TRAITÉ PRATIQDE DU MICROSCOPE
conférence est divisée en cent parties égales ; un vernier indique encore la dixième portion de chacune de ces cent parties , de sorte qu’on peut préciser une millième partie de la circonférence du disque. Si l’on a faii un tour entier du pas de la vis, le disque aura tourne lui-meme en entierj mais si l’on n’a fait parcourir à la vis qu’une partie d’un tour, la circonférence du disque, divisée en mille parties, indiquera précisément la route parcourue par la vis. Or, nous verrons tout à l’heure comment ce mécanisme sert à la mensuration des objets.
Nous avions déjà dit que deux fils de cocon ou d’araignée peuvent être tendus en croix sur le diaphragme de l’oculaire, et cette disposition est nécessaire dans la manipulation que nous allons décrire. En effet , si l’on veut savoir le diamètre d’un objet , l’on fait alors coïncider exactement un des fils de la croix avec le bord de l’objet; l’on remue ensuite la vis rnicromêtrique, pour faire toucher le second bord par le même fil ; nous connaissons de cette manière le diamètre de l’objet si nous connaissons la route traversée par l’objet ; or, cette route est indiquée par un certain nombre des tours qu’on a fait faire à la vis micromélrique, et par les fractions de tour qu’on lira sur le bord du disque. On connaît donc de suite le diamètre lui-même, si l’on connaît en chiffres la valeur d’un pas de la vis micrométrique. Mais il est très facile de connaître cette valeur en plaçant sous le microscope un micromètre divisé ; on fait coïncider exactement un des fils de la croix avec une ligne de la division, et en tournant ensuite la vis, on compte les tours entiers et les fractions jusqu’à ce qu’une prochaine ligne de la division vienne exactement coïncider avec le même fil de la croix. On détermine de cette manière la valeur du pas de la vis, naturellement pour chaque microscope particulièrement; et nous n’avons guère besoin d’ajouter que l’on fera cette manœuvre plusieurs fois, et qu’on en tirera la moyenne, pour être plus sûr de la valeur. Un ressort que l’on trouve sur tous les instruments pareils de mensuration indique par sa résistance, et le bruit qui se fait entendre en même temps , que le disque a fait un tour complet ; si en commençant, la division n’indique pas précisément le zéro , on noiera le nombre des
MICROSCOPJi DK PLOESSL.
fractions en sus, et on le soustraira du nombre des tours parcourus. Admettons par exemple que la valeur d’une centième partie de la circonférence soit égalé à rîïFr partie d un pouce de Vienne, et que l’objet ait fait tourner le disque de 19 parties et trois dixièmes, son diamètre sera égal à ,oooo-f-,-ôôôôô7ï; c’est-à-dire égal à parties d’un pouce de Vienne.
Ces appareils sont très coûteux (200 francs), et on conçoit que la valeur du pas peut facilement changer par un dérangement de l’appareil lui-même ; pour être bien sûr, il faudrait donc assez souvent vérifier cette valeur. M. Georges les a rendus moins coûteux ; mais cette vis est tout-à-fait superflue pour les microscopes pourvus d’une chambre claire, qui rend si facile et si sûre la mensuration de tous les objets (Voir sect. III. Remarques générales et sect. III, chap. 3 ).
Pour connaître le pouvoir grossissant du microscope, M le baron Jacquin (1) a proposé l’application de l’appareilsuivant.Le microscope est posé sur une planche en bois (fig. 5. AA) qui porte une seconde planche verticale (BB), sur laquelle se trouve fixé un carton noirci portant une échelle blanche (g), dont les lignes sont éloignées les unes des autres d’un millimètre ou d’une ligne de Paris, de Vienne, etc. Le centre de l’oculaire se trouve dans la distance de la vision distincte (ordinairement huit pouces) de cette planche verticale ; un miroir en acier (k) (le miroir de Sœmmering), la forme la plus simple de la chambre claire , ou toute autre chambre claire, renvoie l’image d’un micromèti'e qui se trouve sur le porte-objet, sur ce carton, et l’œil appliqué contre la chambre claire voit en même temps le carton avec son échelle et l’image du micromètre. On reconnaît donc combien de parties du micromètre couvrent un certain nombre des parties de l’échelle, et on aura de celte manière un moyen facile de connaître le grossissement du microscope. Si par exemple la valeur de la distance de deux lignes de l’échelle est égale à un millimètre, celle de deux li-
(1) Wiener Zeitschrift, vol. IV, p. 5.
