‹ Traité pratique et descriptif des maladies de la peauChapitre 21 sur 82 · HYPERTROPHIE DES POILS · texte numérisé non relu

HYPERTROPHIE DES POILS

ménopause qu'on observe ce développement du système pileux; quelquefois cependant il a lieu au moment de la puberté. Chez ces femmes à barbe, la menstruation est ordinairement irrégulière, quelquefois même elle fait complètement défaut; de plus, ces femmes ont quelque chose de masculin dans la tournure et même dans la voix, et chez quelques-unes on a rencontré quelque anomalie dans les organes génitaux, particulièrement un développement exagéré du clitoris.

Le développement exagéré des cheveux ou des poils peut être congénital, ou du moins se manifester peu de temps après la naissance; quelquefois il a lieu au moment de la puberté, et chez certaines femmes, comme je l'ai déjà dit, on voit apparaître la barbe lors de la cessation naturelle des règles. La difformité pileuse peut être héréditaire. On a rapporté que certaines peuplades de l'Asie, particulièrement au Japon (chez les Aïnos, tribu de pêcheurs, vivant à Yeso, au nord du Japon), ont la chevelure très touffue, la barbe très épaisse et très longue, et le reste du corps couvert de poils. Dans quelques cas de polylrichies partielles et acquises, on a pu invoquer comme cause l'influence de quelques topiques irritants, tels que vésicatoires, liniments alcooliques, pommades iodurées ou mercurielles.

Chez les enfants nouveau-nés qui naissent avec un développement exagéré des poils couvrant non seulement le cuir chevelu, mais la face, on voit, le plus ordinairement, ces poils tomber spontanément au bout de quelques jours ou de quelques semaines. Mais, que la polytrichie soit congénitale ou qu'elle soit acquise plus tard, quand elle a duré un certain temps, elle persiste indéfiniment, et elle constitue une difformité permanente contre laquelle on ne peut employer aucun traitement curatif, si ce n'est la destruction des follicules pileux par des caustiques, et particulièrement par le galvano-cautère. C'est

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surtout lorsqu'il s'agit de poils développés sur le visage des femmes que le médecin est consulté sur les moyens à employer pour les faire disparaître ; malheureusement, sauf la cautérisation, qui est minutieuse et douloureuse dans son application, et qui laisse des cicatrices saillantes, on n'a à sa disposition que des moyens palliatifs, qui consistent dans l'épilalion, dans l'emploi de topiques épilatoires ou dans l'abrasion. Je ne conseille pasl'épilation qui n'a qu'un effet momentané et qui laisse repousser les poils souvent plus gros et plus foncés qu'avant leur avulsion. Je ne suis pas d'avis non plus d'employer les préparations épilatoires composées d'orpiment et de chaux éteinte, à parties égales, qu'on délaye dans de l'eau, ou bien de sulfure de calcium mélangé à de l'amidon et également délayé dans de l'eau. Ces poudres et ces pâles doivent être .appliquées pendant quatre à cinq minutes pour attaquer le poil et pour le faire tomber; leur contact détermine sur la peau une irritation qui se traduit par de la rougeur et qui peut amener des éruptions eczémateuses chez les personnes herpétiques ; de plus le poil n'est atteint que dans sa partie extérieure et ne tarde pas à repousser. Suivant moi, il est préférable de raser de temps en temps les poils importuns, ou mieux de les couper avec des ciseaux lorsqu'ils ont acquis une certaine longueur et lorsqu'ils sont trop apparents. 11 est évident que ce traitement palliatif n'est même pas applicable pour les poils qui recouvrent les nœvi saillants et colorés, qui seraient encore plus laids s'ils étaient débarrassés de la fourrure qui les cache.

b. Trichiasis.

A côté de la polytrichie, je mentionnerai le trichiasis, constitué par le défaut de direction des poils, qui croissent de travers et qui vont irriter la peau ou les mem-

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branes muqueuses environnantes. Cette anomalie se voit pour les sourcils et surtout pour les cils, lesquels poussant en dedans, irritent la conjonctive palpébrale et oculaire, et déterminent des ophthalmies de cause spéciale qu'on guérit par l'avulsion des poils déviés.

c. Trichoma.

Mais je signalerai surtout le trichoma ou plique, mots qui s'appliquent à un état morbide particulier, caractérisé par l'enchevêtrement et le feutrage des cheveux ou des poils; et comme cette affection a été observée principalement en Pologne, elle est désignée vulgairement sous le nom de plique polonaise.

La plique a été décrite avec de grands détails par des médecins polonais, russes et allemands, et l'on peut avoir une idée assez exacte de ce que Ton comprenait sous -ce nom, en lisant, dans le Traité des dermatoses d'Alibert, l'article consacré à l'histoire du trichoma, lequel constituait pour cet auteur un genre particulier dans son groupe des dermatoses teigneuses. D^ns toutes ces descriptions, on voit que la plique était caractérisée principalement par l'abondance, la longueur et l'enchevêtrement des cheveux, devenus gras, inextricables, rassemblés en nattes, en touffes, en chignons, peuplés de poux et de lentes, et exhalant une odeur infecte; quelquefois même on a noté la même altération des poils des aisselles et du pubis. On a décrit également chez les malades atteints de ces lésions pileuses un malaise général, des douleurs et de l'engourdissement dans les membres, un sentiment d'abattement et même quelquefois du délire et de la fièvre, phénomènes qui semblaient accuser l'influence de la maladie capillaire sur la santé générale. Plus récemment , en 1 845, un auteur allemand , Gunsburg, a décrit un parasite végétal, analogue au trichophyton,

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qu'il dit avoir Irouvé sur les poils atteints de trichoma e qu'il a considéré comme la cause de cette maladie.

Mais des observations plus attentives, dues à plusieurs médecins, parmi lesquels je citerai principalement Beschorner (1843), Hamburger (186l),Dietl(l863), Hebra et Kaposi, ont démontré d'une manière irrécusable que le trichoma ne constituait pas un genre nosologique légitime, et que cet état du système pileux, décrit avec tant de soin par les historiens et par certains médecins, était dû à la malpropreté qu'engendre souvent la misère ou la malpropreté, et à l'existence de quelques affections du cuir chevelu mal soignées, telles que l'impétigo, l'acné sébacée, la trichophytie et surtout la phthiriase. J'ai eu, pour ma part, l'occasion de voir plusieurs fois, à Paris des femmes présentant une chevelure mêlée, feutrée, exhalant une odeur fétide, et offrant tous les caractères de la maladie connue sous le nom de plique, mais dont l'origine devait être attribuée à la présence de nombreux poux qui avaient déterminé au cuir chevelu l'affection décrite par Willan et Bateman sous le nom d'împetigo granulala. Quant aux phénomènes généraux qu'on a rattachés à la plique, il faut y voir de simples coïncidences, et les rapporter à d'autres maladies qui ont souvent précédé l'altération du système pileux, et qui, constituant pour ceux qui en étaient atteints, une cause de misère et d'incurie, ont dû être pour beaucoup dans la négligence des soins indispensables de propreté.

