CHAPITRE VIII
Des pieds-bots mixtes ou composés.
Ces variétés de pieds-bots sont la réunion de deux et même de trois nuances des cinq types primitifs que nous venons de décrire. Les plus communes sont celles qui consistent dans la réunion de la déviation du pied en bas et en dedans, équin-varus; avec la déviation du pied en dedans et en bas , varus-équin , selon le type primitif qui prédomine. Il en est de même pour le valgus ; il peut , comme le précédent, se compliquer d'un certain degré d'équinisme et même de déviation en dedans, comme nous l'avons vu une fois. Les pieds-bots en dessous et en haut peuvent aussi , ainsi que les autres , présenter une forme mixte. Nous donnerons l'explication de ces complications et transformations au fur et à mesure que nous en rapporterons des observations. Nous allons commencer par les variétés les plus fréquentes.
M. Jules Lamer , de Rouen , rue Beauvoisine , n° 166 , fils et frère de pharmaciens , âgé de dixhuit ans , est venu au monde très-chétif , avec tout le côté droit du corps paralysé. On ne pouvait déjà plus ramener son pied à l'angle droit avec la jambe. Cette difformité resta stationnaire jusqu'à ce que le jeune Lamer voulut , à Tâge de deux ans et demi , essayer de se tenir sur ses jambes ; alors le talon se releva et le pied ne put toucher le sol qu'avec les orteils et les articulations métatarso-phalangiennes, le cou-depied occupant une ligne antérieure à ces articulations. Pendant trois ou quatre ans , la difformité du jeune malade fut celle qui constitue le pied équin simple ; mais quand M. Lamer eut six ans , le poids de son corps étant augmenté , le pied , dont les articulations étaient affaiblies par l'état paralytique , commença à se dévier en dedans. Cette déviation a toujours augmenté depuis, et lorsque nous eûmes l'occasion de voir M. Lamer , au commencement de mai 1837, son pied présentait un des modèles d'équin - varus les plus complets que l'on puisse rencontrer.
Quand le malade se
tenait debout, son talon était relevé de quatre pouces, et tout son pied dirigé horizontalement en dedans. Le point d'appui consistait seulement dans les deux derniers orteils et dans les articulations métatarso-phalangiennes correspondantes. Ainsi le pied apparaissait tordu sur lui-même , de manière à porter son bord externe plus en dedans que son bord interne, lequel bord interne était dirigé en haut et présentait une forte concavité. La malléole externe, la tête articulaire de l'astragale et le euboïde formaient, au côté externe de l'extrémité difforme, trois saillies notablement développées.
Le 9 mai 4837, nous pratiquâmes sur le pied de M. Lamer la section du tendon d'Achille , en présence de MM. les docteurs baron Larrey, Lacroix père et fils, Rognetta, Garnier, Louis Duval, J. Lafond fils, etc.
Quinze jours après l'opération, le pied était si bien redressé , qu'on l'aurait difficilement distingué de son voisin le gauche,qui n'avait jamais été difforme.
Après six semaines de séjour dans notre établissement, M. Lamer est sorti complètement guéri de son horrible difformité.
Dans cette difformité, c'est l'avant-pied qui s'est dévié en dedans et tordu sur l'arrière-pied ; il existe une luxation incomplète des os scaphoïde et cuboïde sur la tête de l'astragale et la tubérosité antérieure du calcanéum. L'articulation astragalo-calcanienne a subi peu de changements; quoique la déviation secondaire fût portée très-loin , cependant les muscles tibial antérieur et court-fléchisseur des orteils étaient peu raccourcis.
