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un léger gonflement entourant le cor, par des élancements et des douleurs à la plus légère pression. Mais l'inflammation peut être plus forte et plus profonde et une petite collection purulente peut se former sous le cor ; ou bien l'inflammation gagne une petite ' bourse séreuse qui se développe quelquefois au-dessous du cor, principalement à la face interne du gros orteil, et l'on voit alors se développer des accidents inflammatoires assez sérieux qui peuvent s'étendre jusqu'à l'os.
Le cor est le résultat de la pression des chaussures ; les gens qui marchent nu-pieds n'en sont pas atteints, et on les voit quelquefois disparaître spontanément après une longue maladie qui a nécessité pendant un certain temps le séjour au lit ou l'absence de chaussures solides. Les chaussures faites avec un cuir dur, celles qui sont trop étroites ou trop pointues du bout, favorisent le développement des cors; on les voit survenir aussi à la suite de l'usage de souliers trop larges, mais mal faits et ne se moulant pas exactement à la conformation des pieds.
Le cor est l'occasion de douleurs souvent très vives et gêne la marche; il faut donc tâcher de le guérir. Le traitement qu'on peut lui apporter est palliatif ou curatif. Le premier consiste à couper le cor de temps en temps avec un instrument tranchant lorsque son volume est trop considérable ; celte opération diminuant la saillie de la production épidermique, fait cesser les douleurs et en la renouvelant fréquemment, on rend la présence des cors tolérable. On peut également diminuer les douleurs en plaçant le cor au milieu d'un disque fait d'amadou ou de caoutchouc, percé à son centre d'une ouverture arrondie et correspondant à la saillie du cor, de manière que la pression de la chaussure ne porte que sur les parties environnantes et non sur la partie saillante et douloureuse. Parmi les moyens palliatifs, je placerai encore les emplâtres de diachylon, de savon, de Yigo, de
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papier chimique ou autres qui ne guérissent pas les cors, mais qui les ramollissent et les rendent moins sensibles. • Le seul moyen curatif consiste dans l'extirpation du cor pratiquée en détachant d'abord le cor dans sa périphérie à l'aide d'un instrument tranchant, puis en cherchant à enlever les racines à l'aide d'une aiguille aplatie et à pointe mousse, montée sur un manche. Si cette opération est bien faite elle peut être suivie de guérison , mais il faut souvent la répéter plusieurs fois avant d'obtenir un résultat définitif. J'ajoulerai qu'il suffit souvent pour se débarrasser de cors, même anciens, d'avoir des chaussures bien faites, larges du bout et confectionnées avec un cuir très souple.
c. Cornes cutanées.
La corne est une excroissance cutanée ayant par sa forme et par sa structure une grande ressemblance avec la corne d'un animal. C'est un fait assez rare, mais comme il attire l'attention par sa rareté même, on en trouve un assez grand nombre de cas principalement signalés dans les recueils périodiques; la plupart ont élé observés chez des personnes âgées. Ces cornes, qui peuvent survenir dans diverses parties du corps, mais qui sont plus fréquentes à la tête que partout ailleurs, ont une longueur et une forme très variables; quelquesunes ne forment qu'une saillie de quelques millimètres, d'autres atteignent 10 à 12 centimètres. On en trouve d'arrondies, d'aplaties, d'irrégulières; ordinairement leur base est plus large que leur extrémité, laquelle est quelquefois pointue; le plus souvent elles sont droites, mais on en a observé de recourbées ou de coudées. Leur surface est tantôt lisse, tantôt inégale et rugueuse. Leur coloration est grise ou brune. Dans la presque unanimité des cas les cornes sont indolentes; on trouve cependant
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quelques observations dans lesquelles on *oh notée l'existence de douleurs à leur base.
La corne est ordinairement unique cbei le même individu; on a cependant rapporté des faits dans lesquels il en existait un certain nombre chez la même personne. On a cité des cas de développement rapide des productions cornées; mais habituellement elles croissent lentement, et elles persistent indéfiniment. Elles sont susceptibles de tomber spontanément et elles peuvent alors se reproduire, le plus ordinairement dans le même lieu. Il y a quelques exemples de terminaison de cornes par une production épithéliomateuse. J'en ai observé un cas récemment
La corne a pour point de départ ordinaire le corps muqueux, ou plus rarement une glande sébacée ou mémo une glande sudoripare; l'examen microscopique y fait reconnaître les éléments de Tépiderme et des ongles ; à la base de l'excroissance on trouve souvent des enfoncements destinés à loger des groupes de papilles hypertrophiées.