On ne doit donc pas admettre aujourd'hui la plique comme une maladie distincte ; et ce qui prouve la vérité de cette assertion, c'est que, dans les parties de la Pologne où le bien-être et l'habitude des soins de propreté ont pénétré, la plique a disparu ou qu'on n'en retrouve plus que de rares exemples.

Traitement. — Antérieurement à l'époque actuelle, non seulement on croyait à l'existence de la plique,

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mais on avait établi en principe qu'il était dangereux de la guérir, et les malheureux atteints de cette dégoûtante affection, restaient souvent toute leur vie condamnés aux souffrances qu'elle engendrait pour les malades et à la répugnance qu'elle inspirait aux autres. De la connaissance de la cause, résulte la base du traitement, qui consiste uniquement dans l'ablation des cheveux avec des ciseaux, dans le lavage des parties pileuses avec de l'eau de savon, et dans l'emploi des poudres ou des pommades parasiticides en cas de phthiriase, ou dans l'emploi des moyens dirigés contre l'eczéma et les autres affections du cuir chevelu qui sont le point de départ de l'altération de la chevelure. Avec l'aide de ces moyens bien simples, la guérison est facile et certaine ; et, en conseillant les soins de propreté les plus vulgaires, les médecins polonais ont réussi à faire disparaître presque complètement la plique des pays où elle régnait d'une manière qui paraissait endémique.

d. Alopécie.

Au lieu de croître outre mesure, le système pileux peut présenter des altérations caractérisées par un défaut de développement, et l'on a donné à cet état anormal le nom d'alopécie (du mot grec àXwmjÇ, renard) parce que, diton, le renard serait sujet à une affection cutanée, entraînant la chute des poils. L'alopécie est donc, à proprement parler, l'absence ou la chute des poils; mais, dans le langage ordinaire, cette expression s'applique surtout à la chute ou à l'absence des cheveux, et devient ainsi à peu près synonyme de calvitie, ce dernier mot s appliquant d'ailleurs plus spécialement à l'absence presque complète et irrémédiable des cheveux. Aussi, sans restreindre complètement le sens du mot, je m'occuperai principalement

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i(K> DIFFORMITÉS DE LA PEAU.

de l'alopécie céphalique, comme étant la plus commune, la plus apparente et la plus importante.

L'alopécie est loin d'être toujours la même, et de se présenter dans les mêmes conditions : elle peut être congénitale ou acquise, et, dans ce dernier cas, elle estidiopalhique ousymptomatique. Au point de vue pratique, ces divisions sont capitales. Je devrais ici ne parler que de la calvitie idiopathique et définitive, véritable difformité ; mais, pour ne pas scinder l'histoire de l'alopécie, je dirai quelques mots de celle qui est symptomatique et et transitoire.

Alopécie congénitale. — L'absence congénitale des cheveux, des sourcils, des cils, et le défaut du développement des poils sur les régions qui en sont ordinairement recouvertes, est un fait rare, mais qui a été observé. Tantôt cette difformité est complète, le plus souvent il existe quelques poils follets sur le cuir chevelu et sur les parties «qui devraient être recouvertes de poils. Les enfants ou les adultes qui présentent celte anomalie du système pileux sont, en général, faibles et délicats ; par suite de l'absence de cils, leurs paupières sont rouges et la vision est faible; leur caractère est habituellement en rapport avec leur faiblesse physique : ils sont timides et craintifs. Ordinairement l'alopécie est permanente; quelquefois cependant on voit quelques poils se développer à l'âge de la puberté.

Alopécie acquise. — Dans la presque unanimité des cas, les cheveux ont existé, mais ils tombent, et l'alopécie est acquise. Alors, ou elle survient par l'effet de l'âge ou d'une disposition spéciale, elle est idiopathique ; ou bien elle est symptomatique d'une maladie dont elle n'est qu'un effet. Il nous faut encore ici nous arrêter à ces divisions.

Alopécie idiopathique. — Chez la plupart des hommes et des femmes, le système pileux est atteint dans son acti-

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vite par l'effet de l'âge ; non seulement les poils blanchissent, mais ils tombent et ils deviennent bien moins nombreux : c'est surtout à la tête et au pubis que celte alopécie sénile est plus prononcée. Les cheveux sont atteints par cette chute plus tôt et d'une manière bien plus marqué chez les hommes que chez les femmes, sans qu'on puisse en savoir la cause. Cette calvitie, survenant avec les années, est pour ainsi dire physiologique; mais certaines personnes, bien portantes d'ailleurs, perdent leurs cheveux et leurs poils de bonne heure, et sans qu'on puisse invoquer comme explication le nombre des années. Ce défaut d'activité du système pileux constitue la véritable alopécie idiopathique, qu'on observe souvent chez tous les membres d'une même famille, et qui survient alors par le fait d'une disposition héréditaire. On a remarqué en général que cette chute prématurée des cheveux était complètement indépendante delà santé générale, de la nature du tempérament et de la force de la constitution. La seule chose à noter chez les personnes qui perdent leurs cheveux prématurément, c'est qu'elles ont presque toutes un sentiment habituel de chaleur à la tête, et que leur cuir chevelu est souvent couvert de sueur. Cette sensation persiste même quelquefois après la chute des cheveux; et il n'est pas rare de rencontrer dans la rue des gens chauves tenant leur chapeau à la main, pour ne pas augmenter la chaleur qu'ils éprouvent continuellement à la tête. J'ajouterai néanmoins que cette calvitie prématurée est observée fréquemment chez les goutteux, et qu'elle peut être considérée, ainsi que la canitie précoce, comme un des caractères habituels de la goutte.

