AGRIPPA — VITELLIUS
Ces deux bustes antiques nous paraissent les meilleurs à copier pour l'élève, parce qu'ils comportent à eux deux toutes les difficultés du portrait, et en même temps toutes les ressources qu'un artiste peut tirer de deux natures absolument différentes. Dans l'Agrippa, les plans sont fermes et l'indication des muscles est très écrite : l'élève y trouvera donc les proportions anatomiques parfaitement indiquées. Les yeux caves sont d'un énergique modelé, la charpente osseuse se retrouve partout. Dans le Vitellius, le modelé est également ferme et soutenu dans les chairs, et, malgré cette enveloppe toute en chair, on retrouve la construction anatomique ainsi qu'on l'aura vue et étudiée sur l'Agrippa.
Pour copier ce dernier, on établit d'abord une base carrée nommée plinthe, sur le plateau muni de son armature; on établit, on monte, pour mieux dire, la masse de terre qui sera la poitrine jusqu'à l'attache des clavicules, puis le cou, et la masse qui sera la tête, à laquelle on donne la forme d'un œuf, sans détails ni points saillants, mais dans le mouvement et la direction du modèle. Puis, à l'aide d'un fil à plomb, on regarde ses profils pour vérifier les distances par rapport à l'aplomb central, de façon à ce que les saillies ou les creux soient bien en rapport avec le modèle. On passe aux détails en commençant par l'orbite des yeux , la saillie du nez , la distance de la bouche
LEÇONS ÉCRITES 8l
et la valeur du menton. Ces parties étant indiquées de face, on répète le même travail pour le profil.
Agrippa.
On procédera de même pour le Vitellius, jusqu'à parfaite exécution. Une fois la copie terminée, il s'agit d'en vérifier l'exactitude; pour cela, comme précédemment, on se sert du compas d'épaisseur, et de l'examen comparatif, qui consiste à
Karl Robert. — Sculpture. 6
tourner simultanément modèle et copie, et à vérifier tous les profils; une sculpture, avons-nous dit, n'étant autre chose qu'une série de contours juxtaposés à l'infini.
Dans la première vérification matérielle, on pourra procéder par la vérification des aplombs ou verticales et celle des horizontales, en observant, par exemple, pour le Vitellius, que, si Ton se place de face, la ligne aplomb passant par le milieu de l'ensemble du buste rencontre : i° l'angle extérieur de l'œil droit, la séparation de la masse des cheveux du milieu du front ; 2° l'aplomb de la gouttière lacrymale arrive à l'angle droit de la bouche; 30 le milieu de la bouche sera dans l'aplomb de la naissance du nez. Pour le profil , le lobe de l'oreille tombe juste à la saillie antérieure de la poitrine, et, ainsi de suite, on devra promener le fil à plomb autour du buste. Ainsi un aplomb, pris au hasard, qui partirait du milieu de l'œil droit devra rencontrer le point d'accent de la naissance du menton. De même pour les horizontales, on vérifiera que l'attache du nez est de niveau avec la hauteur de l'oreille; le milieu de la bouche à un centimètre environ au dessous du lobe de l'oreille, etc., etc., et ainsi de suite à l'infini jusqu'à ce qu'un contrôle des plus minutieux vous ait persuadé que votre copie est rigoureusement exacte.
Nous ne croyons pas devoir pousser plus avant cette étude de la copie, qui, en réalité, ne doit être qu'un exercice préparatoire destiné seulement à initier l'amateur au maniement des outils, car, en sculpture plus encore qu'en dessin, le travail d'après nature est le seul réellement profitable, et, même pour le dessin, l'enseignement par la copie a presque entièrement disparu des bancs de l'école. On commence aujourd'hui d'après la bosse, même lorsqu'il s'agit de l'A B C du dessin qui consiste
à faire des yeux, des nez, des bouches, le demi-masque, etc. A plus forte raison, cela est-il essentiel en sculpture. Aussi,
Vitellius.
comme leçon écrite, allons-nous passer immédiatement à la nature , en transcrivant ici la belle leçon donnée par le docteur Maximin Legrand, leçon qui relate de point en point l'enseignement de François Rude et qui comprend, tant pour l'ensemble
que pour les détails, tout ce que le maître le plus scrupuleux pourrait enseigner, et cela reposant sur l'autorité du plus grand sculpteur des temps modernes , grand surtout par la conscience et la foi dans son art comme dans son enseignement.