Le traitement des cornes cutanées consiste dans leur ex* tirpation par l'instrument tranchant, et dans la cautérisation, par le fer rouge ou par un caustique, des papilles situées à la base de l'excroissance. Mais lorsqu'elles existent dans un endroit peu apparent et lorsque leur dimension n'est pas gênante, comme elles sont indolentes, le mieux est de n'y pas toucher ; l'extirpation et la cautérisation pourraient être l'occasion d'une dégénérescence épithéliomaleuse.
d. Ichtbyose.
Le mot ichthyose (du grec fttoc, poisson) est employé en médecine pour désigner un état particulier de la peau existant d'une manière permanente sur une étendue plus ou moins considérable de l'enveloppe cutanée, et
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caractérisé par la sécheresse et Pépaississement de l'épiderme, le plus souvent aussi par sa desquamation.
Historique. — L'ichthyose n'est pas indiquée dans les anciens auteurs; elle a probablement été pendant bien longtemps confondue avec les affections squameuses de la peau, et principalement avec le pityriasis et avec le psoriasis. A partir du dix-septième siècle, on trouve publiées quelques observations d'individus présentant une peau semblable à celle des reptiles, des poissons ou des rhinocéros ; ces faits, rapportés comme des curiosités par Panaroli (Rome, 1652), par Van der Wiel, par Marcel, Donati et Schenok ; d'autres semblables, consignés dans les Transactions philosophiques de Londres, dans les Éphémérides des curieux de la nature et dans des recueils périodiques, ont permis à Willan, avec l'aide de quelques observations personnelles, de constituer le genre ichthyose qu'il a placé dans l'ordre des squames de sa classification dermatologique. L'ichthyose fut ainsi considérée comme une maladie distincte, et son histoire se trouva bientôt complétée par de nouvelles observations plus détaillées et plus exactes. Bateman, Biett, Gibert, Cazenave, Devergie, en répétant les descriptions données par Willan, et en ne s'arrêtant qu'aux caractères objectifs, continuèrent à placer l'ichthyose dans le groupe des affections squameuses, à côté du pityriasis, du psoriasis et de la lèpre vulgaire, et la considérèrent comme étant de même nature que ces maladies. Alibert, auquel on doit sur ce sujet (Traité des dermatoses) un chapitre très intéressant, eut le mérite de considérer le premier l'ichthyose sous son véritable aspect, et, en l'éloignant des maladies squameuses psoriasiques ou pilyriasiques, de la décrire comme une difformité de la peau ; il la plaça dans sa douzième classe, dans les dermatoses hétéromorphesy lesquelles constituaient pour lui des difformités ne se rapportant à aucun genre connu.
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Aujourd'hui cette opinion a complètement prévalu; on ne regarde plus l'ichthyose comme une maladie, mais bien comme une difformité permanente de la peau. Cette manière de voir, que j'ai cherché à faire prévaloir depuis longtemps, est partagée par Bazin, par Hebra et par la plupart des auteurs anglais contemporains, ErasmusWilson place l'ichthyose dans les vices de nutrition de la peau et propose de lui donner le nom de xérodermie, dénomination qui fait ressortir le caractère le plus important et le plus constant de l'ichthyose, savoir la sécheresse de la peau.
Willan et Bateman n'avaient décrit que deux espèces d'ichthyose, l'ichthyose simple ou la peau de poisson (fish-skin), et Pbhthyose cornée ou cornes cutanées. Alibert, plus complet, quoique laissant de côté les productions en forme de cornes isolées, proposa trois espèces principales : l'ichthyose nacrée, dans laquelle les écailles épi dermiques, dures, luisantes, d'un blanc nacré, ont beaucoup de ressemblance avec celles de la carpe; l'ichthyose serpentine, dans laquelle les écailles molles et peu saillantes font ressembler la peau à la cuticule des serpents; et l'ichthyose cornée, dans laquelle les écailles dures, placées les unes à côté des autres, forment des saillies coniques qui acquièrent quelquefois la dureté de la corne. Ces divisions de l'ichthyose proposées par Alibert ont été généralement adoptées : Bazin les accepte sans objections. Pour ma part, je les crois fondées sur l'observation exacte des faits; je propose cependant d'ajouter aux espèces admises par Alibert deux autres variétés : l'ichthyose pityriasique et Fichthyose lichénoide;\z crois aussi nécessaire de diviser l'ichthyose en ichthyose généralisée et en ichthyose locale, cette dernière espèce étant plus commune qu'on ne l'a pensé jusqu'alors. Je chercherai à justifier ces additions en décrivant les caractères objectifs de l'ichthyose.
