‹ Traité pratique du modelage et de la sculptureChapitre 20 sur 35 · ENSEIGNEMENT DE FRANÇOIS RUDE · texte numérisé non relu

ENSEIGNEMENT DE FRANÇOIS RUDE

^ rentier point. — Nous supposons : i° que le modèle est sur la table, bien posé et sûr de la pose; 2° qu'il s'agit d'une pose debout; 30 que l'élève veut exécuter une figure de la même grandeur que le modèle, et que son armature est dressée sur sa plinthe en terre. La première chose à faire est de tracer sur la table la place des pieds du modèle, en suivant les contours de ceux-ci avec un crayon blanc. Cette simple précaution permet au modèle de retrouver la pose très facilement.

On se place ensuite en face du modèle, on aligne la partie supérieure d'un fil à plomb sur le milieu de la fourchette du sternum (entre l'articulation des deux clavicules), et, par le

1 . Dr Maximin Legrand : Rude, sa vie, ses œuvres. Chapitre extrait en entier avec l'autorisation de l'auteur.

point où le plomb du fil touche la table, on tire une ligne droite A B (fig. ire). Cette ligne doit être dans le plan vertical passant par le fil à plomb et par le point milieu de la fourchette du sternum. On le vérifiera en alignant de nouveau le sternum avec le fil. Cette ligne A B doit être alors entièrement cachée par le fil. On se place ensuite de façon à voir le modèle de profil, en choisissant le côté qui laisse le mieux apercevoir le milieu de la fourchette du sternum. Alignant ce même point avec l'extrémité supérieure du fil à plomb, on marque sur la ligne A B le point de rencontre de cette ligne avec le plan vertical passant par le fil et le sternum : soit le point C. De ce point, avec l'équerre, on mène la ligne droite D E perpendiculaire sur A B, et on la prolonge sur la table de chaque côté de A B.

Le point C est la projection du sternum.

On trace sur la plinthe deux lignes droites A' B' et D' E' (fig. 2) qui se coupent aussi à angles droits, et dont le point d'intersection C se trouve un peu en avant du centre de projection verticale de l'armature. (Il faut laisser de la place pour la terre dont l'armature sera recouverte quand on modèlera.)

Revenant alors au modèle, on place la pointe d'un grand compas sur le point C (fig. ire), et on ouvre le compas jusqu'à ce que la pointe de l'autre branche s'appuie sur le milieu de la fourchette du sternum. On reporte le compas ainsi ouvert sur l'armature, et, plaçant l'une de ses pointes au point C, on trace avec l'autre une ligne courbe sur la mince couche de terre dont on a déjà recouvert l'armature.

On prend le fil à plomb, et, en Falignant sur la ligne A' B', on marque le point où son extrémité supérieure vient couper la ligne courbe tracée par la pointe du compas; à ce point on enfonce une cheville; puis, alignant le fil sur D' E', on enfonce

ou l'on avance cette cheville jusqu'à ce que son extrémité libre vienne effleurer le fil.

On a ainsi un premier point posé.

On conçoit qu'ici une seule chose est nécessaire ; c'est la justesse de la hauteur. Or, elle est donnée par l'intersection de la courbe décrite par le compas et de la perpendiculaire élevée du point C, où s'appuie l'une des branches de ce même compas. Si, de plus, ce premier point partage l'armature en deux moitiés latérales sensiblement égales, le reste importe peu. C'est en effet sur lui que viendront se coordonner tous les points qu'on placera ultérieurement.

Le deuxième point doit déterminer la position du pubis. On sait que ce que l'on nomme vulgairement le pubis offre un point saillant sur la ligne médiane du corps et que ce point saillant correspond à l'articulation des deux os pubis. Les anatomistes désignent cette articulation sous le nom de symphise des pubis.

Après s'être assuré que le modèle est bien resté dans la pose — vérification désormais facile à l'aide du point de repère C et du sternum — on se met en face de lui et on aligne le fil à plomb sur le pubis, en ayant soin que le fil soit dans un parallélisme parfait avec la ligne A B. Cette précaution est importante, c'est d'elle que dépend l'identité du point de vue. Si donc Fœil ne suffisait pas, il faudrait se servir de l'équerre ou du compas pour arriver à ce parallélisme. Quand on a la certitude d'y être arrivé, on trace sur la table, dans la projection du fil, une ligne droite, soit la ligne f g (fig. re).

