‹ Traité pratique et descriptif des maladies de la peauChapitre 26 sur 82 · ÉLÉPHANTIASIS DES ARABES · texte numérisé non relu

ÉLÉPHANTIASIS DES ARABES

A l'avant-bras et à la main, l'éléphanliasis acquiert un volume bien moindre qu'aux extrémités inférieures : le gonflement existe surtout au dos de la main et aux doigts ; la partie palmaire, dans laquelle se rencontrent surtout des tendons et des aponévroses, conserve à peu près son aspect normal. Ala face, aux paupières, aux lèvres, auxpommettes, aux oreilles, au front, l'éléphanliasis se manifeste seulement par un gonflement sous-cutané modéré et circonscrit, sorte de bouffissure unie à une rougeur brune de la peau.

Marche, durée, terminaison. — L'éléphanliasis des Arabes est une maladie essentiellement chronique; débutant d'une manière insidieuse par des rougeurs érysipélateuses, le gonflement de la partie affectée augmente incessamment après chaque processus inflammatoire et même dans leurs intervalles, et ce n'est qu'au bout de plusieurs années, quelquefois au bout de dix, quinze ou vingt ans, que la maladie arrive à un volume considérable et à une déformation complète de la partie affectée. Une fois établie, l'affection progresse ou reste stationnaire, mais elle ne rétrograde pas habituellement; la difformité est acquise et persiste indéfiniment ; la santé générale étant intacte d'ailleurs, à moins de complications, lesquelles peuvent survenir et entraîner la mort. Ces complications sont principalement des phlébites, des phlegmons profonds, des gangrènes.

Diagnostic. — Le gonflement ligneux circonscrit qui caractérise l'éléphanliasis des Arabes, la déformation des parties atteintes, les érysipèles récidivants, rendent ordinairement facile le diagnostic de cette maladie. On ne pourrait la confondre qu'avec un œdème local ; mais dans celte dernière affection, toujours symptomalique, la dureté, le gonflement, ne sont jamais si marqués, la peau est normale et amincie, plutôt pâle que foncée ; la durée n'est jamais si longue, et la déformation n'acquiert jamais un degré aussi considérable.

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Pronostic. — Sous le rapport de la guérison, le pronostic est grave. On ne peut guère réussir à arrêter les progrès du mal que dans ses premières périodes ; plus tard la maladie passe à l'état d'infirmité, et, dans certains cas de déformation considérable, elle peut amener une grande gêne dans les mouvements ; mais la vie n'est pas menacée, à moins qu'il ne survienne quelqu'une des complications que je viens de citer. On comprend d'ailleurs que la misère et les mauvaises conditions hygiéniques puissent aggraver le pronostic en accélérant la marche envahissante de la maladie et en favorisant les complications. Les poussées érysipélateuses du début se terminent ordinairement d'une manière favorable, et elles ne sont fâcheuses que par l'impulsion qu'elles communiquent au processus éléphanliasique.

Etiologie. — Le climat et la race doivent être placés au premier rang des causes prédisposantes pour la production de l'éléphantiasis des Arabes. C'est dans les pays chauds, dans les Barbades, au Brésil, au Mexique, en Arabie, en Egypte, qu'on observe le plus grand nombre de cas de cette maladie ; cependant on peut en rencontrer encore dans les pays tempérés, en Europe et en France. On a accusé la misère, l'impaludisme, les mauvaises conditions hygiéniques, le travail dans les marécages, les jambes étant continuellement baignées dans l'eau : j'admets certainement ces causes comme efficientes pour développer la maladie dans des conditions climatiques favorables ; mais l'éléphantiasis se développe aussi chez des individus aisés, non exposés à ces conditions fâcheuses dont je parlais tout à l'heure, et, pour ma part, j'ai vu un assez grand nombre de malades étrangers venus de pays où règne l'éléphantiasis et vivant dans de bonnes conditions sociales ; bien entendu, nous ne voyons que ceux-là à Paris, les pauvres ne pouvant pas entreprendre un voyage long et dispendieux. Dans nos con-

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