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Description. — Quelle que soit la variété d'ichthyose générale chez les individus atteints de cette difformité, te peau est sèche et rude; il n'y a de transpiration qu'aux aisselles, aux aines et aux environs des parties génitales. Chez quelques-uns, il y a également un peu de sécrétion sudorale à la plante des pieds et à la paume de la main; le plus ordinairement cependant, les régions palmaires et plantaires sont sans écailles, mais sèches, luisantes et parsemées d'une multitude de plis superficiels qui s'entrecroisent.
Dans Yichlhyose nacrée, la peau est recouverte d'écailles plus ou moins épaisses, adhérentes par toute leur surface, ou détachées par une de leurs extrémités, de manière à former une lamelle aplatie et un peu flottante ; tantôt elles sont juxtaposées seulement; d'autres fois, mais plus rarement, elles se recouvrent légèrement les unes les autres en s'imbriquant, comme on le voit sur l'enveloppe cutanée des poissons. Ces écailles sont plus ou moins nombreuses, plus ou moins épaisses; elles forment quelquefois des couches épidermiques manifestement saillantes, lesquelles se rencontrent surtout dans certaines régions. Au lieu d'être épaisses et larges, les squames sont quelquefois petites et minces, semblables à celles du pityriasis, et n'en différant que par une adhérence plus forte à la peau : cela se rencontre surtout dans les ichlhyoses localisées; c'est la variété à laquelle je propose de donner le nom de pityriasique.
La coloration des squames dans l'ichthyose nacrée est quelquefois blanche ; elle est plus souvent grise, et la peau parait ordinairement toujours sale ; chez quelques sujets, la coloration est brune et parfois môme tout à fait noire : c'est alors Yichthyose noire de certains auteurs.
Dans Yichthyose serpentine, la peau ne se détache pas sous forme d'écaillés, mais elle a une sécheresse remarquable, et elle présente une multitude de lignes qui
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s'entrecroisent de manière à figurer dans leurs intervalles des espaces carrés ou losangiques qui font ressembler la peau à celle des reptiles : à cause de cette similitude, Erasmus Wilson a donné à cette espèce le nom de sauriasis (peau de sa u ri en). Dans cet état, la peau est extrêmement sèche, rude, et l'épiderme est très souvent coloré en gris, en brun ou en noir; cette coloration n'est pas uniforme, mais bien tachetée ; il en résulte une plus grande ressemblance encore avec l'enveloppe cutanée des reptiles. Alibert cite l'observation d'une jeune actrice d'un des théâtres de Paris, douée d'ailleurs de la physionomie la plus agréable, et ayant heureusement le visage et le cou dans un état normal, mais dont la peau de l'abdomen présentait l'aspect et la couleur de celle d'une couleuvre. Au lieu de ces espaces losangiques en manière d'armure, la peau est quelquefois épaissie et sillonnée de plis allongés qui s'entrecroisent comme des hachures de dessins ou de gravures ; cet aspect rappelle l'état de la peau dans la dernière période du lichen ; j'ai proposé de désigner cette variété sous le nom d'ichthyose lichénouk.
Chez certains vieillards des deux sexes, on voit la peau se dessécher et présenter une multitude de plis qui s'entrecroisent, de manière à se rapprocher de l'ichthyose serpentine. Je dois signaler cette variété, dans laquelle le plis sont moins prononcés, la coloration de la peau est moins foncée et qui diffère surtout de la véritable kbthyose, ordinairement congénitale, en ce sens qu'elle ne survient qu'à un certain âge et qu'elle peut être considérée comme le résultat de la disparition des glandes sébacées et. d'une atrophie de la peau. C'est Yichthyose Unité.