32 TllAlTÉ PRAXIQUE DU MlCKOSCOPli.
gnes du micromètre égale à de millimètre , et si les deux lignes du micromètre tombent exactement sur deux lignes de l’e'chelle, le pouvoir grossissant est de cent. Une lampe donne réclcdi-age nécessaire au miroir (C) qui éclaircit le carton.
On voit que celte méthode coïncide avec celle de la chambre claire appliquée par nous en France ; l’appareil ingénieux de M. le baron Jacquin en permet l’application aux microscopes dans leur position verticale, et rend même possible le dessin des objets vus par les microscopes qui ne peuvent pas être mis dans une position verticale. Il est vrai qu’il n’est pas très commode de faire un dessin sur une plancbe verticale, et que nous pouvons nous passer parfaitement de cet appareil, ayant à notre disposition la position horizontale du microscope ; toutefois il y a une circonstance où cette planche verticale peut être d’une grande utilité. Si l’on examine les objets à de très forts grossissements , la position horizontale obtenue à l’aide d’un prisme (microscope d’Amici) fait sentir la perte de lumière dont on ne s’aperçoit point dans l’application des grossissements jusqu’à quatre cents fois. On pourra donc dans ce cas faire usage avec plus d’avantage de la position horizontale sans prisme (fig. 10) ; mais elle est incommode pour l’examen des lic|uides, pour l’exécution d’une manipulation chimique, etc., parce que le porte-objet se trouve posé verticalement. Bans ce cas donc, l’appareil de M. le baron Jacquin peut être d’une utilité exquise, en permettant le dessin et en laissant le porte-objet dans sa position hor izontale.
Les derniers nricroscopes de Ploessl peuvent être placés égalemeirt dans une position horizontale, comme ceux d’Amici, à l’aide d’un oculaire brisé en équerre. On vante beaucoup la clarté et la netteté de ses microscopes conservées jusqu’à un très fort grossissement , et nous avons même entendu dire à plusieurs savants de Berlin qu’ils offrent des avantages réels. Nous espérons pouvoir nous en convaincre bientôt à Paris, par une comparaison directe, le seulinoyen de décider la question. Le prix d’un microscope complet, avec tous les appareils nécessaires, est de 600 francs ; mais pour ce prix , la vis micro métrique de FrauenhoXer ne s’y trouve pas jointe.
Mlt,llOSC()l>£ ÜK HSXOU liT SClUCK.
§ II. Microscope de Pislor et Schick, aycc le compresseur de Purkinje.
On a adopté pour les microscopes prussiens la position verticale du corps de l’instrument , qui, en outre, peut être placé plus ou moins incliné. Mais jusqu’à présent , on n’y a encore adapté ni la chambre claire ni un prisme intérieur', pour le transformer en microscope d’Amici.
On trouve, depuis quelques années, joint à ces microscopes un appareil, appelé le compresseur de Purkinje , qui depuis son exécution à Berlin, est devenu d’un usage général, et se trouve maintenant adapté aux autres microscopes. Cet appareil est appelé de Purkinje, parce que ce savant perfectionna son mécanisme et attira l’attention des micrographes surson utilité ; cet appareil était connu déjà depuis longtemps, mais on ne s’en occupait point. Voici , au reste , quelle est sa destination :
Les objets observés sous le microscope à des grossissements un peu élevés, ne peuvent guère être maniés par l’observateur, parce que le trroindre mouvement apporté par celui-ci produit un grand déplacement de l’objet. Il est pourtant quelquefois nécessaire de se rendre compte de la plus ou moins grande résistance d’une fibre, de son élasticité; — ou voudrait savoir quelles sont les parties qui la constituent dans le cas où elle est déchirée ; sont-ce, par exemple, des globules ou des particules informes? — on serait curieux de connaître les fragments de la fécule, et ses rapports dans cet état avec la lumière ■ée , etc. Or, toutes ces questions, et une foule d’autres s ne pouvons exposer à l’instant, mais qui s’offrent à ; ateur dans le cours de ses recherches, peuvent être - '’ià , par cet appareil de compression , qui est destiné à comprimer et écraser les objets.