M»e Alix de CT , fille de M. le comte de CT\ de Derchigny, près Dieppe, d'une constitution forte et sanguine, âgée de douze ans, mais paraissant en avoir quinze ou seize , s'était toujours bien portée , quand la coqueluche lui vint , à vingtquatre ou vingt-cinq mois. Pendant la durée de cette coqueluche , des convulsions se manifestèrent et produisirent la paralysie des membres inférieurs. Un an après , la pauvre petite fut empoisonnée par l'oxyde de cuivre (vert-de-gris) ; elle en souffrit horriblement. Cependant , vers trois ans et demi , elle put se mettre à marcher seule , mais en se servant principalement de la pointe et du bord externe de ses pieds , les talons distants du sol d'à peu près un pouce et demi. La difformité fit des progrès assez rapides ; les talons s'exhaussèrent de plus en plus , les avant-pieds se dirigèrent en dedans ; bientôt enlin , MUe de G*** se trouva très-clairement atteinte de deux déviations en bas et en dedans , pour le
traitement desquelles on l'amena à Paris, à l'âge de six ans. Un mécanicien fut chargé de ce traitement , et pendant les six années qui suivirent, il enferma les pieds de la malade dans des brodequins fort joliment exécutés , dans des appareils d'acier très-poli , qui n'eurent pour résultat que de lui causer de longues et inutiles douleurs»
Quand Mlle de Ç**' nous fut présentée dans les premiers jours de novembre 1837, nous trouvâmes que ses pieds posaient sur leur extrémité digitée , particulièrement sur la face inférieure des trois dernières articulations métatarso-phalangiennes : la moitié antérieure du bord externe complétait le point d'appui. La malléole externe était très-proéminente ; au-dessous et en avant d'elle on apercevait deux saillies , l'une formée par la tête articulaire de l'astragale , l'autre par la tubérosité antérieure du calcanéum. De cette façon, le bord externe des pieds était convexe, et le bord interne était concave. Quant aux talons , celui du pied gauche s'éloignait de terre de trois pouces , et l'autre de deux pouces seulement.
Le 13 novembre 1837, nous avons pratiqué la section du tendon d'Achille sur les deux pieds de Mlle de G***, et dix jours après , nous avons eu la satisfaction de lés voir revenus à l'état normal. Vers le 20 décembre, cette jeune personne a pu* quitter Paris totalement guérie.
Mlle de G'*' a été vue avant et après son traitement par le savant professeur académicien, M. de Blainville , ancien ami de la digne et honorable famille.
Cette observation nous montre deux piedsbots équins-f ari développés en même temps à la suite d'une paralysie partielle des membres inférieurs. Lorsque l'on nous consulta , nous trouvâmes tous les muscles de la partie postérieure et interne des jambes raccourcis , ainsi que ceux de la plante des pieds ; malgré cela, la seule section des tendons d'Achille suffit pour redresser les deux pieds dans l'espace de dix jours.
Souvent, dans le traitement des pieds-bots équins-wm* , même très-difformes , il est inutile de couper un grand nombre de tendons , la section du tendon d'Achille en triomphe dans la plupart des cas.
Mlle Adélaïde Willeme-Lambert, âgée de douze ans , à Sedan (Ardennes) , avait joui d'une bonne santé jusqu'à l'âge de huit mois. A cette époque, elle tomba dans des convulsions , qui furent suivies d'une hémiplégie du côté droit. Cette hémiplégie ne s'est jamais bien dissipée dans le membre inférieur. Tout le bras, une partie de la main , le pouce surtout , sont restés excessivement faibles. Quant au membre inférieur, il n'a été capable de soutenir le corps que plus de deux ans après l'invasion des accidents ; alors l'enfant marcha, mais en traînant la jambe ; le talon,
dirigé en dedans , remontait de deux pouces au moins, et la pointe du pied se trouvait complètement portée en dehors. Au bout d'un an ou deux, le raccourcissement du muscle jambier antérieur et du long extenseur du gros orteil obligea l'avant-pied à se porter de dehors en dedans, et le fit tellement s'enrouler dans ce sens, que , lorsque la jeune malade nous fut amenée à l'allée des Veuves , le premier mai 1838 , l'exagération de sa difformité nous frappa. Tout l'a-
vant-pied, obliquement jeté en dedans j n'offrait au sol que la face inférieure des trois derniers orteils et des articulations métatarso-phalangiennes qui leur correspondent. Le cou-de-pied formait une protubérance au-dessous de la malléole externe, surla- W quelle on remarquait trois fortes saillies produites par la tête articulaire de l'astragale , la tubérosité antérieure du calcanéum et le cuboïde. Le bord interne du pied était concave , le talon tout à fait dirigé en dedans ; la mortaise tibio-péronienne n'appuyait plus que sur le bord interne de la poulie articulaire de l'astragale , etc. On juge de la difficulté que pouvait éprouver à se traîner une pauvre
jeune fille attaquée dune difformité aussi horrible.
Le 8 mai, nous lui fîmes la section du tendon d'Achille, en présence de MM. les docteurs Isidore Bourdon , membre de l'Académie de Médecine , et J. Lafond père et fils. En huit jours le redressement était opéré , sans la moindre douleur. Trois semaines après, la malade quitta notre établissement parfaitement guérie.
