DE LA COMPOSITION DES GROUPES
On nomme g roupe la mise en action de divers animaux qui composent le règne animal. Ainsi, on peut représenter un loup dévorant un agneau , un renard rapportant une poule ou un canard, des écureuils se battant en duel, une buse dévorant un petit oiseau ou un mulot, une perdrix avec sa petite famille, un serpent visitant un nid d'oiseau, etc., etc. Mais les animaux qui se prêtent le mieux aux préparations grotesques sont les grenouilles : rien n'est amusant comme de voir ces batraciens auquel on donne une certaine rotondité d'abdomen, se battre en duel , jouer au billard ou aux cartes, filer du lin , peindre le portrait , danser , valser, etc., etc. ; tout ce que l’imagination peut enfanter, on l’appliquera aux grenouilles, sans trop de difficulté.
Un prépare les animaux que Ton destine a mettre en action , comme il est dit à leur chapitre respectif; il faut seulement, aussitôt quils sont montés, leur donner la pose qu'on leur destine, car ou la peau se déchirerait ou elle ferait des plis disgracieux si on attendait qu’elle fût sèche ; on fixe ces animaux sur des patins provisoires, en attendant qu’on fasse le terrain sur lequel doit se passer l'action.
Supposons que l’on veuille représenter un renard guettant un lapin retiré dans son terrier. On prend une forte planche d’un mètre de long sur 50 de large ; aux deux extrémités on fixe deux tasseaux pour tenir le groupe élevé du sol, puis, avec des bouts de planche, on fait la carcasse du rocher, c’est-à-dire que pour représenter un renard dans la position que nous venons de dire, il faut que la planche sur laquelle reposeront les pattes de devant soit assez élevée pour ménager une ouverture qui doit représenter le terrier ; on perce les trous par où doivent passer les fils de fer, on les bouche par de longues chevilles de bois , que l’on retire lorsque le rocher est entièrement fini; on se procure du gros papier sans colle, comme le papier de pains de sucre , on le trempe dans l'eau, puis on l’enduit de colle de pâte ; on l'applique sur le bois, en donnant à ce papier les plis et contours d'un rocher; ici, le bon goût et
l'intelligence du préparateur font plus que tous les détails que nous pourrions donner. Quand cette préparation est bien sèche on badigeonne le tout avec du blanc de Troyes que Ton a délayé dans de l’eau et auquel on ajoute 50gr.de colle-forte ; si l’on est à même de se procurer de la colle de peau , comme on le fait à Paris, on la met fondre, puis on y ajoute le blanc pulvérisé. Vous laissez sécher de nouveau et vous pouvez peindre votre rocher, ce qui se fait entièrement avec les couleurs à Peau ; la première couche, et qui est générale, se fait avec de l’ocre jaune paille, puis aussitôt, vous passez une seconde couche, mais partielle, avec la terre d’ombre détrempée; par-ci par-là, vous donnez quelques coups de pinceau en vert clair et foncé , puis avec un pinceau plat que vous trempez dans l’eau vous fondez ces couleurs ensemble ; les fonds doivent être foncés, les saillies plus claires; vous laissez sécher de nouveau, et pour donner plus de ton à vos couleurs, pour les raviver en un mot, tout en leur conservant la teinte la plus naturelle, vous mettez dissoudre 20 gr. de gomme arabique dans 500 gr. d’eau ; lorsque votre gomme est bien fondue , qu’il ne reste plus de grumeau, vous passez une couche sur toute la surface du rocher; le lendemain le tout est bien sec, vous mettez votre renard dans la position qu’il doit occuper , et dans le terrier le
lapin ; il faut que le renard exprime bien Tactien qu'il doit remplir, il faut qu'il soit ramassé sur lui-même ; la tête baissée et les yeux dirigés sur le terrier, la queue basse ; le lapin doit être blotti comme s'il avait conscience du danger qui le menace. Il ne reste plus qu’à décorer, ou plutôt animer le rocher; on fixe sur lui quelques insectes, quelques brins d'herbes artificielles, quelques fleurs des bois , ou des plantes grimpantes, des lichens, etc. ; on peut semer un peu de gravier ou de sable fin sur la partie du plateau que l’on j u ge la plus propice , ce qui s’obtient en passant de 1 a colle-forte dans les parties où Ton veut semer son sable ou gravier ; telle est la composition des grands ou petits groupes ; ils ne diffèrent entre eux que pour la pose des différents animaux que F on prépare et la forme du terrain que Fon destine à son groupe.