Le mécanisme principal de cet instrument consiste en ce que deux plaques de verre peuvent être rapprochées d’une telle façon , qu’elles écrasent et compriment des objets mous, plus ou moins ré.sistants. Ce rapprochement doit pouvoir s’effectuer sous le microscope, pour qu’on puisse étudier les dif-
oa TRAITK PRATK^UE UU MICKOSCOPE.
férents degrés de l’écrasement, depuis le moment où les parties viennent à s’écarter, jusqu’au point de leur destruction et séparation en parties élémentaires ou moléculaires. Il est nécessaire, en outre, que ce rapprochement de deux plaques se fasse au moyen d’une vis d’un mouvement lent, pour que la compression soit graduée , plus ou moins prononcée , selon la volonté de l’observateur, pour que celui-ci puisse modifier à son gré cet écrasement artificiel.
Nous avons vu plusieurs instruments anglais de ce genre qui datent déjà de quelques années et qui ont atteint , d’une manière plus ou moins parfaite, le but annoncé. M. Ehrenberg, et principalement M. Purkinje,ont dirigé leur attention sur cet appareil, et ce dernier a donné la description (1) d’un instrument de ce genre qui se trouve depuis exécuté d’une manière beaucoup plus simple. Il consiste maintenant dans une plaque de cuivre percée, qu’on fixe au porte-objet, et qui porte dans l’ouverture un disque de vene pour y mettre l’objet. On place sur le verre rond un second verre, fixé dans un anneau, qui est tenu dans une fourchette à l’extrémité d’un levier formant bascule et soulevé à l’autre extrémité par une vis qui est destinée à le presser contre l’objet; celui-ci se trouve donc entre deux verres dont le supérieur s’approche par le mouvement de la vis, et est destiné à écraser l’objet- Cette fonction qui lui est réser vée nécessite de le faire d’une épaisseur plus grande que celle qu’on choisit en général pour les verres supérieurs ; mais elle empêche alors aussi l’usage des forts grossissements, dont le foyer est trop court pour permettre une observation à travers un verre épais.
Nous l’avons déjà dit, le mouvement de la vis latérale doit être lent, parce qu’un mouvement brusque produit des altérations trop fortes, et empêche de cette manière de profiter des moments favorables à l’observation. Voici les cas principaux qui permettent l’apjtlication du compresseur , ainsi que Purkinje l’expose lui-même (2).
(1) Müller, Archiv fur Physiologie , etc.; Berlin, ISS-i, p.385.
(2) Loc. cit., i>. 387.
JUCROSCOl’li UK PISTOU liT SClllCK.
lo Cet instrument est destiné principalement à comprimer graduellement des objets mous , transparents ; il peut donc servir de celte manière à examiner avec précision la situation, la dureté, l’élasticité, la consistance, la formation interne et la structure des parties élémentaires d’un tissu quelconque ; c’est donc pour ainsi dire un appareil microtomique.
2“ Il peut servir à fixer des objets mobiles, par exemple des infusoires; mais il faut prendre bien des précautions dans ce cas pour ne pas écraser des animaux souvent très-délicats.
3° Il est destiné à redresser des surfaces courbes, qu’on trouve souvent dans les coupes des plantes, des tissus, etc.; on obtient de cette manière l’avantage d’avoir toute la surface au foyer.
4<> Des particules qu’on trouve dans les liquides, par exemple dans le lait, le pus, le sperme, peuvent être de cette façon facilement écartées les unes des autres ; c’est ainsi qu’on peut, par exemple, réunir par la pression les globules du lait, séparer un globule huileux en d’autres globules plus petits, diviser un amas d’animalcules spermatiques, etc.
