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LE PORTRAIT ET LE BUSTE

Le buste est la forme la plus généralement adoptée pour le portrait, et nous allons voir au chapitre suivant quelles règles le régissent au point de vue de la statuaire ; examinons au préalable quelles sont les règles de goût qui doivent également présider à son exécution. Comme pour le médaillon, le choix de la proportion ne saurait être indifférent et si les maîtres de la Renaissance italienne, les Lucca délia Rebbia surtout,

ont fait des médaillons de femme de proportions colossales, il faut examiner tout d'abord que ces portraits rentrent plutôt dans Fart céramique que dans l'art statuaire proprement dit : ce sont donc des œuvres ornementales destinées pour la plupart à être placées assez haut et rentrant dans la décoration murale des châteaux. Aussi faut-il voir là une véritable exception et l'on peut sans crainte affirmer que le portrait de femme ou d'enfant devra rarement excéder les proportions de la nature; le plus généralement même, l'artiste se tient dans une dimension moindre qui se nomme petite nature et cela surtout pour les portraits d'enfants. L'attitude et le mouvement, comme aussi les ajustements de la draperie devront y être les plus simples possible, alors même que vous voudriez donner à votre portrait un aspect décoratif comme dans les bustes à bras et à mi-corps. Carpeaux a fort heureusement rendu , dans certains de ses bustes, la grande tournure, la coquetterie, disons le mot, du portrait de femme sans dépasser aucunement les limites d'un goût parfait.

Sans entrer dans les détails de la physiologie de chacune des parties du visage, les yeux, le nez, la bouche, le front, le menton, le cou, disons cependant que chacune de ces parties d'un portrait demande une étude spéciale, tant par rapport à l'ensemble que par son individualité propre, et que l'artiste, s'il ne veut rentrer dans la monotonie du type classique reconnu, véritable canon adopté du type grec, doit, surtout dans le portrait, chercher à rendre la nature telle qu'il la voit, sans autre préoccupation que de faire aussi ressemblant que possible. Il ne s'agit pas, en effet, de reconstituer la beauté plastique lorsqu'on fait un portrait, et l'image s'idéalisera d'elle-même si le caractère individuel du modèle est parfaitement rendu par

suite de la fidélité de l'interprétation. Je dis interprétation et non copie, car, quoi qu'il fasse, l'artiste restera toujours présent à travers son œuvre, laquelle n'est jamais, en réalité, que l'interprète de sa pensée ou mieux de sa volonté de rendre fidèlement ce que son œil perçoit. On peut citer en ce genre les bustes des Caffieri, Rotrou, Nivelle de la Chaussée, Thomas Corneille, à la Comédie française; les bustes de Diderot, Franklin et Voltaire, par Houdon, au Musée du Louvre, enfin les bustes de Pajou et notamment celui de madame Du Barry, si populaire, également au Musée du Louvre, et dont il existe d'excellents moulages.

Mais si le buste est héroïque, c'est-à-dire qu'il doive représenter des personnages célèbres où l'artiste ne peut sortir des documents fournis par l'histoire, documents qui lui imposent une vraisemblance admissible pour tous, alors il peut et doit s'efforcer de rentrer dans l'expression de la beauté typique, mais en s'appuyant toujours sur les données de la nature. Il cherchera un modèle vivant se rapprochant le plus possible du caractère qu'il veut rendre pour en faire une étude approfondie. Et sur cette étude, il construira son œuvre. Alors il pourra rechercher la beauté plastique, « interpréter la nature, fixer le caractère, épurer la forme d'après les lois posées par le génie, ennoblir le visage humain en modifiant les proportions individuelles et sans grâce, avec liberté, de telle sorte que l'on remonte de la personne au type , du portrait iconique à l'image idéalisée1. »

Un exemple parfait entre tous est l'œuvre d'Eug. Guillaume, les Gracques, qui figure au Musée national du Luxembourg.

i. Henry Jouin, Esthétique du sculpteur, Paris, 1888.

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