Qu'elle. survienne par le progrès de l'âge ou d'une manière prématurée, la calvitie idiopathique se présente avec des caractères particuliers. Bien rarement complète, chez l'homme elle est surtout marquée en avant et

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en haut de la tète : le front et les tempes sont dégarnis; il s'établit au sommet de la tête une tonsure qui va en s'élargissant ; mais il reste ordinairement en arrière et sur les côtés une couronne de cheveux plus ou moins étendue, plus ou moins épaisse, qui encadre le milieu du cuir chevelu, devenu lisse et luisant. Chez les femmes, les régions pariétales sont les premières dégarnies, et il est bien rare que la calvitie parvienne au même degré que chez les hommes. Très souvent l'alopécie est une simple déformation de la beauté de la tête, et elle n'entraîne aucun inconvénient; chez quelques personnes, cependant, la perte des cheveux, en dégarnissant la tête, expose à quelques accidents consécutifs au refroidissement, c'est ainsi qu'on voil les coryzas, les douleurs rhumatismales et névralgiques de la tête se développer fréquemment et avec une grande facilité chez certaines personnes chauves.

Alopécie symploma tique. — L'alopécie n'est pas toujours l'effet de l'âge ou d'une disposition spéciale; souvent elle est consécutive à une maladie dont elle n'est qu'un des effets, et alors, ou cette maladie siège dans une tout autre région que la tête, ou c'est une affection du cuir chevelu. Cette distinction dominant toute la thérapeutique de l'alopécie, nous devons encore l'établir.

Toutes les maladies graves sont susceptibles de produire la chute des cheveux; ce phénomène survient comme un des symptômes de l'anémie et de l'affaiblissement de la vitalité, qui sont observés soit pendant le cours des maladies chroniques, à forme cachectique, soit à la suite des maladies aiguës. Dans ces différentes circonstances, outre la faiblesse de l'économie, on peut encore, pour expliquer la chute des cheveux, invoquer les défauts de soins et de propreté, ainsi que les sécrétions exagérées de sueur et d'humeur sébacée qui ont lieu sur le cuir chevelu. Parmi les maladies chroniques

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qui amènent l'alopécie, nous citerons d'abord la phthisie pulmonaire : les sueurs abondantes qui recouvrent le tronc et la tète, dans la troisième période de cette affection, sont peut-être pour beaucoup dans la chute des cheveux; nous mentionnerons ensuite la chlorose, dans laquelle on voit les cheveux se décolorer, devenir secs, ternes, et tomber dans une proportion plus ou moins grande.

L'alopécie est encore un des symptômes assez fréquents de la syphilis à la seconde période ; elle survient habituellement de deux à huit mois après le phénomène primitif; quelquefois elle coïncide avec des éruptions spécifiques du cuir chevelu. Mais comme elle survient aussi en l'absence de toute affection locale de cette région, on doit la rattacher plus souvent à l'influence exercée par la maladie sur la santé générale. Dans une autre affection, également constitutionnelle, dans la lèpre, on voit Talopécie apparaître comme un symptôme habituel de la seconde ou de la troisième période, lorsque se montrent les tubercules, et surtout au moment où leur ulcération coïncide avec un affaiblissement général. La chute des cheveux s'accompagne ordinairement alors de la chute des sourcils, des cils, de la barbe et des poils de quelques autres régions. Daiis ces diverses circonstances, il est rare d'ailleurs que l'alopécie soit complète.

Chez des personnes qui présentent les symptômes non équivoques de goutte, on rencontre assez souvent l'alopécie, pour que je me croie en droit de rattacher à cette maladie certaines alopécies survenant chez des gens encore jeunes, et chez lesquels on pourrait croire, au premier abord, à une alopécie idiopathique. Je pense même qu'on peut expliquer par le fait de la diathèse goutteuse beaucoup d'alopécies héréditaires, et alors, comme je l'ai déjà dit, la transpiration habituelle et abondante à la tête doit jouer un rôle important.

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La chute des cheveux, comme je l'ai dit, survient souvent à la suite des maladies aiguës graves ; c'est au moment de la convalescence qu elle se manifeste. Les affections après lesquelles on observe les alopécies les plus considérables sont la fièvre typhoïde et les fièvres éruptives, et peut-être plus particulièrement la scarlatine. A la suite des couches, on voit habituellement les cheveux tomber dans une proportion quelquefois très considérable. Dans ces différents cas, comme dans les maladies chroniques, l'alopécie qui survient est un des symptômes de l'anémie qui accompagne la convalescence, et qui se traduit par la pâleur du visage, par l'amaigrissement et par la perte des forces. Elle est d'ailleurs susceptible de disparaître avec les autres symptômes d'affaiblissement général ; chez quelques personnes cependant, les cheveux qui repoussent ne sont pas en aussi grand nombre que ceux qui sont tombés.

L'alopécie symptomatique d'une maladie qui ne siège pas au cuir chevelu ne se présente pas avec les caractères de l'alopécie idiopathique. Au lieu d'affecter, comme cette dernière, certaines régions de la tête, elle est disséminée, et elle atteint la totalité du cuir chevelu; tous les cheveux ne tombent pas, mais tous sont altérés; ils deviennent secs, grêles; la moindre traction les arrache, le peigne en enlève un grand nombre, et ils tombent spontanément de tous côtés, de manière qu'au bout d'un certain temps ils sont clairsemés, et la chevelure se trouve réduite dans une proportion plus ou moins considérable.

Je citerai encore comme des cas d'alopécie symptomatique toute spéciale l'absence de la barbe chez les eunuques et la chute des poils de la même région chez les hommes qui subissent l'opération de la castration.

Après avoir parlé de la chute des cheveux qui est le résultat d'une altération de la santé générale, je dois

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passer aux faits d'alopécie consécutive à une maladie locale du cuir chevelu. Dans celte catégorie, nous rencontrerons toutes les maladies de la peau affectant la tête» et particulièrement l'érysipèle : à la suite de cette dernière affection, il n'est pas rare de voir les cheveux tomber presque complètement. Nous trouvons également l'alopécie dans le psoriasis, dans le pityriasis, dans l'eczéma, dans l'impétigo du cuir chevelu. L'acné sébacée concrète, qui se manifeste sous la forme d'une crasse molle, jaune ou grisâtre, recouvrant le cuir chevelu, s'accompagne de même d'une chute très notable des cheveux, laquelle persiste souvent après la guérison de la sécrétion morbide.

