‹ Traité pratique du microscope, et de son emploi dans l'étude des corps organisésChapitre 33 sur 358 · ÉPIDERME , ÉPITHÉLIUM · texte numérisé non relu

ÉPIDERME , ÉPITHÉLIUM

membrane muqueuse, à laquelle il appartient, est plus délicate; et plus l’épithélium est mince , plus les compartiments sont petits par rapport au noyau qu’ils entourent.

Pour étudier la structure élémentaire de répithélium, il faut enlever légèrement, avec un scalpel, l’espèce de tapis muqueux qui recouvre les membranes muqueuses, l’humecter avec de l’eau, et le placer sous le microscope. Plusieurs parties sont plus ou moins couvertes de lambeaux de cette couche muqueuse, ou d’épithélium presque libre , comme les membranes muqueuses buccales , nasales et vaginales. Pour les autres , il faut avoir recours , en hiver, à une macération de deux à trois jours , à compter de la mort de l’animal. Plus tard, il serait difficile de reconnaître les parties élémentaires de l’épithélium, parce qu’elles auraient perdu leur forme normale. Ceci s’applique à l’épithélium cylindriforme et vibratile , en particulier. Afin de rendre l’observation plus facile, il est bon de préparer la membrane muqueuse tandis qu’elle est fraîche , et de la plier de telle sorte que sa face libre se trouve en dehors, et qu’on puisse aisément examiner le limbe de ce pli au microscope.

Un des phénomènes les plus curieux que l’on puisse observer sous le microscope, est le mouvement vibralile que l’on voit à la surface des membranes muqueuses ; si l’on détache, à l’aide de ciseaux, une petite portion de la muqueuse qui tapisse, par exemple, la bouche de la grenouille ou le manteau des moules , si Fon place cette portion dans une goutte d’eau, et si on la couvre avec une lame très mince, alors on verra, au bord replié de la membrane, un mouvement très prononcé, qui doit son origine à des cils qui se remuent vivement de droite à gauche et de gauche à droite, et qui repoussent vivement toutes les molécules qui se trouvent nageant dans leur voisinage; ce mouvement dure, suivant la classe àlaquelle appartiennent les animaux, de quelques heures jusqu’à plusieurs semaines après la mort. Si la mort commence à se manifester dans la membrane , les mouvements se ralentissent de plus en plus. Si de petites particules sont détachées de la membrane (fig. 4C), on les voit encore se remuer vivement , se tourner, et repousser

TIIAITK PRATUjnn DU MICllOSCOPE .

les jiailiculcs nageant autour, ainsi qu’Ennan l’avait observé dans le commencement de ce siècle.

Le mouvement vibratile est prononcé sur toutes les membranes qui sont tapissées d’un épithélium en paillettes. MM. Purkinje et Valentin ont démontré la px-ésence de ce mouvement dans les quatre classes des vertébrés.

§ VII. Poussière écailleuse des ailes des lépidoptères.

On sait généralement que les ailes des lépidoptères sont formées de deux membranes transparentes , très minces, et qu’entre ces inembianes se ramifient des nervures de consistance cornée. Ces nervures sont des tuyaux de forme ovale, dont le diamètre va en diminuant jusqu’au sommet de l’aile ; chacune d’elles contient, dans toute sa longueur , une trachée qui s’anastomose plusieurs fois avec d’autres canaux phis petits, de même nature. Swammei'dam, Chabi’ier et Jurine croient que ces diverses trachées i-eçoivent l’air qui vient de l’intéi'ieur du coi’ps de l’insecte, et doixt l’effet est de distendre toutes les parties de l’aile dans l’action du vol.

Une poussièi’e écailleuse recouvre les ailes des lépidoptères. Ce n’est que depuis l’invention du microscope qu’on ai-econnu que les molécules dont se compose cette poussière, ne sont auti’e chose que de très petites écailles implantées chacune par un pédicule où elles sont disposées à peu près de la même manière cjuelés tuiles sur les toits de nos nxaisoixs. Swammerdam, Bonani, Lyonnet, Réaumur, et plusieurs auti-es observateurs ont donné des dessins exacts dans leurs ouvrages. M. Bernard- Deschamps (1) a fait beaucoup d’observations comparées pour parvenir à connaître la structure même de ces écailles, et il est porté à cioire qu’elle n’est pas la même dans toutes les écailles , sous le rapport du nombi’e des membranes dont elles sont formées, des granulations et des sti-iesqui lesi'ecouvreut. Le travail de M. Deschamps est plein d’intérêt, et nous

(t) Bernard-Deschamps, Annal, des sciences nat.. Paris, 1833.

