‹ Traité pratique et descriptif des maladies de la peauChapitre 24 sur 82 · MORPHÉE · texte numérisé non relu

MORPHÉE

E. Wilson; sans y rien ajouter; Hutchinson, Crocker, qui s'est livré à des recherches d'anatomie pathologique ; Duhring, dont on consultera avec fruit le chapitre consacré à la morphée dans son Traité pratique des maladies de la peau, et le docteur Pautry, un de mes élèves, lequel, s' inspirant des travaux de Vidal, a tracé de la morphée un tableau tout à lait au courant de l'état actuel de la science (4). Je dois ajouter qu'en opposition avec les auteurs que je viens de citer et qui admettent la morphée comme une espèce nosologique distincte, Besnier pense qu'on doit la confondre avec la sclérodermie en plaques, dont, suivant lui, elle ne diffère en rien. Pourma part, quoique je n'aie vu qu'un bien petit nombre de cas de morphées (quatre cas seulement), d'après mon observation personnelle et surtout d'après les descriptions que j'ai citées, je pense que, par son début, par son aspect particulier et par sa terminaison possible par la guérison, la morphée constitue une espèce morbide distincte, voisine de la sclérodermie en plaques, mais qui doit en être séparée. C'est même celte ressemblance avec la sclérodermie qui m'a engagé à la décrire ici, indûment, dans la classe des difformités, car la morphée, jamais congénitale, susceptible de guérison, n'est pas une difformité dans la véritable acception du mot.

Anatomie pathologique. — Les lésions de la morphée ont été particulièrement étudiées par Erasmus Wilson, Grocker et Duhring. Elles consistent dans une condensation très marquée du tissu conjonctif du derme, avec une atrophie de la couche pâpillaire et une infiltration cellulaire autour des glandes sébacées et des follicules pileux; puis plus tard dans la transformation de ces cellules en tissu conjonctif, amenant l'oblitération des vaisseaux sanguins, l'atrophie des glandes sébacées et sudoripares et des follicules pileux.

(1) Pautry, Thèse de Paris, 1888.

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Symptômes. — La morphée s'annonce au début par l'apparition de quelques taches légèrement saillantes, d'une couleur rosée tirant sur le blanc ou le lilas, de forme ronde, ovale ou irrégulière et de retendue de 4 à 3 ou 4 centimètres. Il existe rarement de la douleur, quelquefois les malades se plaignent de fourmillement ou d'engourdissement; ces symptômes sont ordinairement fugaces et peu prononcés. La couleur de cette tache est particulière et a été très bien indiquée par Erasmus Wilson : ce n'est ni la teinte cuivrée de la syphilis, ni la couleur violacée de la scrofule ; c'est une coloration lilas, un peu bleuâtre, qui se retrouve quelquefois dans les éruptions de la lèpre. Du reste, cette couleur est loin d'être la même, et l'on a admis une morphée blanche et une morphée noire, suivant la teinte des taches. Après quelques semaines ou quelques mois de durée, les taches se délimitent très bien ; elles prennent une dureté particulière, leur centre se déprime, leur circonférence présente une coloration lilas sur laquelle insiste particulièrement Erasmus Wilson, et autour de laquelle existe quelquefois une pigmentation exagérée. Sur la plaque, la surface de la peau est lisse, elle devient blanche ou jaune clair; son tissu s'endurcit, les poils deviennent rares et grêles; la sécrétion sudorale est faible ou nulle, et quelquefois même la sensibilité cutanée diminue d'acuité : altérations physiologiques qui sont pour Erasmus Wilson une preuve de la diminution de la nervosité et de la vascularisation dans les parties de la peau atteintes.

Les plaques de la morphée se développent particulièrement au cou, au dos, à la face, à la poitrine, aux bras et aux cuisses ; elles sont en pejLit nombre, deux ou trois. Vidal cependant en a compté trente et une chez un malade soumis à son observation. Elles ne sont pas symétriques. Dans quelques cas elles se sont développées sur le trajet

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