L'ichthyose cornée est caractérisée par des saillies non plus lamelleuses, mais pleines et coniques; dans son état le plus simple, elle est constituée par de petites aspérités
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arrondies, saillantes au-dessus du niveau de la peau, et figurant une chair de poule exagérée. Ces aspérités, ordinairement assez rapprochées les unes des autres, donnent à la peau un aspect rugueux, et à la vue aussi bien qu'au toucher, elles rappellent l'idée d'une râpe. Celte difformité, quelquefois répandue sur tout le corps, se rencontre principalement à la face externe des bras et des cuisses. J'ai été consulté un grand nombre de fois par des jeunes filles et par des femmes désolées de cet aspect de la peau, qui s'associe souvent avec une rougeur habituelle des épaules et des bras. On avait d'abord attribué ces saillies de la peau à l'hypertrophie des papilles; avec les auteurs contemporains, je place le siège anatomique de cette altération dans l'épiderme qui recouvre les follicules pileux, le plus ordinairement dépourvus de poils ou garnis seulement d'un poil rudimentaire.
L'ichthyose cornée peut être bien plus prononcée; dans certains cas, la peau a une rudesse toute particulière, et elle est parsemée d'excroissances dont la forme varie : tantôt ce sont des tumeurs verruqueuses; d'autres fois ce sont des saillies coniques semblables aux piquants du hérisson, ou des espèces d'ergots irrégulièrement disséminés ou rangés symétriquement de manière à simuler les crins d'une brosse. Dans ces circonstances, on a comparé la peau au cuir de l'éléphant, à la peau des jambes des rhinoncéros, ou même à J'enveloppe cutanée des porcs-épics, d'où les hommes porcs-épics dont on trouve l'histoire dans quelques auteurs du siècle dernier et du commencement de celui-ci. Les plus curieux de ces individus à peau de bête ont été certainement les frères Lambert, dont l'histoire a été racontée par Tilesius (1), Buniva et Alibert, et qui présentaient sur presque toute
(1) W. Tilesius, Ausfuhrliche Beschreibung und Abbildung der Stachelschweinmensclien, aus der englischen Familie Lambert, oder « Ihe Parcupine man ». Àltenburg, 1802.
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l'enveloppe cutanée, là face, la paume des mains et le bout des doigts exceptés, des écailles cornées, de forme conique ou prismatique, de dimension et de longueur variables, quelques-unes ayant un pouce de long ; celles qui étaient situées sur le dos, sur les flancs, sur les parois abdominales étaient séparées les unes des autres par leur sommet, mais réunies par leur base; la tête de ces écailles était noire, la racine blanche et le corps grisâtre; elles étaient d'une assez grande fragilité.
Dans certains cas d'ichthyose cornée avec saillies dures et élastiques, on a signalé encore comme une curiosité très remarquable le bruit qu'elles sont quelquefois susceptibles de rendre lorsque la main les touche ou lorsqu'on les frotte rapidement avec une certaine force ; ce bruit, dit Alibert, a la plus grande analogie avec celui qui résulte du froissement de la terre par le serpent à sonnettes.
Dans ces cas rares d'excroissances cornées, quelle est la nature de ces saillies ? dans quelle partie élémentaire de la peau prennent-elles naissance? C'est ce qu'il est impossible de dire, ces exemples ayant été observés avant les progrès de l'anatomie pathologique. Il me paraît néanmoins difficile d'admettre, comme l'ont avancé certains auteurs, que ces appendices pointus ou arrondis soient le résultat de la sécrétion exagérée et de l'endurcissement de la matière sébacée, concrétée jusqu'à figurer des espèces de cornes ou de piquants, et s'élevant à travers l'orifice des follicules.
