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Lorsque l'on fait agir sur une préparation

sensible une lumière quelconque, on constate que, si l'on augmente les temps d'exposition d'une manière croissante, la réduction effectuée par cette lumière va constamment en augmentant, ce qui se traduit par des intensités de plus en plus grandes, mais seulement jusqu'à une limite à partir de laquelle l'intensité reste stationnaire. Si l'on poursuit l'expérience, en augmentant de nouveau le temps d'exposition, l'intensité diminue.

La lumière détruit peu à peu son travail primitif et la surface sensible peut même, en quelque sorte, revenir à son état premier et être capable alors de recevoir une nouvelle impression. Ce phénomène très curieux, indiqué par M. Janssen, nous montre les phases successives par lesquelles passe la plaque photographique sous l'action régulièrement croissante de W lumière. L'intensité de réduction de la couche sensible n'est donc proportionnelle à la durée de l'action de la lumière que jusqu'à une certaine limite^ à partir de laquelle les effets produits ne sont plus en rapport avec les temps d'exposition. En un mot, s'il est vrai de dire qu'une pose de 2 secondes donne une réduction deux fois plus forte qu'une pose de i seconde, on ne pourra dire, par exemple, qu'une exposition de 5o secondes donnera une réduction cinquante fois plus considérable.

Au point de vue pratique, nous obtiendrons donc des intensités sensiblement croissantes par

des augmentations graduelles du temps de pose^ mais cela jusqu'à une certaine limite seulement. V^oilà donc un résultat important acquis ; mais ce qui est encore plus intéressant, c'est le parti que nous pouvons lirer du phénomène indiqué par M. Janssen, lorsqu'il s'agit de reproduire des objets très inégalement éclairés. Dans ce cas, qui est très fréquent dans la pratique, il faudrait, théoriquement, des temps de pose rigoureusement proportionnels aux différentes valeurs du modèle. Comme il est impossible de procéder ainsi et que le temps d'exposition devra être le même pour toutes les parties, quelle que soit leur différence d'éclairage, voici ce qui se passera au développement. Les grandes lumières apparaîtront les premières, et, lorsqu'elles seront bien venues, les parties sombres du modèle n'auront pas encore donné trace d'images. Si l'on pousse le développement pour faire apparaître ces dernières, l'intensité des grandes lumières deviendra beaucoup trop considérable. Dans un cas comme dans l'autre, le résultat sera mauvais : a~t-on arrêté le développement lorsque les grandes lumières étaient à point, on n'aura pas d'image dans les parties les plus sombres; au contraire, a-t-on obtenu tous les détails dans ces parties, les grandes lumières trop intensifiées ne permettront plus à la lumière de les traverser, et l'on n'aura plus d'impression au tirage. Ne peut-on pas cependant arriver à un autre résultat et modérer l'intensité des

grandes lumières, tout en faibles de venir?

64. — Appliquons les faits signalés parM. Janssen et augmentons la pose de manière à atteindre cette période où l'intensité n'est plus proportionnelle au temps de pose. Qu'arrivera-t-il? Les grandes lumières cesseront de réduire la couche sensible ; elles resteront en quelque sorte stationnaires, tandis que les parties sombres, qui sont encore loin de cette limite, continueront à gagner en intensité proportionnellement à la durée de la pose. Au lieu d'obtenir des contrastes absolus comme dans le cas précédent, le cliché s'harmonisera de la manière la plus heureuse. Voilà, certes, un moyen vraiment pratique d'atténuer , par la durée de la pose, les contrastes par trop violents du modèle. Si, au contraire, l'original ne présente pas assez de nuances ou d'oppositions, s'il est trop uniforme, faites l'inverse, réduisez la pose et, si faibles que soient les différentes valeurs de l'original, vous les ferez ressortir; tandis qu'avec un excès de pose vous n'auriez fait qu'augmenter la monotonie du sujet.

En résumé, l'examen de l'objet à photographier donnera déjà des indications très précieuses pour la détermination du temps de pose. Est-ce un sujet à oppositions, augmentez la pose, et ceci d'autant plus que les contrastes seront plus marqués. Est-ce

permettant aux plus

un sujet plat, faites l'inverse, diminuez-la. Avezvous enfin un modèle présentant une harmonie complète de valeurs, prenez une pose juste, sans excès dans un sens ni dans l'autre.