Mais on doit surtout signaler l'alopécie qui résulte des maladies parasitaires végétales, et qui survient dans les parties où siège le champignon. Contrairement à ce qui s'observe dans les maladies dont nous avons parlé antérieurement, au lieu d'être disséminée sur tout le cuir chevelu, l'alopécie est alors, ordinairement, circonscrite et bornée à l'endroit occupé par les parasites ; elle devient cependant générale lorsque la couche parasitaire s'étend à tout le cuir chevelu. L'aspect des parties frappées d'alopécie varie d'ailleurs beaucoup suivant l'espèce du para^ site. C'est ainsi que dans le favus, au moment où la tête est encore recouverte des croûtes jaunes, à godets, si caractéristiques, une partie des cheveux tombe; les autres sont secs, lanugineux et peu épais. Si la guérison est obtenue avant leur chute complète, quelques cheveux repoussent et s'ajoutent à ceux qui n'étaient pas tombés, mais généralement ils restent toujours clairsemés ; ils ont d'ailleurs une sécheresse particulière, qui tient à la destraction des follicules sébacés annexés au conduit du follicule pileux. Pour un œil exercé, cet aspect sec et clairsemé de la chevelure suffit pour faire reconnaître l'existence antérieure de la teigne laveuse. Mais si la

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maladie a duré longtemps, si les croûtes faviques ont recouvert et comprimé le cuir chevelu pendant plusieurs années, les follicules pileux finissent par s'atrophier complètement et par disparaître, et il en résulte une alopécie complète sur les points affectés. Dans les endroits qui ont été atteints, le cuir chevelu est sec, luisant, aminci, et ressemble à un morceau de parchemin ou de toile cirée. Dans l'herpès tonsurant, causé par la présence du trichophylon, la maladie se présente sous la forme de plaques arrondies sur lesquelles les cheveux sont cassés, tortillés et recouverts d'une poussière blanche. Si cette maladie n'est pas arrêtée par des moyens appropriés, elle peut également amener la destruction des follicules pileux et une alopécie persistante. Mais l'alopécie la plus remarquable est celle qui résulte de la pelade. Elle se manifeste au cuir chevelu, dans la barbe ou dans toute autre partie pileuse, d'abord par des plaques plus ou moins larges, ordinairement arrondies, complètement privées de cheveux, et sur lesquelles la peau, légèrement tuméfiée, est lisse et décolorée. Plus tard ces plaques s'élargissent, se réunissent, et l'alopécie peut devenir générale. Il n'est pas très rare de voir ainsi des malades atteints de cette affection singulière, chez lesquels il n'existe plus aucun poil sur la tête, sur la face et même parfois sur toute la surface du coi*ps, si ce n'est quelques rares et légers poils follets.

Pronostic. — Le pronostic de l'alopécie varie suivant les causes qui la produisent. On doit considérer comme irrémédiables l'alopécie congénitale et celle qui survient par l'effet de l'âge, ainsi que la chute de la barbe chez les hommes privés de testicules. La calvitie idiopathique, dépendant d'une disposition spéciale inconnue, celle qui se manifeste chez les goutteux, est également incurable. Nous en dirons à peu près autant de l'alopécie qui survient dans les maladies chroniques, et en particulier

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de celle qui accompagne la lèpre tuberculeuse. Heureusement il n'en est pas de même de l'alopécie qui accompagne la chlorose et la syphilis, ni de celle qui suit l'accouchement et les maladies aiguës. Après èlre tombés pendant un temps plus ou moins long, les cheveux repoussent, sinon d'une manière complète, au moins de manière à combler les plus grands vides. Dans la jeunesse, cette renaissance des cheveux est habituelle et souvent complète; mais à un âge plus avancé, lorsque les cheveux tombent à la suite d'une maladie accidentelle, l'alopécie peut être permanente.

Dans les maladies non parasitaires du cuir chevelu, l'alopécie n'est ordinairement que momentanée; on voit les cheveux repousser après la disparition de l'eczéma, de l'impétigo, du psoriasis et du pityriasis; si cependant la maladie a duré longtemps, si elle s'est développée chez une personne déjà âgée, les cheveux peuvent rester, pour toujours, grêles et clairsemés. Dans les maladies parasitaires affectant les régions pileuses, si le parasite n'est pas détruit promptement, et si la maladie se prolonge pendant plusieurs années, les follicules pileux peuvent être atrophiés, et il en résulte une alopécie incurable : cela se voit surtout pour le favus et pour la pelade.

Traitement. — Aucune affection n'a peut-être plus excité l'imagination des charlatans que l'alopécie : combien de cosmétiques, de lotions, de pommades, sont annoncés et vendus tous les jours, avec la prétention, habituellement chimérique, de faire repousser les cheveux tombés.

Lorsqu'on veut s'occuper sérieusement du traitement de l'alopécie, il est essentiel de se rappeler les distinctions que nous avons admises, et surtout d'avoir présentes à l'esprit les causes sous l'influence desquelles elle se produit; c'est le seul moyen d'établir un traitement rationnel de l'alopécie et de réussir quelquefois

BARDY. — Malad. de la peau. 8

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m DIFFORMITÉS DE LA PEAU.

à arrêter la chute des cheveux aussi bien qu'à en favoriser la reproduction.

En effet, il est inutile de rien entreprendre contre l'absence congénitale des poils, contre l'alopécie sénile, ni contre celle qui survient à la suite delà castration. Quant à l'alopécie idiopathique, on pourra tenter de s'opposer à ses progrès, en cherchant à ranimer la vitalité des follicules pileux à l'aide de lotions ou de pommades excitantes. Les frictions avec des liqueurs aromatiques, pures ou coupées avec de l'eau, telles que l'alcoolat de mélisse, d'arnica, de romarin, ou simplement avec du rhum ou de l'eau-de-vie; les onctions avec des pommades astringentes et excitantes, ont été quelquefois suivies d'un succès plus ou moins complet. Parmi ces pommades, nous signalerons surtout la pommade dite deDupuytren, dans laquelle entre une certaine dose de teinture de cantharides. On peut encore employer avec avantage le tannin, l'acide gallique, l'huile de ricin, une petite dose d'huile de croton, toutes substances qu'on emploie mélangées à dé l'huile d'amandes douces ou à de la moelle de bœuf. Malheureusement, le plus ordinairement, ces moyens thérapeutiques rationnels ne réussissent pas mieux que loutes les liqueurs et toutes les pommades secrètes des coiffeurs et des parfumeurs.