La réunion de divers oiseaux sur une branche d'arbre forme aussi ce que Fon appelleun groupe ; ordinairement on met ces préparations sous un cylindre de verre pour les garantir de la poussière ; on a aussi pour habitude de se servir de branches naturelles , ce qui a le grave inconvénient d’attirer les insectes, sans compter que Fon se trouve limité dans la pose de sa branche; en effet, il faut nécessairement la fixer au beau milieu de son socle, et, il ne reste plus l’emplacement convenable pour faire
un terrain gracieux, et si vous voulez représenter de l’eau , cela vous devient impossible , ou si vous le faites c’est tellement disgracieux , qu’il est préférable de s’en abstenir; les oiseaux sont les uns sur les autres ou trop clair-semés, par le fait qu’il est très-rare de trouver une branche qui réunisse les qualités voulues pour bien les poser.
Nous allons donc donner la manière de faire des troncs d’arbre avec des branches artificielles , et en cela nous croyons être le premier qui aura publié cette méthode.
Vous coupez d’égale grandeur 20 morceaux de fil de fer n° 14 (on comprend facilement que le nombre et la grosseur du fil de fer doivent être en rapport avec l’importance du groupe que l’on veut faire); vous en prenez deux bouts que vous mettez en croix et tordez ensemble sept ou huit tours; vous reprenez un autre morceau de fil de fer que vous mettez par le milieu, entre la fourche que font par la torsion vos deux premiers fils de fer ; vous continuez de même, et autant que vous avez jugé avoir besoin de branches. Vous ramenez l’un contre l’autre les deux plus grandes branches, et vous les tordez ensemble : c’est ce qui doit servir de tronc d’arbre; vous ménagez assez de grandeur de fil de fer pour traverser le socle et le fixer en dessous; vous recouvrez votre fil de fer en
tournant autour de la longue filasse, que vous avez soin de serre!* fortement, puis vous l’enduisez de colle de pâte. Ordinairement le milieu des socles des cylindres est verni; il faut enlever le vernis et faire des entailles dans lebois, afin quela préparation qui doit recouvrir cette partie du socle ait plus de prise, par conséquent plus de solidité. Vouspercez quatre trous dansun coin de votre socle, vous y passez les fils de fer de votre arbre , vous le tirez parfaitement avec des tenailles et le fixez dans le bois en dessous, vous consolidez le dessus avec des clous que vous implantez dans le bois et que vous rabattez sur le fil de fer. Vous formez une espèce de cylindre avec trois ou quatre feuilles de carton mince; la partie supérieure doit être déchirée en biseau, et inégale de manière à représenter un arbre brisé à sa base ; à la partie inférieure du rond de carton on fait une entaille en U renversé , on donne trois ou quatre coups de ciseaux pour pouvoir replien le carton et le clouer sur le socle; l'entaille en U renversé est destinée à laisser ressortir la branche que l’on recourbe, puis on relève pour arrondir les autres branches en rameaux au milieu de votre cylindre de verre ; on colle une bande de fort papier sur l’ouverture en U; la branche, par ce moyen, a la ressemblance d'une tige qui a repris bouture sur un tronc brisé par l’orage. Vous
posez votre cylindre sur son socle , aûn de vous rendre compte si rien ne le gêne ; vous coupez celles qui vous paraissent superflues , ou ramenez plus au centre celles qui vous gêneraient.
Il est nécessaire aussi que vous sachiez la place où vous poserez tel ou tel oiseau, car si vous ne vous en rendiez pas un compte exact avant que d’enduire votre arbre, vous feriez un trèsmauvais travail, en ce que vous casseriez l’enduit en ramenant ou retranchant du branchage . pour y poser vos oiseaux. Vous commencez donc par poser provisoirement vos oiseaux sur les branches en vous rendant compte du meilleur effet qu’ils pourront produire dans telle ou telle position ; lorsque vous êtes arrêté à ce sujet, vous attachez un fil porteur d’un numéro à la patte de l’oiseau et à la branche sur laquelle il doit être fixé; vous retirez vos oiseaux, et par cette petite précaution, vous êtes sûr de ne rien abîmer de votre groupe.