Quelle que soit l'apparence de l'ichthyose, qu'elle soit nacrée, serpentine ou cornée, elle occupe ordinairement la presque totalité du corps : elle est généralisée ; certaines régions cependant présentent des lésions plus prononcées, et certaines autres en sont exemptes : c'est ainsi que dans l'ichthyose nacrée, les squames sont toujours plus épaisses aux environs des genoux, aux coudes,
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à la partie externe des bras et des cuisses ; les squames manquent au contraire habituellement aux aisselles, aux aines, aux environs des parties génitales, à la paume de la main et à la plante des pieds. Dans l'ichthyose serpentine, il n'est pas rare de trouver les lésions plus marquées dans le sens de la flexion des membres et du tronc. Dans Tichthyose cornée, les saillies sont surtout prononcées à la partie externe des membres et à la partie postérieure du tronc. La face est assez souvent exempte des lésions ichthyosiques ; dans Tichthyose nacrée, il existe quelquefois, à la figure, des squames fines, peu étendues et assez adhérentes, qui ressemblent aux écailles épidermiques qu'on rencontre dans le pityriasis. Au cuir chevelu, la peau est sèche, écailleuse, et les cheveux sont clairsemés et très secs.
Dans toutes les variétés d'ichthyose, les lésions sont toujours identiques, de forme et d'intensité, sur les deux côtés du corps; les deux parties similaires se ressemblent complètement.
Mais l'ichthyose n'est pas toujours généralisée ; assez souvent elle est circonscrite à une région ou à plusieurs régions voisines, quelquefois même elle n'occupe qu'une étendue très restreinte. J'ai eu occasion d'observer un assez grand nombre de ces ichthyoses locales, qui ont été à peine mentionnées par les auteurs, et qui donnent lieu fréquemment à des erreurs de diagnostic. Je crois d'autant plus important de signaler cette variété qu'elle est peu connue. Elle est caractérisée d'ailleurs par une coloration rouge, plus ou moins foncée de la peau, et par une desquamation fine et furfuracée ordinairement blanche ; quelquefois il n'y a que de la sécheresse et de la coloration, sans squames. L'altération de la peau est toujours circonscrite, exactement délimitée, et parfaitement symétrique des deux côtés du corps.
Ces khthyoses locales peuvent se rencontrer dans
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toutes les régions, mais on les observe principalement i la face, à la paume des mains et à la plante des pieds. A la face, le siège le plus commun de cette lésion est cer* tainement aux sourcils; elle se manifeste par une tache rouge allongée occupant la place destinée aux sourcils et s'étendant quelquefois un peu au delà; sur cette tache se voient des squames blanches, fines et asàez adhérentes, lesquelles occupent la place des poils ordinairement très courts, très clairsemés et quelquefois même manquant complètement : celte absence de l'élément pileux sert encore à rendre plus visible la rougeur et la desquamation. Celte altération de la peau est absolument identique de forme et d'étendue à droite et à gauche. J'ai vu trois fois la même lésion squameuse, avec une coloration semblable, occuper les deux joues, et Willan cite le cas d'une dame ayant une large tache d'ichthyose couvrant chaque joue et s'étendant sur le nez, en se rejoignante celle du côté opposé (1). J'ai également observé plusieurs fois sur la tête une altération caractérisée par des squames et par une sécheresse parcheminée du cuir chevelu ; celte lésion est prise ordinairement pour du pityriasis, mais sa permanence et sa résistance aux moyens cura tifs m'ont engagé à la rattacher à l'ichthyose ; dans cet état, les cheveux sont rares, fins et très secs. La variété d'ichthyose dont je m'occupe, peut également exister au tronc : j'ai eu occasion d'observer, il y a quelques années, une personne atteinte depuis son enfance d'une affection cutanée occupant les deux épaules, les deux bras et la moitié des avant-bras, et caractérisée par une coloration grisâtre de la peau, ainsi que par l'existence de squames 1res fines et très adhérentes. Ce malade, attaché à la diplomatie et ayant beaucoup voyagé, avait été examiné par un grand nombre de médecins qui avaient donné à son affection
(1; Willan. Synopsin of cutaneous Dùensei. Loodeo, 1808.
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les noms les plus divers. La permanence de cet état de la peau, sa résistance à tous les moyens thérapeutiques employés, et surtout la symétrie parfaite des taches qu'on observait des deux côtés, m'engagèrent à le considérer comme une ichthyose partielle.
