II
Tel était l’ckat du microscope composé jusqu’au commencement de ce siècle, quand la réalisation d’une idée, émise déjà par Euler en 17G9 (I), vint produire une révolution complète tlans la construction de cet Instrument. Ce grand mathématicien donne, dans sou mémoire , la description d’un microscope achromatique ; il proposa, le premier, de remplacer les objectifs, qui n’étaient que des simples lentilles, par un flint divergent enti-e deuxerown convergents; donc, malgré les discussions bien vives qui se sont élevées dans les derniers temps sur le véritable inventeur du microscope achromatique, nous ne doutons nullement que cet honneur n’appartienne à Euler. Quant à l’exécution, elle resta en arrière, et les formulesanalytiques furent négligées par les opticiens, comme il arrive presque toujours; car malgré les calculs les plus rigoureux faits d’avance, l’artiste les ignorant, est dirigé plutôt par une espèce de tâtonnement empyrique que par les raisonnements mathématiques. «AU these formules , dit Herschel (2), requiving a more extensive sbare of algebrical knowledge than
(1) Dans le iroisièmo volume de sa dioplrique, Pétersbourg, 17C1>. (•2) Philosopli. irans. for lhe yearl821.
can be expected in apractical opticiàn, are thrown asideby him in despair, and the best and most successful artists are conlent to Work their glasses by trial or by empirical rules. »
Fi’auenhofer faisait construire, dès avant 1816, le premier des microscopes à objectifs achromatiques dans la fabrique de Benedictheurn , à quelques lieues de Munich; mais ces premiers essais ne pouvaient nullement répondre à l’espoir qu on en avait conçu ; nous savons personnellement qu’on ne pouvait pas voir, par les forts grossissements de ces microscopes , les mêmes détails dans la poussière des papillons qu’on découvrait au moyen d’une simple loupe. Mais depuis ce temps, le microscope achromatique est parvenu à un tel degré de perfectionnement, qu’il surpasse non-seulement les loupes d’une construction quelconque , mais aussi tous les microscopes du siècle passé; pourtant, malgré ces améliorations, il laisse encore bien à désirer , et est loin d’être arrivé à un degré de nec plus ultra.
Ploessl poursuivit à Vienne la route tracée par Frauenhofer, avec beaucoup de zèle et de succès , grâce aux encouragements continuels et aux conseils éclairés que M. Littrow , directeur de l’Observatoire, et M. le baron Jacquin lui prodiguèrent ; on considère, autant que nous le savons , en Allemagne, ses verres comme supérieurs, en plusieurs points , à ceux de Berlin et de Paris. Pritchard , à Londres , Amici , en Italie , se sont rangés au nombre des opticiens qui ont fait subir aux microscopes des perfectionnements importants(l824 et 1825).
Chez nous, en France, M. Selligue présenta le premier microscope achromatique à l’Académie des sciences, en 1823 ; déjà , avant cette époque , M. Charles , de l’Institut , avait fait de pareilles tentatives pour la construction de lentilles achromatiques, mais elles n’avaient pas eu de réussite. Selon M. Charles Chevalier (1), c’est lui et son père qui ont construit ce microscope à quatre lentilles superposées, d’après les
(1) Notes rectificatives, par Charles Chevalier.
historique. h
conseils et les indications de M. Selligue. Quoi qu'il en soit, ce microscope avait sur celui de Frauenhofer cet avantagé, que plusieurs lentilles étaient superposées les unes aux autres, ce que ce dernier opticien avait négligé de faire , craignant sans doute d’absorber trop de lumière, et ce que Lebaillif imagina; on trouva ainsi le moyen d’obtenir des grossissements considérables avec des lentilles de force moyenne. Mais ces lentilles étaient encore trop épaisses, leur foyer beaucoup trop grand ; leur disposition, surtout, qui consistait à placer les convexités des lentilles vers l’objet , était désavantageuse , parce qu’elle nécessitait de mettre un très petit diaphragme derrière les objectifs , ce qui enlevait une grande partie de la clarté de l’objet , et diminuait notablement le champ du microscope. MM. Chevalier présentèrent, en 1825, à la société d’encouragement , sous le nom de microscope d’Euler, un instrument avec des lentilles achromatiques minces , d’un petit diamètre et de neuf millimètres de foyer.
