‹ Traité pratique et descriptif des maladies de la peauChapitre 29 sur 82 · ERUPTIONS ARTIFICIELLES · texte numérisé non relu

ERUPTIONS ARTIFICIELLES

cependant déterminent des éruptions spéciales qui peuvent, par leurs seuls caractères, permettre de reconnaître la nature de l'agent roorbifique; c'est ainsi que l'inflammation bulleuse permet de faire supposer l'action d'une substance vésicante, et particulièrement de la rantharide.

Quelle que soit d'ailleurs la substance nuisible; quelle que soit la forme particulière que présente l'éruption artificielle, forme qui varie souvent avec l'ageat nuisible, ces affections ont quelques caractères spéciaux qui peuvent servir à faire reconnaître leur nature accidentelle. C'est ainsi que ces affections siègent souvent aux parties découvertes, à la face, aux mains, plus exposées que les régions couvertes à l'action des substances liquides ou pulvérulentes. Les éruptions dites professionnelles, c'est-à-dire celles qui sont le résultat d'une profession dans laquelle on emploie des substances chimiques irritantes, se développent surtout aux mains et aux avantbras; des mains, ces agents chimiques peuvent être transportés par le contact à la face et aux parties génitales, ainsi que cela se voit pour les ouvriers qui emploient les préparations arsenicales, et y déterminer le même effet.

A côté du siège, qui peut se rencontrer d'ailleurs dans toutes les régions où a agi la cause productrice, la dermite artificielle présente encore souvent comme un caractère particulier d'être bien délimitée, de n'exister que dans l'endroit seul où a eu lieu l'application irritante. C'est ainsi qu'on trouvera une éruption ayant une forme, une étendue déterminée après l'application d'un emplâtre, après une friction avec une substance irritante, et cette éruption sera complètement localisée à l'endroit où l'emplâtre a été placé, où la friction a été faite. Cette délimitation se voit moins dans les affections diathèsiques, habituellement plus diffuses et plus disposées à la symétrie.

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Le genre de l'éruption artificielle est variable, et peut se rapporter aux taches exanthématiques, comme dans l'érythèrae consécutif à une friction rude, aux papules, aux vésicules, aux pustules, comme on le voit à la suite de frictions stibiées, aux bulles même, comme après l'application des préparations de cantharides et à la suite de brûlures ; mais souvent aussi on trouve dans les éruptions artificielles un mélange de plusieurs lésions élémentaires, c'est-à-dire simultanément des taches exanthématiques, des papules, des vésicules et des pustules. Sous ce rapport, je puis citer comme exemple ce qui se voit sur la partie de la peau où a été appliqué un emplâtre de thapsia, et où l'on peut constater l'existence de taches rouges, de papules, de vésicules et de pustules confusément réunies et bien localisées dans la région où a été appliqué l'emplâtre. Suivant Bazin, ce caractère de confusion des lésions élémentaires appartiendrait aux éruptions artificielles et pourrait servir à les distinguer des affections cutanées diathésiques. J'accorde que la confusion des genres peut se rencontrer en effet dans les dermites artificielles, mais on la trouve aussi dans quelques affections herpétiques, et particulièrement dans l'eczéma.

Il n'y a rien à dire de spécial relativement aux sensations subjectives déterminées par le développement des éruptions artificielles : elles donnent lieu habituellement à de la chaleur, à de la cuisson, et plus souvent à des démangeaisons souvent très vives. Ces symptômes locaux sont variables d'intensité, suivant la durée et l'étendue de l'application de l'agent nuisible et suivant aussi la susceptibilité de la personne malade. Il est rare qu'on observe des phénomènes généraux, de l'anorexie, de la céphalalgie, de la fièvre; en cas de douleurs ou de démangeaisons, j'ai constaté plusieurs fois de l'insomnie pendant plusieurs nuits.

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La marche de ces dermites accidentelles est ordinairement aiguë et rapide; dès que la cause a cessé d'agir, la maladie se termine par résolution au bout de peu de jours, et cette terminaison rapide et sponlanée est encore un caractère spécial à noter. Mais lorsque l'application de substances irritantes est habituelle, comme cela arrive dans certaines professions, l'éruption peut être durable, permanente et acquérir une intensité telle, qu'elle impose la cessation de la profession. Quelquefois cependant, au bout d'un certain temps, après plusieurs poussées éruptives, il se fait une accoutumance, et le travail, nuisible d'abord, peut être continué sans inconvénient autre que de la rudesse et une teinte foncée de la peau dans les régions exposées au contact irritant.

J'ai déjà dit et je répète que chez les sujets herpétiques les éruptions artificielles sont souvent le point de départ d'une des formes de l'eczéma, qui se développe alors avec ses caractères particuliers et qui vient se substituer à la maladie accidentelle.

Le traitement des dermites artificielles est bien simple. Il consiste d'abord dans la soustraction de la cause, dès qu'elle est reconnue, et dans l'emploi de topiques émollients, tels que des lotions avec l'eau de guimauve ou l'infusion de fleurs de sureau; dans l'application de cataplasmes émollients de fécule de pomme de terre ou de farine de riz, dans des bains émollients locaux et généraux, plus tard dans l'emploi de poudres d'amidon ou de lycopode. Il est rare qu'il faille avoir recours à des purgatifs ou à une médication plus énergique. Il est nécessaire seulement de soumettre les malades à une certaine hygiène alimentaire en les privant de vin pur, de café et de liqueurs alcooliques. On devra également leur défendre les eilles et les fatigues; et chez les gens nerveux, tourmentés par des cuissons vives ou des démangeaisons, on pourra combattre l'insomnie à l'aide de quelques narco-

hàrdy. — Malad. de la peau. 12

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tiques, el particulièrement à l'aide d'une dose modérée

de chloral.

b. Éruptions artificielles provoquées par l'administration de certains médicaments donnés à l'intérieur.

Après avoir parlé des affections inflammatoires de la peau qui sont le résultat du contact direct de certaines substances, je dois encore indiquer les éruptions qui surviennent à la suite de l'administration interne de quelques médicaments, éruptions auxquelles Bazin a donné le nom d'éruptions pathogénétiques. Je signalerai particulièrement ici les affections cutanées produites par les résineux, par la belladone, par l'arsenic, par les iodures et les bromures, par le chloral, etc.

1° Éruptions produites par les résineux. Érythème copahique.

Chez les personnes qui ont pris des substances résineuses, il peut survenir une éruption spéciale, et comme cet accident arrive plus fréquemment à la suite de l'administration du copahu, celte éruption est désignée habituellement sous le nom d'érythème copahique.

La maladie débute souvent par un léger mouvement fébrile caractérisé par quelques frissons, par de la céphalalgie, de l'inappétence, quelques douleurs vagues dans les membres, par une faible augmentation de la température et de la fréquence du pouls. Peu de temps après l'apparition de ces phénomènes généraux, quelquefois même en même temps qu'ils se manifestent, survient sur diverses régions du corps une éruption formée de taches d'un rouge vineux, légèrement saillantes, ordinairement arrondies, de la dimension d'une lentille ou d'une pièce

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