Plus souvent que dans les régions dont je viens de parler, f ichthyose est localisée à la paume des mains et à la plante des pieds, ordinairement dans ces quatre parties, quelquefois aux deux parties similaires, supérieures ou inférieures seulement. L'affection est caractérisée alors par une sécheresse particulière, comme ligneuse, des pieds ou des mains, qui sont lisses, luisants à leur face interne, et qui présentent une multitude de lignes entrecroisées. En touchant ces parties, et particulièrement en donnant la main aux personnes atteintes de cette difformité, on éprouve une sensation de sécheresse toute particulière qui, pour des médecins exercés, peut servir à la faire reconnaître. 11 y a absence complète de transpiration dans les parties affectées. Cet état particulier des pieds et des mains coïncide souvent, ainsi que je l'ai déjà dit, avec l'ichthyose généralisée, quelquefois avec une ichthyose cornée des membres ; mais dans un assez grand nombre de cas, elle existe seule, sans qu'on trouve ailleurs ni squames, ni sécheresse de la peau.
Une altération assez semblable de la paume des mains peut survenir chez certaines personnes exerçant une profession qui expose à manier continuellement des substances irritantes, telles que les épiciers, les teinturiers, les confiseurs, et surtout les cuisiniers et les cuisinières. Ces personnes présentent à la paume des mains un épiderme sec, luisant et parsemé de rides nombreuses. Cette altération est souvent consécutive à plusieurs attaques d'eczéma des mains. C'est là Yichthyose professionnelle dé certains auteurs, qui diffère de la véritable ichthyose par ce fait qu'elle est acquise et non congénitale, qu'elle
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peut se dissiper par la cessation de la cause profession* nelle qui Ta fait naître, et aussi parce qu'elle n'existe pas toujours au même degré dans lès deux mains, souvent inégalement exposées aux contacts irritants. . Le plus ordinairement l'ichthyose ne se manifeste que par les caractères objectifs dont je viens de parler ; il est très rare qu'elle s'accompagne de quelque sensation douloureuse. Dans les cas d'ichthyose nacrée intense, il y a quelquefois une légère raideur dans les membres, et une certaine difficulté de mouvement dans les points recouverts de squames. La sensibilité tactile est parfois un peu émoussée dans les mêmes régions, et les ichthyosiques se plaignent quelquefois d'un sentiment de sécheresse de la peau qui leur est assez pénible. Mais, je le répète, dans la presque unanimité des cas, le caractère distinctif de l'ichthyose est l'absence de toute sensation morbide et de tout phénomène symptomatique. Il n'y a également aucun trouble dans la santé générale. '
Marche, durée. — L'ichthyose est ordinairement congénitale, ou du moins, si l'on ne s'aperçoit pas tout de suite de la lésion de la peau, on la découvre plusieurs mois après la naissance. Il est bien rare de constater pour la première fois le développement de l'ichthyose vraie chez des individus âgés de plusieurs années ; lorsque cela arrive, il faut croire que la sécheresse et l'altération de la peau n'avaient pas été reconnues tout d'abord ; c'est ce qui arrive souvent dans les icbthyoses peu prononcées et surtout dans les ichthyoses locales. Les lésions cutanées que j'ai indiquées sous les noms d'ichthyose sénile et d'ichthyose professionnelle font exception à cette règle générale, et par cela même diffèrent radicalement de la véritable ichthyose.
* Une fois développée, l'ichthyose persiste indéfiniment; sous l'influence de bains, de lotions et de quelques autres moyens thérapeutiques, surtout lorsqu'il s'agit de l'ich-
■AftDY. — Malad. de la peau. 6
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thyose nacrée, la peau peut paraître reprendre les conditions normales, mais cette amélioration n'est que momentanée, et l'altération reparaît avec tous ses caractères, et dans les mêmes conditions de siège et d'intensité, dès qu'on suspend les moyens artificiels employés.
Chez quelques ichthyosiques, on a constaté que les squames et les autres productions épidermiques tombaient à certains moments de l'année ; il y a là une sorte de mue comparable à cette qui est observée chez un assez grand nombre d'animaux. Les frères Lambert, ces hommes porcs-épics dont j'ai parlé, étaient sujets à une mue périodique, aux approches de l'hiver et du printemps; les excroissances se détachaient, et de nouvelles écailles se reproduisaient dans l'espace d'un mois. J'ai vu plusieurs fois l'ichthyose disparaître complètement pendant Tété, et la peau devenir susceptible de transpiration pendant la saison chaude. Chez presque tous les ichthyosiques, les squames augmentent d'épaisseur pendant l'hiver.
