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LE MÉDAILLON ET LE BAS-RELIEF

e médaillon. — Le médaillon étant assez ordinairement le premier travail que l'on essaie de produire, non qu'il soit plus facile, quoiqu'il y paraisse, mais parce qu'il est la première occasion de reproduire les traits de parents ou d'amis, examinons quelles règles de composition ou d'exécution doivent être suivies pour arriver à un bon résultat. Au surplus, le médaillon étant au bas-relief ce que le buste est à la statue , il nous conduira tout naturellement à l'exécution d'une composition d'ensemble par l'étude au bas-relief appliqué seulement à la représentation du visage.

Le premier point à établir pour faire un médaillon est de déterminer la plus grande saillie qui devra se détacher du fond. C'est évidemment le crâne mesuré de l'arcade sourcilière à

l'occiput qui devra présenter le plus de saillie. Ce point est laissé à l'appréciation absolue de l'artiste. Mais une fois cette saillie adoptée, si peu proéminente qu'elle soit, toutes les autres devront être en valeur sur elle. Celle des pommettes, du menton, etc., l'épaisseur du cou, etc.

Or, pour établir l'exacte relativité de vos saillies, il est nécessaire de regarder souvent le modèle de face, autant que de profil. Nous avons donné pour exemple les médaillons de David : quelques-uns, méplats autant que possible, sont les chefs-d'œuvre du genre.

Au point de vue de l'esthétique de l'art statuaire, j'entends des qualités morales qui doivent présider à la confection du médaillon, ces qualités sont de deux sortes : le charme et le caractère. Il est très certain que, pour un portrait d'homme en médaillon, on devra surtout s'attacher à reproduire le caractère même de sa physionomie; or, le caractère est l'accentuation ferme et nettement indiquée des parties saillantes et particulières à chaque individu. De même que le buste, le portrait en médaillon peut atteindre les dimensions colossales lorsqu'il a son emploi dans l'architecture, les monuments funéraires, par exemple. En ce cas, il est rare qu'il se puisse rendre autrement que par le haut relief, devant être vu à distance et au plein jour. Le relief pourra être moindre si l'on doit appliquer le médaillon à la décoration intérieure. Les portraits de femme et d'enfant devront, au contraire, laisser au spectateur l'impression du charme de ces natures délicates et pleines d'harmonie, et c'est par la délicatesse de l'enveloppe des accents de la nature qu'on y parviendra. Le portrait de M1Ie M***, de Chapu, peut être considéré comme un chef-d'œuvre en ce genre, et nous ne saurions trouver d'exemple plus parfait qui puisse entrer en ligne avec les

médaillons de David d'Angers, qui sont l'expression type du caractère.

Les bas-reliefs. — Au sujet du bas-relief, Quatremère de Quincy s'exprime en ces termes : « Le bas-relief est d'une

Médaillon par Chapu.

grande ressource aux édifices. Il en fait connaître l'usage, le caractère et la nature ; il tient lieu d'inscriptions ou les remplace de manière à les rendre inutiles ou insipides (superflues). Cependant, autant l'on aime à voir jouer ce rôle dans les monuments, à l'y voir motivé et employé par le besoin, autant il est nécessaire que la main de l'art et du goût préside à sa

