‹ Traité pratique du microscope, et de son emploi dans l'étude des corps organisésChapitre 30 sur 358 · MUSCLES · texte numérisé non relu

MUSCLES

bords des lignes blanches ; ces lignes blanches sont les filets du tissu cellulaire, qui enveloppe sous forme de spirale les fibres élémentaires , et forme de cette manière la gaine. Les tours du filet, qu’il décrit autour les fibres élémentaires, peuvent être très rapprochés ; les bords de deux tours différents se touchent alors, et ne constituent qu’une ligne noire , ainsi que nous le voyons dans la fig. 35 : ou bien les tours sont éloignés les uns des autres; on voit chacun isolément, parce que le filet décrit une large spirale , comme on l’observe sur les muscles des insectes, des annélides, etc. (fig. 37).

La compression ou le tiraillement peut altérer la forme primitive du faisceau élémentaire, de manière que les stries transversales se trouvent rangées sous les formes les plus variées; elles peuvent être tout-à-fait détruites à la surface des gaines par la compression.

Le filet qui est contourné en spirale autour des fibres élémentaires est quelquefois libre dans toute son étendue , de sorte qu’il peut être trouvé déroulé à côté du cylindre ; d’autres fois, au contraire, les tours sont soudés les uns aux autres par une membrane transparente , de manière à former une gaine.

Les muscles de cette classe se trouvent continuellement en contact dans les corps avec les liquides alcalins.

Si l’on prend, au contraire, un muscle des intestins ou de l’estomac (celui des oiseaux est très commode pour ces recherches), et que l’on en examine une fibre, on la verra tout simplement composée de fibres élémentaires, dont le faisceau ne fait pas voir les stries transversales. La macération ou la compression des muscles de la première classe peut les réduire à l’aspect que nous venons de décrire.

Si V on fait bouillir la viande , toutes les fibres élémentaires se désagrègent et se présentent sous forme de globules 5 ce qui a conduit plusieurs observateurs , qui ont fait des observations sur la viande bouillie , à la fausse conclusion que les muscles sont composes de globules. Si la viande a longtemps bouilli, la g.aînecst presque entièrement remplie de globules; on peut la vider de son contenu par la compression, et on aura alors sous

les yeux la même gaîne lout-à-fait vide. La réduction des fibres à l’état globuleux explique la digestion plus facile de la viande bouillie.

L’examen microscopique pourra, dans plusieurs cas, décider de la nature d’une fausse membrane, d’une excroissance charnue, etc.

§ III. Nerfs et cerveau.

Le système nerveux a été depuis longtemps l’objet d’une étude suivie 5 mais c’est principalement dans les derniers siècles qu’il a fixé l’attention des savants. Les philosophes y voyaient le siège de l’âme , les physiologistes le sie'ge des esprits, du principe vital ; les me'decins le siège de toutes les maladies qui résistaient à leurs remèdes. On croit généralement aujourd’hui que, lorsque les parties les plus petites de la substance nerveuse et le mode de terminaison seront connus exactement, alors seulement on pourra espérer de pénétrer le procédé, aujourd’hui encore si obscur, par lequel les nerfs servent d’une part à la sensation, et provoquent de l’autre part l’exercice de la fonction des organes du mouvement. Aussi les anatomistes se sout-ils toujours empressés d’étudier la structure de ce système.

Une substance si délicate devait oflrir des formes bien différentes selon la méthode de préparation, selon la compression ou la division mécanique plus ou moins forte, la macération plus ou moins prolongée, selon que les nerfs se trouvaient à l’état frais ou desséché, etc. En général on est d’autant plus porté à donner créance à une observation que moins de moyens artificiels y ont été employés ; et assurément cette remarque ne trouvera nulle part une application plus juste que dans l’examen du système nerveux.

(1) Anatomie microscopique, par M. MandI, I" série, sec. , livraison , Paris, Baillière, 1838.

NKRFS ET CERVEAU.

Les premiers observateurs avaient parlé d’une structm-e globuleuse dans les nerfs et dans le cerveau ; mais il n’était pas difficile de démontrer que cet état globuleux n’existe pas primitivement dans les nerfs et dans le cerveau, et qu’il n’est que le produit de la macération et de la compression. La structure tubuleuse est maintenant hors de doute. Nous donnons ici le résultat des observations de M. Ehrenberg.