La thérapeutique est plus heureuse lorsqu'il s'agit de l'alopécie consécutive à la chlorose, et à l'anémie qui suit les couches et les maladies aiguës graves. La chute des cheveux étant alors un des symptômes de la débilité générale, c'est elle qu'il faut d'abord combattre par une médication reconstituante, dont les préparations de fer et de quinquina, aidées d'un régime analeptique, feront la base principale. Chez les chlorotiques, chez les individus profondément débilités, les lotions et les douches d'eau froide, le séjour à la campagne, une cure d'eau minérale, sulfureuse ou ferrugineuse, seront souvent utiles.

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Mais en même temps qu'on prescrira cette médication générale, on doit employer également quelques moyens locaux : la première précaution à prendre pour arrêter l'alopécie, c'est de couper les cheveux à un centimètre de longueur, et de revenir à cette opération deux ou trois fois, à quinze ou vingt jours de distance; puis on emploiera en onctions ou en frictions les liqueurs toniques ou les pommades excitantes dont nous venons de parler. Dans ces cas spéciaux, nous recommanderons surtout les lotions avec l'alcoolat de romarin ou avec l'huile de ricin ; puis la pommade au tannin ou à l'acide gallique, comprenant environ un vingtième de tannin et un trentième d'acide gallique. Je me suis souvent très bien trouvé, dans ces circonstances, d'une pommade comprenant 60 grammes de moelle de bœuf, 30 grammes d'huile de ricin et 3 grammes d'acide gallique.

Les mêmes principes que nous venons d'exposer sont applicables à l'alopécie syphilitique : outre le traitement spécial de la maladie principale, on doit combattre la chute des cheveux par la médication reconstituante et par les moyens locaux dont nous venons de parler. Lorsqu'il, s'agit d'individus jeunes, on voit très souvent les cheveux repousser; mais lorsque les individus atteints de syphilis sont d'un certain âge, ou lorsqu'ils ont une certaine disposition à perdre leurs cheveux, la maladie vient très souvent hâter la calvitie. Je n'ai pas besoin de dire que la chute des cheveux, dans la syphilis, n'est pas une contre-indication à l'administration du mercure, si ce médicament est indiqué par la nature des accidents ; il n'est nullement prouvé que les préparations m ercurielles fassent tomber les cheveux, et le meilleur moyen d'arrêter l'alopécie est de guérir au plus vite la maladie générale sous l'influence de laquelle elle se produit.

Quant à l'alopécie qui accompagne les maladies du cuir chevelu, elle ne demande pas de traitement spécial, et il

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faut bien se garder alors des lotioos ou des onctions excitantes dont nous venons de parler; la meilleure manière d'en arrêter les progrès, c'est de combattre la maladie principale par les moyens appropriés à sa nature. Lorsqu'il s'agit d'affections parasitaires, il est très important d'attaquer le plus tôt possible le cryptogame par les moyens susceptibles de le détruire, afin de ne pas attendre que les follicules soient atrophiés et que l'alopécie soit considérable. Je ne dois pas d'ailleurs entrer ici dans des détails qui appartiennent à chacune des maladies qui affectent le cuir chevelu et les régions pileuses ; j'insiste seulement sur la nécessité de traiter la maladie, sans s'occuper spécialement de l'alopécie.

Avant de terminer, je dois rappeler ce que j'ai dit des inconvénients possibles de la calvitie, qui devient, pour certaines personnes, l'occasion de coryzas, et de douleurs névralgiques ou rhumatismales dans la tête; il y a alors pour elles nécessité d'obvier à la nudité de la tète au moyen d'une coiffure habituelle ou d'une chevelure artificielle, appelée vulgairement perruque et faux toupet. L'emploi de ces moyens prolhétiques constitue le traitement palliatif de l'alopécie céphalique permanente ou transitoire.

S° Dlfforarit*» des oagles.

a. Onychogryphose.

Gomme les poils, les ongles peuvent pécher par excès ou par défaut de développement; je parlerai d'abord de l'hypertrophie des ongles (onychogryphose), caractérisée par l'allongement et Tépaississement de la lame cornée, qui quelquefois même se recourbe à son extrémité libre. Tantôt l'ongle conserve sa surface lisse ; tantôt il est inégal, rugueux, noirâtre, et il peut même prendre l'aspect

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ONYCHOGRYPHOSE. 117

d'une véritable corne. Cette altération affecte rarement tous les ongles, souvent même elle n'en atteint qu'un seul, et alors plus particulièrement celui qui appartient au gros orteil. Au lieu d'être congénitale comme beaucoup de difformités, la déformation hypertrophique des ongles est habituellement acquise et accidentelle : elle survient à la suite d'un traumatisme, d'une pression habituelle par un travail professionnel, comme chez les cordonniers, qui présentent l'ongle du pouce gauche épaissi et dur, avec un bord libre écaillé par l'alêne; elle se produit aux pieds par l'usage d'une chaussure trop dure ou trop étroite. Chez les vieillards, par le seul fait de l'âge, il n'est pas rare de voir aux pieds plusieurs ongles devenir épais, rugueux et d'une couleur plus foncée. Dans certaines maladies de la peau, et principalement dans l'eczéma et dans le psoriasis, dans quelques cas de syphilis, les ongles deviennent inégaux, secs, cassants, et la partie cornée est repoussée au-dessus du lit de l'ongle par une substance dure et sèche qui n'est autre chose que de Tépiderme.

Le traitement de l'onychogryphose est tout mécanique; il consiste dans l'incision des ongles trop longs et dons l'ablation des aspérités, soit par des instruments tranchants, soit par des limes. Néanmoins, lorsque les difformités des ongles sont en rapport avec l'eczéma, avec le psoriasis ou avec la syphilis, le traitement général dirigé contre ces maladies finit par en amener la disparition, qui n'a lieu que lentement et ordinairement plus tardivement que les autres altérations de la peau. Il est évident que lorsque l'épaississement des ongles des orteils est dû à une pression causée par la chaussure, la première chose à faire est de supprimer la cause par l'emploi de chaussures plus larges ou plus appropriées à la forme du pied.

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b. Atrophie des ongles, onychotrophie.

L'absence des ongles, soit totale, soit plus fréquemment sur quelques doigts ou orteils, est souvent congénitale. Dans le cours de l'existence, les ongles peuvent tomber, comme cela a été observé dans quelques cas de syphilis, ou dans quelques maladies du système nerveux, et particulièrement dans l'ataxie musculaire; ils peuvent disparaître peu à peu par le raccourcissement et le racornissement des doigts, comme dans la sclérodermie. Mais ces cas sont rares, et le plus ordinairement l'atrophie des ongles se manifeste par leur ramollissement, leur amincissement et leur friabilité; d'autres fois les ongles deviennent secs, cassants ; leur extrémité libre est inégale, fendillée, leur croissance est retardée. Toutes ces altérations se rattachent à une altération profonde de la nutrition, et se rencontrent, soit momentanément, dans les maladies aiguës, traumatiques ou spontanées, soit d'une manière permanente, dans les états cachectiques et plus particulièrement chez les scrofuleux.