AII.F.S PES I.ÉPIDOPTÈHES. 89

allons en donner un extrait, en conservant, autant que possible, les descriptions données par l’auteur lui-même ; mais plusieurs erreurs s’élant glissces dans ses observations, nous allons en exposer les causes.

Toutes les écailles qui recouvrent les ailes des lépidoptères paraissent formées, suivant M. B. Descliamps , de deux et le plus souvent de trois membranes ou lamelles superposées. C’est toujours sur la membrane supérieure que se trouvent les granulations dont se compose la matière colorée de l’écaille. La forme de ces granulations est généralement assez régulière ; elles sont arrondies et quelquefois un peu allongées ; leur nombre est le plus souvent si considérable, que l’écaille est entièrement opaque. Lorsqu’elle présente des stries, c’est toujours sur la deuxième lamelle qu’elles sont posées. Il serait fort difficile de s’assurer de l’existence de ces stries, sur une grande partie des écailles opaques, si leurs bords qui, de chaque côté du pédicule, sont souvent transparents, ne permettaient de les apercevoir. Ces stries sont ou de petits cylindres (?) parallèles, dessinés très nettement et placés à des distances égales (fig. 47), ou des lignes également parallèles formées de granulations semblables à de petites perles rondes ou ovales (fi. 48, a). Il arrive souvent que les intervalles entre les stries sont divisés en petits carrés (fig. 48, b). Lorsque ces intervalles sont plus grands, les carrés qu’ils forment se trouvant allongés transversalement, chacun ressemble assez à une rangée de grains d’un épi de maïs. ç,-

Les surfaces supérieures des ailes de quelques lépidoptères diurnes, exotiques, font voir des parties plus ou moins étendues, d’un beau bleu ou d’un vert brillant. Ces couleurs, toujours fort vives, observées au microscope, sont dues à des écailles dont les stries sont formées de deux lignes parallèles très rapprochées et nettement prononcées. Les intervalles entre ces stries sont divisés assez régulièrement par des ligues transversales, en petits carres un peu allongés. Cbacun, de ces carrés laisse voir une petite cavité circulair e, dont l’ouverture qui en occupe la plus grande partie va en diminuant et en s’arrondissant jusqu’au fond (fig. 49, l’Ulysse, le Paris).

La surface inférieui'e des écailles, celle qui s’appliqué sur la membrane de l’aile , a la propriété de réfléchir dans toutes les espèces des lépidoptères diurnes, à très peu d’exceptions près, et même dans la plupait des espèces nocturnes, des couleurs riches et variées toujours plus brillantes que celles qu’on aperçoit sur le papillon. C’est au moins ce qu’assure M. B. Deschainps; mais c’est, selon nous, une illusion à laquelle s’est exposé cet observateur consciencieux , en mettant les écailles dans des circonstances qui devaient devenir une source d’erreurs , ainsi que nous le prouverons tout-à-l’heure.

Je suppose, dit M. Bernard-Deschamps , qu’un peintre possédât le secret de couleurs assez riches pour pouvoir présenter sur la toile, avec tout leur éclat, l’or, l’argent , l’opale et le rubis , le saphir, l’e'ineraude et les autres pierres précieuses que ' produit l’Orient ; qu’avec ces couleurs il formât toutes les nuances qui pourraient résulter de leurs combinaisons : on peut affirmer, sans crainte d’être jamais démenti , qu’il n’y aurait aucune de ces couleurs et de leurs nuances , quel qu'en soit le nombre , que le microscope ne puisse faire découvrir sur la partie des écailles des lépidoptères que la nature s’est plu à dérober à nos regards.

Or, le phénomène indiqué par notre auteur trouvera une explication facile si l’on examine les conditions dans lesquelles M. B. Deschamps a fait ces observations sur les écailles. C’est tout simplement un phénomène d’optique , une irisation très vive qui se produit sur toutes les surfaces à facettes , ainsi que nous l’expliquerons , si ces surfaces réfléchissent la lumière.

M. B. Deschamps observa les écailles par la lumière réfléchie ou transparente. Des observations nombreuseslui outdémontre, dit-il, que presque toutes les écailles des ailes des lépidoptères, même celles qui sont opaques , observées h la flamme d’une bougie ou d’une lampe , décomposent plus ou moins la lumière. Les feux variés que jettent le diamant et l’opale , ne sont pas plus éclatants que ceux qui jaillissent de ces écailles merveilleuses. Nous aurons , dans le paragraphe concernant l’irisation, l’occasion de revenir sur ce point; remarquons seulement pour le moment que ce phénomène se produit sur

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