‹ Traité pratique et descriptif des maladies de la peauChapitre 36 sur 82 · TROISIÈME CLASSE · texte numérisé non relu

TROISIÈME CLASSE

En pathologie générale on appelle maladies parasitaires celles qui résultent de la présence d'un organisme étranger à l'économie; par sa position superficielle qui l'expose à l'action de tous les agents extérieurs, la peau, plus que tout autre organe, est susceptible d'être atteinte par des parasites dont la présence et le développement produisent des éruptions; celles-ci sont spéciales ou communes. Dans le premier cas, elles ont des caractères particuliers qui n'appartiennent qu'à elles et qui ont un grand intérêt diagnostique. Dans l'autre cas, elles n'ont rien de distinctif, ce sont des éruptions qui peuvent venir sous l'influence de plusieurs causes, mais qui sont cependant sous la dépendance du parasite, soit parce que celui-ci a déterminé dans la peau un travail phlegmasique, comme on le voit par l'érylhème ou par I'ecthyma, qui sont le résultat de l'irritation apportée à la peau par la présence de l'acare de la gale, du pou, ou de l'élément cryptogamique du favus, ou bien encore parce que cette même irritation cutanée a fait éclore une éruption diathésique inhérente à l'individu et qui ne demandait qu'une cause occasionnelle pour se manifester; l'eczéma qui accompagne fréquemment les productions parasitaires de la peau et qui les complique quelquefois de manière à en rendre le diagnostic difficile, est un exemple d'une affection diathésique consécutive à la présence d'un parasite.

Ces maladies cutanées parasitaires constituent, par

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leur cause spéciale, un groupe très naturel qu'on est obligé d'accepter aujourd'hui, quelle que soit d'ailleurâ la base de classification qu'on ait prise pour guide dans l'étude des maladies de la peau; tantôt elles sont produites par des parasites appartenant à l'ordre végétal, tantôt par des parasites animaux ; je commencerai par la description des maladies parasitaires végétales.

§ 1. — Maladies parasitaires végétales.

La nature parasitaire de ces maladies n'a été éclaircie que depuis peu de temps, depuis la découverte de l'achorion dans le favus, par Schœnlein, en 4839, et du trichophyton dans l'herpès tonsurant, par Malmsten, en 4846; mais ces affections paient connues depuis longtemps ; on en trouve la description dans les plus anciens auteurs, et au treizième siècle, comme elles attaquent principalement les parties pileuses, elles ont été confondues par les médecins arabes, sous le nom de teignes, avec les autres maladies graves et rebelles du cuir chevelu. Cette confusion se prolongea longtemps et ne fut même pas évitée parWillan etBateman, qui remplacèrent seulement le mot teigne pa,è l'expression pôrrigo ; mais elle fut surtout entretenue par Alibert, lequel, adoptant la doctrine de Turner, qui divisait en 4744 les maladies de la peau en deux grandes classes, les dartres occupant le corps, et les teignes se développant sur le cuir chevelu, admit dans son arbre des dermatoses une classe <le maladies teigneuses comprenant toutes les maladies du cuir chevelu depuis l'eczéma jusqu'à la plique. De nos jours, et sous l'influence de Bazin, le mot teigne est devenu synonyme de maladie parasitaire du cuir chevelu et du système pileux, maladie due à la présence de végétaux, et par conséquent cette expression s'applique maintenant à une espèce nosologique bien définie.

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Ces maladies sont caractérisées habituellement par des éruptions et par des lésions à forme circulaire et circonscrite, à limites bien plus précises qu'on ne le voit dans les différentes variétés de l'eczéma. Les cheveux ou les poils sont toujours altérés, et le microscope permet de reconnaître soit dans le système pileux, soit dans l'épiderme la préseqce du végétal parasite, cause de l'affection, lequel constitue un signe diagnostique d'une valeur absolue.

La durée des maladies parasitaires est ordinairement longue; même avec les moyens de traitement que nous possédons aujourd'hui, les cheveux tombent, puis repoussent lentement, et quelquefois même, le follicule pileux étant détruit, la maladie se termine par une alopécie partielle ou totale. Les récidives sont assez communes, quelques spores non détruites se développant plus tard et déterminant de nouvelles poussées. La contagion est la seule cause déterminante des maladies parasitaires végétales; elle a lieu par le contact, ou immédiatement par des objets contenant des poussières champignonneuses, ou même par l'atmosphère imprégnée de ces mêmes poussières; mais, pour que le parasite se développe et pour qu'il produise la maladie parasitaire, il est nécessaire que la semence tombe sur un terrain favorable, qui se rencontre principalement chez les jeunes sujets, chez les individus débilités et chez ceux qui présentent les caractères d'un tempérament lymphatique très prononcé. La condition de cet état antérieur, nécessaire au développement de la maladie, expliquera difficulté des inoculations expérimentales tentées dans le but d'opérer la transmission artificielle de la maladie et d'autre part l'immunité de certaines personnes exposées aux poussières champignonneuses et résistant à la contagion.

Les connaissances étiologiques relatives à la cause déterminante et à la cause prédisposante des maladies

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parasitaires végétales dominent la thérapeutique, laquelle présente deux indications, la première qui consiste dans l'emploi des moyens destinés à détruire le parasite, la seconde qui a pour but de modifier l'état général des malades à l'aide des moyens reconstituants fournis par l'hygiène et par la matière médicale.