Maintenant il s’agit de préparer le terrain et le lac.
Vous mettez détremper du papier sans colle dans l’eau; au bout de dix minutes, vous le pressez vigoureusement entre vos mains , pour en extraire le plus d’eau possible , ensuite vous le mélangez avec de la colle de pâte bien délayée ; vous en faites des boules que vous appli-
quez les unes contre les autres; vous pouvez vous servir de tampons de vieux papier que vous recouvrez avec votre pâte; enfin vous accidentez votre terrain le plus possible, mais en ménageant remplacement du lac; pour cela vous avez votre morceau de verre à vitre bien blanc ; et lequel vou^ avez taillé en lui donnant les contours approximatifs que vous donnerez à votre lac. Vous faites un rebord sur le devant de votre groupe et d’une hauteur convenable pour que le verre sur lequel il reposera ne touche pas aux insectes ou autres décors de votre lac ; lorsque cette préparation sera terminée vous laisserez sécher le tout, ensuite vous badigeonnez comme nous bavons dit pour les autres groupes et vous peignez avec les couleurs à beau, excepté la partie qui fait le fond du lac auquel vous passez une bonne couche de colle forte , ou de gomme préparée comme il est dit page 138. On saupoudre de sable de rivière , on colle quelques petites coquilles, quelques insectes d’eau, etc. Quand vous avez bien garni cette partie de votre groupe, il faut y mettre le verre, ayant subi la préparation suivante.
Prenez 2 grammes gomme arabique bien blanche et bien pure, que vous pulvériserez ; vous mettrez fondre avec de beau distillée , dans laquelle vous ajouterez la valeur d’un gros
de sel marin ; lorsque votre gomme est bien fondue et qu’elle a la consistance d’un sirop épais, vous en appliquerez une couche sur la face du verre qui doit se trouver dans l’intérieur. Cinq minutes après l’application de votre gomme sur le verre, vous prenez un morceau de bois ou le manche de votre scalpel, et vous faites des stries en travers; si la gomme se rapprochait et recouvrait ces sortes de raies, on en serait quitte pour recommencer quelques minutes plus tard. Une fois bien sec on le pose sur le rebord qu’on lui a ménagé, et avec un peu de pâte on raccorde et couvre les bords, en ayant soin de ménager une petite ouverture dans un coin caché, afin que l’humidité qui pourrait encore exister ne vienne pas à ternir le verre, et on raccorde une dernière fois la peinture. Une fois sec, vous passez une couche d’eau gommée sur votre groupe, ensuite vous fixez vos oiseaux dans leurs positions arrêtées primitivement; vous vous êtes procuré des feuilles et des fleurs d’aubépine ou de chêne avec ses glands, chez les fabricants d’articles pour fleuristes ; vous les fixez aux branches en tortillant le fil de fer qui se trouve au bout, et même vous en passez quelques tours pour plus de solidité, si vous le jugez nécessaire.
Il ne vous reste plus qu’à orner le terrain de votre groupe, en y collant quelques coquilles
terrestres, quelques insectes, par exemple, une Lucane métallique, dont on ne laissera sortir que la partie supérieure du corps, quelques plantes sur lesquelles on colle quelques petits coléoptères, ainsi que sur le feuillage, etc»
On représente le velouté qu’a l'herbe nais» santé au réveil de la nature, par un produit que l’on nomme laine hachée , et dont les fleuristes de la capitale font un grand usage.
Enfin, il faut du goût, beaucoup de goût pour décorer et animer un groupe convenablement, car si on le surcharge de décors, ce n’est plus quun fouillis peu gracieux; il faut éviter aussi les couleurs criardes, enfin, c’est la nature qu’il faut copier le mieux possible; il faut l’embellir, mais non la dénaturer.
Nous conseillons de ne recouvrir le groupe avec son cylindre que lorsqu’il sera parfaitement sec.