MICROSCOPE DE GEORGES ET TRÉCOÜRT
il permet d’employer une grande quantité de lumière , et de conserver aux objets la netteté de leurs contours , même à des grossissements considérables. M. Dujardin a Bien voulu nous communiquer à ce sujet la note suivante ;
H Cet appareil d’éclairage a pour objet de diminuer les effets de diffraction, si sensibles avec des microscopes médiocres, et surtout quand on interpose des diaphragmes trop étroits.
Il repose sur ce principe , que les effets d’interférence et les franges qui en résultent (1), n’ont lieu qu’avec des lumières partant de deux sources différentes, quoique très r approchées. Si donc par cet appareil on amène le foyer de la lumière illuminante sur le point même que l’on veut observer, il n’y aura point d’interférence possible. C’est en effet ce qu’on observe si l’appareil est bien construit , si les axes du microscope et de cet appareil se correspondent exactement, et si les lentilles sont très bonnes; mais pour peu que ces conditions ne soient pas remplies, le but qu’on se propose n’est pas atteint, et si le foyer de la lumière illuminante est placé au-dessus et audessous de l’objet , on fait naître à volonté des franges ( de diffraction) très nettes , sur les contours des objets (2).
Par cet appareil, l’objet paraît tellement pénétré de lumière qu’il échappe à des gens inattentifs ; il faut donc y faire naître des omhres au moyen d’un écran ou diaphragme, que l’on place en avant, sur le trajet delà lumière incidente; d’ailleurs il faut placer des diaphragmes plus ou moins étroits dans l’intérieur du petit tube portant les lentilles de concentration, afin de tempérer la lumière eide rendre les contours plus visibles.
On reconnaît que le foyer de la lumière illuminante est sur l’objetj en prenant pour lumière illuminante un faisceau partant de quelque objet éloigné , dont l’image vient se peindre sur la glace du porte-objet. »
Nous nous permettons d’ajouter à cette note les remarques suivantes ; Le champ ainsi éclairé , n’a pas plus d’un tiers de
(1) Voirie § intitulé Diffraction.
(2) C’est précisément ce qu’on veut détruire par l’appareil.
44 TnAiTi: rnATiouE du MtcnoscopK.
millimètre, et toute la lumière nécessaire peut être prise dans un faisceau lai'gc de 8 à 10 millimètres ; conséquemment il suffirait de donner cette dernière dimension au miroir à faces parallèles , ou au prisme qui réfléchit la lumière dans Taxe du microscope. Il est absolument nécessaire , ainsi que le dit M. Dujardin lui-même , que l’axe des lentilles de l’éclairage coïncide avec l’axe de l’instrument; mais dans le microscope deM. Georges la platine est immobile, et le corps de l’instrument s’élève et s’abaisse par frottement dans le canon ; nous craignons beaucoup que par ce mouvement continuel l’axe de l’instrument ne soit déplacé relativement à l’axe de l’appareil de l’éclairage ; on conçoit que le canon , si bien qu’il soit fait, n’offre point assez de garantie. Les franges de diffraction ne sont, avec les microscopes actuellement en usage , guère visibles au-dessous d’un grossissement de 300 à 350 fois , qu’on emploie ordinairement ; ou au moins quand elles se présentent , on peut les faire disparaître par un éclairage convenable. Nous croyons donc que l’usage convenable de cet appareil de M. Dujardin ne commence qu’avec les plus forts grossissements , qui font désirer une lumière plus vive. L’application de cet appareil dans les faibles grossissements , pénètre d’une lumière trop vive les objets , ainsi que le remarque M. Dujardin , de sorte que les personnes peu habituées au microscope , qui ne font des observations qu’en passant , ne peuvent plus distinguer les parties isolées de l’objet, et ne voient plus que les grains de poussière adhérents à l’oculaire ou aux lentilles, ou les mucosités qui se trouvent sur la cornée. L’appareil lui-même se compose de trois lentilles contenues dans un tube, qui se trouve entre le miroir réflecteur et la plaque de verre chargée des objets ; il peut être élevé et abaissé de façon à ce que le foyer de l’appareil tombe sur l’objet.
Le miroir (fig. 16, a) est fixé dans le pied même du microscope ; cet emplacement rend quelquefois l’éclairage difficile, par exemple dans une rue étroite, où les murs en lace interceptent la lumière, et la platine les rayons que les nuages envoient sur le miroir. La platine tournante est avantageuse pour l’éclairage des corps opaques.
