PEMPHIGUS DES NOUVEAU-NÉS
cune sensation de douleur ni de démangeaison ; elle ne trouble en rien la santé, et se termine favorablement par la guérison, après le développement successif de quelques bulles. Cette maladie légère n'est jamais sérieuse et ne réclame aucun autre traitement que l'application de quelques poudres inertes.
L'autre variété de pemphigus est bien autrement grave et bien plus importante à connaître. Elle se manifeste, au moment de la naissance ou dans les quatre ou cinq premiers jours qui la suivent, par des bulles arrondies ou ovales, de la grosseur d'un gros pois, et qui se développent aux mains et aux pieds, principalement aux doigts et aux orteils. Ces bulles, contenant un liquide citrin, entourées par une auréole violacée, se rompent promptement, et donnent lieu à des ulcérations superficielles rosées ou grisâtres, qui s'agrandissent par la rupture de nouvelles bulles voisines, se manifestant successivement de manière à recouvrir quelquefois la région entière des mains et des pieds. Celte maladie peut se borner à quelques bulles ; la santé générale est peu ou point altérée, et la guérison a lieu ; mais cette heureuse terminaison est rare, je n'en ai rencontré que deux cas. Le plus ordinairement, les bulles se multiplient, les ulcérations s'agrandissent; au bout de deux à quatre jours, on voit survenir des vomissements et de la diarrhée, souvent du muguet ; les petits malades ne veulent plus prendre le sein, ils maigrissent; leur face se ride de manière à leur voir prendre l'aspect de petits vieillards, et la mort arrive pendant la première ou la seconde semaine de l'existence.
Vétiologie de cette variété grave de pemphigus n'est pas encore complètement éclairée. On la voit survenir quelquefois chez des enfants qui naissent faibles etchétifs; mais il n'est pas rare non plus de la voir atteindre des sujets forts, nés avec l'apparence de la santé, et qui ne deviennent faibles et maigres que par le fait de la maladie,
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La plupart des médecins, et à leur tête Paul Dubois, Cazenave,Depaul,Bouchut(l), considèrent lepemphigus des extrémités des nouveau -nés comme un accident de natures pécifique, survenant chez des enfants nés de parents syphilitiques. Si Ton a pu quelquefois constater l'existence de la syphilis chez l'un ou chez les deux parents de l'enfant, il est bien plus commun de ne pouvoir retrouver aucune trace ni aucun souvenir d'accidents syphilitiques ni chez le père ni chez la mère. J'ajouterai que le traitement spécifique mercuriel, qui réussit si promptement chez les enfants atteints des diverses formes incontestables de syphilis congénitale, échoue complètement dans le traitement du pemphigus des nouveau-nés.
Traitement. — Comme moyen de traitement, d'après les opinions d'origine syphilitique que je viens d'indiquer, on a proposé l'emploi de frictions mercurielles ou l'administration du mercure à la mère qui nourrit ou à la nourrice; je viens de signaler l'inefficacité de ce moyen, que je n'ai jamais vu réussir. En face de cette maladie grave, je pense qu'on doit se borner à saupoudrer les parties malades avec de la poudre d'amidon, à les envelopper dans de la ouate, à panser les ulcérations avec du cérat frais ou de la glycérine ; mais on doit s'efforcer surtout de soutenir les forces de l'enfant en lui donnant une bonne nourrice et en cherchant à combattre les accidents gastro-intestinaux à l'aide de la décoction blanche de Sydenham, ou d'une très légère dose de sousrnitrate de bismuth et de quelques lavements amidonnés.
e. Pemphigus des jeunes filles (pemphigus virginum).
J'ai cru devoir donner ce nom aune singulière maladie qui n'a pas été décrite et que j'ai rencontrée quatre fois,
(1) Bouchut, Traité pratique des maladies des nouveau-nés, des enfants à la mamelle, 8* édit., 1885.
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