A natomie pathologique. — Dans l'ichthyose, la lésion principale consiste dans une production exagérée de l'épiderme; en même temps les papilles sont augmentées de volume et leurs vaisseaux sont dilatés ; le derme est épaissi et condensé. Dans quelques cas, suivant Baerensprung et Neumann, il existe dans le corps muqueux un grand nombre de granulations pigmentaires qui expliquent la teinte foncée de la peau dans les ichthyoses grises et noires. Les follicules pileux et sébacés sont diminués en nombre et atrophiés ; le tissu adipeux est aminci. Dans son mémoire sur les affections cutanées d'origine nerveuse, Leloir est poité à rattacher l'ichthyose à une altération du système nerveux; il s'appuie d'abord sur ce fait qu'à la suite d'une lésion traumatique ou autre d'un nerf, on voit souvent la peau auquel il aboutit devenir sèche et prendre un aspect ichthyosique; puis
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il cite deux observations d'ichthyose vraie avec examen histolo|(ique des nerfs, dans lesquelles il a constaté dans ceux-ci des altérations se rapportant à la névrite dégénérative atrophique ; mais ces observations anatomiques sont bien incomplètes et en bien petit nombre, et il me parait difficile de rapporter à une altération locale des nerfs une affection aussi étendue et aussi isolée de tout autre phénomène anormal que Pichthyose.
Diagnostic. — Le diagnostic de l'ichthyose, surtout lorsqu'elle est généralisée, est ordinairement facile : la sécheresse de la peau, les productions épidermiques disposées très symétriquement, l'absence de tout symptôme, la persistance de la lésion cutanée et sa résistance à tous les moyens thérapeutiques, sont des caractères tellement distinclifs, qu'il est rare qu'on méconnaisse cette difformité de la peau et qu'on la prenne pour une maladie squameuse. Toutefois cette erreur peut être faite, et surtout dans le cas d'ichthyoses locales, caractérisées seulement par une légère coloration de la peau et parla présence de quelques squames. J'ai vu commettre plusieurs fois cette faute de diagnostic, d'autant plus facile, que ces ichlhyoses localisées sont peu connues, et qu'elles n'ont pas été décrites dans les traités classiques de dermatologie : quelques auteurs, Devergie, par exemple, en nient complètement l'existence. Dans ces circonstances, on devra reconnaître l'ichthyose, non seulement à l'absence de symptômes, à la durée indéfinie de la maladie, mais surtout à la symétrie parfaite et mathématique des lésions épidermiques, lesquelles sont complètement identiques de forme, d'étendue et d'intensité des deux côtés du corps. Ce caractère de symétrie parfaite m'a plusieurs fois servi à diagnostiquer des ichthyoses pitfayriasiques qui avaient été méconnues. Cette ressemblance des deux côtés du corps n'est jamais aussi complète dans les affections psoriasiques, pityriasiques et liché-
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Doîdes qui présentent quelque similitude d'aspect avec les ichtbyoses partielles.
Pronostic. — L'ichthyose ne s'accompagne d'aucun symptôme local et d'aucun trouble dans la santé générale; j'ai déjà dit que ce n'était pas une maladie à proprement parler; elle n'entraîne par son existence aucun danger, mais c'est une difformité permanente et incurable. Les personnes qui en sont affectées, surtout dans la classe élevée de la société, en ressentent souvent un grand chagrin ; j'ai vu plusieurs ichthyosiques ne pas oser se marier, de peur d'inspirer de la répugnance à leur conjoint et de peur d'avoir des enfants atteints de la même affection. J'ai constaté plusieurs cas de manie mélancolique survenue par le seul fait de cette lésion cutanée. Chez les femmes particulièrement, les ichthyoses, même les plus légères, sont une cause de profonde tristesse et souvent d'altération de la santé générale.
A propos du pronostic, j'ajouterai que les ichthyosiques sont souvent atteints d'eczéma, et que chez eux cette maladie est très longue et très rebelle; elle est néanmoins susceptible de gué ri son.