On se met ensuite de profil, comme on l'a fait pour le sternum ; le fil, aligné sur la symphise des pubis et parallèle à la ligne D E, donne sur la table une projection h k qui vient couper / g en un point i.

On mesure avec deux compas la distance du point i à la ligne A B d'une part, et à la ligne D E d'autre part, en ayant soin de les tenir de façon que leurs plans forment entre eux un angle droit, en d'autres termes en les tenant à'équerre. On les reporte sur la plinthe dans cette position, et la pointe qui était sur A B étant placée sur A' B', la pointe qui était sur DE étant placée sur D'.E', la rencontre des deux autres pointes donne sur la plinthe un point V qui est la reproduction exacte du point i de la table.

On a besoin de deux compas dans le cas où le point i, projection du pubis, tombe à droite ou à gauche de fa ligne A B. Il est clair qu'un seul suffit quand le point i tombe ou sur A B ou sur D E.

Maintenant, pour déterminer sur l'armature le point des pubis, on prend avec le compas la distance du point i au pubis du modèle ; on place une des pointes du compas ainsi développé au point V de la plinthe, et, avec l'autre pointe du compas, on décrit sur la terre de l'armature une ligne courbe. On aligne ensuite le fil à plomb sur le point V et on place une cheville à l'endroit où la projection du fil, tenu parallèlement à A' B', vient couper la ligne courbe décrite par la pointe du compas. Cette cheville est amenée enfin à l'affleurement du fil aligné de profil sur le point V et parallèlement à D' E'; et le point des pubis ,4e second de la figure, est ainsi déterminé exactement.

Le troisième point doit correspondre à la malléole interne de la jambe qui porte h plus. Est-il nécessaire de faire observer que dans toutes les figures une jambe porte plus que l'autre ? Il n'y a d'exceptions à cette règle que pour certaines cariatides, quelques termes et les productions de Fart égyptien et assyrien. Encore ces dernières sont-elles plus du domaine de l'ornementation

hiéroglyphique que de la statuaire proprement dite. Au surplus, dans le cas où les malléoles se touchent, le précepte de placer le troisième point à la malléole interne est, par le fait, doublement utile.

Si Ton a compris ce qui précède, on a compris renseignement de Rude. De ce qui formait la partie initiale de cet enseignement, tout se trouve là, en germe du moins, la théorie et la pratique, le principe et le procédé. Aussi Rude insistait-il sans trêve sur l'importance capitale, sur la nécessité de savoir poser et bien poser ces trois points. « D'abord, disait-il à ses élèves, quand vous saurez poser ceux-là, vous saurez poser tous les autres. C'est toujours la même chose, et les trois premiers sont les plus difficiles. Avec eux vous êtes sûrs du point de départ et vous savez où vous allez; vous avez des repères et des moyens de contrôles certains; ces trois points vous donnent une base solide ; c'est le ferme trépied qui vous permet d'asseoir votre œuvre avec sécurité et de la mener à bien ; par eux vous possédez déjà les proportions et le mouvement général du squelette de votre figure, en d'autres termes, son ensemble. Or, ce sont les proportions, le mouvement, l'ensemble, qui constituent la physionomie et le caractère propre de chaque individu. Vous reconnaissez quelqu'un à une grande distance et alors que l'éloignement ne vous laisse encore distinguer ni son visage ni aucun détail de son vêtement ou de sa personne : d'où vient cela ? De ce qu'il vous a suffi d'apercevoir son habitude extérieure. L'habitude extérieure se traduit, en sculpture, par les trois points qui vous donnent les longueurs et le mouvement du squelette. » Il ajoutait que rien n'était plus simple que de poser ces points : une équerre, un fil à plomb et un compas. C'est élémentaire, même pour les menuisiers. « Au reste, disait-il encore, pourvu