Enfin , on peut appliquer le compresseur avec beaucoup davantage à l’examen des (issus, si l’on a sous les yeux une tranche plus ou moins mince ; en appliquant alors la compression , on rend le tissu plus transparent , et ainsi plus facile à examiner.
Toutefois, on doit toujours avoir présent à l’esprit que ce n’est pas le tissu dans son état naturel qu’on examine, que la situation des parties élémentaires a nécessairement changé ; qu’une foule de plis et de contractions se forment par la compression, etc. On a , par exemple , observé en comprimant un nerf sous le microscope, que parmi les cylindres élémentaires quelques-uns formaient des anses; on en conclut que ce sont les dernières terminaisons des nerfs, et qu’il y a conséquemmeni. toujours retour du cylindre élémentaire. Mais une conclusion basée sur ce seul fait nous paraît trop précaire, et a besoin d’arguments plus concluants, pour qu’on puisse se permettre de croire à la terminaison indiquée.
Les microscopes de Pistor et Schick ne surpassent point.
TRAITÉ 1‘RATTQ(JK DU MICROSCOPE.
quant à la bonté des lentilles, ceux que nous po.ssédons à Paris. Au moins telle était notre conviction en examinant les instruments de plusieurs savants de Berlin, et nous avons entendu piononcer la meme opinion par un des plus distingués professeurs prussiens. Les lentilles ne permettent pas l’emploi de grossissements plus forts que ceux que nous pouvons obtenir avec les microscopes de M. Ch. Chevalier et MM. Georges et Trecourt ; il faudrait avoir bien du coui'age pour vouloir approfondir les mystères d’un grossissement de deux mille fois.
§ III. Microscope d’Amici.
Si dans les microscopes dont nous avons parlé jusqu’à présent, on veut mettre le corps de l’instrument dans une position horizontale , la platine devient perpendiculaire à l’horizon ; les liquides entraîneront alors l’objet en bas, et l’œil ne l’apercevra qu’emporté par le courant ; cet inconvénient n’aurait pas lieu si la platine restait dans sa position horizontale. Tous les efforts de M. Amici de Modène furent dirigés sur ce point , et grâce à son zèle et à son habileté , le microscope lui doit un perfectionnement réel. L’usage du microscope horizontal de M. Amici devient de jour en jour plus répandu. Pour arriver à ce but , cet opticien célèbre construisit d’abord des microscopes réfléchissants , composés de miroirs concaves , qu’il remplaça plus tard par les microscopes à prisme, actuellement en usage.
Le plus simple de tous les microscopes l éfléchissants est un miroir concave, dans lequel la figure de l’observateur est toujours grossie, lorsque son foyer est plus éloigné que l’observateur. Quand le miroir est très concave, l’objet a son image considérablement grossie , et quand cette image est vue par l’œil, nous avons un simple microscope réfléchissant.
Mais si au lieu de regarder l’image à l’œil nu, on la grossit avec une lentille , on convertit le microscope simple réfléchissant en un microscope réfléchissant composé, formé d’un miroir et d’une lentille. Ce microscope fut exécuté pour la première fois par Newton , et après être resté long-tenqis hors
MICROSCOPE m’aMICI. 37
d’usage, il a dernièrement été perfectionné et appliqué de nouveau par M. Ainici. Ce microscope ( fig. 7) se compose d’un miroir elliptique en métal {A) , d’un miroir plan et petit (5), et d’une lentille oculaire biconvexe (/^), fixés tous les trois dans un tube pourvu d’une ouverture latérale (C); celleci se trouve en face du petit miroir plan , de manière que les rayons de l’objet qui se trouve sur la platine {D) tombent sur le miroir {B) \ ils sont réfléchis de là sur le miroir {A) , qui les renvoie à l’oculaire (F) , et conséquemment à l’œil (O) de l’observateur. L’axe du miroir (A) et delà lentille oculaire {F)^ est le même , et le petit miroir se trouve incliné de 4^ dej^rés sur cet axe. Pour éclairer suffisamment l’objet, plusieurs miroirs se trouvent adaptés sur les côtés du porte-objet , ou même au-dessous de la platine pour les objets diaphanes.
