des images d'un caractère absolument différent. Ainsi Ton remarque qu'avec les plaques lentes on peut obtenir avec grande facilité des intensités très considérables (nous parlons ici d'intensités générales). Au contraire, avec les plaques très rapides, la même intensité sera plus délicate à atteindre; mais, par

contre, on gagnera plus du côté des détails. La lenteur des unes leur fera donner des clichés à oppositions, à moins que l'on n'exagère la pose; la rapidité des autres tendra à produire des clichés possédant moins de contrastes, et par là même plus uniformes. C'est précisément pour cette raison que les débutants se trouvent mieux de l'emploi des plaques lentes : celles-ci, en effet, n'ont pas une tendance à se voiler comme les plaques rapides, s'il y a un excès de pose.

L'influence de la nature des plaques se trouve démontrée par ce fait que, pour un même temps de pose, les résultats seront absolument différents si l'on a afTaire à des plaques lentes ou rapides.

61. — Par réciprocité, on peut dire que la durée du temps de pose exercera une influence également prépondérante.

Avec les plaques lentes, qui ont tendance à donner des oppositions, il faudra, pour les éviter, exagérer la pose. Au contraire, avec les plaques rapides, il faudra la réduire. Voilà déjà un lien très étroit que nous signalons entre la nature des plaques et le temps de pose; nous allons voir que des rapports du même genre existent également entre celui-ci et la nature des objets à reproduire, le temps d'exposition, puis le développement, et enfin le résultat cherché.

62. Influence de la nature des objets et du temps de pose, — L'étude de ces rapports, qui doivent varier dans chaque hypothèse, nous indiquera les modifications à effectuer dans tel ou tel cas et nous permettra de raisonner ce que nous ferons afin de tirer le meilleur parti des ressources que nous possédons. La nature des objets à reproduire a une importance toute particulière et doit nous fixer tout spécialement sur la marche à suivre. C'est notre modèle qu'il nous faut étudier pourvoir comment nous pourrons le traduire avec le plus d'exactitude et de vérité.

Les différents sujets que nous pouvons rencontrer sont de trois sortes :

1° ceux qui possèdent une harmonie complète des différentes valeurs ;

2^ ceux qui présentent des contrastes et des oppositions bien tranchées ;

3" ceux qui n'en ont pas assez et sont, par suite, trop uniformes.

La manière d'opérer ne pourra pas évidemment être la même dans tous les cas et, pour bien nous rendre compte de ce qu'il faudra faire, nous croyons bon tout d'abord d'analyser le mode d'action de la lumière sur les préparations sensibles, car nous trouverons dans cette étude des enseignements très précieux.

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