TROISIÈME SECTION
ENSEIGNEMENTS PRATIQUES SUR l’USAGE DU MICROSCOPE.
nEMARQÜES GÉNÉRALES.
Ceux qui voudront faire usage du microscope devront être sains de corps et sains d’esprit. Un mal de tête, une fièvre inflammatoire qui fait paraître des images illusoires devant les yeux est autant incompatible avec le succès désirable des observations qu’une imagination vive , qui s’emporte à chaque instant , qui voit des merveilles partout , soit sous le microscope, soit à l'œil nu. Il faut avant tout avoir la ferme volonté d’examiner sérieusement , et de séparer toujours dans le récit de ses recherches l’observation et la conclusion. Si l’on avait toujours suivi cette règle, le public aurait pu facilement choisir entre l’observation, qu’un examen répété aurait pu confirmer ou renverser, et entre les conséquences tirées par l’auteur.
Il est très remarquable , et nous l’exposons avec beaucoup de détails dans la partie historique de notre anatomie microscopique, que presque toujours les observations sont, sinon bonnes , au moins vraies ; c’est-à-dire que l’objet mis dans les mêmes conditions que celles qui étaient adopte'espar l’auteur^ nous présente les mêmes apparences; mais, à part des circonstances qu’on aurait dû éviter, et qu’un usage prolongé du microscope aurait fait justement apprécier, les conclusions tirées d’une observation incomplète par l’auteur, ont le plus souvent inspiré de la méfiance au public. Or, ce n’est pas le microscope qui trompe, c’est l’observateur qui se trompe.
Nous tâcherons d’exposer dans les lignes suivantes les points les plus importants sur lesquels nous croyons devoir fixei davantage l’attention de nos lecteurs , et nous renvoyons une
TRAITK PRATIQÜF. Ilü MICROSCOPK.
partie de nos remarques à l’examen des objets en détail, que nous entreprendrons plus tard.
Nous avons déjà dit (pag. 22) de quelle importance est la parfaite stabilité de l’instrument, et nous avons exposé les conditions qui doivent être remplies dans la construction du microscope pour la garantir. Mais cette stabilité dépend aussi de l’emplacement du microscope ; la table sur laquelle on veut installer l’instrument doit être elle-même à l’abri des secousses et bien calée j on doit éviter de toucher la table ou le support du microscope avec la poitrine ou toute autre partie du corps qui cotnmuniquerait trop facilement les pulsations du cœur. Ou aura soin que la table qui sert habituellement aux observations soit d’une hauteur telle qu’on puisse s’asseoir commodément et mettre ses pieds dessous , sans la secouer et ébranler de cette manière tout l’instrument.
La position commode de l’observateur est très importante; la tête ne doit point être inclinée , ou dans une autre position forcée qui ferait monter le sang, et produirait conséquemment un obscurcissement de la vue. Il faut trouver la hauteur convenable de la table, de l’instrument et du siège sur lequel on est assis ; si l’instrument vissé sur la boîte est placé trop haut, on est obligé de se servir d’une table basse faite exprès ou d’une chaise plus haule ; on aura soin aussi que les pieds trouvent un appui commode et qu’ils ne secouent pas à chaque instant la table. On doit s’arranger de manière à avoir les coudes appuyés ; car sans ce'a, on éprouve une fatigue extrême dans la poitrine ou dans les muscles du cou , quand l’observation se prolonge; la position fixe des coudes est principalement nécessaire dans les manipulations anatomiques, et dans ce cas, le porte objet lui-même doit servir en partie de point d’appui aux mains.
L’œil de l’observateur doit être à l’abri de toute lumière étrangère , qui n’arrive point par le tube du microscope, par exemple de la lumière réfléchie par différents objets; les écrans dont nous avons déjà eu occasion de parler dans les précédentes sections y remédieront parlaitement. Quelques observateurs , pour mieux' atteindre ce but , ne reçoivent la
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lumière que par une partie seulement du volet , ou ils travaillent même dans une chambre obscure où pénètre seulement un rayon du soleil qui éclaircit les objets. Mais la lumière qui frappe alors l’œil pendant l’observation est trop vive en comparaison de l’obscurité qui règne dans la chambre, et produira, par un usage continué, des effets dangereux. Nous avons vu encore dernièrement un amateur très distingué qui, malgré notre avertissement , se servait d’un pareil éclairage , après quelques mois, se plaindre de douleurs vives dans les yeux, d’un affaiblissement de la vue, et renoncer, tout épouvanté, à l’usage des microscopes.