Annette Délère, âgée de onze ans, d'une constitution lymphatique , à Paris, rue Villot , n° 11 , s'était assez bien portée jusqu'à l'âge de quatre ans, quand une nuit elle fut frappée d'une paralysie partielle du membre inférieur droit , sans avoir, les jours précédents, éprouvé aucun malaise significatif. Le matin donc , à la sortie du lit , on s'aperçut qu'elle marchait en traînant la jambe droite , et qu'elle ne pouvait plus s'appuyer que sur la pointe du pied. On trouva aussi de la douleur et de la raideur dans les muscles du mollet. L'enfant continua à marcher ainsi pendant quelque temps , mais avec une grande difficulté. D'abord il fut possible encore avec la main de fléchir le pied sur la jambe , mais bien-
tôt le raccourcissement des muscles du mollet devint permanent, et fut suivi, quelques mois plus tard, de l'état semblable du tibial antérieur. Cette jeune fille nous fut présentée à l'hôpital Saint- Antoine au commencement de 1837. Nous conseillâmes deux machines , Tune pour le jour, l'autre pour la nuit ; elles ne produisirent absolument aucun résultat. Nous nous décidâmes alors à pratiquer la section du tendon d'Achille. Voici comment se présentait la difformité.
Le pied était enroulé sur luimême de dehors en dedans, tout l'avant-pied porté presque horizontalement en dedans. Pendant la station et la progression, le poids du corps tombait tout entier sur un gros durillon situé à la face supérieure du cuboïdeetdu cinquième métatarsien. La tête articulaire de l'astragale , délaissée par le casphoïde , et une partie de la poulie articulaire du même os, formaient sur le dos du pied deux saillies. Le premier orteil était renversé sur le métatarse. Quand on ramenait le pied sous la direction de la partie antérieure de la jambe, on le voyait former une ligne droite avec elle : le talon était alors de quatre ou cinq pouces plus élevé que les articulations métatarso-
phalangiennes, et de plus de deux pouces en dedans des os de la jambe.
AnnetteDélèrea été opérée par nous à l'Hôtel- Dieu au mois d'avril 1838, dans le service de M. le professeur Breschet. Six jours après son opération , elle marchait déjà dans la salle ; au bout d'un mois elle a quitté l'hôpital, complètement guérie.
Chez cette jeune fille il existait un grand relâchement des ligaments qui unissent le pied avec la jambe ; ce relâchement était tel , que lorsqu'elle cherchait à s'appuyer sur son pied , celui-ci se portait horizontalement en dedans, de manière que la mortaise tibig-péronienne ne recevait plus que la face interne de l'astragale ; la poulie articulaire se trouvait alors dirigée tout à fait en dehors. J'ai vu plusieurs fois des cas semblables, mais* toujours lorsque l'affection était consécutive aux convulsions , à la paralysie partielle du membre abdominal.
DES PIEDS-BOTS MIXTES OU COMPOSÉS. 8i
M,,e Alexandrine Marceau , âgée de seize ans , d'une constitution sanguine , à Paris , rue de Buffon, n° 17, s'était bien portée jusqu'à l'âge de sept ans et demi , lorsqu'un matin , sans indisposition antérieure appréciable , elle fut frappée d'une hémiplégie qui la priva pendant un an de l'usage des membres thoracique et abdominal gauches. Ce temps passé, les mouvements reparurent : d'abord , la jeune fille put recommencer à se servir de son bras ; puis elle se remit à marcher, mais en traînant la jambe. Ce fut alors qu'on s'aperçut que le pied ne touchait plus le sol que par son bord externe seulement , et que le talon était relevé de trois pouces. On fit alors faire des machines qui ne remédièrent point à la difformité, mais l'empêchèrent de s'accroître , en même temps qu'elles rendirent un peu de solidité à l'articulation tibio-tarsienne.
Nous fûmes consulté pour Ml,e Marceau à la fin de mars 1838. La difformité était grande; la marche presque impossible. Le pied se montrait enroulé de dehors en dedans , si bien , que les deux derniers métatarsiens et les deux derniers orteils étaient contournés sous les trois premiers, et donnaient leur face dorsale, ainsi que celle du cuboide , pour point d'appui durant la station. Les rapports de la poulie articulaire de l'astragale avec la mortaise tibio-péronienne étaient peu changés, mais on remarquait une grande mobilité entre la première et la seconde rangée
des os du tarse. Les muscles du mollet étaient dans un état remarquable de rétraction , qui se faisait surtout sentir quand on voulait ramener le pied sous Taxe de la jambe dans la situation normale ; alors la difformité prenait le caractère de la stréphendocatopodie (équin varus) , et le talon remontait de quatre pouces au lieu de trois. A divers endroits du pied et de la jambe étaient de nombreuses plaques rouges bleuâtres , indices d'anciennes engelures. Tout le membre était fortement amaigri et comme atrophié.