MICROSCOPIi DU JIASPAIL.
§ VI. Microscope de Raspail (1).
M. Raspnil, qui par ses recherches chimiques et botaniques, a beaucoup contribué à la propagation de la micrographie en France, insista, dès le commencement de ses travaux, sur l’utilité de la combinaison du microscope simple et composé , qu’il appelle le microscope double. Nous donnons, d’après cet auteur, une description succincte de son instrument.
La botte, en bois de noyer verni, a vingt-neuf centimètres de long sur vingt et un de large et sept de hauteur environ. Le tiroir s’ouvre sur un des petits côtés ; toutes les pièces du microscope y sont disposées par numéros répétés sur la pièce et sur la place qu’elle occupe. Le couvercle est fixe, et sert de support à l’instrument, ainsi que de point d’appui à la main du dessinateur. A l’opposé de l’ouverture du tiroir, et sur le bord du couvercle, s’insère la tige cylindrique du microscope par le pivot de sa base, dans une douille en cuivre , dans laquelle elle peut tourner sous tous les sens , pour permettre de prendre le jour dans tous les azimuts , et d’amener le porteobjet dans toutes les directions que l’on juge les plus favorables à l’observation , sans avoir à changer la boîte de place. Une vis de pression sert à fixer le pivot dans sa douille, une fois que la tige a été tournée dans le sens du jour favorable; cette tige est brisée vers sa base pour être renversée, lorsqu’on désire observer les objets non verticalement , mais horizontalement. Nous ne nous arrêterons pas à de plus amples détails pour ne pas répéter ce que nous avons déjà dit en faisant la description générale du microscope : mais nous expliquerons quelques modifications particulières au microscope de M. Raspail.
Le diaphragme (Qg. 20) est formé de deux lames noircies , horizontales, arrondies d’une manière uniforme, susceptibles
(1) Nouveau sjslemo de ebimio organique, par Raspail, deuxième édition, l. I, p. 162, et pl. a ; Pari>, 1838.
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de tourner , par une gaine commune (g), autour d’une tigelle verticale qui est fixée au-dessous du manche de la platine. L’une des deux lames est percée d’une ouverture longitudinale (ov) , large de cinq millimètres environ , qui part de la gaine , et se dirige vers le milieu de la circonférence. L’autre lame , au contraire , est percée de neuf ouvertures circulaires (ov’) de près de cinq millimètres de diamètre , disposées sur un arc de cercle qui part d’un côté de la gaine (g) et se dirige vers l’une des extrémités de la lame. A la faVeur de deux boutons (bb’), il est facile de faire pivoter les deux lames, et d’amener successivement toutes les ouvertures circulaires dans le plan de l’ouverture longitudinale.
Si l’instrument de M. Raspail doit servir comme microscope composé, le corps du microscope est porté par un large anneau coudé, par l’une des extrémités de son diamètre , à une queue d’acier carrée qui entre à frottement dans l’extrémité du levier horizontal du pied , et s’y fixe par une vis de pre.ssion. Mais qu’on remplace ce large anneau par le porte-loupe (fig. 26), et dès ce moment, on aura un microscope simple, les porie-lejitilles (pt) se vissant dans son ouverture circulaire, et la queue (q) se fixant à l’extrémité du levier horizontal du pied.
Le tube du microscope composé n’est long que de douze centimètres , et pourtant il suffit pour obtenir, par la combinaison des mêmes objectifs avec divers oculaires, les grossissements de trois cents et même de cinq cents diamètres ; mais avec un tube d’aussi petit diamètre, le champ visuel se trouve beaucoup rétréci.
Lorsqu’on observe les corps opaques, la lumière doit leur arriver d’en haut; et celle que projetterait autour d’eux la lumière du miioir inférieur, ne pourrait que nuire à la vision , par le phénomène de la diffraction : on la supprime en plaçant sous le porte-objet un diaphragme sans ouverture, de même diamètre, et noirci sur toute sa surface. On fixe alors contre la platine la monture de la loupe réflective (fig. 19). Une griffe embrasse l’épaisseur de la platine et fixe la monture dans une position quelconque par la vis de pression. Or, comme la tige (tig) mobile dans sa gaine, mobile dans le deuxième
MICKOSCOPE 13E RASPAIL.
coude (c’)j se coudant à charnière en c”, est susceptible de tourner en in, et que le porte-lentille tourne sur son axe à l’extrémité des deux branches (aa), on peut recevoir le jour et le répandre sur l’objet dans toutes les positions possibles.