En 1827, M. Amici de Modène apporta un microscope horizontal catoptrique , qui fut favorablement accueilli à Paris et , par sa disposition particulière, fit beaucoup de sensation. Plusieurs perfectionnements notables y étaient adoptés , par exemple , une suite d’oculaires divers, des chambres claires (caméra lucidal pour dessiner, une table ou porte-objet mobile , et des lentilles achromatiques superposées. Mais la principale innovation de cet instrument consistait dans sa position horizontale, pour obtenir en même temps une position horizontale du corps du microscope et du porte-objet , ce qui rend les observations et manipulations sous le microscope beaucoup plus commodes. Le tube du microscope d’Amici était originairement muni d’un petit miroir plan, fixé sous un angle de 45 ® a u-dessus de l’objet, qui envoyait ces rayons par une ouverture du tube horizontal sur ce miroir plan; en face de ce miroir .se trouvait un miroir elliptique qui recevait l'image du miroir plan, et la renvoyait à l’œil par l’oculaire, dont l’axe coincidait avec celui du miroir elliptique. Mais plus tard, Amici eut l’idée de briser le tube du microscope , et de le compo.ser de deux parties , une verticale portant les
lentilles , et une horizontale portant l’oculaire ; pour plier les rayons un prisme fut adapté à la jointure de res deux morceaux. Il est vrai que l’application du prisme provoque un all’aiblissement de lumière qui se fait principalement sentir dans les forts grnssissemeuls ; mais ce défaut est balancé par plusieurs avantages, et du reste cette déperdition ne se fait nullement sentir dans les faibles grossissements; nous aurons occasion de revenir sur cet instrument dans la section suivante. Goring , en Angleterre , a cherché encore à perfectionner les microscopes catadioptriques d’Amici, en y adaptant des miroirs plans beaucoup plus petits , et des miroirs elliptiques d’un pouce de foyer.
A. peu près à la même époque , M. Bouquet recueillit les suffrages de tous les savants pour l’exécution de ses lentilles; MM. Georges Oberbauser et Trécourt construisirent un microscope achromatique réduit à platine tournante , dont nous parlerons plus tard. Depuis ce temps le microscope a fait des progrès soit à l’étranger, soit en France. M. Charles Chevalier est parvenu à la confection de son microscope universel, qui permet à volonté' la position horizontale d’après Amici, la position verticale, et une troisième position renversée pour les manipulations chimiques. L’adoption de la chambre claire rend le dessin et la mensuration des objets infaillibles ; la mensuration se peut aussi effectuer au moyeu d’une vis micrométrique de Frauenhofer, adaptée au microscone de Ploessl ; |
elle accomplit tout ce eju’on peut attendre d’un appareil ; les I
compresseurs de Purkiuje, faits d’après le modèle construit î
originairement par Ehrenberg , et exécuté même avant cette e'poque , quoique imparfaitement, en Angleterre, permettent d’écraser les objets sous le microscope, et d’étudier ainsi leur : structure intime ; l’appareil de polarisation de Talbot lait | voir sous le microscope le rapport de certaines substances I avec la lumière polarisée. Tels sont les appareils et les peifectionnements qui ont peu à peu élevé le microscope composé k I un degré d’amélioration qui surpasse non-seulement le mi- t croscope simple , mais aussi tous les anciens instruments faits I avant l’époque qui est marquée par l’application de l’achro-
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inalisine. Assurément le microscope est susceptible encore de bien des perfectionnements; peut-etre cjue nous paiviendions encore à des grossissements beaucoup plus considérables , peut-être qu’il sera possible de pouvoir beaucoup augmenter la clarté et la netteté de l’image ; mais quoi qu’il en soit, les services que cet intrument a déjà rendus jusqu a ce moment, l’élèvent au-dessus du rang d’un instrument de simple curiosité , et les travaux rendus possibles par son invention ont enrichi le dumaine de la science et fait honneur à l’esprit humain.