Comme se rattachant plus particulièrement à l'atrophie, on a signalé aussi Vachromie ou albugo des ongles, consistant dans la présence de lignes ou de points de couleur blanche, tranchant par leur couleur sur la coloration naturelle de l'ongle. On a cherché à expliquer ces taches par des vides entre l'ongle et le derme sous-jacent; mais elles appartiennent àl'ongle lui-même, puisqu'elles progressent avec lui et puisqu'elles se déplacent d'arrière en avant à mesure que l'ongle croît en longueur. Il est donc probable qu'elles sont dues à une modification histologique de la substance de l'ongle, et probablement, ainsi qu'a cherché à l'établir Arloing, à la persistance ou à la présence momentanée de l'éléidine, élément ordinaire du stratum granulosum du corps muqueux, qui manque normale-

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ment dans la substance unguéale. On a voulu rattacher ces taches à la scrofule, à la syphilis, à l'anémie : les observations manquent pour établir leur relation avec des états pathologiques bien déterminés; je puis dire cependant qu'elles coïncident habituellement avec une débilitation générale, quelle qu'en soit la cause. En dehors de cette débilité, j'ai rencontré un certain nombre de fois ces taches blanches ponctuées à la dernière période d'eczémas ayant duré longtemps, et je les ai vues disparaître au bout de quelques mois.

§ 4. — Difformités des follicules sébacés.

Les difformités des follicules sébacés comprennent Vacné miliaire, Vacné pisiforme et le molluscum.

a. Acné miliaire, varus miliaire, milium, grutum.

Celte altération des follicules sébacés qu'Alibert a décrite sous le nom de varus miliaire, que j'ai proposé d'appeler acnémiliaire, etqui a été désignée par diversauteurs sous les noms de grulum, de milium, de concrétions folliculaires est constituée par l'existence de petits grains saillants au-dessus du niveau de la peau, arrondis, un peu transparents, d'une teinte opaline, d'un volume d'une petite tête d'épingle ou d'un grain de millet, siégeant sur la face, principalement sur les paupières, sur le nez, sur le front et sur la partie de la peau qui avoisine l'orbite. On en a trouvé quelquefois sur la peau des organes génitaux. Ces petites tumeurs sont en nombre variable : quelquefois il n'y en a qu'une ou deux; d'autres fois elles sont en nombre assez considérable, et alors elles constituent une difformité apparente assez désagréable, surtout pour les femmes. Elles ne sont accompagnées d'aucune

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sensation douloureuse. Une fois formées, elles peuvent croître légèrement, mais sans jamais acquérir un volume supérieur à un grain de millet; ordinairement elles persistent indéfiniment.

L'acné miliaire résulte de l'accumulation de la matière sébacée dans un follicule, de l'oblitération du conduit excréteur et de l'induration de cette matière sébacée. Neumann, qui en a fait l'examen anatomique, a trouvé que la tumeur était constituée, extérieurement, par de l'épiderme, puis par la paroi du follicule pileux ou par celui de la glande sébacée, envoyant quelquefois à l'intérieur, pour les grosses concrétions, des cloisons de tissu conjonctif, et intérieurement, par des cellules épidermiques et des cristaux de cholestérine résultant de la transformation de la matière graisseuse sébacée.

L'acné miliaire est souvent isolée de toute autre altération cutanée; mais souvent aussi, particulièrement chez les jeunes sujets, elle accompagne quelques variétés d'acné, l'acné ponctuée, l'acné pustuleuse ou l'acné indurée. Son diagnostic est très facile: sa couleur nacrée, sa demi-transparence, l'absence d'aucun orifice, l'impossibilité d'en faire sortir aucun produit, sa persistance, la distinguent suffisamment des diverses variétés d'acné, pour qu'il soit facile de la reconnaître.

Aucun traitement médical ni topique n'est à employer contre l'acné miliaire. Pour la faire disparaître, il suffît d'égratigner la peau avec la pointe d'une épingle ou de l'inciser légèrement avec une lancette, au niveau de la petite tumeur, puis de presser au-dessous avec une pince ou avec les doigts : la matière sébacée, endurcie, est énucléée facilement et sans qu'il reste aucune cicatrice.

La sécrétion sébacée peut se calcifier et constituer ces calculs cutanés qui ont été décrits par quelques auteurs sous le nom de pierres de la peau : tel est le cas cité par Duhring, d'après le docteur Foster de Boston, d'une pe*

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tite tumeur existant sur un des côtés de la joue d'une femme de quatre-vingt-onze ans, et ressemblant par son aspect et par sa composition à un calcul urinaire : elle renfermait en effet du phosphate de chaux, un peu de carbonate de chaux, des débris épi théliaux et de la matière grasse. Elle fut enlevée par excision, et c'est en effet le seul mode de traitement à employer dans des cas semblables.

b. Acné pisiforme.

Je rattacherai encore aux concrétions sébacées de petites tumeurs arrondies, du volume d'un pois, d'une couleur d'un blanc mat ou tirant sur le jaune, tout à fait indolentes et que j'ai rencontrées un petit nombre de fois sur la peau des bourses. Elles persistent indéûniment ; mais je ne sais si elles sont congénitales, les personnes atteintes de cette difformité m'ayant -dit ne pas s'être aperçues de leur apparition et croyant les avoir toujours eues. On pourrait leur donner le nom d'acné pisiforme. Le traitement devrait consister dans l'incision superficielle des tumeurs et dans leur énucléation, comme pour l'acné miliaire.

c. Molluscum.

Historique. — Depuis Bateman, on donne le nom de molluscum à une affection de la peau caractérisée par la présence d'éminences plus ou moins volumineuses, arrondies, de consistance molle, indolentes, non susceptibles d'ulcération, développées et disséminées, ordinairement en assez grand nombre, sur la surface du corps.

