CHAPITRE PREMIER
Renseignements historiques.
Ce livre n'étant , à proprement parler , qu'une collection de faits raisonnes , un résumé pur et simple de nos éludes , de nos observations , de notre pratique personnelles, nous n'arrêterons pas longtemps le lecteur sur l'histoire des procédés usités jusqu'aujourd'hui pour le traitement ou la guérison des pieds bots. Les annales de la science sont d'ailleurs bien pauvres à cet égard. Avant Venel et Scarpa, les sujets atteints de pieds bots natifs ou consécutifs étaient presque toujours abandonnés h l'esprit inintelligent, ou h rcmpirisme routinier des mécaniciens et des rebouteurs. La médecine semblait dédaigner ces tristes affections, sans doute à cause de
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l'ignoiance profonde où elle s'était tenue de leurs causes efficientes et de leur état pathologique. Cependant Hippocrate , qui savait combien tout est important dans les moindres infirinités de riioimiio, avait établi des principes assez rationnels pour le traitement des déviations du pied en dedans. Le père de la médecine voulait que Ton agît doucement sur ces difformités au moyen de bandages, de friclions, de massages; et les appareils dont il nous a laissé la description devaient avoir pour effet d'attirer en haut le bord externe du pied, sans rien pouvoir toutefois pour allonger les muscles du mollet, ni pour abaisser le talon. En suivant les indications d'Hippocrate, on arrivait donc tout simplement à changer la nature de la difformité, c'est-à-dire à reporter l'avant-pied sous l'axe de la jambe, et d'un pied en dedans faire un pied équin. 11 restait, comme on voit, une lacune immense à combler.
Eh bien! c'est îi peine si nous trouvons dans tous les travaux que nous ont légués les praticiens innombrables de l'antiquité, du moyen âge et des quatre siècles qui l'ont suivi, le moindre effort tendant à développer, h compléter les préceptes purement rudimentaires enseignés par Hippocrate. On s'était habitué à considérer les pieds bots comme incurables, et
les écoles avaient fini par n'en plus faire mention que pour mémoire. L'atlenlion des maîtres, portée tout entière sur les fièvres, sur la coclion des humeurs, sur la composition et la décomposition des fluides, s'en rapportait au libre arbitre d'un fabricant de machines du soin de redresser les boiteux ou de les estropier tout à fait. Fabrice d'Aquapendenie et Fabrice de Hilden, qui ont pourtant entrepris de traiter le pied bol, se sont bornés à de prétendues inventions mécaniques qui reproduisaient l'appareil d'Hippocrate sans plus d'avantages ni moins d'inconvénients. Jackson en Anglelerre, Tiphaine et Verdier en France, sont allés un peu plus loin, à ce qu'il paraît, en fait d'applications de la mécanique au redressement des pieds bols; mais comme ces machinistes ont jugé convenable de faire mystère de leurs moyens et les ont précieusement emportés avec eux, il nous est impossible de savoir ce que nous leur devons de reconnaissance.
Enfin, en 1782, plus de deux mille ans après Hippocrate, un médecin saxon, Thilenius, vint poser le lerme futur de ces tentatives grossières ou infructueuses.
Il osa, le premier, faire pratiquer la section du tendon d'Achille, et le succès couronna son audace. Michaëlis et Sartorius l'imitèrent depuis; mais, chose curieuse, cette solution d'un