Le docteur Goring, en Angleterre, apporta encore plusieurs perfectionnements à ces instruments , principalement pour ce qui regarde les miroirs. Il se sert d’un petit miroir plan, d’un diamètre moindre que le tiers du spéculum concave. Un artiste très habile, AI. Cutlibert, a exécuté, sous la direction du docteur Goring, de vrais miroirs elliptiques, dont l’ouverture est égale à la longueur focale, et on a trouvé dans ces microscopes des miroirs de 12 jusqu’à 7 millimètres de foyer.
Ces instruments sont bien achromatiques et l’image oflrc assez de netteté , mais la clarté est très faible , ce qui s’explique par les réflexions répétées que la lumière doit subir avant d’arriver à l’œil de l’observateur. Cet inconvénient , et il faut l’avouer , il est bien grand , a engagé AI. Amici à construire une autre espèce de microscopes horizontaux , où les miroirs sont remplacés par un prisme , et dont nous allons donner la description.
La platine (1) est horizontale et susceptible de descendre et de monter , au moyen d’une crémaillère , sur la tige contre
(1) Pour comprendre la description suivante, nous prionsle lecteur de regarder la figure 28, qui représente la forme du microscope de M. Amici, aiap ■ tée aux microscopes de M. Chevalier.
traiti; pratique nu microscope.
laquelle glisse à son tour le miroir de réfraction. Mais pour que les rayons renvoyés d’un objet éclairé puissent arriver à l’oculaire, il faudra nécessairement qu’ils se condensent à angle droit. Ün prisme à angle droit, placé perpendiculairement au-dessus de l’objectif, et l’hypolhénuse tourné du côté opposé de l’oculaire, produira le résultat désiré. Les rayons , en effet, transmis par la lentille objective, iraversei onl la surface inférieure du prisme sans la moindre déviation , seront réfléchis sous un angle droit par l’hypoihénuse , et arriveront de même sans aucune déviation à l’oculaire, à travers la surface antérieure du prisme; de sorte que les rayons parviennent à l’œil dans une direction qui ferait supposer l’objet en face de l’oculaire, bien qu’il se trouve dans une position horizontale. L’observateur apercevra donc les objets, ou plutôt leurs images, sur un champ vertical, yiarce que les objets sont toujours vus dans le prolongement du rayon qui arrive directement à notre œil.
Le mécanisme de ce microscope permet ainsi d’étudier les objets , étant assis , et pourtant ils se trouvent sur un porteobjet horizontal ; cet instrument rend donc la situation de l’observateur beaucoup plus commode. Cette position horizontale permet en outre l’application de la chambre claire , qui est alors d’un usage beaucoup plus facile qu’avec la position verticale (§ I ). Quiconque s’est jamais servi sérieusement de cet appareil n’élevera pas la moindre contestation à ce sujet.
Les avantages qui résultent de la position assise de l’observateur ont été différemment discutés. Si l’on dispose en effet le microscope vertical de manière que l’oculaire se trouve à la hauteur de l’œil, il suffit d’incliner la tête pour voir, et la poitrine n’éprouve aucune gêne. Les inconvénients qui résultent de la position verticale du microscope, par exemple la fatigue de la poitrine , le sang qui se porte à la tête qui se trouve dans une situation penchée , etc. , disparaîtront donc alors , et l’on pourrait ,se passer sous ce point de vue de la position horizontale. On reproche au microscope horizontal, la position du porte-objet à la hauteur de l’œil , ce qui empêche l’usage libre des mains ; mais ou n’éprouvera de la fatigue que dans
MICROSCOPE DE PRIïCIIARD.
le cas où des manipulations suivies seront nécessaires. Si donc l'on possède un microscope de Clievaliei , par exemple ; ou de Plessl , qui permettent la position verticale ou horizontale de l’instrument au gré de l’observateur , on se servira de la position qui convient momentanément. Assurément la position horizontale ofFre, pour le dessin des objets, des avantages que nulle autre position ne pourrait procurer ; et la position commode de l’observateur est importante pour les obseivations elles-mêmes. La perte de lumière , occasionnée par la réfraction dans le prisme, n’est pas sensible pour les faibles grossissements; ou ne s’en aperçoit que dans les plus forts grossissements, et alors il est préférable de transformer la position, horizontale en position verticale , où les rayons arrivent sans aucune réfraction.