Ce mot de molluscum paraît avoir été employé pour la première fois par Plenck, lequel, l'appliquant à des saillies tuberculeuses, molles, sessiles, rouges ou incolores, quelquefois hérissées de poils, a évidemment

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confondu sous la même dénomination les verrues, les nœvi et les véritables tumeurs molluscoïdes. Bateman en a donné, le premier, une description courte, mais exacte, en s'appuyant sur un fait signalé en 1793 par le professeur Tilesius, de Muhlberg, et sur deux observations personnelles. Il a défini le molluscum: une tumeur molle, peu sensible, d'une consislance souvent élastique. La description de Bateman a été reproduite parBiett, par Carswell et Thompson, par Cazenave et Schedel, et par la plupart des auteurs classiques. Le molluscum a été étudié d'après ses caractères objectifs, mais sans qu'il soit fait mention de son siège anatomique ni de sa nature. Aucune indication d'espèces ou de variétés n'avait également été donnée. Bateman, seulement, en citant l'observation d'une femme atteinte de molluscum, avait signalé la contagion comme cause probable de la maladie, la femme dont il s'agissait ayant été en contact avec un enfant atteint de la même affection ; et à partir de ce moment on avait été tenté d'admettre comme une variété spéciale le molluscum contagieux.

Des travaux ultérieurs se rapportant à l'étude anatomique des tumeurs molluscoïdes eurent pour résultat de faire reconnaître qu'on avait confondu sous le nom de molluscum deux maladies très différentes et qui doivent être distinguées : l'une, siégeant dans les glandes sébacées et consistant dans la rétention du sébum, avec persistance du conduit excréteur et avec possibilité de faire sortir l'humeur par la pression : c'est Yacné varioliforme, si bien décrite par Bazin ; l'autre, constituée par des tumeurs solides, sans contenu liquide, sans orifice, qui ont été étudiées dans leur composition anatomique par Dick, médecin anglais (1837), par Vanzetti (1867), par Virchow, par Verneuil, par Rindfleisch; par Hebra, par Michel. Celte dernière variété, comprenant des tumeurs fibreuses, doit conserver seule le nom de

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molluscum ; la première se rapporte à l'acné, et sera décrite dans l'article consacré à l'histoire de celle dernière maladie. Dans un article inséré dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, Michel a proposé de rattacher au molluscum le mycosis fongoïde ; je ne pense pas qu'on doive adopler cette manière de voir : le mycosis, par sa marche, par sa gravité et par son siège analomique, diffère totalement du molluscum. Je ne vais donc m'occuper ici que du molluscum fibreux, qui doit être placé nosologiquement parmi les difformités acquises de la peau.

Anatomie pathologique. — Les connaissances anatomiques que nous possédons sont dues principalement à Rokilansky, à Virchow, à Billroth, à Neumann, à Verneuil (1) et à Fagge. Ces tumeurs sont évidemment formées par le développement d'un lissu conjonctif fibreux, se détachant des parties profondes du derme et s'étendant en s 'allongeant, de manière à constituer des saillies plus ou moins volumineuses. En divisant par le milieu une de ces masses molluscoïdes, on voit que la tumeur offre l'aspect d'un tissu fibreux, homogène, blanc ou jaunâtre, plus dur près du pédicule, plus mou à la périphérie, et qui semble former une substance aréolaire, un peu semblable à la glande mammaire. Ce tissu est brillant; la pression en fait sortir un liquide un peu épais et de couleur blanchâtre. La tumeur est très adhérente au derme; il est difficile de l'en détacher et de l'énucléer.

Au microscope et à un faible grossissement, cette disposition fibreuse et aréolaire devient plus évidente ; on constate en effet la présence de faisceaux fibreux tantôt épais, tantôt minces, et l'existence de cellules pourvues d'un gros noyau fortement réfringent et qui s'imprègne facilement de carmin. Les vaisseaux sont en assez grand

(1) Verneuil, Mémoires de latSoc. de biologie, 1853, p. 177.

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m DIFFORMITÉS DE LA PEAU.

nombre et d'un volume assez considérable ; leur calibre est plus large à la base de la tumeur que dans sa partie périphérique. Dans quelques tumeurs, on trouve annexées des glandes sudoriparcs ou sébacées et des follicules pileux; dans les tumeurs anciennes, ces éléments glandulaires sont souvent atrophiés, les follicules pileux surtout sont vides, et la peau qui recouvre les tumeurs volumineuses est amincie et privée de poils.

D'après Kokitansky, le point de départ de la tumeur molluscoïde serait le tissu conjonctif du derme : la structure fibreuse, la profondeur, l'adhérence bien intime de la tumeur avec la couche dermique et la difficulté de son énucléation sont en faveur de cette opinion. Néanmoins Fagge et Howse ont cherché à établir que le molluscum se développe aux dépens du tissu conjonctif qui entoure le follicule pileux ou les glandes sébacées. L'association fréquente du molluscum el de l'acné varioliforme me porterait à penser qu'en effet, dans certains cas, le point de départ de la maladie doit se Irouver dans une glande sébacée, dont la sécrétion est d'abord augmentée et dont les parois conjonctives se trouvent plus tard hypertrophiées et finissent par étouffer la partie glandulaire.

Symptômes. — Le molluscum fibreux se présente sous la forme de tumeurs arrondies, tantôt sessiles, tantôt pédiculées, d'une consistance variable, ordinairement molle, mais quelquefois assez résistante; elles sontre* couvertes d'une peau normale, quelquefois amincie et parsemée de vaisseaux, principalement sur les tubérosités d'un gros volume. Leur volume varie depuis celui d'un petit pois jusqu'à celui d'une noix ou même d'une orange, on a cité des exemples de tumeurs molluscoïdes ayant atteint la grosseur du poing el même de la tête d'un enfant. Virchow rapporte le cas d'un molluscum pesant trente-deux livres et demie; ces faits sont exceptionnels : le plus ordinairement les tumeurs les plus volumineuses

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ne dépassent pas la grosseur d'une noix. Quant à leur forme, elle est arrondie ; mais les unes sont pédiculées et prennent la forme d'une poire, les autres sont sessiles et forment une tumeur ronde à base large, régulière ; quelques autres ne font qu'une très légère saillie audessus du niveau de la surface culanée, et il faut pincer la peau pour reconnaître exactement leur existence et leur volume.

