TISSUS DES PLANTES , PÉCULE
verticalement; dodécaèdre, quand elle croît percée sur toute sa périphérie par des cellules congénères et du même calibre qu’elle, offrant alors un plan sexagonal, sur toutes les tranches qui passent par son centre (6g. 62); en forme de prismes basaltiques , quand toutes ces cellules congénères sont disposées et empilées dans le sein d’une tige cylindrique , offrant en6n un nombre de facettes égales au nombre de cellules de divers calibres qui peuvent se ti'ouver en contact avec sa périphérie. Il faut avoir grand soin de tenir compte du sens suivant lequel la section de chaque branche est faite.
Outre cette enveloppe externe et de plus en plus résistante , l’appareil d’une cellule , quelles qu’en soient la forme et la destination , se compose encore d’un tissu plus interne , mou et glulineux, toujours d’après M. Raspail, dont les petits globules sont remplis de matière verte, et ensuite d’une ou plusieurs spires, c’est-à-dire d’un ou plusieurs filaments contournés en spirale, les uns de gauche à droite, les autres de droite à gauche, et dont les entrecroisements sont, au microscope , une source intarissable d’illusions , selon qu’ils sont plus jeunes ou plus âgés, plus distants ou plus rapprochés de la paroi sur laquelle se dessinent leurs ombres réfractées.
Une fois que la cellule s’est étendue en longueur, d’un bout de l’entre-nœud à l’autre, qu’elle a pris les caractères de l’organe cylindrique, mais imperforé, que l’on appelle vaisseau dans les plantes ; lorsqu’enfin l’air en a envahi la capacité et desséché pour ainsi dire les surfaces, ces spires se dédoublent et se détachent en forme de longs tire-bouchons, qui, dans certaines plantes, forment une filasse textile.
Dans les tissus jeunes, les spires font l’effet de stries transversales ; dans les tissus plus âgés , mais mous , elles prennent souvent le relief des stries transversales; dans les cellules rigides et ligneuses, elles forment un travail de bandes parallèles du plus joli effet. Une fois qu’une cellule a fait son temps et qu elle s est epuisée de ses sucs et de sa vie , au profit des tissus plus externes, pressée qu’elle est par tout ce qui se développe, contre celles qui ne se développent plus, elle s’aplatit, se distend , ses deux parois s’accollent parallèlement l’une
108 ÏHAITK pratique DU MICROSCOPE,
contre l’autre , et alors la cellule a l’air d’un cadre bordé d’un bourrelet qui la sépare des cadres voisins ; ce bourrelet est l’interstice vasculaire qui la séparait des autres cellules, et qui, comme tous les vaisseaux consacrés à la circulation , a fini par s’ossifier et par conserver sa cylindricité , alors que toutes les cellules s’aplatissent.
Parmi les substances végétales, l’amidon (fécule amylacée) mérite une attention toute particulière ; obtenu à l’état de pureté, il représente une poudre blanche , cristalline, sans saveur et inodore , craquant sous les doigts, et jouissant de la propriété de se colorer en bleu plus ou moins violet , par le contact de l’iode. Examinée au microscope, cette poudre n’offre plus que des grains arrondis, isolés , de formes et de dimensions variables , non-seulement dansles divers végétaux, mais encore dans la même plante ; ces gr.ains, dont nous allons décrire les propriétés , grossissent avec l’âge du végétal et de l’organe même qui les recèle.
Voici quelques considérations que nous empruntons aux observations de M. Raspail (1).
On ne trouve les grains de fécule que dans l’intérieur des cellules du tissu cellulaire qui ne sont point tapissées de substance verte. Les vaisseaux, tracliée, interstices, les cavités déchirées n’en renferment jamais. La moelle des troncs, le périsperme et les cotylédons des graines sont les organes dans lesquels on rencontre plus fréquemment cette substance.