6S. Des variantes à apporter au développement, — Nous arrivons maintenant à l'étude de la conduite du développement. Nous avons indiqué précédemment que, pour obtenir un bon cliché, il fallait s'occuper de deux choses, des détails et de rintensité; mais la nature des objets, celle des plaques employées, le temps de pose lui-même ayant produit des effets particuliers, il s'agit de les développer de manière à conserver au cliché le caractère spécial qu'il doit avoir d'après la nature même du modèle ou les modifications intentionnelles qui ont été faites en vue d'obtenir tel ou tel effet. Nous croyons tout d'abord devoir prévenir le lecteur, pour lui montrer l'importance du développement, que, si celui-ci est mal conduit, il peut anéantir une impression d'ailleurs parfaite sous tous les rapports ; qu'au contraire, s'il est fait avec logique et méthode, il peut en améliorer le caractère.

Voyons donc quelles sont les modifications que l'on peut faire subir au développement pour lui permettre de se prêter à toutes les hypothèses. Nous parlerons à titre d'exemple du développement à l'acide pyrogalliqae, qui possède Ja plus grande

yS CHAPITRE IV.

souplesse; mais nous verrons que les règles que nous allons poser peuvent et doivent s'appliquer, quel que soit le révélateur employé. En principe, il faut toujours commencer le développement avec une sage lenteur, il faut en quelque sorte tdter sou cliché. Si l'on ne procédait ainsi, et dans le cas d'un excès de pose, on serait surpris par la trop brusque apparition de l'image. On n'en serait plus maître et le voile serait trop souvent la conséquence de cette manière d'opérer. C'est une erreur de commencer avec un bain d'une énergie maxima ; il faut au contraire prendre l'énergie minima.Dans ce cas, un cliché même surexposé ne pourra venir trop rapidement et l'on évitera ainsi les surprises,

66. — Pour réduire l'énergie du bain révélateur, on peut opérer de plusieurs manières : soit diminuer la quantité des constituants du bain, soit l'étendre d'une certaine quantité d'eau, soit enfin ajouter une plus ou moins grande quantité de bro« mure.

Le choix de l'un ou de l'autre système n'est pas indifférent.

En effet, avec un bain à énergie maxima dilué par l'addition de l'eau, les constituants du développement existent toujours en même quantité. Leur action se produira indubitablement, mais avec une lenteur d'autant plus grande que la quantité d'eau sera plus considérable. Au contraire, avec un

bain contenant une quantité plus faible de produits, il sera évidemment impossible d'atteindre le même résultat que tout à l'heure .

Avec un bain dilué on obtiendra sensiblement la même intensité qu'avec le bain non dilué, mais en un temps plus long; avec un bain faible en constituants on ne pourra l'atteindre. Donc, au point de vue pratique, si l'on veut éviter l'intensité, il faudra prendre le bain faible en constituants; au contraire, veut-on un cliché intense, mais a-t-on peur d'une surexposition, il faudra prendre un bain dilué qui ne fera venir l'image que très lentement, mais qui permettra toujours d'atteindre Tintensité en y mettant le temps.

67. — Le bromure de potassium est, on le sait, un retardateur, par suite il sera tout indiqué pour réduire l'énergie du bain révélateur, mais il produit une certaine dureté de l'image, et il pousse aux oppositions. Il ne faudra donc pas l'employer a la légère (69).

Ainsi, dans un bain normal, l'addition de bromure retardera autant qu'on le désirera la venue de l'image, et ceci d'autant plus que l'on emploiera une quantité plus grande de ce produit; mais en même temps le cliché présentera d'autant plus d'opposisitions et de contrastes.

Au contraire, avec un bain dilué ou faible en constituants sans traces de bromure, l'image appa-

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raîtra également lentement, mais, dans les deux cas, elle viendra sans exagération des oppositions comme dans le cas précédent.

La diminution de l'énergie du bain par l'un ou l'autre procédé ne sera donc pas indifférente.

Si l'on a affaire à des clichés uniformes et si l'on désire avoir quelques oppositions , l'emploi du bromure sera tout indiqué. Si, au contraire, l'original présente des oppositions et que l'on cherche à les éviter, l'emploi du bromure ne devra pas être fait et c'est par la dilution du bain que l'on arrivera au résultat voulu. La diminution de l'énergie du bain devra donc avoir lieu lorsqu'il s'agit de clichés surexposés dans lesquels on cherche de la douceur. 11 faudra, dans ces hypothèses, continuer le développement avec la même lenteur el ne faire les additions subséquentes d'un des constituants du bain qu'avec grande prudence, pour ne pas pousser l'image trop rapidement, ou modifier les résultats déjà obtenus par l'addition du bromure ou la dilution du bain.