Il est bon de s’accoutumer à regarder sans fermer un œil; l’obscurité occasionnée par l’écran facilite cette pratique , et l’on évite ainsi la fatigue produite par le froncement continuel des paupières. Quelquefois l’un ou l’autre œil est plus exercé à faire des observations , ce qui dépend souvent de sa constitution; mais on fera bien de s’accoutumer à observer indifféremment avec les deux yeux.
La juste préparation des objets que l’on veut observer est un des points les plus importants dans les recherches. Si c’est un tissu quelconque qu’on doit examiner, il faut, avant tout, qu’il soit soumis au microscope dans une lamelle très mince, c’est-à-dire d’une épaisseur telle que les rayons lumineux puissent la traverser librement. Pour arriver à ce but, on s’y prendra de la manière suivante.
On détachera, à l’aide d’unepince, si le tissu est mou, une fibre, et on évitera autant que possible toute traction , toute compression , tout ce qui pourrait altérer la structure de la substance. On met ensuite cette fibre sur uno lame de verre , telle que tous les opticiens nous les fournissent 5 on tâche d étaler cette fibre, de la séparer en ses fibres élémentaires, à 1 aide de pinces très fines, ou mieux encore à l’aide d’aiguilles emmanchées; mais on évitera encore dans cette opération toute compression inutile. L’on couvre ensuite cette fibre avec une goutte d eau pure , et celle-ci avec un second verre , pour empecher que les vapeurs émanant de l’eau ne ternissent es lentilles. Toutefois, on doit employer, au lieu de l’eau, un
ijG TRAITÉ PRATIQUE DU MICROSCOPE.
autre liquide, si celle-là peut avoir une action chimique sur la substance, comme, par exemple, sur le sang.
Cette seconde lame de verre qu’on met sur l’objet doit être très mince , soit à cause du foyer des lentilles , soit , ce qui est plus important , pour e'viter un écrasement du tissu. Ce n’est que dans le cas où on fait usage de faibles grossissements , ou que la pesanteur du verre n’a aucune conséquence , par exemple , dans l’examen des cheveux , qu’on peut employer des verres de la même épaisseur que l’autre lame de verre qui est chargée des objets. On ne fera point usage de lames minces de mica, parce qu’elles sont presque toujours pleines de stries, non plus que des lames de verre soufflé qui sont à surfaces inégales. On obtient les verres minces en polissant un verre plus épais.
Si ce sont des os , des dents, etc., qu’on veut examiner, on se procurera des lamelles très minces, en les polissant sur une pierre. Les appendices tégumentaires peuvent être observe's sans préparation préalable.
On fera entrer les liquides , purs , sans mélange d’eau , par capillarité , entre les deux verres; quelquefois , s’il arrive que des cristaux s’y trouvent , comme dans les dépôts salins des urines , on pourra mettre un grain de sable entre les deux verres pour faciliter l’infiltration.
L’objet ainsi préparé entre les deux lames de verre sera transporté sur le porte-objet, et on amènera ensuite celui-ci dans le foyer des leiltilles ; il est absolument nécessaire que l’objet se trouve au foyer, c’est-à-dire au point de la vision la plus distincte , pour qu’on puisse juger de sa structure. Et pourtant quelques observateurs négligent cette règle, eux qui savent très bien mettre les lunettes au foyer, quand il s agit au spectacle de regarder une décoration !
Nous parlerons deil’ éclairage des objets et de la pureté des verres dans les paragraphes suivants.
On a souvent besoin d’écraser, de triturer l’objet. Nous avons déjà parlé |du compresseur de Purkinje et de notre gUsseur. Mais la seule manœuvre des mains peut, dans quelques cas , suppléer aux instruments, Ainsi , en comprimant forte-
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ment les verres , et en les glissant en même temps, je suis arrivé à déchirer en petits fragments les écailles de la poussière des papillons. En glissant les verres l’un sur l’autre , on peut faire rouler l’objet sous ses yeux.
