CHAPITRE
Causes.
Un grand nombre de causes peuvent développer cette grave affection. Je vais les exposer d'après leur degré de fréquence. Ce sont d'abord, comme je l'ai déjà dit, les tumeurs blanches (i), les rhumatismes, chez des individus scrofuleux, les paralysies partielles des membres abdomi-
(1) « Les tumeurs blanches donnent fréquemment lieu à l'ankylose. D'abord incomplète, elle dépend delà rétraction des muscles fléchisseurs qui tiennent le membre dans l'immobilité ; de la tension et de la raideur des ligaments , lesquels , étant fortement tendus et allongés par le gonflement dont les extrémités articulaires des os deviennent souvent le siège , serrent tellement ces extrémités les unes contre les autres, qu'ils les empêchent de se mouvoir. La membrane synoviale peut rester longtemps distincte , bien que tout mouvement soit impossible dans l'articulation. Ce n'est guère que dans le cas où les surfaces articulaires sont attaquées par la carie et les cartilages d'incrustation détruits par la suppuration , que les os se soudent intimement par un col osseux, et que l'ankylose devient complète. » (J. Cloquet , Dct. de mèd., V édit., t. m, p. 184.)
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naux, les chutes, les coups sur le genou, qui déterminent sa contusion ; les abcès dans son pourtour ou dans le jarret, ou même le long de la cuisse; les plaies, les fractures près des condyles des fémurs ; les flexions prolongées de la jambe sur la cuisse ; les hydropisies articulaires qui peuvent, par l'immobilité et la douleur qu'elles occasionnent dans l'articulation , et surtout dans les muscles de la cuisse, amener leur rétraction, et, par suite , la flexion plus ou moins grande de la jambe sur la cuisse ; enfin, les tumeurs et les brides, suite de brûlure dans le pourtour du genou. Lorsque cette flexion existe depuis longtemps , et que l'articulation a été tenue dans un état d'immobilité prolongée , a cause de la douleur dont elle était le siège , les muscles fléchisseurs se sont raccourcis d'une manière permanente , et quelquefois alors les surfaces articulaires se sont soudées. L'ankylose, dans ces cas, est complète; on romprait plutôt les surfaces articulaires que d'en réformer la disposition. Mais heureusement, cet état extrême (l'ankylose vraie) est assez rare, et quoiqu'une articulation ait été tenue longtemps dans un état d'immobilité, quoique les muscles fléchisseurs soient raccourcis, l'articulation conserve cependant , le plus ordinairement, la faculté de pouvoir exécuter quelques mouvements , obscurs à la vérité , dans le sens de la flexion.
Toutes ces causes, surtout les deux premières,
se développent particulièrement chez les individus éminemment lymphatiques ou scrofuleux. Cette constitution ou prédisposition scrofuleuse modifie si profondément l'économie des sujets qui en sont atteints, que , tant qu'elle existe , elle imprime une manière d'être toute spéciale aux actes de la vie , soit dans l'état de santé , soit dans les maladies qui surviennent.
Cette constitution ou prédisposition scrofuleuse est due à l'augmentation de l'action organique du système lymphatique et des autres tissus blancs, et à la faiblesse relative du système vasculaire rouge, dont le résultat nécessaire est la longueur de l'assimilation et de l'exhalation et une véritable pléthore des fluides blancs. La prédominance du système lymphatique constituant la prédisposition ou constitution scrofuleuse, les maladies qui seront la suite de la surexcitation des vaisseaux blancs, devront être des irritations, et non des maladies dues à la faiblesse qui n'est qu'un phénomène morbide.
Cette constitution est le plus souvent caractérisée par la blancheur, la finesse et la transparence de la peau, qui laisse voir au-dessous d'elle une grande quantité de veines bleuâtres; par un grand développement du tissu cellulaire sous-cutané et intermusculaire gorgé de liquides blancs, qui environne les muscles de toutes parts, et efface leurs saillies.