Bazin a proposé d'étudier les végétaux parasites et les maladies qui résultent de leur présence dans l'ordre suivant : 4° les végétaux trichophytiques et onychophy tiques, ceux qui attaquent les poils ou les ongles; 2° les végétaux épidermophy tiques, ceux qui se développent dans l'épaisseur de l'épiderme, et 3° les végétaux épithéliophytiques, ceux qui atteignent les surfaces épithéliales des membranes muqueuses. Cette division ne peut être conservée, le même champignon attaquant souvent les poils et l'épiderme; et d'autre part, nous n'avons pas à nous occuper ici des maladies des membranes muqueuses. D'ailleurs le nombre des maladies parasitaires d'ordre végétal n'est pas si grand et les différences qui les séparent ne sont pas si accentuées, qu'il soit nécessaire d'établir entre elles des genres et des espèces ; nous allons donc les décrire successivememt en commençant par le favus, la plus grave et la mieux caractérisée de toutes, celle qui peut servir de type aux maladies cutanées causées par les parasites végétaux; puis nous étudierons la trichophytie, la pelade, le pityriasis versicolor et l'érythracma. Parmi les maladies épidermophytiques admises par Bazin et désignées aussi par lui sous le nom de crasses parasitaires , c'est à tort que cet auteur a admis les éphélides des femmes enceintes, les taches hépatiques et le lentigo. Il n'y a pas de parasites dans ces affections maculeuses que j'ai placées dans la classe des difformités de la peau.

Quelques naturalistes, et en particulier Lowe (4850), Talaruc(4854), Kuhn,de Bary, et quelques médecins, à

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tête desquels je placerai Hébra, ont prétendu que les végétaux cryptogamiques trouvés dans les maladies que je viens de nommer, au lieu d'appartenir à des genres différents, n'étaient que des formes particulières du même végétal, lequel n'était lui-même que le champignon de la moisissure, l'aspergillus (1). Il est possible que cette manière de voir soit vraie au point de vue de l'histoire naturelle; mais, nous constatons de telles différences dans les caractères cliniques de chaque maladie, l'examen microscopique nous permet de reconnaître des variétés morphologiques si accusées entre chaque végétal, que nous n'hésitons pas à considérer chaque maladie que je vais décrire comme une espèce nosologique déterminée ; et d'autre part, pour bien constater cette distinction, j'ajouterai que la contagion et l'inoculation, lorsqu'elle a réussi, ont toujours donné lieu à la production de maladies semblables et identiques à celles d'où provenait le germe. Une autre difficulté se présente encore : outre les maladies parasitaires que tout le monde admet, on rencontre et on a trouvé, surtout dans ces derniers temps, des productions cryptogamiques et particulièrement des spores, dans plusieurs maladies non réputées parasitaires. C'est ainsi que Malassez a décrit dans certains cas de pityriasis un petit parasite siégeant dans la couche cornée del'épiderme et auquel il attribue des alopécies durables, que Baerensprung et Vidal ont indiqué la présence d'un cryptogame (Microsporon minulissimum Burkhart, Microsporon anomœon Vidal), dans quelques érylhèmes circinés, que Besnier et Balzer ont trouvé également des spores dans les lamelles épidermiques furfuracées de quelques variétés de pityriasis disséminé, que Kôbner et Hebra ont décrit l'eczéma marginé comme une affection

(1) Lowe, On the identity of the Achorion Schàenleinii and other vegetable parasites wlth Aspergillus glaucus (AnnaU and Magazine of natural Hislory).]

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parasitaire. En présence de ces résultats doit-on considérer ces affections comme des maladies parasitaires, je n'hésite pas à répondre par la négation : le cryptogame n'est là que comme accessoire, c'est un produit qui peut être le résultat de la décomposition de certains produits morbides, ou bien un parasite surajouté tout à fait accidentel et qui ne joue aucun rôle dans la genèse de la maladie. Je suis tenté d'en dire autant de Téléphantiasis des Grecs, maladie dans laquelle on a trouvé récemment la présence d'un micro-organisme particulier; je ne conteste pas son existence, mais son rôle n'est pas encore assez bien déterminé pour qu'on puisse actuellement ranger la lèpre parmi les maladies parasitaires et, au moins provisoirement, je continuerai à la placer dans la classe des maladies diathésiques.

1° Pavu«.

Définition. — Le mot latin favm veut dire rayon, gâteau de miel, cellule hexagone dans laquelle les abeilles font leur miel ; en pathologie il s'applique à une maladie cutanée caractérisée extérieurement par des croûtes jaunâtres présentant des enfoncements en forme de cupules ou de godets, lesquels se rapprochent de l'apparence d'un gâteau de miel. La même maladie a été désignée sous le nom latin de tinea (tinea vero- Lorry), par les expressions de teigne, de teigne faveuse, dé porrigo (Willan et Bateman) ; le nom de favus ou de teigne faveuse est celui qu'on emploie presque exclusivement aujourd'hui pour indiquer une maladie cutanée contagieuse, siégeant principalement au cuir chevelu, mais pouvant affecter toutes les régions, caractérisée par des croûtes affectant dans leur origine une couleur jaune, par une disposition en godets et amenant une modification profonde des cheveux et des poils, et même leur chute,

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laquelle maladie est due à la présence, dans certains éléments de la peau, d'un cryptogame particulier, qu'on appelle en histoire naturelle Achorion Sckcenleinii.

Historique. — La teigne faveuse parait avoir été inconnue des médecins grecs et latins, qui l'ont confondue avec les achores et les autres éruptions du cuir chevelu ; ce sont les médecins arabes qui paraissent l'avoir notée pour la première fois comme une maladie distincte. Avicenne, Rhazes, Avenzoar, Haly Abbas, l'ont décrite sous les noms de sahafati, safathin, [albathin. De ces deux dernières expressions, suivant Lorry (1), on a emprunté plus tard la dernière syllabe pour faire les mots thin, tineum, tinea. C'est en effet sous le nom de linea (en français teigne) que nous voyons la maladie qui nous occupe désignée par Gordon, Arnaud de Villeneuve, Guy de Chauliac, Ambroise Paré et plus tard par Lorry. Mais, tout en donnant dans leurs descriptions les principaux caractères de la teigne faveuse, savoir la couleur jaune des croûtes, la disposition en godets, l'odeur spéciale, tous ces anciens auteurs, à l'exception de Lorry, ont confondu cette maladie avec les autres affections du cuir chevelu, et particulièrement avec le pityriasis, l'eczéma et l'impétigo, et cette confusion était telle, qu'en 1714 Turner proposait de diviser les maladies chroniques de la peau, suivant leur siège, en deux grandes classes, celles du corps étant comprises sous le nom commun de dartres, celles du cuir chevelu étant réunies sous le nom de teignes. Cette confusion entre la teigne faveuse, la vraie teigne (tinea vera de Lorry) et les autres maladies de la tête ne fut pas évitée par Alibert (2), ni même par Willan et Bateman (3). Willan, trouvant avec raison que

(1) Lorry, De morbis cutaneis. Parisiis, 1777, p. 455.

