AILES DES LÉPIDOPTÈRES
toutes les substances exposées à une lumière trop éclatante, surtout si elles sont sèches, striées ou composées défibrés. Mais M. B. Descbamps n’humectait point les écailles , et les observait à la flamme d’une bougie ou d’une lampe.
Ces illusions devaient encore plus facilement avoir lieu dans l’examen des écailles par la lumière réfléchie. Yoici comment, d’après notre auteur, il convient de procéder, pour faire avec le plus de succès cette observation : on commencera par dis- ‘ poser, comme porte-objet, un morceau de verre; puis on saisira avec une pince l’aile dont on voudra examiner les écailles, et on la posera , la base dirigée en bas , sur ce verre , après Valoir un peu terni de son haleine , pour y faire mieux adhérer les e'cailles; pressant ensuite avec l’extrémité du doigt la portion de l’aile à dénuder, les écailles à observer se trouveront fixées sur le verre. En mettant ensuite le verre sur le porteobjet, on inclinera ce dernier de manière à laisser tomber les rayons lumineux sur les écailles pour mieux en faire ressortir les couleurs.
Ces couleurs ne proviennent que de la disposition à facettes des écailles des papillons ; elles sont ce qu’on appelle des couleurs communicables , et disparaissent si la surface à facettes est plongée dans beau , parce qu’alors la décomposition de la lumière à ces surfaces ne peut plus avoir lieu. Voici, au reste, quelques détails sur les causes de ce phe'nomène.
Cette illusion trouve son explication dans la même cause qui produit les couleurs des surfaces à facettes. En faisant des expériences avec la nacre de perle, Brewster (1) eut l’occasion de la fixer à un goniomètre avec un ciment de résine et de cire d’abeilles ; et en l’ôtant , il fut surpris de voir toute la surface de la cire brillant des couleurs prismatiques de la nacre de perle. 11 crut d’abord qu’une légère couche de nacre de perle était restée sur la cire, mais il se convainquit bientôt qu’il n’en était rien , et que la nacre de perle avait réellement communiqué au ciment sa propriété de produire des spectres colorés.
(1^ Traité d’optique.
TRAITÉ TRATIOÜE mi MICROSCOPE.
On peut bien voir, en se servant de cire noire, les couleurs que la nacre de perle communique à une surface molle, mais Brewster les a transmises aussi à du baume de Tolu, du réalgar, du métal fusible et à des surfaces nettes de plomb et d’étain , par une forte pression ou par un coup de marteau. Une solution de gomme arabique ou décollé de poisson, qu’on laisse durcir sur la surface de la nacre de perle , en prend une impression parfaite , et fait voir de beaux échantillons par la réflexion ou la transmission de toutes les couleurs qui peuvent se communiquer. En plaçant la colle entre deux surfaces bien polies de nacre de perle , on obtient , pour ainsi dire , une couche de nacre de perle artificielle, qui , vue à une seule lumière comme celle d’une chandelle, ou par une ouverture dans un volet, brille des couleurs les plus vives.
D’après ces expériences, il est clair que les couleurs dont nous parlons sont produites par une conformation particulière de la surface qui , comme un cachet , peut communiquer son image renversée à toute substance capable de la recevoir. En examinant cette surface avec des microscopes , Brewster dit avoir observé dans presque tous les échantillons un assemblage de facettes, comme la forme délicate de la peau du bout des doigts des enfants, ou comme les sections des croissances annuelles du bois qu’on voit sur une planche taillée de sapin. Elles sont souvent si petites, continue cet illustre savant, cjue vingt-cinq millimètres en contiennent trois millej ces facettes sont visiblement les sections de toutes les couches concentriques de l’écaille.
Nous avons vu que ces couleurs produites par les facettes sont communicables à plusieurs substances Ce principe de la production de la couleur par des surfaces à facettes et de leur communicabilité à diverses substances a été appliqué aux arts en Angleterre par M. Barton. Au moyen d’une machine délicate, opérant par une vis travaillée avec le plus grand soin, il réussit à tailler sur de l’acier des facettes de ^ à de millimètre. Ces lignes sont coupées avec la pointe d’un diamant, et telle est, selon Brewster, la perfection de leur parallélisme et l’égalité de leurs surfaces, que rien dans la nature ou dans