La matière blanche du cerveau , de la moelle, les nerfs de l’ouie, de la.vue et de l’odorat, ainsi que le nerf sympathique en partie, sont composés de tubes transparents qui présentent à des intervalles limités des dilatations sphéroïdes ou globuleuses (varicosité), ce qui les fait ressembler aux grains d’un collier qui ne se touchent pas, et qui communiquent entre eux par un canal; c’est ce que Ehrenberg appelle les tubes variqueux ou articulés (fig. 38, a). Il existe dans ces tubes une cavité interne qui contient une matière particulière , parfaitement transparente, saris aucune trace de globules (fluide nerveux). Le diamètre de ces fibres varie entre -70 et ,77a de ligne ; il est souvent possible de reconnaître , à côté des bords exérieurs de leurs parois, deux lignes intérieures marquées plus faiblement, qui limitent l’étendue du diamèire de la cavité. Si ces tubes articulés sont déchirés, ils forment alors des petites vessies, globules, etc., à doubles lignes.

Plus on se rapproche de la périphérie du cerveau, plus les tubes diminuent de diamètre; de sorte que dans la matière grisâtre, ils ne forment qu’une masse granuleuse, formée de gi-ains extrêmement fins qui sont unis au moyen de fils très minces (fig. 39). Mais la supposition de ces fils très minces ne nous parait pas assez démontrée , et la masse granuleuse est probablement plutôt le produit de la coagulation et de la compression qu’un état naturel. Parmi ces fibres se trouvent des grains plus gros, qui paraissent formés de petites granulations (ce sont nos globules fibrineux ; voir le § XII sur le sang).

Celte structure articulée, que M. Ehrenberg attribue principalement aux nerfs de sensation, a été considérée dans ces derniers temps comme le résultat d’une altération après la mort;

1 l'space ne nous permet pas de nous prononcer ici à ce sujet.

tkaixé pratique du Microscope.

et nous renvoyons le lecteur à notre mémoire sur la structure intimé des nerfs (1).

Les nerfs du mouvement sont pourvus, d’après Ehrenberg, de tubes droits et uniformes , sans dilatation , plus gros en général que les tubes articulés ; cet auteur les appelle tubes cylindriques ( fig. 38, b ). Ils contiennent dans leur intérieur une matière peu transparente, blanche, visqueuse, qu’on peut faire sortir des tubes sous forme de grumeaux , et qui est appelée matière médullaire. Leur cavité est en général plus grande que celle des tubes articulés, et on peut la bien distinguer à cause de la ligne interne parallèle aux bords; on aperçoit même l’ouverture du tube ; leur diamètre est, chez les vertèbres, de lïO 3. 340 d’une ligne. Des tubes cylindriques analogues se trouvent dans tous les troncs des nerfs et dans le sympathique.

Dans les ganglions des oiseaux et quelques autres animaux, se trouvent des corps très grands, globuleux, irréguliers, dont le diamètre est presque d’une ligne (fig. 40). M. Valentin a fait des recherches suivies sur ces corps. Il y a continuité entre les tubes cylindriques des nerfs et les tubes articulés du cerveau qui abandonnent peu à peu la forme articulée.

D’après nos recherches, ces tubes cylindriques ne sont nullement les parties élémentaires des nerfs ; nous avons découvert dans l’intérieur de ces tubes un faisceau de fibres extrêmement fines et délicates (fig. 41), qui nagent dans une matière graisseuse, se coagulant après la mort , ce qui empêchait jusqu’à ce moment de voir ces fibies élémentaires ; mais si l’on détache les nerfs des insectes , qu’on les examine de suite, alors on aura sous les yeux, pendant quelques minutes, un tronc transparent , au milieu duquel se trouve ce faisceau de fibres élémentaires ^ peu à peu une masse interne se coagule et obscurcit l’image. L’examen des nerfs dans les animaux supérieurs est une des recherches les plus difficiles, et nous ne conseillons de l’entreprendre qu’après avoir fait usage longtemps du microscope.

(1) Anatomie microscopique, par M. MandI, série, III' liv., Paris 1839.

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