La consistance des tumeurs est ordinairement assez molle : en les pressant, on a la sensation d'un tissu mollasse mélangé à des parties plus résistantes. Quelquesunes présentent une induration assez marquée ; quelques autres sont presque complètement vides et paraissent n'être constituées que par les parois de la tumeur; cependant, par la pression entre les doigts, on sent à l'intérieur comme une couche de tissu plus consistant. Ces tumeurs vides se présentent sous la forme de petits sacs plus ou moins allongés, ayant un pédicule étroit, adhérent au reste de la peau et ressemblant à un grain de raisin dont on aurait vidé le contenu : celte variété a été indiquée pas les auteurs sous le nom de molltiscum pendulum.

A la périphérie de ces tumeurs on ne voit ordinairement aucun orifice ; la pression ne fait sortir aucun liquide; elles ne sont le siège d'aucune sécrétion anormale. Les tumeurs molluscoïdes sont complètement solides; cependant il est quelquefois possible de voir, à l'extrémité d'une tumeur, l'orifice d'un conduit sébacé entr'ouvert et duquel on peut faire sortir par la pression un peu d'humeur sébacée; mais il est facile de se convaincre que cette glande sébacée n'est qu'annexée à la tumeur et qu'elle n'en est qu'une partie bien accessoire. Lorsque le molluscum siège sur des parties pileuses, il est ordinaire de constater l'absence des poils sur la tumeur. La peau est d'ailleurs d'un aspect normal;

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sur les tumeurs assez volumineuses, elle est souvent amincie, et elle prend quelquefois une coloration violacée par le fait du développement plus considérable des vaisseaux cutanés.

Le nombre des tumeurs est très variable : quelquefois on n'en trouve qu'une ou trois ou quatre ; le plus ordinairement elles sont nombreuses, et elles peuvent s'élever au-delà de cent. Leur volume présente alors une grande variété.

J'ajouterai qu'on rencontre ordinairement, au milieu des tumeurs que nous venons de décrire, un certain nombre de boulons d'acné varioliforme, qui se distinguent du molluscum fibreux par leur volume moins considérable et surtout par un point noir médian ou latéral qui correspond à l'ouverture du conduit excréteur de la glande sébacée ; de cette ouverture on peut faire sortir par la pression la matière sébacée sous la forme d'un filament blanchâtre vermiforme.

Le molluscum se développe sur toutes les régions du corps, mais il affecte de préférence les parties supérieures et particulièrement le dos. On a cité quelques exemples de tumeurs molluscoïdes siégeant simultanément à l'extérieur et dans la bouche, au palais et à la face interne des joues.

Le molluscum est uniquement constitué par les tumeurs que je viens de décrire. 11 n'existe dans cette maladie ni douleurs, ni démangeaisons, ni aucun phénomène subjectif; par leur volume ou £ar leur siège, ces tumeurs peuvent seulement entraîner une certaine gêne dans les mouvements ou dans quelques positions prises par les personnes qui les portent. Il n'est pas rare de voir coïncider avec l'éruption molluscoïde des taches pigmentairesbrunes, d'une étendue et d'une forme variables.

Marche et développement. — Le développement des tumeurs molluscoïdes est lent et progressif; elles com*

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mencent quelquefois dès l'enfance et croissent graduellement en nombre et en volume. Arrivées à un certain degré, elles restent ordinairement stationnaires. On n'a jamais observé sur elles de travail régressif. Elles ne sont susceptibles ni de suppurer ni de s'ulcérer spontanément ; elles sont quelquefois cependant le siège d'ulcérations par suite de chocs ou de pression, mais c'est alors un accident extérieur. Par une pression exercée sur le pédicule, par suite d!un tiraillement dépendant du poids de la tumeur, la circulation peut être interrompue, et une gangrène partielle ou totale peut se développer. J'ai vu quelques exemples de cet accident, entraînant la chute et la disparition complète de certaines tumeurs. Mais, le plus ordinairement, la maladie persiste indéfiniment, en constituant une difformité permanente de l'enveloppe cutanée.

Diagnostic. — Le diagnostic du molluscum est ordinairement facile; le nombre assez considérable des tumeurs, leur consistance molle, leur indolence à la pression, l'aspect uni de la peau qui les recouvre et qui ne présente aucune ouverture, la disposition pédiculée de quelques-unes, l'absence de tout symptôme subjectif, la longue durée de la maladie, sont autant de caractères qui permettent de reconnaître cette affection et de la distinguer de quelques autres tumeurs cutanées.

C'est principalement avec l'acné varioliforme, avec les verrues, avec les loupes et avec les tumeurs cancéreuses de la peau qu'on doit établir le diagnostic différentiel du molluscum.

L'acné varioliforme se distingue du molluscum par le peu de volume des saillies, par leur transparence, principalement par l'orifice du follicule sébacé apparent sous la forme d'un point noir, et surtour par la sortie du sébum à travers cet orifice, au moyen d'une pression exercée à la base de la tumeur.

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Les verrues se caractérisent suffisamment par leur aspect inégal, chagriné, par leur coloration brune ou jaune, par leur petit nombre ou au moins par leur développement dans une région circonscrite, pour que nous ne croyions pas nécessaire d'insister sur ce point de diagnostic.

Il est plus difficile de distinguer le molluscum des loupes ou lipomes, lorsque ces diverses tumeurs sont en certain nombre. Toutefois on se rappellera que les tumeurs molluscoïdes sont ordinairement plus nombreuses, plus disséminées, plus souvent pédiculées que les lipomes, et qu'elles sont souvent mélangées avec des tumeurs d'acné varioliforme.

Quant aux tumeurs cancéreuses, leur diagnostic est facile: elles sont d'un rouge violacé; elles sont 1res dures, souvent douloureuses, et leur terminaison par ulcération les caractérise spécialement.

Pronostic. — Je n'ai pas à insister sur le pronoslic du molluscum ; c'est une affection bénigne qui n'entraîne aucun danger et qui constitue seulement pour la personne qui en est atteinte une déformation de la peau incurable, et souvent très désagréable lorsque les tumeurs siègent sur les parties découvertes.

Étiologie. — L'étiologie du molluscum est complètement ignorée. Cette maladie paraît avoir été observée dans tous les climats, sur les nègres et sur les blancs. Elle débute quelquefois dès l'enfance. Hebra prétend l'avoir rencontrée principalement chez des individus faibles de corps et d'esprit; mon observation personnelle est en désaccord avec cette opinion.

Traitement. — Le molluscum résiste à toute médication interne et externe ; il est donc sage de n'employer contre celte maladie ni médicaments internes, ni lotions, ni bains, ni pommades. Les tumeurs molluscoïdes ne peuvent guérir que par le secours de la chirurgie ; on

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