Ce grand développement du tissu cellulaire
simule une espèce d'embonpoint; les chairs sont molles, peu élastiques; la face est souvent pleine, arrondie, presque bouffie, et les joues, principalement les pommettes, sont souvent colorées, ce qui contraste très-agréablement avec la peau du reste du visage, habituellement remarquable par une grande blancheur. Les yeux sont le plus souvent largement ouverts , saillants , humides , avec les pupilles dilatées ; ils sont bleus, gris ou bruns, etc., selon les pays où l'on examine les individus de la constitution scrofuleuse. Dans le nord de la France, en Angleterre, en Hollande, en Allemagne, en Russie, etc., ils sont plutôt bleus que de toute autre couleur, tandis que dans les pays méridionaux, et même à Paris, les individus scrofuleux ou disposés aux scrofules présentent plus souvent des yeux bruns ou noirs que des yeux bleus. La même remarque peut s'appliquer à la couleur des cheveux blonds ou roux chez les sujets des pays brumeux, humides, froids, tandis que dans les contrées chaudes ils sont châtains ou bruns plutôt que blonds. D'après les nombreux malades que j'ai occasion de voir tous les jours à mes consultations des hôpitaux, je me suis convaincu, contrairement aux opinions des auteurs qui ont écrit sur les scrofules, que la couleur claire des yeux et des cheveux n'est point inhérente à la constitution scrofuleuse, mais aux individus de tels ou tels pays. La cause de Terreur
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où sont tombés ces auteurs, en attribuant aux malades atteints de scrofules des yeux bleus et des cheveux blonds, vient bien évidemment de ce qu'ils ont écrit sur cette maladie dans des pays où les habitants ont presque tous ces organes de la couleur qu'ils ont indiquée. La bouche est souvent grande, les lèvres grosses, surtout la supérieure; les dents sont courtes, blanches, mais s'écaillent, noircissent, s'encroûtent de tartre, se carient, et tombent de bonne heure. Le nez, les paupières, les oreilles, sont gonflés, et d'une teinte rosée ou même rouge; la mâchoire inférieure et les pommettes sont larges; le cou est gros et court, et l'on sent des ganglions lymphatiques sur ses parties latérales et postérieures. La tête est, en général, grosse, large; les épaules sont un peu hautes; la poitrine est aplatie latéralement; le ventre est gros, etc.
Les enfants atteints de cette constitution sont le plus souvent doués de beaucoup d'esprit et d'une grande sensibilité; ils sont gais, ont des reparties et des idées heureuses; mais avec cette précocité d'esprit ils sont nonchalants, fuient l'exercice, et ne peuvent supporter une application soutenue, ce qui les force à varier leurs occupations.
Ce que je viens de dire pour les enfants disposés aux scrofules , ou déjà scrofuleux , s'applique bien plutôt aux enfants des classes riches ou aisées de la société, à ceux qui habitent Les
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villes. Dans ces circonstances, les enfants ont des distractions de tous les instants, et des sensations variées qui exercent continuellement leurs facultés intellectuelles; tandis que les enfants des pauvres ouvriers , qui vivent dans des chambres étroites , encombrées , dans des vallées marécageuses , dans des gorges de montagnes , qui sont délaissés des journées entières pendant que leurs parents se livrent au dehors à leurs travaux, ces enfants, dis-je, sont loin de présenter l'aspect de leurs heureux camarades des villes : ils sont pâles, bouffis, étiolés; leur peau est blafarde, sèche , écailleuse; ils paraissent dépourvus de sensibilité et d'intelligence, parce que leur cerveau n'est pas exercé, etc.
Tels sont les principaux caractères delà constitution scrofuleuse. De cette constitution au premier degré des scrofules il n'y a qu'un pas : il suffit d'un séjour prolongé pendant quelques mois dans un endroit bas et humide, mal aéré, privé des rayons vivifiants du soleil, ou d'une mauvaise alimentation , d'une maladie longue, pour développer l'état scrofuleux. Dans ce cas , qu'un entant, ou même un adolescent, fasse une chute, reçoive un coup sur une articulation, cette articulation devient le siège d'une subinilanimation qui se prolonge quelquefois plusieurs années avec des accidents sans nombre , etc. Gomme nous regardons les subinllanimations du genou comme I;» cause la plus fréquente des fausses
ankyloses angulaires de cette articulation , comme les développant quinze fois sur vingt, c'est pour cela que nous avons parlé aussi longuement de la prédisposition à ces maladies.
Dans ce chapitre, nous n'avons fait qu'énu mérer les causes de la fausse ankylose du genou, parce que tous les bons ouvrages de chirurgie et de médecine traitent in extenso de ces maladies qui les développent le plus ordinairement, etc., etc.