POILS ET CHEVEUX. OS
§ IV. Poils et cheveux.
Les poils se prêtent très facilement à l’observation ; mais il est pourtant nécessaire de prendre quelques précautions dans leur examen. Il est absolument nécessaire de les placer dans l’eau, d’abord pour les rendre plus transparents, et ensuite pour enlever les impuretés qui se trouvent à leur surface , impuretés qui, par quelques obseivateurs, furent jugées être des parties essentielles, constituant le poil.
Ces organes se composent de la racine, qui est implantée dans une petite poche située dans le derme ; cette racine doit être soumise à l’observation dans son état frais ; on devra choisir de préférence pour cet examen les grands poils que l’on trouve sur les lèvres du bœuf.
La seconde partie est la tige ou le tronc des poils, qui se compose elle-même de deux parties, de l’écorce et d’un canal intérieur; ce canal est quelquefois vide, comme dans les cheveux humains , quelquefois rempli de cellules ; ce qui a fait nier à plusieurs auteurs la présence d’un canal. L’écorce ellemême adopte des formes très variées , et nous renvoyons le lecteur, pour l’étude de ces organes , à notre mémoire sur les appendices tegumentaires [Anatomie microscopique , première sérié, livr. 4 et 5). Ainsi , quelques poils sont tout-à-fait lisses, d autres enfin, comme ceux de l’ours marin, ont des aspérités bien saillantes (fig. 42).
§ V. Os (1).
Leeuwenlioék a reconnu quatre espèces de pertuis sur une squame prise sur un fémur de bœuf. Les plus petites ouvertures étaient tellement resserrees , qu’on pouvait à peine les apercevoir. Les secondes apparaissaient comme des petites taches brunâtres ; les troisièmes, plus manifestes, observaient
(1) Rapport par M. Breschct, l’Expérieoce, n° 83, 1839.
yO ' THAIXÉ PilATIQU£ DU MICBOSCOrii.
dans leur disposition un certain ordre comparable à celui des {Tiands vaisseaux des arbres. On les voyait en effet former des cercles concentriques , ce qui fit comparer cette disposition, pour l’ossification , à celle qui appartient à la formation du tissu ligneux. Enfin, la quatrième espèce d’ouverture dans la substance des os était remarquable par sa grandeur, mais elle était la moins répandue. Leeuwenlioèk pense que tous ces pertuis sont les orifices des tubes osseux. Ainsi , la partie solide des os serait donc formée de quatre espèces de canaux parcourant les os suivant leur longueur.
Depuis ce temps les observations sur la structure intime des os n’ont fait un véritable progrès que par les recberches du célèbre professeur Purkinje. Déjà plusieurs de ses disciples, et particulièrement MM. Yalentin et Deutsch , ont publié les résultats obtenus par M. Purkinje, et ceux de leurs propres observations faites sous la direction de leur maître.
A peu près à la même époque, en 1836, MM. Miescher et Müller ont fait paraître à Berlin un mémoire sur l’anatomie générale du système osseux et sur l’inflammation de ce même tissu. Ils admettent dans les tissus des os trois formes différentes dans l’arrangement de leurs parties: 1“ des lames qui correspondent au contour de l’os ; 2® des canaux et des cellules qu’entourent des lamelles concentriques ; 3® des corpuscules particuliers qui sont dispersés , soit contre les lamelles , soit dans leur épaisseur même.
Les lamelles ne paraissent pas appartenir aux os des enfants, mais elles deviennent manifestes dans ceux des adultes , surtout si les os sont tubuleux. Elles constituent la partie corticale ou couche externe superficielle. A mesure qu’on se rapproche du canal médullaire , le nombre des canalicules croissant de plus en plus , elles finissent par disparaître. Sur les os du crâne, bien mieux que sur tous les autres, on aperçoit très distinctement ces lamelles, soit sur le feuillet compacte extérieur, soit sur l’intérieur ou lame vitrée. On les reconnaît aussi sur la surface extérieure du scapulum , des os du bassin, du sternum , des verlèbres , bien que ces os soient percés d’un nombre infini de pertuis. On les trouve même dans les canaux
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et les conduits osseux qui transmettent les nerfs et les vaisseaux.
Des canalicules existent partout, dans la substance compacte des oS et dans toutes les directions. Sur le squelette de l’embryon, on les voit procéder de la diapbyse aux extrémités articulaires des os longs, et sur les os plats du crâne, du centre à la circonférence de ces mêmes os. La cavité de ces canalicules est en général cylindrique, et le plus ordinairement plus petite dans ceux qui correspondent à la surface extérieure des os, d’où résulte une dureté plus grande de cette couche corticale. Ces canalicules s’ouvrent aussi dans la substance spongieuse. Suivant M. Miesclier, ils contiennent la moelle ou une substance analogue , et dans les grandes cellules , on voit distinctement des vésicules adipeuses. En outre , on y reconnaît aussi des vaisseaux nombreux que leur couleur rouge rend manifestes; l’injection de ces vaisseaux sanguins est très difficile , et même si elle est heureuse , l’opacité des os est un obstacle aux observations microscopiques ; et si l’on attaque le tissu osseux par les acides, les matières colorantes des injections sont altérées ou détruites.