§ IV. Microscope de Pritchard (1).
Dans les instruments que nous[allons décrire ( fig. 9 et 10 ), une tige horizontale (a) supporte d’un côté le corps du microscope composé, et de l’autre une lentille simple; de sorte qu’en tournant cette tige on aura à volonté un microscope composé ou simple. On peut en outre ôter ce corps et le remplacer sur la tige par une lentille simple, de sorte qu’on a de chaque côté un microscope simple, et qu’on peut successivement , en tournant la tige , observer l’objet avec des lentilles de pouvoirs grossissants différents , sans qu’on ait besoin de recourir à un changement continuel des lentilles mêmes'. Cette disposition peut être très utile dans les dissections anatomiques , parce qu’elle permet d’examiner l’objet successivement avec des lentilles de force différente.
Au-dessous de la platine se trouve une lentille qui concentre la lumière du miroir réflecteur sur l’objet. Le porte-objet est composé ou d’une platine simple, supportant une pince en fourchette ( fig. 9, b ), destinée à fixer les lames de verre , qui
(i) Microscopie illustraiions, by Prilchard ; London, 1îbi8 (new odilion)
‘'^0 'rRAITI' PltATlOCr. DU MICROSCOPE.
sonL cliarp,ées îles objets ; ou il se compose d’un chariot ( fig. 27 ), ainsi que nous l’avons déjà décrit ( page 23). Les chariots de M. Pritchai'd sont très avantageux , parce que les deux vis se trouvent du même côté, ayant leurs têtes placées sur la même tige ; de sorte qu’on peut, sans déplacement de la main , imprimer un mouvement quelconque à l’objet , en tournant isolément l’une ou l’autre de ces têtes de vis, ou toutes les deux à la fois. Cette dernière manipulation produira nécessairement un déplacement de l’objet dans la diagonale du champ de vision.
Le microscope vertical de M. Pritchard peut être placé dans toutes les positions comprises entre la verticale et l’horizontale. Nous avons représenté dans la 6g. 9 la position inclinée, et dans la fig. 10 la position horizontale de ces instruments. Cette dernière permet d’adapter un tuyau particulier ( fig. 10 h ), qui reçoit un tube en verre ( fig. 10 v , et fig. 11 ) ; ce tube peut servir pour examiner, par exemple, la cuxulation des plantes aquatiques, dans une position verticale de ces dernières ; elles sont alors fixées sur une lame de verre ( fig. lia), qui elle-même est soutenue dans une position verticale , au moyen d’un morceau de liège. On pourra de même appliquer cet appareil à l’observation de la circulation , etc.
Les microscopes simples de M. Pritchard ont un support particulier derrière le porte-objet, support ( fig. 8 a) destiné à servir de point d’appui aux mains. Il est en effet très important que les mains trouvent tout l’appui désirable pendant les dissections anatomiques sous le microscope simple. Les microscopes simples que nous possédons sont pourvus , dans ce but, d’une platine très large, placée sur deux colonnes , qui procure de cette manière , à l’observateur , toute la facilite d’exécuter ses manipulations. Les microscopes anglais sont au contraire, ainsi que nous le disions, pourvus d’un support (a) , qui est légèrement creusé à chaque bout , pour que la main de l’observateur ne puisse pas glisser. On ti'ouve en outre jointe a ce microscope une petite cuve (x), destinée à recevoir l’objet qui doit subir la dissection : elle se trouve placée sur le chariot.
Le porte-objet peut être éloigné, ainsi que quelques obseï-
microscope np. c.eorges et thecourt. 41
valions l’exigent; par exemple , si l’on veut adapter ce tuyau dont nous venons de parler , et qui sert à l’observation de la circulation dans les plantes.