dispensation et à l'accord respectif qui doit régner entre lui et l'édifice, pour prévenir la confusion qui pourrait résulter d'un emploi excessif ou immodéré. Le bas-relief, envisagé dans l'architecture du côté de l'effet qu'il y produit, n'est autre chose qu'une richesse, un ornement qu'on doit ménager à propos, qui a besoin de repos pour valoir et qui doit se subordonner aux lois du goût et de l'harmonie générale. On observera donc de ne point prodiguer autour des bas-reliefs une foule d'ornements qui détournent l'œil et l'attention qu'ils doivent se concilier. S'ils ne sont point isolés par un cadre, on laissera autour un champ lisse, pour servir de repos à l'œil et faire briller le relief; on en ménagera de pareils entre eux et les membres de l'architecture : le voisinage des parties principales des profils et des détails nuit à l'effet du bas-relief et introduit la discorde dans l'ensemble. Le rapport de la grandeur des bas-reliefs et des figures qui les composent avec l'architecture et les ordres mérite encore l'attention de l'architecte. Du défaut de rapport exact et bien entendu peut résulter une disproportion choquante dans le tout. La petitesse ou la grandeur exagérée des figures rendra l'ordre colossal ou mesquin, atténuera ou grossira la masse générale et nuira aux proportions de l'édifice, quand même elles seraient intrinsèquement belles. On en doit dire autant du plus ou moins de saillie que les bas-reliefs doivent avoir. L'architecte doit en prescrire la mesure, suivant la force ou la délicatesse de son ordonnance, selon le plus ou moins d'énergie de ses profils, selon le caractère général et le style adopté, selon le point de vue de l'édifice, selon la situation même des bas-reliefs, le jour qu'ils doivent recevoir, l'effet qu'ils doivent produire ; enfin selon le goût dominant des ornements et la valeur des parties ou des détails environnants. »

Telles sont les lois qui doivent régir le bas-relief lorsqu'il rentre dans la décoration de l'architecture. Mais souvent aussi le bas-relief est indépendant et forme à lui seul une œuvre d'art analogue au tableau et dans laquelle l'artiste, libre de son interprétation, doit seulement traduire sa pensée et nous attacher par son œuvre même , en dehors de tout aspect décoratif emprunté à l'architecture. Dans ce cas, le bas-relief prend une indépendance absolue et la saillie qui doit dominer n'est plus en rapport qu'avec le sujet lui-même. Si donc le sujet est héroïque, le bas-relief comportera la demi-ronde bosse pour les figures principales, les méplats pour les sujets de genre, où la grâce et l'élégance devront dominer, comme dans les basreliefs de la Renaissance française.

Enfin, et c'est ici que le bas-relief touchera de près à la peinture, il est des sujets où l'artiste ira sans crainte du hautrelief au méplat le plus fin, c'est en particulier dans les sujets d'histoire, comme Y Alexandre et Diogène du Puget, et parmi les modernes, l'œuvre magistrale de Dalou, la séance du 23 juin 1789, tirée de l'histoire de la Révolution française, où Mirabeau s'écrie : Allez dire à votre maître, etc. Qui eût dit, avant l'apparition de ce bas-relief, que de tels sujets pouvaient prêter à l'interprétation sculpturale? Et pourtant n'est-ce pas là un incontestable chef-d'œuvre? D'où il ressort vraiment que si, en principe, comme nous l'avons dit, la sculpture ne doit pas s'écarter de certaines règles qui lui sont propres, elle pourra cependant faire quelque incursion dans le domaine de la peinture. Il suffit pour cela que l'exécution réponde à la conception de l'artiste, sans que rien dans l'œuvre qui lui est présentée puisse choquer le spectateur. Et, de la sorte, l'artiste crée, pour ainsi dire, une esthétique nouvelle sur une œuvre dont il n'est

point d'analogue, et dans laquelle il révélera des beautés et peut-être des lois qui serviront d'enseignement à ses successeurs. D'où l'on pourrait conclure qu'une connaissance approfondie de son art et l'absence de défauts dans la production de son oeuvre sont pour l'artiste la seule règle à suivre lorsqu'il veut sortir des sentiers battus jusqu'à lui. Dans ces derniers temps, quelques amateurs, se basant sur des essais plus industriels qu'artistiques, se sont utilement occupés à rendre en bas-relief, pour la terre cuite, certains sujets puisés parmi les peintres modernes, militaires ou autres, tels que de Neuville {Les dernières cartouches), Gérome (Le Duel de Pierrot), etc.. Ce sont là, je le répète, des travaux d'amateur, mais qu'on ne peut, en résumé, qu'encourager, attendu que, s'ils ne font point véritablement oeuvre d'art, ils s'exercent à reconnaître les qualités ou les défauts d'une œuvre de sculpture par les difficultés mêmes qu'ils éprouvent, et c'est ainsi qu'ils pourront graduellement arriver à se former une opinion personnelle dans un art si difficile à apprécier.

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