Nous fîmes la section du tendon d'Achile, le 5 avril 1858. Le huitième jour, le pied était redressé ; le douzième jour, Mlle Marceau marchait; enfin , le vingtième jour, elle se promenait chez elle, le pied libre de tout appareil et sans claudication notable.
Cette cure est , sans contredit , une des plus belles et des plus rapides que nous ayons obtenues.
Cette observation nous présente un cas remarquable de pied-bot varus équin consécutif, très-difforme ; et ce pied-bot fut guéri trèspromptement, ne laissant après lui qu'une légère claudication qui avait complètement disparu dans les six mois qui suivirent le traitement.
Mlle Louise Dizain, âgée de dix-huit ans , à Paris, rue du Faubourg-Saint-Antoine, n° 100, est d'un tempérament lymphatico-sanguin. Elle s'est bien portée jusqu'à dix mois, époque où elle fut
prise d'une gastro-entéro-céphalite et de convulsions qui amenèrent la paralysie du membre abdominal gauche. Cette paralysie empêcha Mlle Dizain de marcher pendant les quatre premières années de sa vie. Puis , quand ce temps fut écoulé, elle voulut essayer de se soutenir sur ses jambes : alors on s'aperçut que son pied gauche ne pouvait se mettre en rapport avec le sol que par la pointe et le bord interne du gros orteil, le talon étant dirigé en haut.
Depuis , jusqu'au jour , 15 juin , où elle fut amenée à nos consultations de l'hôpital Saint- Antoine, cette jeune fille a vu sa difformité faire des progrès constants. Son pied, quand elle nous le montra, présentait l'union du valgus et de requin. Les muscles du mollet et les péroniers étaient raccourcis et contractures ; le seul bord interne du pied touchait la terre , particulièrement au moyen de l'articulation métatarso-phalangienne des deux premiers orteils ; le talon s'éloignait du sol de deux pouces et demi. Les appareils mécaniques que nous couseillâmes alors ramenèrent la difformité à l'état de simple pied équin , et la malade put marcher sur les deux tiers antérieurs de la plante , le talon abaissé de près d'un pouce et demi. Il fallut quinze mois pour obtenir cette amélioration fort notable, certainement. Mais les choses ne devaient pas en rester là. Soit que Louise Dizain eût négligé de porter constamment son pied dans l'appareil,
soit que la contraction des muscles du mollet fût augmentée par une marche longue et assidue, le talon, au lieu de continuer à s'abaisser, se releva de nouveau, et le pied se dévia doublement : en dedans vers le tarse, en dehors vers les métatarsiens. Averti parla tournure fâcheuse que prenait la difformité, nous nous décidâmes, le 12 avril 1836, à faire la section du tendon d'Achille, Cette opération décisive eut lieu à l'hôpital Saint-Antoine, devant MM. les docteurs Rappeler et Bérard aîné , médecin et chirurgien en chef de l'hôpital, et de leurs nombreux élèves.
Le pied de Mlle Dizain présentait alors un triple cas, mais irrégulier, destréphocatopodie(équin), de stréphendopodie (varus) et de stréphexopodie (valgus). Le milieu du bord externe, qui servait de point d'appui dans la marche , était peu convexe , et deux durillons existaient : l'un sur l'articulation postérieure du cinquième os du métatarse, l'autre vers l'articulation calcanéocuboïdienne. La tête articulaire de l'astragale était saillante; la malléole externe l'était aussi. Le bord interne du pied offrait une concavité allongée, et on trouvait un enfoncement à la place de la malléole. La plante , très-rétrécie , était rayée de plis obliques. Le gros orteil gisait couché sur la face inférieure des deux orteils suivants.
Quinze jours après l'opération , le pied avait repris son état normal. Au bout d'un mois la
malade marchait en boitant beaucoup moins qu'auparavant. En octobre 1856, enfin, il ne restait plus de traces gênantes de la difformité.