(2) Alibert, Monographie des dermatoses. Paris, 1882.

(3) Bateman, Practical Synopsis of cutaneous Diseases according to the arrangement ofWillam. London, 1813; 7th edil., 1829.

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le terme de teigne était devenu trop vague, lui substitua le mot porrigo, de porrigere, étendre, et admit deux variétés, le porrigo favosa et le porriga scutulata, cette dernière variété se rapportant bien plutôt à l'herpès tonsurant (ringworm des Anglais) qu'au vrai favus. Bateman, désirant être plus complet que son maître et admettant comme lui le nom de porrigo pour remplacer celui de teigne, divisa cette maladie en six variétés : 1°le porrigo larvalis, 2° le P. furfurans, 3° le P. lupinosa, 4° le P. scutulata, 5° le P. decalvans et 6° enfin le P. favosa; la troisième et la sixième variété appartiennent seules au favus, les autres doivent être rapportées à l'impétigo, au pityriasis, à l'herpès tonsurant et à la pelade. En outre Willan et Bateman, dans un intérêt de classification systématique, avaient supposé dans toutes les variétés de porrigo l'existence iniatiale de pustules qui ne se trouvent pas nécessairement dans le favus et qui n'y constituent qu'une complication accidentelle, et ils avaient placé celte maladie dans Tordre des éruptions pustuleuses, à côté de l'impétigo et de la variole.

Malgré ces défectuosités pratiques, les opinions de Willan et de Bateman avaient prévalu en Angleterre et sur le continent, et elles étaient professées en France par Biett, par Cazenave, par Gibert et par Devergie, lorsque survint une découverte scientifique qui devait jeter un our tout nouveau sur la nature et sur le traitement du favus. En 4839, Schœnlein découvre, dans les croûtes du favus, la présence d'un végétal particulier auquel il donne le nom d'oïdium, dénomination qui plus tard fut changée en celle d'achorion Schœnleinii, à l'instigation des professeurs Link et Remak, afin de perpétuer le nom du savant qui l'avait observé le premier. De la découverte du cryptogame du favus à l'idée que ce végétal était la cause de la teigne, il n'y avait qu'un pas ; il fut bientôt franchi, et, grâce aux travaux de Remak, de

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Gruby, de Charles Robin (1), de Montagne, de Bazin, le favus fut considéré comme une maladie parasitaire au même titre que la gale et le prurigo pédiculaire. Parmi les savants et les médecins qui contribuèrent à propager et à faire adopter définitivement cette opinion de la nature parasitaire du favus, je dois placer en première ligne mon collègue Bazin (2), lequel démontra la présence de i'achorion, non seulement dans les croûtes du favus, mais encore dans le bulbe et dans la substance propre du cheveu, qui établit, par des observations cliniques et par des expériences variées, que le parasite était bien la cause unique du favus, et surtout qui eut le mérite d'instituer un traitement rationnel et scientifique de la teigne, dont la curation avait été jusque-là abandonnée à des empiriques employant des moyens secrets ou des pratiques douloureuses, dont le succcès était loin d'être constant. Grâce à la découverte de Schœnlein, grâce aux travaux des médecins que nous venons de citer, l'histoire nosographique du favus est très facile à faire aujourd'hui, et la découverte de la nature parasitaire de cette affection est venue éclairer, comme nous le verrons plus tard, presque toutes les questions qui se rapportent à son développement, à son étiologie et à son traitement.

Espèces et variétés du favus. — Presque tous les auteurs admettent plusieurs divisions dans la teigne, ce qui lient à la confusion qui a longtemps régné entre le favus et d'autres maladies du cuir chevelu. Je n'ai pas à les indiquer ici ; je dois mentionner seulement l'opinion de Bazin, qui décrit trois variétés distinctes de favus : 1° le

(1) Ch. Robin, Des végétaux qui croissent sur les animaux vivants (thèse de botanique pour le doctorat es sciences naturelles). Paris, 1847. — Histoire naturelle des végétaux parasites qui croissent sur Vhomme et sur les animaux vivants. Paris, 1853, avec planches.

(2) Bazin, Recherches sur la nature et le traitement des teignes. Paris, 1853, in-8*. — Leçons sur les affections cutanées parasitaires, rédigées et publiées par Pouquet. Paris, 1858.

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favus urcéolaire, 2° le favus s cuti forme et 3° le favus squameux. J'avoue que ces espèces ne me paraissent pas très légitimes ; elles se succèdent, elles se transforment fréquemment les unes avec les autres et elles me paraissent traduire plutôt des apparences différentes, des périodes successives d'une même espèce nosologique que des variétés distinctes. Je ne crois donc pas utile de les conserver.