qu'ils soient posés juste, peu importe le moyen. Je vous propose celui que je connais et que je crois le plus simple ; si vous en connaissez un meilleur, tant mieux ! je ne tiens pas au mien. » Nous croyons qu'il n'en est pas de plus facile et de plus sûr en même temps. Cette assertion ne surprendra que les personnes absolument étrangères à l'étude des sciences. La géométrie descriptive, en effet, détermine la position d'un point dans V espace 1 par la rencontre de trois plans non parallèles. Or, les deux lignes A B et D E, tracées dans la projection du fil à plomb, figurent deux plans qui se coupent à angles droits, et leur intersection dans l'espace serait figurée par la perpendiculaire élevée du point C ; c'est de ce point C, pris comme centre, que le compas décrit une portion de circonférence pour venir couper cette perpendiculaire ; on peut faire passer un plan tangent par ce point d'intersection. Les éléments de détermination du point dans l'espace qu'exige la formule que nous venons de rappeler sont donc complets. Cette formule n'est pas la seule que donne la géométrie descriptive : ainsi encore, la position d'un point dans l'espace se détermine par l'intersection de trois sphères. Les procédés de la mise aux points en sont l'application. Nous verrons plus loin que cette dernière formule est utilisée par nous toutes les fois qu'elle n'exige pas la construction d'appareils spéciaux.

Encore un mot sur l'utilité de ces trois premiers points. Quand ils sont bien placés, ils font infailliblement porter la figure. Il semblera peut-être que nous ne devrions pas parler de ce mérite, tant il est élémentaire. Cependant, si les commençants euxmêmes font en général porter leur figure, il y a là quelquefois une difficulté assez sérieuse pour tenir en échec des artistes

i . Point ronde-bosse, dans la langue des ateliers.

éprouvés. L'anecdote suivante, un peu ancienne déjà, mais authentique, nous en fournira la preuve :

M. ***, statuaire d'un grand mérite, montait une figure, et, à son indicible étonnement , il ne pouvait réussir à la faire porter. Il modifiait l'inclinaison du torse, puis revenait au premier mouvement; il avançait tantôt un pied, tantôt l'autre; il changeait un peu la ligne des bras, etc., le tout en vain. Enfin, impatienté de ces tâtonnements inutiles : « Allez-vous en, dit-il au modèle, immobile et crispé dans la pose, allez-vous en ! ça ne porte pas, je suis ensorcelé aujourd'hui. — Mais, répond le modèle, si c'est cela qui vous embarrasse, voulez-vous que je vous donne le moyen de faire porter ? — Ah! parbleu, dit M.*** en toisant son modèle, je le veux, certes! je suis curieux de vous voir à l'œuvre. — C'est très simple, réplique le modèle; tenez, voici comment s'y prennent les élèves à l'atelier Rude. Et il explique rapidement la manière de procéder que nous avons décrite plus haut. — « Allons! soit, dit M. ***, essayons. » Le modèle remonte sur la table; le fil à plomb et le compas indiquent bien vite à l'artiste par où pèche l'assiette de sa figure, et, en quelques minutes, il constate que ça porte.

M. *** est un homme d'esprit et un véritable artiste. Loin de se montrer gêné par le souvenir de cette leçon, il se plaisait à le rappeler toutes les fois que ce modèle posait pour lui — et cela lui arrivait souvent. — M. *** disait, en commençant la séance : « Eh bien ! mon camarade, nous allons Ruder aujourd'hui. »

Reprenons la pose de nos points.

Epaules. — Quand les trois points principaux sont arrêtés, on passe aux points des épaules.

Avec le compas, on mesure sur le modèle la distance du point du sternum à l'endroit le plus saillant de l'épaule ostéologique du côté droit, c'est-à-dire à l'endroit où la partie osseuse de l'épaule vient faire saillie sous la peau. Ce point correspond, pour les anatomistes, à la face externe de Yacromion, recouverte par la peau.

On reporte cette distance sur la figure, en plaçant une des pointes du compas, tenu la charnière en haut, sur la cheville du sternum, et en traçant avec l'autre pointe une portion de circonférence sur l'épaule droite de l'armature. On aligne de profil, avec le fil à plomb, ce même point saillant sur le modèle, le fil étant tenu parallèlement à la ligne D E; on reporte sur la plinthe cette distance, et le fil, aligné de bas en haut sur la figure, donne, par son intersection avec la ligne courbe tracée tout à l'heure par le compas , le point où il faut placer une cheville, la pointe en bas.

