MEMBRANE MOQUEUSE DES CHOLERIQUES
Une autre raison qui a fait naître l’opinion de la structure glanduleuse de cette membrane doit être puisée dans la présence de petites plaques, de la grandeur d’une tête d’épingle jusqu'à celle d’une lentille , qui se trouvent enfoncées dans le tissu cellulaire, et dont le contenu est granuleux.
Les vaisseaux forment à la surface des cylindres un réseau composé de petits pentagones ou hexagones. Le contenu des cylindres, que forme le suc gastrique, est irrégulièrement granuleux; on peut le faire sortir des cylindres par la pression.
Chez les oiseaux , les glandes de l’estomac glanduleux et de l'œsophage forment de petits sacs groupés en forme d'étoiles et pourvus d’un conduit sécréteur commun , ainsi que Home et plusieurs autres auteurs l’avaient déjà reconnu.
§ X. Membrane muqueuse des cholériques (1).
La célérité extrême dans la marche des symptômes du choléra a permis aux médecins d’observer dans le court espace de quelques heures toutes les pliases depuis l’invasion la plus brusque jusqu’à la mort. On a profité de cette circonstance pour étudier les divers changements des intestins, depuis l’altération la plus légère jusqu’à une complète destruction des tuniques intestinales et de leurs glandes. On a vu l’épilhélium se détacher en grandes plaques, se diviser en des parties élémentaires et former le sédiment des sécrétions intestinales et des liquides vomis abondamment par les cholériques. On a poursuivi cet état de desquamation dans ses divers degrés sur la membrane muqueuse de l’intestin grêle; les villosités étaient remplies d’un liquide huileux , observation a,ssez curieuse qui paraît confirmer celle de Lieberkuehn. La desquamation avait également lieu dans les glandes de Lieberkuehn, qui étaient entièrement remplies de débris de l'épithélium.
(1) Recherches microscopiques sur la muqueuse des intestins des malades atteints du choléra asiatique , parle docteur Boehm ; Berlin, 1838 (en allem.).
^04 TAAITÉ pratique I)U MICROSCOPE.
Nous choisissons les recherches sur les sécrétions morbides des cholériques comme un exemple très instructif sur le contenu des intestins, où l’on trouvera toujours détachée une plus ou moins grande quantité de l’épithélium des muqueuses ; on y trouve en outre des sels de différente nature chimique et des formes cristallines variées dont nous aurons encore l’occasion de parler plus tard (pag. 124). On trouve souvent des infusoires dans les intestins des animaux inférieurs, par exemple des grenouilles ; ces infusoires remplissent en quelque sorte le rôle des vers intestinaux que l’on observe chez les animaux des classes supérieures, quelquefois dans une abondance provoquant des maladies. Voici les principaux résultats des observations sur la membrane muqueuse des cholériques.
1° Desquamalion de Vépithélium. Le principal foyer de ce phénomène est l’intestin grêle. La desquamation s’observe moins dans l’estomac; elle est presque nulle dans le cæcum. Elle ne se fait point uniformément dans toute l’étendue de l’inlestin grêle. La fin de l’intestin et les valvules de Kerkring senties points sur lesquels elle est le plus prononcée. Cette desquamation est reconnaissable à l’œil nu par une couleur blanche et un aspect muqueux velouté de la muqueuse. Les enveloppes que l’épithélium forme à chaque villosité se détachent sous forme de plilyctènes; en sorte que les enveloppes , quoique détachées des vdlosités, sont continues entre elles. On voit dans la fig. 57 l’état d’une villosité dont l’épithélium est prêt à se détacher et commence à se séparer dans ses parties élémentaires microscopiques; ces dernières parties sont des corpuscules pyramidaux ou cylindriques. Les villosités perdent à la fin tout-à-fait leurs enveloppes et commencent à se dissoudre.
La meilleure manière de se convaincre de cet état consiste à étaler des fragments de la muqueuse sur des morceaux de toile cirée noire, et à les placer sous l’eau. En enlevant alors l’épithélium , on voit les vdlosités à nu et entourées d'une espèce d’auréole qui est foi mée par les bords des gaines de l’épithélium qu’on vient de détacher (voir fig. 59).