Symptômes. — Le favus débute ordinairement par des démangeaisons peu vives accompagnées d'une rougeur à la peau ; cette rougeur se présente sous la forme de cercles réguliers et peu étendus, différents des cercles de Therpès parasitaire en ce sens que leur diamètre est petit et que leur dimension ne s'accroît pas incessamment. Ces plaques rouges sont souvent le siège d'une légère desquamation épidermique. Mais bientôt se manifestent des phénomènes plus caractéristiques : en un ou en plusieurs endroits, on voit survenir un petit point jaunâtre légèrement saillant; et, si, dès le début, on examine ce point à la loupe, on le voit déjà offrir une dépression centrale au milieu de laquelle se trouve ordinairement un poil. Ce point jaune grossit de jour en jour, il augmente en étendue et en élévation, soulevant l'épiderme au-dessous duquel il est situé, et, au bout de huit à vingt jours, il se présente sous la forme d'une croûte, d'un jaune soufré, arrondie, sèche et déprimée à son milieu de manière à figurer une apparence de godet ou de lampion. La partie centrale est toujours traversée par un poil, et un ou deux autres poils peuvent être également aperçus, traversant obliquement la croûte. Celte concrétion jaune est adhérente à la peau ; si l'on fait effort pour l'arracher, on trouve au-dessous d'elle là lame profonde de l'épiderme et une dépression rappelant la forme et l'étendue de la croûte ; si l'avulsion a été brusque ou pénible, il peut s'écouler quelques gouttelettes de sang.

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Au milieu de la surface déprimée on peut voir, à la loupe, l'ouverture d'un conduit pilifère. Ordinairement plusieurs croûtes naissent simultanément ou à quelques jours d'intervalle, et, au bout de quelques semaines, la partie sur laquelle la maladie s'est développée est plus ou moins couverte de plaques jaunes, isolées et ayant la forme que nous avons décrite ; lorsque le favus est ainsi disséminé, il a reçu le nom de favus urcéolaire, de tinea lupinosayde porrigo Iwpinosa. Les croûtes peuvent rester isolées, croissant en étendue et en épaisseur; à un moment donné, par suite de cet accroissement, l'épiderme qui recouvré la face supérieure et les faces latérales des favi se rompt et les croûtes se désagrègent; libres de toute enveloppe, elles se déforment; une partie se réduit même en poussière. Quelques croûtes peuvent tomber tout à fait, soit spontanément, soit par quelque frottement, et alors elles ne tardent pas à être remplacées au même lieu par de nouvelles concrétions de semblable nature qui s'accroissent incessamment. Dans ces cas le favus reste toujours disséminé.

Mais dans d'autres circonstances, les favi sont plus rapprochés, et, par suite de leur extension en largeur, ils arrivent à se toucher et à se confondre, de manière à former non plus des croûtes isolées, régulières, mais des plaques plus ou moins larges, bien circonscrites, mais irrégulièrement arrondies, de couleur également d'un jaune clair, et sur lesquelles on peut le plus souvent apercevoir des dépressions en cupule, lesquelles disparaissent plus tard en totalité ou en partie, lorsque, par suite de la rupture de l'épiderme qui la recouvrait et la maintenait, la croûte s'émiette et tombe en poussière. Lorsque le favus se présente avec ces caractères, il a été décrit sous le nom de teigne favetisè scutiforme, porrigo scutulata, à cause de la ressemblance, assez éloignée d'ailleurs, de ces plaques avec un bouclier*

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Enfin, quelle que soit d'ailleurs la forme des croûtes, lorsqu'elles sont anciennes, elles perdent leur couleur jaune, elles deviennent grises, elles forment des plaques plus ou moins larges, mal circonscrites, et sans formes régulières, un peu semblables à des lâches de plâtre appliquées sur le cuir chevelu : leur surface est inégale, anfractueuse, sans godets ; les cheveux sont salis par une poussière blanche qui se détache de cette croûte sèche ; et même quelques grains plus gros adhèrent aux cheveux dans un point de leur longueur. C'est là le favus squarreux que quelques auteurs ont désigné comme une espèce particulière de teigne. Ainsi que je l'ai déjà dit, Bazin décrit comme trois variétés distinctes le favus urcéolaire, le favus scutiforme et le favus squarreux; tout en admettant ces distinctions de forme, je ne puis considérer ces diverses manières d'être des croûtes faviques comme constituant des variétés définies et différentes, puisque fréquemment on les voit coïncider ou se succéder les unes aux autres et que dans toutes ces formes, lorsqu'on a enlevé les croûtes par un procédé quelconque, on voit toujours la maladie reparaître sous la forme de petites concrétions isolées, creusées en godets et se rapportant à la forme urcéolaire ou lupineuse.

Dans le favus, l'état des cheveux mérite une attention toute particulière ; j'ai déjà dit que dans la forme urcéolaire, la dépression centrale en cupule était traversée par un cheveu; dans la teigne scutiforme, des cheveux traversent également les plaques croûteuses ; mais, le godet étant moins marqué, le poil ne correspond pas toujours à une dépression ; plusieurs cheveux d'ailleurs sont souvent compris dans la croûte, qu'ils traversent obliquement; d'autres fois la plaque repose sur une surface glabre dont les cheveux sont tombés et on n'en voit par conséquent aucune trace sur les croûtes. Dans la teigne squarreuse, les cheveux devenus plus rares se voient çà

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et là au milieu des croûtes plâtreuses et sont colorés en gris par la poussière qui se détache de ces concrétions. Mais au bout d'un certain temps, les cheveux revêtent un aspect tout spécial ; ils sont secs, frisottants, comme lanugineux ; ils ont perdu surtout leur aspect lisse et luisant; ils sont d'une couleur grise ; leur croissance est lente et on voit manifestement qu'ils souffrent dans leur nutrition. Cet état particulier est dû à la pénétration du champignon dans le tissu pileux lui-même et aussi au défaut de la matière grasse sécrétée par les glandes sébacées annexées aux follicules pileux, lesquelles glandes sont altérées, et souvent même détruites par les productions parasitaires.

J'ai déjà signalé les démangeaisons qui existent dès le début de la maladie et qui, souvent, en sont le premier symptôme. Elles persistent ordinairement pendant le cours de l'affection, elles incitent de temps en temps les malades à se gratter, et cette action cause quelquefois l'avulsion des croûtes ou du moins la chute de leur partie la plus superficielle. Ces démangeaisons sont rarement vives ; chez certains malades elles n'existent même pas, ou elles ne surviennent qu'accidentellement. A moins de complications, les malades n'accusent ni chaleur, ni cuissons, ni douleurs réelles.