Dans le but de préserver la monture des objectifs du contact des acides ou de l’évaporation des liquides , on a disposé un manchon (fig. 18), formé d’un fond de tube de verre (tu) , fermé à la lampe , et mastiqué sur ses bords à un cercle de cuivre (an), dans lequel rentre à frottement l’extrémité inférieure du tube du microscope ; en sorte que le fond du manchon vient s’appliquer presque sur la surface de la lentille objective. On doit bien faire attention à ce que l’épaisseur du verre du manchon soit moindre que la distance focale , et que la pureté du verre soit la plus grande possible ; en tournant le manchon sur son axe, on tâchera de rencontrer un espace, s’il est possible , qui laisse passer les rayons lumineux sans leur faire subir la moindre déviation. Cette pièce n’est pas nécessaire, si l’on fait usage d’un second verre très mince qu’on place sur l’objet pour empêcher l’évaporation.
Le goniomètre (fig. 20) , destiné à mesurer les angles des cristaux , se compose « de deux cercles en cuivre concentriques, qui tournent horizontalement l’un sur l’autre, et sont tous attachés ensemble par deux tenons (t) diamétralement opposés , qui , fixés sur la paroi externe du cercle supérieur, pénètrent, en se recourbant en crochet, dans une rainure circulaire pratiquée dans l’épaisseur du cercle inférieur. Chacun d eux supporte une lame de verre mince (1) qui tourne avec lui. Les deux lames sont appliquées surface à surface, mais de manière qu’elles ne puissent pas s’érailler par le frottement. Elles sont marquées au diamant , sur les surfaces contiguës , d’une ligne droite, qui passe par leur diamètre-, la lame supérieure porte cette ligne sur sa surface inférieure , et la lame inférieure sur sa surface supérieure. Le bord du cercle supérieur en cuivre, est gradué en trois cent soixante degrés, dont cent quatre-vingts seulement sont marqués au trait , en sorte que chaque division correspond à deux degrés. La ligne tracée au diamant, sur la lame supportée par ce cercle, doit s’étendre
Xiua'ii PKAliyUli UB MlCIlOSCOPli.
de zéro à cent quatre-vingts degrés. » On dépose alors un cristal (c) tout près de l’entrecroisement de deux lignes diamétrales, et on fait coïncider un côté de l’angle avec une des deux lignes ; on fait ensuite tourner le cercle supérieur jusqu’à ce que la ligne diamétrale du cercle inférieur corresponde à l’autre côté de r angle du cristal ; si alors il se trouve que le sommet du cristal coïncide avec le point d’entrecroisement des deux lignes diamétrales, il ne reste plus qu’à lire le nombre de degrés compris entre les deux côtés de l’angle obtenu. Pour que les lignes et les angles se trouvent à la fois au foyer de la lentille, il faut que celle-ci soit d’un assez long foyer; afin de ne pas déranger l’appareil , on lit la graduation avec une loupe à la main. Les cristaux vus au microscope composé peuvent être mesurés par la chambre claire.
§ VII. Microscope de Charles Chevalier.
Le microscope de-M. Charles Chevalier est fixé à vis sur le pied ou sur la cassette servant de support; une colonne carrée porte , fixé au sommet, le corps du microscope , et une boîte longue de deux pouces , et supportant le porte-objet , peut glisser à crémaillère le long de cette colonne. Une vis (fig. 28. b) est destinée à mener le porte-objet à peu près au foyer, en lui communiquant de grands déplacements , et une seconde vis (c) l’amène par un mouvement lent précisément au point de la vue distincte. Ce mécanisme est donc essentiellement destiné à rendre immobile le corps du microscope et à faire monter ou descendre à volonté la platine.
Dans ses derniers instruments , M. Chevalier a fixé à charnière (g) la colonne carrée (e) au sommet d’une autre colonne (f) tenant à la boîte du microscope , au lieu de la fixer elle-même inférieurement au support; ce mécanisme a permis de redresser à la fois la platine et le microscope quand celui-ci est rendu horizontal , se trouvant alors dans une position pareille à celle que nous avons représentée dans la fig. 10 , pour les microscopes anglais. Mais ce mécanisme est surtout avantageux pour la position dessinée dans la (ig. 30 , il
MICUOSCOPE DE CllEVALlEll.