L’humidité de l’haleine peut suppléer à la goutte d’eau pour humecter l’objet ; nous en parlerons encore à l’occasion de la poussière des papillons. On n’oubliera point que la couleur des objets change si le véhicule , dans lequel nagent les objets observés, est lui-même coloré.
Pour chercber les différentes parties de l’objet, on fera usage d’un chariot mobile, ou on promènera tout simplement sur la platine , à l’aide des doigts, la lame chargée de l’objet. Mais il faut alors avoir la main dégagée et ferme -, une main tremblante ne pourra point exercer de pareilles manœuvres.
Quelques précautions à prendre se feront sentir d’elles* mêmes si l’on a fait pendant quelque temps usage du microscope : ainsi , on garantira les lentilles des grains de sable qui pourraient venir se frotter contre elles; on n’approchera pas le porte-objet jusqu’au point de toucher les lentilles, de les salir, ou même de les casser par une compression continue contre la lame de verre, etc. On s’accoutumera de même bientôt au renversement de l’image qui a lieu sous le microscope composé , et on amènera l’objet de droite à gauche , si on veut le voir se mouvoir de gauche à droite, et réciproquement. Les lentilles d’une large ouverture sont d’un pouvoir grossissant plus faible que celles d’une ouverture étroite.
On s’habitue aux observations en commençant par les plus faibles grossissements ; car ils offrent le champ plus grand et en même temps plus de netteté et de clarté ; on augmentera les grossissementspeuàpeu jusqu’à quatre cents ou cinq cents ; l’état actuel des microscopes ne permet guère de se servir de grossissements au-dessus de huit cents fois, et les observations faites à quinze cents ou deux mille fois manquent en même temps de netteté, de clarté et d’exactitude 5 elles ne sont bonnes que pour l’étude de quelques parties.
Les substances que nous recommandons avant toutes autres à ceux qui commencent les observations microscopiques, sont
les cristaux ; en prenant les cristallisations d’un sel connu , on pourra, à l’œil nu d’abord, s’instruire des formes différentes que ces cristaux peuvent acquérir, et on sera ainsi préparé à l’étude de l’objet sous le microscope. On apprendra de cette manière à très bien distinguer les surfaces antérieures et postérieures du cristal, les apparences qui naissent de la diffraction et des différentes modifications de la lumière , celles qui peuvent naître du pouvoir réfringent du liquide, en ayant soin de placer un cristal à moitié dans le liquide , et en laissant l’autre moitié dehors , en changeant les véhicules pour savoir ce qui doit être attribué , dans l’aspect de l’image , à l’eau , à l’huile, à la térébenthine, etc. Comme on a sous les yeux un objet dont on peut rigoureusement étudier la forme , on pourra marcher d’un pas sûr dans l’examen de l’objet.
Après avoir étudié les cristaux, on pourra arriver à l’examen des tissus dont on a de bons dessins sous les yeux, toujours en procédant des faibles grossissements aux plus forts. L’examen de quelques infusoires , par exemple , des rotifères , est ensuite d’une grande utilité.
Il arrive souvent que les corpuscules microscopiques tardant à se mouiller, restent suspendus à la surface du liquide ; d’autres fois les accidents de surface d’une membrane peuvent donner à la substance l’aspect granuleux , principalement si elle n’est pas assez mouillée. L’usage continué du microscope fera justement apprécier toutes ces circonstances.
La chambre claii e nous servira pour dessiner les objets , pour les mesurer et pour connaître en même temps le grossissement du microscope, qui est l’effet combiné du pouvoir grossissant des lentilles objectives et de l’oculaire. En effet , .si l’on a dessiné l’objet et ensuite le micromètre , vu avec les mêmes lentilles , on pourra , par la comparaison des diamètres de l’objet et du micromètre , facilement apprécier sa grandeur; si l’on veut, au contraire, savoir le grossissement du microscope, on transportera, à l’aide d’un compas, par exemple, la grandeur d’un centième de millimètre du micromètre dessiné , sur une règle divisée en centimètres et millimètres , et on observera quelle place occupe ce centième de millimètre. Si elle couvre,