Au cuir chevelu, outre l'altération des cheveux, on trouve encore un autre phénomène morbide à noter: c'est une odeur spéciale exhalée par la surface malade. On a comparé cette odeur à celle d'une couvée de souris ou à celle d'une étoffe imbibée d'urine ; c'est une odeur fade, désagréable, sui generis, et qui est d'autant plus forte que les concrétions sont plus étendues et plus anciennes et que la région malade a été moins soumise aux soins de propreté. Pour augmenter l'aspect répugnant offert par la tête des teigneux, il n'est pas rare non plus de voir des poux remuer au milieu des cheveux et des

hardy. — Malad. de la peau. 22

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;I88 MALADIES l'AltASITMItES DE LA PEAU.

croûtes, et de distinguer leurs œufs attachés aux rares cheveux qui restent sous la forme de petites granulations grises.

Comme complication assez fréquente du favus on observe, sur la partie malade, de petites pustules arrondies, assez semblables aux pustules de l'ecthyma, mais moins volumineuses. Cette éruption se voit surtout lorsque les croûtes faviques ont été enlevées par des lotions ou par des cataplasmes ; chaque pustule dure peu et se dessèche au bout de trois ou quatre jours en présentant une petite croûte jaune ou brune, laquelle ne larde pas elle-même à tomber sans laisser de cicatrice. Willan et ses disciples, qui avaient rangé le favus dans la classe des maladies pustuleuses, avaient considéré ces pustules comme la lésion initiale du favus, dont les croûtes spéciales n'étaient, suivant eux, que du pus desséché. Cette manière de voir ne peut être soutenue : d'abord l'éruption pustuleuse n'est pas constante, c'est un accident, une complication, qui est au favus ce que l'ecthyma est à la gale ; puis, pour bien se rendre compte des faits, si l'on entoure une pustule naissante d'un cercle coloré (avec de l'encre ou avec un crayon de nitrate d'argent), on voit manifestement cette pustule se dessécher et la croûte tomber complètement au bout de quelques jours, tandis qu'à côté d'elle s'élève une petite concrétion jaune qui s'agrandit, se façonne en cupule et devient une croûte favique sans avoir jamais présenté l'aspect pustuleux.

Outre ces pustules dont je viens de parler, on peulreû* contrer, soit sur le cuir chevelu, à côté des concrétions faviques, soit aux oreilles, sur le front ou sur la nuque de l'eczéma ou de l'impétigo, dont la présence peut quelquefois, au premier abord, rendre le diagnostic un peu plus difficile. Chez quelques malades on constate aussi des ganglions cervicaux augmentés de volume, douloureux et même abeédés. Sur la tête il survient aussi quelquefois

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des abcès sous-cutanés. Plus souvent encore on trouve des abcès froids, des engorgements ganglionnaires chroniques, les diverses formes du lupus, des affections des os ; mais ce sont là des signes de la scrofule qui n'appartiennent pas en propre à la teigne faveuse et que nous ne devons signaler, comme coïncidence fréquente, que pour prouver, ainsi que je le dirai plus loin, le rapport fréquent qui existe entre le favus et la scrofule.

Dans ce que je viens d'exposer des signes et des symptômes locaux du favus, j'ai eu surtout en vue la maladie développée sur le cuir chevelu ; c'est, en effet, sur cette région qu'elle se montre presque exclusivement. Dans quelques cas rares cependant, et presque constamment alors consécutivement à la présence de croûtes faviques à la tête, la teigne faveuse peut se développer sur les diverses régions du corps, principalement à la face, puis au dos, aux membres et à l'abdomen. Aux membres, les croûtes affectent une prédilection marquée pour la partie externe, probablement à cause du nombre et de la force des poils qui s'y rencontrent. Lebert et Bazin ont signalé chacun le cas d'un godet favique s'étant rencontré implanté sur le gland. Sur le corps, le favus se présente le plus habituellement avec l'apparence urcéolaire, les croûtes sont d'un jaune caractéristique et elles sont creusées d'une cupule très apparente, au centre de laquelle on peut apercevoir un poil* Quant au nombre et à l'étendue des croûtes, il existe sur ces points de nombreuses différences ; souvent on ne trouve que deux ou trois concrétions bien isolées; d'autres fois il en existe un plus grand nombre qui, tantôt sont isolées, tantôt sont réunies, mais de manière quon distingue bien la forme arrondie et cupuleuse de chaque favus. Dans quelques cas enfin, les croûtes sont en grand nombre et recouvrent une ou plusieurs régions du corps; j'ai eu l'occasion de voir à l'hôpital Saint-Louis, il y a quelques années, un jeune

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garçon dont la presque totalité du corps était couverte de croûtes faviques. Des exemples semblables ont été cités par plusieurs auteurs. Le favus du corps se présente avec le même aspect que celui du cuir chevelu : les croûtes sont d'un jaune clair, elles sont sèches, adhérentes, et, comme je l'ai déjà dit, elles offrent une cupule bien apparente, même lorsqu'elles sont agminées et confondues les unes avec les autres. Autour d'elles on peut constater quelquefois une rougeur érythémateuse en cercles, plus facile à distinguer qu'au cuir chevelu. Les démangeaisons, l'odeur spéciale, l'engorgement des ganglions voisins existent, mais à un degré moindre qu'à la tête.