La distance, mesurée ensuite avec le compas, d'une des lignes A B ou D E à l'acromion du modèle et reportée sur la figure, indique de quelle quantité cette cheville doit être enfoncée.

Pour placer le point de l'épaule gauche, on répète exactement la même opération. A chaque point nouveau, on s'assure que la pose est la même au moyen des points de repère, C et sternum.

Bassin. — On choisit pour placer les points du bassin la partie la plus élevée de la convexité de l'os des iles (crête iliaque). On commence par mesurer au compas la distance d'une des lignes A B ou D E à ce point du bassin, sur le modèle; on reporte sur la figure cette hauteur en tenant le compas (c'est-à-dire le plan qui passerait par ses deux branches ouvertes) parallèle à la

ligne D' E' et en traçant sur l'armature une portion de circonférence avec la pointe libre. L'autre pointe a été placée sur la ligne de la plinthe homologue à la ligne de la table qui a servi de point de départ et à une distance du point C égale à la distance où cette pointe avait été placée relativement au point C. Il doit être bien entendu maintenant que toutes les mesures prises sur le modèle sont prises aussi et de la même manière sur la figure. Nous n'y reviendrons plus.

Avec le fil à plomb aligné parallèlement à D E et ensuite à D' E', on obtient un point d'intersection où l'on place une cheville; puis à l'aide du compas d'épaisseur, à pointes recourbées, dont l'une a été placée sur le pubis, on enfonce cette cheville d'une quantité indiquée par l'ouverture des branches de ce compas.

Quand les deux points du bassin sont ainsi placés, on mesure sur le modèle, avec le compas, la distance d'un de ces points à l'autre. Cette distance reportée sur la figure vérifie leur exactitude. C'est une sorte de preuve par le double.

Rotules. — Pour les rotules, les points se placent sur leur partie la plus saillante: c'est, à peu de chose près, leur milieu.

On arrête le point de la malléole interne de la jambe qui porte le moins.

Et enfin, on détermine la place des malléoles externes, en mesurant avec le compas la hauteur de la malléole au dessus du point le plus voisin de la ligne D E et D' E', en mettant une cheville au point d'intersection de cette hauteur avec la projection du fil à plomb aligné parallèlement à D E, puis à D' E', et en l'enfonçant d'une quantité déterminée par l'ouverture d'un compas d'épaisseur dont l'une des pointes a été appliquée sur la malléole interne de la même jambe.

Tous les points de la face antérieure de la figure sont maintenant posés. -

Nous allons indiquer ceux qu'il est essentiel de placer sur la face postérieure.

Le fil à plomb nous est désormais inutile, car il ne s'agit plus que d'établir les rapports entre les points nouveaux et les points déjà posés; le compas suffit. Ainsi nos instruments se simplifient à mesure que la besogne avance.

Il importe de poser deux points principaux pour le torse, par derrière : l'un supérieur, l'autre inférieur.

Le supérieur se détermine en prenant avec le compas, sur le modèle , la distance du point C à la vertèbre la plus saillante de l'emmanchement du col avec le dos. En général, c'est l'apophyse épineuse de la première vertèbre dorsale qui se fait le mieux voir à travers la peau. On reporte cette distance sur la figure. Puis, sur le modèle, le compas mesure la distance de l'un des deux acromions à cette vertèbre et la reporte sur la figure; enfin, sur le modèle, l'épaisseur prise du point du sternum à cette vertèbre est aussi reportée sur la figure, et le point supérieur dont il s'agit est posé.

Le point inférieur du torse se place en mesurant : i° la distance du point supérieur que l'on vient de poser à la partie la plus saillante du sacrum; 2° la distance du point de la hanche au sacrum; et en reportant, comme toujours, ces mesures sur la figure.

Avons-nous besoin de faire remarquer ici que la manière de déterminer les points a changé pour ces deux derniers? Ce n'est plus l'intersection de trois plans, comme pour les premiers ; c'est maintenant l'intersection de trois sphères qui nous les donne. Nous voici donc revenus, comme nous le disions plus

haut, aux procédés des metteurs aux points. Seulement nous n'avons pas besoin de leur châssis d'enveloppe.