Il est facile d’observer la configuration des cellules allongées et à facettes, qui renferment la fécule chez les céréales , en coupant longitudinalement et par tranches extrêmement minces le périsperme de l’orge. Les tubercules de la pomme de terre, observées par le même procédé, fournissent à l’observation des résultats plus distincts, les cellules sexagonales étant plus rigides que celles des céréales. Il ne faudrait pas croire que les grains de fécule se trouvent disposés au hasard dans l’intérieur des cellules végétales ; ces grains tiennent aux
d) Cbimie organique, Paris, 1838, 1. 1.
Xissts UES l’LAM'ES , fÉCULE. lüü
pavois par une paroi de leur surface. Ce point d’adhérence est appelé le hile du grain féculant.
Le grain de fécule se compose , d’après M. Raspail , d’une vésicule renfermant une substance soluble dans l’eau , et en outre, d’un tissu cellulaire interne plus ou moins compliqué, qui forme des rides à la surface interne du tégument 5 ce sont les zones concentriques que l’on observe sur la fecule.
Les ombres qu’on remarque sur les contours de chaque grain de fécule varient d’après le grossisseiuent et les modifications du microscope dont on fait usage.
Si l’on observe un grain de fécule de pomme de terre à sec, mais par réfraction , son pouvoir réfringent étant bien différent de celui de l’air ambiant , il s’ensuivra que parmi les rayons par lesquels on cherche à éclairer cette sphère plus ou moins informe , ceux qui tomberont plus ou moins obliquement sur sa surface inférieure , seront fortement déviés à leur entrée et à leur sortie , et qu’il n’arrivera presque au foyer du microscope , que les rayons qui auront traversé le centre du globule. En conséquence , celui-ci apparaîtra aux yeux de l’observateur comme une boule noire qui serait percée au milieu d’un point blanc arrondi. Une bulle d’air observée dans l’eau produit la même image (fig. 110).
Si r on place , au contraire , le grain de fécule de pomme de terre dans l’eau , comme son pouvoir réfringent diffère peu de celui du liquide ambiant , le grain s’offrira alors comme une belle perle de nacre, sur la surface de la(|uelle on distingue, aux grossissements de cent-cinquante à deux cents fois , des stries en ondulation concentriques.
Lorsqu’on observe les grains de fécule de la plus grande dimension, à un grossissement un peu élevé, à celui de trois cents diamètres par exemple, l’image des grains se déforme; cela vient de ce que le grain de fécule ne saurait se trouver en entier au foyer du microscope. Si l’on verse une goutte de solution aqueuse d’iode sur les grains de fécule qu’on observe au microscope, on les voit se colorer successivement en purpurin, en violet, en bleu clair, et enfin en bleu foncé , si l’iode est en excès , comme lorsqu’on emploie une solution alcoolique ; ils
ne changent , en se colorant, ni de forme, ni de dimension. Si l’on verse ensuite de l’ammoniaque liquide ou de la potasse caustique très étentlue d’eau , la couleur bleue abandonnera les grains de fécule qui reprendront leur première transparence nacrée.
Nous donnons dans les lignes suivantes l’extrait d’un mémoire de M. Payen (1) sur l’amidon , travail qui est plein de recherches et de belles observations :
En 1716 les premières observations microscopiques dues à Leeuwenhoek signalèrent la forme globuleuse des grains de la fécule, et l’inégale résistance à l’eau bouillante de leurs parties internes et externes. Les recherches et les conclusions de Leeuwenhoek étaient presque oubliées , lorsque M. Raspail parvint à exciter vivement l’attention des chimistes et des physiologistes, en publiant , de 1825 à 1830, une série de recherches sur les fécules; il mesura les dimensions, décrivit les formes de plusieurs d’entre elles, et chercha à démontrer leur structure et leur composition chimiques. Un point marqué sur les grains de plusieurs fécules fut aperçu par M. Raspail, on le nomma /u7e; autour de lui on vit distinctement parfois des lignes excentriques considérées comme des plis ondulés. Jusque-là on regardait, d’ailleurs, les grains de l’amidon comme des vésicules pL ines d’une substance homogène, que l’on compara même à la gomme arabique; mais les réactions chimiques observées, ainsi qu’un phénomène optique (voir chap. Polarisation) , découvert par M. Biot , prouvèrent que cette dernière substance n’était point delà gomme proprement dite.