Étiologie. — La véritable ichthyose est ordinairement congénitale, on la constate au moment de la naissance ou plus souvent dans les quelques mois qui la suivent. Elle est presque constamment héréditaire, mais cette influence étiologique n'est pas absolue : ainsi, dans une famille dans laquelle le père ou la mère sont ichthyosiques, sur trois ou quatre enfants, un ou deux seulement héritent de cette difformité, il est rare que tous les enfants en soient affectés, cela peut arriver cependant. Quelquefois il n'y a que les personnes d'un seul sexe qui sont atteintes : dans la famille des frères Lambert, pendant quatre générations connues, les hommes seuls ont présenté ces excroissances épidermiques qui les faisaient' ressembler à des porcs-épiçs. L'influence, héré-
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ditaire n'a pas toujours lieu en ligne directe, il faut souvent aller la découvrir chez les grands parents, chez les oncles ou chez lestantes; mais lorsqu'on a les éléments nécessaires pour se livrer à cette recherche ascendante, il est bien rare qu'on ne trouve pas dans une famille où il existe un ichthyosique une ou plusieurs personnes atteintes de la même difformité cutanée ; et cette influence héréditaire est telle que, dans les cas où elle échappe complètement, l'exception apparente à la règle peut être expliquée, le plus souvent, par l'introduction illégitime, dans la famille, d'un individu étranger, qu'on a pu retrouver quelquefois parmi les amis ou les voisins.
Je ne voudrais pas cependant conclure d'une manière tout à fait absolue à la nécessité de l'influence héréditaire; tous les auteurs ont admis que l'ichlhyose pouvait se développer pour la première fois dans une famille, et alors on a invoqué, pour expliquer sa production, des émotions éprouvées par la mère pendant la grossesse, et se rapportant à des poissons, à des reptiles ou à d'autres animaux. Mais ces faits sont bien plus souvent supposés que prouvés par une observation rigoureuse.
L'ichlhyose existe dans toutes les classes sociales. On la constate indifféremment dans les deux sexes. Est-elle plus commune dans certains pays que dans d'autres? C'est une question difficile à résoudre dans l'état actuel de la science. Alibert dit qu'on a rencontré au Paraguay un certain nombre d'individus ayant le corps couvert d'écaillés imbriquées comme celles des poissons, et n'ayant d'ailleurs ni douleur, ni démangeaison ; mais ces assertions, dues aux premiers missionnaires parvenus au Paraguay, n'ont pas été confirmées par les relations des voyageurs qui ont pénétré ultérieurement et en grand nombre dans ces contrées aujourd'hui suffisamment connues.
Traitement. — Il n'y a pas de traitement curatif à op-
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poser à l'ichthyose vraie; quelle que soit sa variété, c'est une difformité au-dessus des ressources de l'art; oo ne doit, contre cette lésion cutanée, avoir en vue qu'un traitement palliatif. C'est à l'aide de bains, de lotions, d'onctions avec certaines pommades qu'on peut espérer diminuer et même faire disparaître complètement, mais momentanément, les squames épidermiques accumulées à la surface du corps. C'est principalement dans l'ichthyose nacrée qu'on peut espérer quelque chose de ces moyens thérapeutiques; on devra surtout compter sur l'effet des bains alcalins, ou mieux des bains savonneux préparés par l'addition de 500 grammes de savon dans un bain d'eau tiède; on devra également prescrire des lotions quotidiennes avec le savon noir étendu d'eau, avec l'huile, des onctions avec les pommades goudronnées contenant d'un dixième à un quart de goudron ou d'huile de cade. A l'aide de ces soins toujours renouvelés, la sécheresse de la peau diminue, et les productions épidermiques continuellement enlevées, peuvent disparaître; mais la lésion se montre de nouveau dès qu'on cesse ou dès qu'on éloigne ces moyens artificiels.
Tout remède interne est inutile et peut être nuisible. Willan conseillait l'administration interne du goudron végétal, du soufre, de l'arsenic : ces divers médicaments n'ont jamais donné de résultats favorables; il faut s'en abstenir.
Dans une affection de l'enveloppe cutanée, on devait essayer l'effet des eaux minérales administrées en bains ; c'est ce qui a été fait, et les ichthyosiques qui appartiennent à la classe fortunée de la société ne manquent pas d'aller demander leur guérison aux diverses eaux minérales. Je dois dire que toutes les eaux chaudes, quelle que soit leur composition, font du bien, mais qu'aucune ne guérit. Pendant le traitement thermal, sous l'influence d'un bain quotidien et prolongé, les squames se déta-
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