68. — S'il s'agit d'un cliché pour ainsi dire normal, nous avons vu qu'il fallait d'abord obtenii* les détails, puis pousser ensuite à l'intensité générale. On aura ce résultat par des additions successives de carbonate, puis par une augmentation finale de l'acide pyrogallique.

Dans les clichés à oppositions, posés longue-

COMIMENTDÉ^^ELOPPE-T-ON? 8l

ment avec intention et commencés, comme nous l'avons dit, avec un bain dilué (66), il faudra ajouter le carbonate par très petites quantités jusqu'à ce que l'on ait tous les détails, même dans les parties les plus sombres. L'intensité ne pourra augmenter à cause de la faible quantité d'acide pyrogallique mise au début. A un moment donné, on aura un cliché bien venu dans toutes ses parties , mais d'une intensité générale insuffisante. C'est alors que l'addition d'acide pyrogallique permettra de le monter dans son ensemble et d'arriver à l'énergie voulue. La méthode consistera donc à empêcher, par l'insuffisance des constituants, l'intensité générale de venir, pour ne l'atteindre que lorsque l'on possédera tous les détails. Si Ton procède diff'éremment et si la quantité d'acide pyrogallique est trop forte au début, on obtiendra rapidement une intensité considérable avant d'avoir les détails : le cliché présentera, par suite, trop d'oppositions, et c'est précisément ce résultat que l'on voulait éviter.

Dans les clichés uniformes, et nous pensons que le lecteur saisit bien notre manière d'opérer, il faudra retarder l'apparition des détails en ménageant les additions de carbonate, pousser à l'intensité le plus possible par la quantité d'acide pyrogallique, de manière à faire ressortir les différentes valeurs de l'original, si faibles qu'elles soient.

Donc, suivant les cas, il faudra chercher Tinten-

sité avec les détails, ou bien séparément, soit Fintensité, soit les détails.

69. Du rôle du bromure. — Nous avons parlé incidemment du rôle du bromure dans le bain de développement (67), voyons maintenant les règles qui doivent guider son emploi.

Le bromure étant, par. nature, un retardateur, on peut poser en principe, comme on le fait généralement, qu'il faudra employer une quantité de ce produit d'autant plus forte que le cliché aura plus posé. En un mot, la quantité de bromure devra être proportionnelle à la durée de la pose. Cette loi est exacte s'il s'agit de la reproduction d'un seul et même objet déterminé : dans ce cas, la quantité de bromure devra être augmentée proportionnellement au temps de pose. Mais, au point de vue général, nous lui reprocherons de n'être pas bien formulée. En effet, la durée du temps de pose ne signifie rien indépendamment de l'intensité lumineuse de l'objet reproduit. Ainsi, une pose d'une seconde pourra être beaucoup trop forte pour une vue de marine, par exemple; tandis cju'une pose de plusieurs heures pourra être insuffisante dans un intérieur très sombre. Si l'on appliquait la loi précitée et qu'on ne tînt compte que de la durée de la pose, on serait conduit à mettre du bromure dans le cliché d'intérieur, et à n'en pas mettre dans l'autre. Or, le second cliché étant insuffisant de

pose et le premier étant surexposé, c'est précisément le contraire que l'on devrait faire.

70. — Nous dirons donc que la quantité de bromure doit être proportionnelle non pas au temps de pose, mais à Faction produite par la lumière. Plus celle-ci sera forte et plus il faudra en ajouter, et inversement. Mais cette règle recevra quand même des exceptions, et ceci, d'une part, par suite de la nature même des objets, et de l'autre, à cause du résultat cherché. Ainsi, dans les clichés à oppositions, où nous exagérons intentionnellement la durée de la pose, nous ne nous conformons pas à la loi précédente, car nous n'employons qu'une très petite quantité de bromure. Si nous n'opérions pas ainsi, l'excès de bromure nous redonnerait justement cette dureté que nous combattons par tous les moyens possibles. Dans les clichés monotones, malgré la diminution de la pose, nous ne craindrons pas d'user du bromure afin d'obtenir les contrastes qui sont insuffisants dans l'original et que nous voulons faire ressortir.

Nous croyons avoir amplement démontré ce qui constitue, à notre avis, le mécanisme du développement et prouvé que cette opération est intimement liée à l'étude de la nature de l'objet, de la durée de l'exposition et du résultat à obtenir.

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