Quand ces deux points sont posés sur la face postérieure du torse, non seulement le mouvement général de la figure est arrêté, mais la figure tout entière est arrêtée ronde-bosse; elle est, comme on dit, sur ses plans, et tous ses aspects ont leurs valeurs. Il ne nous reste à parler que des bras et de la tête, dont les mouvements particuliers peuvent être déjà pressentis à l'aide du mouvement général de la figure. Nous le ferons en peu de mots : c'est la répétition du procédé que nous venons d'indiquer pour les deux derniers points; c'est-à-dire, c'est l'application du principe de détermination d'un point au moyen de trois sphères qui se coupent. Le point C ne nous servira plus.

Pour les bras, on mesure la longueur des os sur le modèle avec le compas, en mettant les deux pointes de cet instrument sur les têtes des extrémités de chacun des os, toutes les fois qu'on le peut.

Chacun des points des bras que l'on juge nécessaire de poser s'ordonne par rapport à deux ou trois points du torse, et l'on complète leur exactitude en mesurant l'épaisseur du bras à l'endroit où on les place.

Le mouvement de la tête, quel qu'il soit, est déterminé par la position des deux tragus. (Les anatomistes nomment ainsi cette éminence aplatie et triangulaire située au devant de l'orifice du conduit auditif externe.)

La position du tragus droit est donné par : i° sa distance au point du sternum; 2° sa distance à l'acromion gauche; 30 sa distance au point supérieur du torse par derrière (première vertèbre dorsale).

Pour avoir la position du tragus gauche, on mesure sa distance

Kari. Robert. — La Sculpture. «

à la première vertèbre dorsale, et, au lieu de mesurer comme pour le précédent la distance qui le sépare de l'acromion opposé, on mesure celle qui le sépare de l'autre tragus. De façon que si, pendant cette opération, le modèle n'avait pas tenu sa tête dans une immobilité absolue, on aurait toujours l'épaisseur exacte de la face. C'est ici surtout la chose la plus importante, on le comprend.

Cette description de procédés techniques a pu sembler longue : il n'a pas dépendu de notre volonté de la faire plus courte. Nous espérons, d'ailleurs, avoir été clair, même pour les personnes étrangères au sujet que nous traitons, si elles ont été attentives; et nous estimons que les descriptions sont toujours assez brèves quand elles sont facilement intelligibles. Ceux qui sont familiarisés avec ces matières nous pardonneront d'avoir été minutieux, en songeant que ce n'est pas pour eux que nous avons donné tant de détails.

En somme, nous n'avons parlé que des points principaux, nous bornant strictement à ceux que Rude considérait comme indispensables. Il est évident qu'ils peuvent être multipliés à l'infini; mais c'est à l'artiste, en face de son œuvre, qu'il appartiendra d'apprécier le nombre des points qui lui sont nécessaires. Lui seul est juge ici.

Afin d'abréger autant qu'il nous était possible, nous avons supposé une pose debout et une figure à exécuter de même grandeur que le modèle. Nous n'aurions rien dit de plus en faisant d'autres hypothèses, et nous aurions craint, en compliquant notre sujet, de détourner une partie de l'attention du lecteur. Nous voulions qu'elle fût concentrée tout entière sur le procédé que nous lui indiquons. Ce n'est pas trop de toutes

ses forces pour bien saisir la portée d'un fait, quand ce fait ne lui est pas habituel. Si nous avons atteint le but que nous nous sommes proposé, il ne nous reste rien à ajouter.

Quelle que soit la pose, en effet, on sait maintenant qu'il faut commencer par arrêter trois points principaux, soit par les intersections non parallèles de trois plans, soit par la rencontre de trois sphères, et que les autres points, placés sur les saillies osseuses, doivent se rapporter à ces trois points et se contrôler mutuellement. Tout est là.

Dans le cas où la figure devrait être exécutée plus grande ou plus petite que le modèle, une échelle de proportions, tracée sur le mur de l'atelier, donnera le moyen d'augmenter ou de réduire les mesures prises sur le modèle, proportionnellement à la figure; rien de plus simple encore.

Tout le monde connaît l'échelle de proportions, aussi bien que le compas, l'équerre, le fil à plomb et l'ébauchoir. Il est donc inutile d'insister.

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