Voici maintenant un exposé sommaire des principaux résultats des observations récentes sur les propriétés de l’amidon.
Les propriétés qui caractérisent toute la substance amylacée à l’état normal sont les suivantes : une insolubilité complète , directement et à froid, dans l’eau et dans l’alcool; une grande extensibilité et une contractibilité remarquables sous 1 influence de plusieurs agens ; la coloration bleue légèrement vio-
(1) ànnalcs des sciences naturelles, partie Botanique, Paris, 1838.
TISSUS UES plantes , FECULE.
lacée que lui fait acquérir la solution d'iode ; l’augmentation et la prédominance de la couleur rouge dans celte combinaison , et sa plus grande instabilité suivant les progrès de la désagrégation des fécules; enfin, la cessation de toute colorabilité par l’iode, dès que la désagrégation est portée au point d’offrir le maximum de solubilité à froid.
M. Raspail vient de donner les figures et dimensions des fécules de quarante plantes (1); M. Payen en a décrit un nombre pareil; ces deux auteurs donnent un tableau des plus grandes dimensions en longueur des grains de différentes fécules mesurées en millièmes de millimètre; nous y remarquons comme les plus grandes les fécules des tubercules des grosses pommes de terre de Rohan , qui ont un diamètre de cent quatre-vingt-cinq millièmes de millimètre ; celles de la tige du cactus monstruosus n’ont que six millièmes.
Le caractère commun à un grand nombre de fécules dans leurs formes externes , est de présenter des contours arrondis toutes les fois que leurs grains baignent dans un suc très aqueux ou nesontpasasseznombreux etvolumineux à la fois pour remplir plusieurs cellules contiguës et d’être fortement comprimées les unes par les autres; dans ce cas, elles affectent des formes polyédriques. La fécule des tubercules des pommes (fig.63) de terre se distingue par le plus fort volume qu’on ait encore observé de ses grains ; par les formes des portions de sphéroïdes et d’ellipsoïdes qui les composent; enfin, parla marque du hile et les traces ou lignes des degrés d’accroissement plus faciles à discerner que sur la plupart des autres fécules (fig. 65). Des déchirures spontanées s’observent sur des grains vieux ou très volumineux qui se rencontrent surtout dans les tubercules arrivés au maximum de leur développement ou de la maturation ; ces déchirures anguleuses partent généralement du hile. Nous l eviendrons sur l’application de ces effets à l’étude de la substance interne.
(1) Nouveau système de chimie organique , deuxième édition augmentée, Paris, 1838, 1. 1, p. 836 et pl. G.
traité PKATT^riE ItU MlCROSCOPi;.
Pour arriver à une rupture des fécules et de celle manière à un examen direct de leur substance interne , M. Payen employait un écrasement par une pression graduée, qui lui parut préférable à tout broyage ou frottement énergique ; mais afin de diminuer encore la force à employer, il chercha à quel état et dans quelle plante l’amidon offrirait le moins de résistance; il reconnut que les tubercules de pommes de terre volumineuses contenaient, dans certaines parties de leur tissu , la plus grosse fécule , et que les gi ains de celle-ci résistaient le moins à la pression. A tous ces égards, la variété dite de Rohan lui parut mériter la préférence. En comprimant sans beaucoup de force et sans instrument particulier (1) entre deux lames de verre cette fécule, on voit ensuite sous le microscope un grand nombre de grains plus ou moins profondément fendus , étoilés, ou séparés en deux ou plusieurs fragments (fig. 66).
On voit alors que la substance intérieure de la fécule est consistante et insoluble à froid. Elle offre avec différents réactifs, l’eau, l’iode, etc., les mêmes phénomènes que les parties superficielles et les grains entiers.
Le hile, très facile à observer sur plusieurs fécules, n’est pas discernable aux plus forts grossissements sur beaucoup d’autres. M. Payen est parvenu à le faire paraître en desséchant les grains des fécules à une température de deux cents ou deux cent vingt degrés, et en les plongeant ensuite dans l’alcool; le gonflement subit que la fécule éprouve fait augmenter et paraître l’ouverture jusque-là inaperçue du hile.