Nous arrivons enfin aux corpuscules qui jouent un rôle très important dans la connaissance de la structure intime des os. Leeuwenhoëk paraît être le premier qui ait signalé les corpuscules sous la désignation de taches brunâtres qu’il croyait être les ouvertures du second ordre de ces tubes ou canaux. Purkinje et Muller ont découvert de nouveau ces corpuscules et en ont indiqué la nature. On trouve ces corpuscules (fig. 43) dans tout le tissu osseux, dont on se procure des tranches extrêmement minces que ces observateurs ont toujours obtenues en faisant polir les os.
Si on a préalablement débarrassé le tissu osseux de sa matière solide, par l’action d’un acide, alors ces corpuscules ressemblent à des taches de couleur brunâtre d’un diamètre très petit , brillantes à leur centre et limitées par une ligne bien distincte et opaque. Leur forme est ovalaire , plus ou moins comprimée et finissant en pointe. Situé entre clcux lamelles , le diamètre de ces corpuscules est longitudinal et légèrement
oblique entre ces lames. Ces corpuscules sont plus difficiles à découvrir et à bien voir lorsque la matière terreuse des os n’a pas été retirée, car dans ce cas ils sont opaques.
Ces corpuscules sont terminés , dans l’étendue de leur circonférence , par des espèces de rayons ou de canalicules dont on ne connaît point encore la nature.
M. Millier (1) a fait des observations très intéressantes sur la manière dont la cbaux se trouve distribuée dans les os. Il a examiné des lames très minces d’os sur un fond noir avec la loupe , et a vu que la couleur blanche de ce tissu doit être attribuée aux corpuscules osseux. Ceux-ci paraissent alors blancs et la substance intermédiaire noire , au lieu qu’examinés sous le microscope à la lumière transmise , les corpuscules et leurs canaux rayonnants sont noirs et les intervalles blancs.
La couleur blanche et l’opacité des corpuscules ont disparu dans les os malades qui sont dépourvus de sels calcaires ; les corpuscules sont transparents, leurs canalicules n’existent plus. Dans les os fossiles et dans ceux dont on a extrait le cartilage par la coction avec la soude , les corpuscules existent encore , mais les intervalles ne sont plus transparents ; il faut donc humecter les lamelles d’os pour pouvoir les examiner.
Si l’on traite les os frais par les acides , ils développent beaucoup de bulles d’air ; la substance intermédiaire reste transparente, mais les corpuscules et leurs canalicules perdent leur opacité ; desséchés , ils ne deviennent plus blancs, c’est-àdire, ils ne recouvrent pas leur opacité. M. Millier croit donc que ces corpuscules et leurs canalicules contiennent dans leur intérieur ou sous leurs parois des sels calcaires.
Avant l’ossification, ces corpuscules sont transparents et dépourvus de canalicules; ils ne peuvent pas être le siège unique des sels qu’on trouve dans les os. La preuve en est que les sels calcaires forment plus que la moitié du poids de l’os ; ce tissu donne plus de chaux que ces corpuscules n’en peuvent contenir , et ces derniers manquent enfin dans les os de quelques
(1) Archives de Millier, 1836, p. 10 et suiv.
ÉPIDERME , ÉPITHÉLIüM. 83
poissons, par exemple, du brochet. Il paraît qu’une partie des sels est déposée dans les intervalles d’une manière inappréciable au microscope.
§ VI. Épiderme , épithélium et mouvement vibratile.
Le docteur Henle de Berlin a dernièrement publié plusieurs travaux (1) fort remarquables sur la structure de l’épiderme et de l’épithélium , dont nous donnons un extrait à nos lecteurs.
Le tissu épidermoïde qui recouvre toutes les surfaces extérieures, et revêt intérieurement, sous le nom d’épithélium, les parois de toutes les cavités et de tous les canaux du corps , se compose de cellules nombreuses plus ou moins superposées, renfermant chacune dans son intérieur un noyau orbiculaire , ovoïde ou aplati , et remarquable en outre par un ou deux points qu’on y distingue. Ces cellules diffèrent les unes des autres par leur forme, leur densité et le lieu qu’elles occupent.
M. Henle est parvenu à reconnaître la structure intime de l’épithélium dans toutes - ces membranes ; il dit qu’on le trouve dans tous les conduits excréteurs des glandes , et qu’il tapisse même les plus petits canaux des glandes à structure tubuleuse , comme les reins et les testicules. Si l’on place sous le microscope une petite portion d’un des canaux séminaux du testicule , et qu’on la comprime avec précaution , on aperçoit immédiatement au-dessous des animalcules spermatiques, un grand nombre de petits globules qui entourent une espèce de noyau en forme de plaque ou tablette arrondie , qui présente le plus souvent un nucléus interne, tantôt simple, tantôt composé de petits compartiments membraneux.