Louise Dizain nous a présenté cette singularité, que son pied, qui a d'abord étééquinvalgus consécutif, est devenu équin simple, par l'usage des machines ; et, ensuite , après que les machiues furent abandonnées pendant quelque temps, il devint équin varus et valgus, c'est-à-dire qu'il otfrit en même temps la déviation en bas , en dedans et en dehors à la fois. Dans cette difformité, un grand nombre de muscles étaient raccourcis, rétractés : d'abord les muscles du mollet, ensuite les tibiaux , et , plus tard , les trois derniers tendons du long extenseur commun des orteils ; et malgré le raccourcissement d'un aussi grand nombre de muscles, la seule section du tendon d'Achille a suffi pour triompher de cette difformité.
Mlle Françoise Gallienne, de Fougère (Mayenne), est âgée de 26 ans, et d'une constitution lymphatico-sanguine. A l'âge de six mois , elle éprouva de violentes convulsions, qui furent suivies de paralysie partielle des extrémités inférieures, paralysie qui l'empêcha de pouvoir se tenir sur ses membres et de marcher jusqu'à l'âge de douze ans. A cette époque, quand elle se posait sur ses pieds, le droit ne touchait le sol que par le talon : tout l'avant-pied était relevé de plus de deux pouces, et dirigé un peu en dehors; le gauche était for-
teiïient dévié en dedans, et ne présentait au sol que sa face dorsale , surtout la face dorsale du cuboïde et des deux derniers métatarsiens. Depuis l'âge de douze ans jusqu'à vingt-six, elle a marché très-difficilement en se servant de deux cannes. Voici l'état de la difformité quand cette demoiselle est venue me consulter.
Le pied droit était atteint d'une déviation en haut et en dehors; on pouvait le renverser sans effort sur la face antérieure et externe de la jambe ; les muscles extenseurs , jambier et péronier antérieurs, étaient fortement raccourcis, tandis que le tendon d'Achille était allongé. La moitié postérieure de la poulie articulaire de l'astragale n'était plus recouverte par la mortaise tibio-péronienne, et faisait saillie à la partie antérieure du tendon d'Achille. Le pied gauche présentait une déviation en dedans et en bas : le talon était distant du sol de trois pouces , ou de neuf centimètres , et fortement attiré en dedans; l'avant-pied était horizontalement dévié en dedans, contourné sur lui-même, de manière que sa face plantaire regardait en haut , et sa face dorsale en bas. Le principal point d'appui avait lieu sur un pseudo-talon recouvrant la lace dorsale du cuboide, du troisième cunéiforme, et la face dorsale de l'extrémité postérieure des trois derniers os du métatarse, etc.
Le 9 janvier de cette année (1845), j'ai opéré cette jeune fille, en présence de M. le docteur
OllifFeetdeMM.Saounders et Ronald; sur le pied droit j'ai fait la section sous-cutanée des tendons, des muscles tibial antérieur , extenseur propre du gros orteil, extenseur commun des orteils et péronier antérieur. Aussitôt après la section de ces tendons , j'ai pu facilement ramener le pied à angle droit avec la jambe. Sur le pied gauche j'ai coupé les tendons des muscles tibial antérieur, court fléchisseur des orteils, et le tendon d'Achille. Quinze jours après ces différentes sections, les deux pieds étaient complètement redressés, et mon opérée pouvait déjà commencer à marcher assez facilement. Un mois plus tard elle était guérie de sa double difformité, et si les deux membres inférieurs avaient été du même volume et de la même force, elle aurait marché sans claudication, mais malheureusement il n'en était pas ainsi : le membre inférieur gauche était d'un tiers moins développé que le droit, et atteint d'un grand degré de paralysie partielle ; les muscles en étaient flasques, la peau violacée, etc., etc.; malgré cela elle marchait facilement , sans soutien artificiel , quoiqu'en boitant beaucoup. Avec le temps , j'ai l'espoir que la force reviendra dans ce membre atrophié, que la paralysie diminuera, que la nutrition , favorisée par la restitution de la forme normale et l'exercice , finira par le développer presque à l'égal de celui du côté gauche, ce qui donnera à la marche plus de solidité, en faisant
disparaître tout ou la plus grande partie de la claudication.
Quoi qu'il en soit, il me semble qu'on peut re» garder ce résultat comme une des plus belles conquêtes de la ténotomie.
Nous terminerons ici le chapitre des pieds-bots mixtes ou composés . Nous aurons dans les chapitres suivants occasion d'en rapporter encore plusieurs autres observations.