2® Examen microscopique des matières contenues dans l'esto-
MEMBRANE MCQUECSE DES CHOI.ÉRIQUES. 105
mac et V intestin , désignées soies le nom de matières cholériques. Presque tous les médecins, entre autres M. Cruveilhier (1), ont dit que la présence des liquides cholériques est le seul caractère constant , on pourrait dire même spécifique , qu’on rencontre constamment chez les individus qui ont succombé dans la période de l’asphyxie. On s’est efforcé de caractériser ce liquide en le désignant tour à tour par les épithètes de floconneux , crémeux , semblable à de Veau de riz , etc. ; et ce n’est qu’à l’aide du microscope qu’on peut découvrir la raison de ces différents aspects. Ce sont toujours les débris de l’épithélium , mêlés aux liquides, qui donnent lieu à ces différents aspects , selon qu’ils sont plus ou moins abondants.
Les différents degrés de la maladie produisent en effet une destruction plus ou moins complète de l’épithélium, dont les parties élémentaires agrégées sous forme de flocons , ou désagrégées, restent en suspension ou forment un sédiment. Ces observations sont faites par l’examen des liquides de l’intestin grêle , recueillis pendant l’autopsie ; mais les évacuations l'endues pendant la vie ne contiennent aucun débris de l’épithélium ; ceux-ci donc , charriés par les liquides de l’intestin grêle et mêlés avec ceux du cæcum , sont-ils dissous lorsqu’ils arrivent dans ce dernier intestin ? Des observations ultérieures doivent encore éclaircir cette circonstance curieuse.
On a remarqué en outre qu’il s’effectuait aussi une exhalation sanguine produite en partie par la déchirure des vaisseaux et en partie par une véritable dissolution du sang.
3® L'urine, Le liquide crémeux qu’on trouve dans les calices des reins doit aussi son aspect aux débris de l’épithélium (fig. 61) ; ce sont des corpuscules pyramidaux terminés par une extrémité flexible et offrant à l’autre extrémité un noyau.
4® Sur les villosités. Lieberkuhn avait observé que les villosités se terminent, dans quelques cas, sous formes d’ampoules : « Ramusculus vasis lactei extendilur in ampululamvel vesiculam
(1) Anatomie pathologique du corps humain, XIV' livraison, in -folio , avec planches coloriées.
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ovulo haud absimilem. » Cet observateur avait trouvé cette forme sur les villosités intestinales de quelques individus morts des maladies de ces viscères , et avait cru cette observation valable pour les villosités en général , ce qui précisément n’élait pas affirmé par les auteurs qui sont venus après lui. On vient de voir à l’extrémité des villosités des cholériques une ou deux gouttelettes d’un suc huileux ( fig. 58 ) qu’on peut faire sortir par la pression. En exprimant cette gouttelette , on la voit s’échapper quelquefois au bout de la villosité; quelquefois elle en parcourt la longueur et sort par l’autre bout. Si on fait coaguler ce suc huileux , en conservant une portion de la membrane muqueuse dans l’alcool ou dans l’eau salée, il se transforme en un no^'au blanchâtre , qu’on peut diviser en le comprimant en plusieurs fragments concentriques (fig. 60)
5® La présence du ferment dans les liquides de V estomac et de l’œsophage est de peu d’importance, par la raison que les malades avaient bu de la bière ou du vin , qui, d’après les observations de Leeuwenboek et celles toutes récentes de MM. Cagniard-Latour et Turpin, contiennent des globulesdu ferment.
6° Les glandes de Lieberkuhn ont leur caviié remplie des débris de l’épithélium ; leur orifice en est presque entièrement obstrué , et n’apparaît que sous la forme d’un petit point noirâtre. On reconnaît dans la matière qui obstrue ces glandes les débris de l’épithélium.
§ XI. Tissus des plantes. Fécule.
Les tissus des plantes sont d’une grande simplicité dans leur structure , et ils se prêtent mieux à l’observation à cause de leur état rigide, qui permet découper des tranches très minces. L’élément essentiel de tout tissuvégétalestla cellule qui est, d’aprèsM. Raspail(l), une vésicule iinperforée, arrondie et sphérique , quand elle est librement distendue par une substance liquide , allongée elliptiquement , quand elle se développe
(1) Nouveau syitéme de physiologie végétale et de botanique, Paris 1837 , t. 1", p. 224.