M. Henle a reconnu trois sortes, et de là trois espèces d’épithélium que l’auteur nomme épithélium en pavé, épithélium en cylindre et épithélium en paillettes.
(1) Hufefand , Journal continué par Osann, mai 1838. — Millier, Archives, 1838 (Annales françaises et étrangères d’ Anatomie et physiologie , mai
1838) Symbolæ ad anal, villorum intestinalium , auctorc Henle , Bero-
lini, 1837.
1® Dans l’épithélium en pavé ( fig. 44 ) la cellule est , en général, moulée sur le noyau central, autour duquel elle forme une vésicule , dont les parois sont plus ou moins distendues , éloignées du noyau ou appliquées contre lui. Cette première espèce du tissu épidermoïde se trouve à toute la surface extérieure du corps , sur presque toutes les membranes séreuses , dans l’intérieur des vaisseaux et dans les petits canaux des glandes , le testicule excepté. On trouve encore le même tissu sur les membranes moyennes , près de leurs orifices, dans le canal digestif; par exemple, depuis la bouche jusqu’au pylore, dans le vagin et dans la moitié inférieure du col de l’utérus , dans le canal de l’urètre chez la femme, sur le globe de l’œil, sans en excepter la cornée.
2® Les cellules de l’épithélium en cylindre ont une forme allongée ou conique, ayant le sommet tourné contre la moyenne sous-jacente, et la base dirigée vers la surface libre; elles sont placées les unes à côté des autres , comme des fibres dressées , et leur noyau se remarque par une saillie qu’il forme à peu près vers le milieu de leur longueur (fig. 45). On trouve cette seconde espèce d’épithélium dans les intestins , à commencer depuis l’estomac, dans tous les canaux excréteurs de la plupart des glandes , dans la vésicule biliaire , dans tout l’appareil génital de riionime], à l’exception des vésicules spermatiques et des cellules de la prostate.
3° L’épithélium en paillettes ou vibiatile est formé par une réunion de corpuscules cylindriques ou coniques , qui ne diffèrent des vésicules de l’espèce précédente que par la présence de petites lames de cils ou de paillettes qui font saillie à leur base superficielle et libre. On trouve ces sortes de corps dans l’organe respiratoire , dans les parties génitales profondes de la femme ( fig. 46 ). L’auteur les a aussi trouvés dans les venti'ieules du cerveau , et tout récemment à la face interne des paupières, dans le sac lacrymal et le canal nasal.
Les noyaux au centre de tous les corpuscules qui forment la surface interne des extrémités vésiculeuses des canaux çécréteurs des glandes conglomérées , telles que les glandes lacrymah.'s J uîammaires , salivaires, etc., ont un diamètre égal- Eu
Th'inCnME , ÉPITllÉUHM.
comprimant un petit lambeau, d. une de ces p^landes , on voit les noyaux , la plupart isolés , nager en plus grand nombre. 11 arrive rarement que l'on puisse apercevoii tout le contour d un compartiment entourant le noyau. La circonstance qui peimet le mieux de voir cette espèce de circonférence interne est celle où plusieurs compartiments se trouvent , pour ainsi dire, entassés les uns sur les autres; parce qu alors des intervalles pales se trouvent correspondre à des noyaux cjui sont comparativement obscurs.
Le docteur Henle est quelquefois parvenu , mais avec plus de facilité dans les glandes lacrymales que dans les autres , à faire sortir les compartiments attachés à la cavité des vésicules qu’ils paraissaient tapisser. La paroi elle-même de ces petits canaux de glandes, à part leur épithélium, paraît consister eu un tissu homogène , peut-être fortement uni par du tissu cellulaire.
L’épithélium qui tapisse la face interne de la vessie présente une disposition intermédiaire entre les cellules en pavé et celles qui sont en cylindre •, car, d’un côté , elles sont allongées et dressées verticalement les unes à côté des autres sur la membrane muqueuse ; mais de l’autre , elles n’ont pas une forme régulière. Les cellules épidermoïdes sont plus ou moins superposées et forment des couches d’épaisseur variable.
On voit encore très bien la couche de cet épithélium qui tapisse intérieurement les petits canaux excréteurs de l’urine, si après avoir divisé un rein pas trop frais , on racle de la surface de la coupe un peu de substance corticale, et si, après l’avoir délayée avec de l’eau, on l’examine au microscope ; on voit alors des petits canaux composés de compartiments. Ces petits canaux sont évidemment creux, car, dans toute leur longueur, leur contour est plus obscur que leur partie moyenne, et si quelques-uns de ces canaux présentent une cassure oblique, on peut amener alternativement au foyer du microscope la paroi supérieure et la paroi inférieure du même tube. M. Henle a vu, dans la substance corticale , que ces canaux avaient une ligne et demie de longueur , et leur diamètre transversal environ 0,009 à 0,016 de ligne, ce qui s'accorde assez bien