Enfin on doit savoir que le favus peut affecter une région toute spéciale, les ongles. En se grattant, les malades déjà atteints de cette affection, à la tête ou ailleurs, font pénétrer la poussière parasitaire enlre l'ongle et la peau ; et, ainsi introduits, les germes contenus dans cette poussière se développent et reproduisent la maladie désignée sous le nom de favus des ongles, laquelle se manifeste au bout d'un certain temps par J'épaississement de la lame cornée unguéale. Au-dessous de cette lame on aperçoit une matière d'un gris brunâtre; puis l'ongle jaunit, sa surface extérieure devient moins lisse, ses stries longitudinales sont plus apparentes, on y constate des nodosités, et, en d'autres endroits, il survient un amincissement de la lame cornée qui aboutit souvent à une perforation, l'ongle étant usé par l'action incessante du parasite et le fongus finissant par se frayer une voie au dehors. Cette affection des ongles est assez rare ; elle a été signalée pour la première fois par un des Mahon qui la contracta en soignant des teigneux, mais elle a été décrite exactement par Bazin, qui en a indiqué la véritable nature et qui l'a désignée comme une variété locale du favus.

Le plus ordinairement le favus n'enlraine pas de trou-

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ble dans la santé générale ; à moins de maladie concomitante, les teigneux jouissent d'une bonne santé ; quelquefois cependant, lorsque les croûtes faviques occupent tout le cuir chevelu et surtout lorsqu'elles sont étendues à une ou à plusieurs régions de l'enveloppe cutanée du corps, il peut en résulter quelques phénomènes généraux qui sont principalement de la pâleur des tissus, de la maigreur, de l'affaiblissement musculaire et une certaine altération des Tondions digestives. Il en est alors de l'organisme humain comme de certains arbres qui s'étiolent lorsque leur enveloppe extérieure est couverte de productions cryptogamiques.

Microscopie. — Pour compléter la symplomatologie du favus, il me reste main- F,G- * ~ "^^"j;

\ . mifiés,non articulés ayant 0mm,003

tenant à indiquer les Signes environ de diamètre. Mycélium de

qu'on obtient à l'aide du 1jS^^lfmn9 Végéiaux microscope en examinant

une petite parcelle de croûte favique ou un peu de poussière provenant de ces croûtes. En délayant sur un verre une très minime partie de ces croûtes ou de cette poussière dans de l'eau ou dans de la glycérine et en procédant à son examen microscopique, à un grossissement de 300 à 500 diamètres, on aperçoit au milieu de granulations amorphes, les diverses parties du végétal parasite, qui se compose du mycélium, des réceptacles et des spores. Le mycélium est formé de tubes cylindriques, flexueux, simples ou ramifiés en fourche, ni cloisonnés ni articulés, ayant un diamètre uniforme de O'^OOS ; ces tubes sont vides ou ne contiennent que quelques granules moléculaires (fig. 2). Les réceptacles ou sporophores, ou tubes

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à spores, sont également des tubes, mais ils sont droits, plus volumineux, sans avoir tous le même diamètre, les uns vides, les autres contenant, dans une partie ou dans la totalité de leur cavité, des spores de dimension un peu variable (fig. 3). Enfin les spores, qui sont ordinairement en assez grand nombre, sont des corpuscules arrondis, rarement tout à fait sphériques, mais plutôt ovoïdes, ayant quelquefois une forme triangulaire ou quadrilatère à angles arrondis. La plupart sont isolées ; quelquesunes sont ajoutées bout à bout comme les grains d'un chapelet, au nombre de deux, de trois, de quatre au plus. Leur diamètre varie de ^,003 à 0Bm,07, et les plus grosses peuvent même atteindre O^OIO (Robin) (fig. 4).

J'ai déjà dit et je répète ici que ce parasite végétal est connu en histoire naturelle sous le nom d'Achorion Schœnleinii (Remak); il appartient à la tribu des oïdiées.

Dans une même préparation on aperçoit quelquefois les trois éléments du végétal que nous venons de signaler; quelquefois on n'en voit qu'un ou deux ; le plus souvent on ne rencontre que des spores sans tubes, et, habituellement, ces spores sont en quantité considérable.

L'achorion se développe dans les follicules pileux et dans les poils: d'après Bazin, le point où se trouverai!

Fig. 3. — Filaments sporophores de l'achorion variant deOm",,004 à 0mm,005 en largeur, de longueur variable, composes entièrement ou en partie de cellules ovales ou arrondies , articulées bout à bout (a a) ; quelquefois non articulés, mais renfermant de petits globules sphériques de 0*",0Q2 à Of",003 environ, qui sont probablement des spores en voie de développement (b b).

Ils sont quelquefois ramifiés. (Robin.)

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primitivement la matière favique serait la partie inférieure du conduit épidermique du poil, de là elle enveiv rait ses irradiations dans l'intérieur du cheveu, et, d'autre part, extérieurement, sous Tépiderme. En s'accroissanl, en effet, le champignon se développe entre le conduil épidermique du poil et la couche profonde de 1'épiderme, se porte au dehors, du côté de la peau, et vient faire sailliç, sous la forme d'une petite concrétion jaune, tout autour de l'orifice extérieur du follicule. Cet orifice forme le point central, l'ombilic du godet. Par cette disposition anaiomique se trour vent expliqués la situation sous-épider mique de la croûte avique, sa forme arrondie et son aspect

en CUpule dû à la F|G 4 poussière faveuse. — a, sporulcs dépression de l'orifi- isolées. — b, spores en chapelet. — c, tubes

cefolliculeux.Parun JgJ/6 8porules réunies boul à boul' accroissement graduel de la matière parasitaire, la croûte augmente de volume et de dimension en soulevant l'épiderme et en gardant toujours la même disposition autour du follicule, jusqu'à ce qu'une distension trop considérable amène la rupture de l'épiderme.

Non seulement l'achorion se développe dans le follicule pileux, mais il envahit également le poil lui-même, pénètre dans son tissu, écarte ses stries et altère sa texture, ainsi qu'on peut s'en assurer par l'inspection microscopique, laquelle démontre dans la racine et dans plusieurs parties du poil des éléments très évidents de l'achorion et principalement des spores (fig. 5).