Pour l’éclairage des objets opaques , on trouve dans ce microscope des lentilles concentrant la lumière , des miroirs de Lieberkuebn, etc. ; mais il y a en outre un appareil particulier , qui consiste dans un miroir concave métallique , placé derrière l’objet. La lumière est renvoyée par un miroir sur ce miroir concave qui est placé derrière l’objet, et qui l’éclaircit.
Pour observer les objets qui se trouvent dans l’eau, on applique un tube particulier, que nous avons représenté dans la fig. 12 et qui permet de plonger le microscope dans le liquide contenant les animalcules.
Pour fixer les insectes, des pinces très fines (fig. 15) sont jointes au microscope; l’autre bout de cette tige soutient une épingle qui est destinée à fixer les objets opaques sur le fond noir qui leur sert d’emplacement.
Enfin on voit encore, dans ces microscopes , des porte-objets à ressorts (fig. 13) destinés à fixer les lames de verre , de façon qu’elles ne puissent tomber dans la position verticale du porte-objet. La fig. 14 représente cet appareil vu de côté. L’espace (a) reçoit la lame chargée d’objets. On conçoit qu’à l’aide de ces ressorts on parvienne plus facilement à fixer les lames qu’au moyen de simples pinces.
§ V. Microscope de Georges elTrécourl.
Le microscope de Georges Oberhaeuser et Trécourt (fig. 16) est appelé à platine tournante , ou à tourbillon , parce que la platine et le corps de l’instrument tournent ensemble sur leur centre ; par ce mouvement , les différentes parties de l’objet sont alternativement exposées au même degré d’éclairage ; de sorte que si un côte' se trouvait plus éclairé que l’autre , celui-ci arrivant à son tour dans le même endroit, serait éclairé de la même maniéré. Quelque bon que soit ce procède , nous ne le croyons pas pourtant ne'cessaire , parce qu’on obtient le même effet en changeant la position du miroir, ou de l’objet.
TRAITÉ PRATIQUE nU MICROSI'OPK.
Ce microscope est vertical et ne peut pas quitter cette position ; mais sa hauteur est peu considérable, de sorte qu’on peut en faire facilement usage sans se fatiguer. La stabilité est très grande , en raison du peu de hauteur de l’instrument , et du poid considérable du pied. Ce pied, en forme de tambour, est plus large que^haut ; il se trouve surmonté par la platine, très épaisse, qu’on fait tourner au moyen d’un engrenage, et sur le prolongement de laquelle est fixée une colonne ronde qui supporte le corps du microscope , enfoncé à frottement dans un canon correspondant au centre. Dans cet instrument la platine reste immobile , toujours à la même hauteur ; c’est donc le tube portant les lentilles qui doit s’élever ou s’abaisser. Pour l’approcher de l’objet à la distance à peu près nécessaire, on communique au tube des mouvements , eu l’enfonçant ou le soulevant dans le canon ; puis , pour arriver exactement au foyer, on tourne une vis fixée dans l’axe de la colonne ; on fait de cette manière monter où descendre très lentement le canon et le microscope.
Nous avons déjà parlé, à l’occasion des microscopes de Vienne, des chariots adaptés d’abord par Frauenhofer, qui étaient mus par des vis micrométriques , munies de cadrans divisés de telle sorte , qu’on pouvait calculer le chemin parcouru par un objet , et conséquemment mesurer son diamètre; mais ces instruments sont bien chers , ils ne coûtent pas moins de deux cents francs. Georges Oberhaeuser (1) en a construit un beaucoup plus simple (fig. 17), et qui s’adapte aisément à ses platines tournantes, dont il a les dimensions. Ce sont des vis simples , assez minces {d B) , qui poussent au moyen de pièces à coulisses ( FG, Hl)-, un disque plus petit {M) qu’un ressort léger (C DE), agissant dans la direction de la diagonale, fait revenir quand on tourne la vis en sens inverse.
M. Dujardin a inventé un nouveau mode d’éclairage, qui se trouve consigné dans le brevet de MM. Georges Oberhaeuser et Trécourt, pour être appliqué par eux à leurs microscopes ;
(1) Voir \e Dictionnaire de l'industriemanufaciurière,Tans 1838, t. \11, p. 614, art. Microscope, par Dujardin.