Les différentes fécules desséchées et rendues en partie solubles par une élévation de température entre deux cents et deux cent vingt degrés, ont éprouvé des modifications physiques légères, qui cependant ont paru suffisantes à M. Payen pour faire ressortir paf des caractères spéciaux et démontrer l’existence des couches superposées , et par conséquent , la structure interne des grains.
Déjà nous avons vu que le retrait inégal produit dans les
(1) On pourra de môme employer le compresseur de.l’urkinje.
SViNG.
couches par la dessiccation , fait creuser le hile et apparaître les lignes concentriques intérieures d’accroissement.
Le deuxième effet produit par l’élévation de la température consiste dans la dissolubilité que la substance amylacée acquiert; mais cette modification physique, qui n’altère en rien la composition chimique, est variable suivant la cohésion dans les différentes fécules et dans l’intérieur de chaque grain.
Pour montrer que la couche externe est de même nature que les parties internes et pour exfolier ces différentes couches, M. Payen immerge la fécule dans une goutte d’alcool un peu hydraté; l’alcool s’évapore spontanément plus vite que l’eau, en sorte qu’une petite guitule de celle-ci reste sur chaque grain de fécule, et l’on peut observer son action , soit directement , soit et mieux encore en immergeant la fécule dans l’alcool. On voit alors les différents grains présenter en s’hydratant des ruptures en divers sens, puis l’extension successive et la séparation sous différentes formes de plusieurs de leurs couches concentriques.
On se procure très facilement la fécule en coupant un tubercule de pomme de terre, et en le pressant légèrement contre une lame de verre ; le suc sortant contient des milliers de grains de fécule, que l’on fera, pour que l’observation soit plus commode, nager dans une goutte d’eau froide.
§ XII. Sang.
Un courant de sang contemplé sous le microscope fait voir des globules nageant dans un liquide que j’appelle liquide sanguin. Le sang sorti des vaisseaux se coagule et se sépare en deux parties, une partie solide, le coagulum du sang ou le caillot, et une partie liquide, le sérum.
Or, quelle liaison y a-t-il entre ces globules , le liquide sanguin , le caillot et le sérum ? On croyait jadis que les globules du sang, perdant leur enveloppe, formaient le caillot, qui est composé, comme on le sait depuis long-iemps, de fibrine. Mais les belles expériences de Millier ont jeté une nouvelle lumièi e ^ sur la composition de ce fluide. Le liquide sanguin, qui, observé
î TltAITJi PRATinUli DU MICROSCOPE.
au microscope, fait voir les globules nageant dans son milieu , tient en dissolution la fibrine*, aussitôt que le sang est sorti des vaisseaux, la fibrine qui était dissoute dans le sang se coagule et renferme dans ses mailles les globules du sang. Cette fibrine, coagulée avec les globules, est appelée caillot ou coaguluin du sang ; le reste, privé presque entièrement de globules qu'il tenait jadis en suspension , et privé de la fibrine qui y était auparavant dissoute , ce reste , disons-nous , est le sérum du sang.
On peut représenter les parties constituantes du sang par le tableau suivant.
Sang
Liquide sanguin. Globules.
Sérum.
Fibrine.
Caillot.
Müller a prouvé son assertion par la filtration du sang des grenouilles qui est pourvu de globules trop grands pour qu’ils puissent s’échapper par les pores du papier; ce qui arrive toujours avec le sang des mammifères. Si l’on a soin de délayer le sang de grenouilles avec une certaine quantité d’eau sucrée, et si l’on recueille dans un verre de montre le liquide filtré, on observe, après quelques minutes, un coaguluin pur, limpide, lequel s’épaissit et forme enfin une membrane solide.
Les globules du sang sont elliptiques chez les oiseaux , les reptiles (fig. 70 c, grenouille, 69 salamandre) et b s poissons ; ils sont ronds cLez l’homme (fig. 67, a) et chez la plupart des mammifères : on croyait jusqu’à présent la forme ronde constante dans toute la classe des mammifères ; mais ayant eu l’occasion d’examiner , grâce à l’obligeante permission de