C'est à cette pénétration du champignon dans la substance du poil qu'il faut attribuer les altérations des cheveux qui surviennent chez les teigneux, cette couleur

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sale, grise, et cet aspect lanugineux que j'ai déjà signalés.

Probablement aussi les follicules sébacés, annexés au

conduit pilifère, sont envahis par la matière favique, et de là l'aspect terne des cheveux qui ne sont plus lubrifiés par la matière sébacée.

Tout en admettant que le lieu d'élection pour le développement de l'acborion se trouve dans le système pileux , plusieurs auteurs ont cru que le parasite pouvait se rencontrer encore dans l'épaisseur de l'épiderme et même dans les follicules sébacés; Lebert, pour soutenir l'opinion du développement possible de ï'achorion dans l'épiderme, a cité le cas

F.G. 5. - Cheveu, provenant de ïa partie d'Ufl g°det favi(ïUe

atteinte de favirt. — A, commencement de observé par lui SUL* le

la tige; B, souche; C, bouton; D, fibres „! j j i j «

longitudinales entre lesquelles existent des »iaoa UU Pe™S Q U°

spores; E, stries trausverses ; F, sporules homme, point OÙ

sur la souche; G, sporules sur le bouton; ipQ ono»Am:c»ac n'nnt

H, marnent tubuleux. (Bazin.) leS «^atomiSteS n Ont

point décrit de poil.

Bazin, ayant rencontré un fait semblable, a détruit l'argumentation de Lebert en découvrant, à l'aide d'une

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FAVUS. 3*5

loupe, sur le gland de son malade, un léger poil traversant le centre du godet favique. Il faut donc accepter, au moins dans l'état actuel de la science, que l'achorion a pour siège élémentaire et exclusif le système pileux.

Marche, durée, terminaison. — Ainsi que je l'ai dit plus haut en parlant des symptômes du favus, cette maladie s'annonce au début par quelques démangeaisons, par des cercles érythémateux, puis par une petite croûte jaunâtre qui s'accroit en épaisseur et en étendue en accusant de plus en plus une dépression centrale en cupule ; plusieurs croûtes semblables apparaissent ordinairement en même temps, s'étendent et souvent se réunissent de manière à former des plaques. Que les croûtes faviques restent d'ailleurs isolées de manière à constituer ce qu'on appelle le favus urcéolaire, ou qu'elles se réunissent en plaques (favus scuUforme) au bout de quelques semaines, Tépiderme qui recouvrait d'abord la sécrétion croûteuse se rompt, et, n'étant plus contenue, la croûte s'altère dans sa forme : elle est moins régulièrement arrondie et son apparence en godet est moins marquée ; par suite du contact de l'air, elle se dessèche, les parties les plus superficielles se détachent et s'échappent soit sous forme de grains, soit sous forme de poussière ; plus tard encore la couleur jaune s'efface et la croûte devient grise et comme plâtreuse ; ainsi que je l'ai déjà indiqué, ces croûtes grises, sans configuration précise, qui constituent le favus dit squameux, appartiennent ordinairement à un âge avancé de la maladie.

Une fois développée, la teigne faveuse est une maladie d'une durée très longue. Si elle est abandonnée à ellemême ou si un traitement efficace ne lui est pas opposé, elle se prolonge pendant plusieurs années ; il n'est pas rare de voir des individus conserver des plaques de favus pendant cinq, dix, vingt ans et plus ; tantôt, dans ces cas, la maladie reste bornée et deux ou trois plaques circon-

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scrites existent au cuir chevelu ; tantôt la maladie s'étend progressivement de manière à gagner la totalité de la tête ; quelquefois même les croûtes se propagent jusque sur diverses régions du tronc ou des membres.

La maladie peut cependant se terminer spontanément par la guérison : dans les cas les plus heureux, les croûtes faviques occupent un espace restreint, elles ne se propagent pas au delà des limites primitives, et, au bout d'un certain temps, elles tombent pour ne pas se reproduire, ne laissant à la place qu'elles occupaient qu'une alopécie circonscrite qui est couverte par les cheveux voisins et qui ne s'aperçoit pas. Dans des circonstances plus favorables encore, alors même que la maladie est plus étendue, un traitement heureux est institué et la guérison peut avoir lieu sans places dénudées; mais le plus ordinairement, sur les parties atteintes, les cheveux sont plus rares, moins serrés les uns près des autres, et ils conservent pour toujours une sécheresse particulière due à la destruction des follicules sébacés annexés aux follicules pileux ; lequel état de sécheresse, associé à l'alopécie diffuse, permet à un œil exercé de reconnaître l'existence antérieure de la teigne faveuse.

Mais, lorsque la maladie s'est prolongée pendant plusieurs années, la guérison peut encore avoir lieu par un mode différent : la présence continue du parasite finit par détruire, non seulement les glandes sébacées, mais encore le follicule pileux lui-même, peut-être même les glandes sudoripares ; le cuir chevelu est réduit à l'état membraneux, ses parties glanduleuses constituantes ont disparu, et le champignon lui-même meurt faute de support et d'aliment ; alors les croûtes tombent pour ne plus se reproduire et la guérison est complète, mais le cuir chevelu dénudé de cheveux est luisant, mince, et ressemble à une feuille de parchemin. Quelquefois l'alopécie est complète ; chez d'autres malades il f este encore quel-

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ques rares cheveux, grêles, secs et qui naissent de follicules pileux altérés, mais non détruits. Sur ces uHes ainsi dénudées on peut voir aussi parfois quelques poils rampant sous l'épiderme et ayant une direction horizontale. Suivant l'étendue de la maladie, cette altération si particulière du cuir chevelu est tantôt générale, tantôt seulement partielle; dans ce dernier cas, cependant, il est rare qu'elle n'occupe pas un espace assez considérable.

Avant de quitter ce qui se rapporte à la marche de la teigne faveuse, j'ajouterai que, dans le cours de cette affection, lorsqu'une maladie aiguë survient, il est habituel de voir les croûtes tomber et le favus s'effacer momentanément, pour reparaître lors de la convalescence de la maladie accidentelle.