qui sert aux manipulations chimiques. Le porte-objet se trouve alors au-dessus des lentilles objectives , et les vapeurs provoquées par l’application des réactifs chimiques ne peuvent jamais atteindre les lentilles elles-mêmes, mais tout au plus le miroir réflecteur, qu’on peut facilement nettoyer. On conçoit que la position horizontale (fig. 28) ou verticale (fig. 29) offre pour les recherches chimiques cette difficulté que les vapeurs qui se dégagent obscurcissent toujours les lentilles , par exemple si l’on opère avec l’ammoniaque , et si on ne prend pas les plus grandes précautions ; on est forcé alors d’eloigner le porte-objet pour pouvoir approcher des lentilles un linge, dans le but de les nettoyer. L’observation se trouve donc intenompue, accident qui est d’autant plus fâcheux que dans les manipulations chimiques , il est surtout nécessaire de poursuivre attentivement les différents degrés des altérations produites et de ne perdre jamais de vue l’objet examiné. Cet inconvénient ne peut avoir lieu avec les irricroscopes qui se trouvent dans la position indiquée dans la fig. 30; elle sera donc justement appréciée par tous ceux qui s’occupent des observations chimiques suivies.
Quand le microscope composé vertical (fig. 29) doit être rendu horizontal (fig. 28), on place entre la pièce (fig. 28. D) qui porte les lentilles et qu’on peut dévisser, et le tube (G), une autre pièce (E) renfermant un prisme rectangulaire, sur l’hyp'othénuse duquel sont réfléchis à angle droit les rayons reçus par le bout inférieur de cette pièce, et qui porte maintenant les lentilles. Nous avons donc maintenant un microscope d’Ami- 3 ) qui offre les avantages déjà mentionnés , soit pour le dessin, soit pour la position commode de l’observateur. Celte pièce (ûg.28.E'' peut être adaptée très facilemeirtpar frottement au corps de l’instrument ; mais elle offre un inconvénient qui peut devenir grave, si l’instrument n’est pas fait avec le plus grand soin , si toutes les pièces ne s’adaptent point parfaitement : c’est qu’alors les lentilles objectives et oculaires cessent d’être bien centrées, parce que l’axe de l’instrument même e.st facileipenl déplacé par le changement des pièces qui ])orleuL les lentilles.
TIIAITÉ l’UATIQUIi üü MICROSCOPE.
Quand on enlève le corps du microscope , un bras horizontal (fig. 25, 26) , supportant au-dessus du centre de la platine des lentilles simples ou des doublets, et adapté au pied de rinstrument, transforme le microscope composé en microscope simple ; nous avons déjà eu occasion de parler d’un pareil arrangement dans les microscopes de Raspail (§6).
Nous pouvons donc dire sans hésitation que , sous le point de vue de la monture, le microscope deM. Charles Chevalier offre plus d’avantage que tous les autres microscopes dont nous avons parlé jusqu’à ce moment; on peut se procurer pour 300 francs un microscope de ce genre, exécuté en petit modèle, qui peut suffire pour toutes les observations ; les grands microscopes coûtent 800 francs. Mais on conçoit aussi que la complication provoquée dans la monture pour pouvoir donner à l’instrument toutes les différentes positions dont nous venons de parler, rend l’instrument beaucoup plus lourd et plus difficile à transporter, que, par exemple , le microscope composé de MM. Georges etTrécourt.
Dans ses derniers microscopes , M. Chevalier a fait la platine en verre noir, de sorte qu’elle ne peut être attaquée par les réactifs chimiques; on reproche, avec plus ou moins de raison, aux porte-objets de ces instruments et des autres faits dans le même genre , leur grand éloignement de l’observateur, ce qui les rend moins commodes pour les manipulations , soit anatomiques, soit chimiques. D’autres appareils se trouvent encore joints à l’instrument dont nous donnons la description , par exemple, un compresseur (§2), une chambre claire (§ 3 et sect. III, chap. 3) ; un appareil pour l’observatioh des phénomènes électro-chimiques, consistant dans une plaque percée pour être mise sur la platine et portant deux petites colonnes en verre, creusées pour laisser passer deux fils de platine qu’on met en communication avec la pile.
On a souvent besoin de tourner, de faire fléchir ou glisser l’objet que l’on veut examiner, et cela sans y apporter aucune pression. Pour remplir ce but, j’ai fait pratiquer une plaque de cuivre percée d’un trou circulaire, et recevant un verre sur lequel on met l’objet; le second verre, très mince, qu’on met