Diagnostic. — Lorsque la teigne faveuse est arrivée à son entier développement et lorsqu'elle n'est pas très ancienne, 'c'est-à-dire lorsque les croûtes ont acquis et conservé leurs caractères distinctifs, le diagnostic de celte maladie est facile ; on la reconnaît aisément à son siège bien circonscrit, à la sécheresse, à la couleur soufrée des croûtes, à leur cassure pulvérulente lorsqu'on les brise, à leur disposition en godets; la couleur grise, l'aspect terne et lanugineux des cheveux, ainsi que l'odeur de souris exhalée par la partie malade, viennent encore ajouter à ces caractères si précis. La forme arrondie des croûtes, leur dissémination caractérisent le favus urcéolaire ; la disposition en plaques, l'apparence en godets moins accusés se rapportent au favus scutiforme. La couleur grise, plâtreuse, la sécheresse plus grande des croûtes font reconnaître le favus dit squarreux.

Mais au début de la maladie, avant le développement au dehors des croûtes caractéristiques, le diagnostic est souvent impossible, le favus ne donnant lieu qu'à quelques démangeaisons et à quelques cercles érythémateux ;

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cependant, dans ces circonstances, la régularité et la petite dimension des cercles seraient, suivant Bazin, des caractères qui pourraient servir à prévoir l'éruption. Pour le favus épidermique, en effet, ces cercles érythémateux, plus petits, plus réguliers et moins disposés à l'extension centrifuge que ceux de l'herpès circiné, pourraient être un indice de la maladie qui est en train de se développer; mais au cuir chevelu la présence des cheveux empêche de distinguer ces cercles et la maladie ne peut être reconnue que lorsque les croûtes commencent à se former. Également, lorsque la maladie est ancienne, lorsque les croûtes ont été altérées dans leur forme, dans leur couleur, soit par le grattage, soit par divers topiques, soit par le temps, le diagnostic devient très difficile; on peut cependant parvenir à l'établir d'une manière certaine en faisant attention à la limite précise des plaques croûteuses, à leur odeur, à l'altération des cheveux devenus secs, ternes, grisâtres, et s'arrachant facilement par la moindre traction. Dans les cas anciens on peut encore tirer un parti utile de la constatation de plaques dénudées de cheveux avec altération spéciale et comme cicatricielle du cuir chevelu, indiquant l'existence antérieure de points atteints de favus et sur lesquels la guérison a eu lieu. Enfin, dans toutes les circonstances, le diagnostic se trouve éclairé par l'inspection microscopique qui permet de distinguer dans les croûtes et dans les cheveux altérés la présence de V Ac horion S chœnleinii, bien inconnaissable aux caractères que j'ai donnés plus haut. Dans les cas difficiles, dans les teignes faveuses anciennes présentant l'aspect du favus squarreux, cet examen microscopique est d'une ressource très précieuse pour le médecin, et c'est quelquefois avec son secours seul que le diagnostic peut être établi d'une manière positive.

Les maladies avec lesquelles on peut surtout confondre

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le favus appartiennent à deux catégories : dans la première je placerai les affections non parasitaires, dartreuses ou autres, dans la seconde, les affections dues à la présence d'un parasite végétal. Dans la première classe se trouvent l'eczéma et principalement la variété d'eczéma désignée sous le nom d'impétigo, le psoriasis et le lupus ; dans la seconde se rangent l'herpès tonsuranl et la pelade. Je vais indiquer succinctement les traits distinctifs qui séparent le favus de ces diverses affections.

L'eczéma du cuir chevelu diffère tellement du favus qu'il est très facile de distinguer ces deux affections ; la diffusion de la maladie eczémateuse, son extension prompte aux parties voisines, le suintement séreux , puis les squames lamelleuses qui la caractérisent, sont autant de signes qui établissent entre ces deux affections une distinction facile. Le diagnostic est plus difficile dans certaines formes d'impétigo caractérisées par des croûtes épaisses qui deviennent sèches avec le temps; la couleur jaune foncé ou brune des croûtes, le suintement séropurulent qui survient après leur avulsion, une humidité habituelle sur les surfaces auriculaires, la diffusion de la maladie, son étendue plus considérable, l'absence d'altération spéciale des cheveux qui sont collés les uns aux autres, mais qui ne présentent pas l'aspect pâle et lanugineux des poils teigneux, l'alopécie, qui est diffuse au lieu d'être circonscrite en plaques bien délimitées, sont autant de signes auxquels on devra se fier pour reconnaître l'impétigo, en dehors même de l'inspection microscopique, laquelle donnerait des résultats diagnostiques certains.

Le favus épidermique, qui siège sur les parties du corps autres que le cuir chevelu, se présente à l'observation avec des caractères ordinairement si tranchés qu'il est facile de le reconnaître : la disposition des croûtes, leur coloration jaune, pourraient cependant le faire

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35<> MALADIES PARASITAIRES DE LA l'EAl.

prendre au premier abord pour un impétigo; mais un examen plus approfondi devra permettre de reconnaître l'existence du favus à la sécheresse plus grande des croûtes, à leur coloration jaune plus claire, à leur disposition en cupule et à l'absence de tout suintement au-dessous d'elles.

Le problème diagnostique est plus difficile pour le favus des ongles, et la ressemblance qui existe entre cette affection et l'eczéma étendu à l'extrémité des doigts explique aisément comment l'affection favique des ongles a été si longtemps méconnue. Dans les deux affections, en effet, les ongles sont altérés, et il existe à la face interne de l'ongle un épaississement formé par une substance intermédiaire entre l'ongle et la surface épidermique du doigt sur lequel il repose et auquel il adhère. Mais, dans l'eczéma, les ongles sont ternes, inégaux, épaissis et recouverts souvent de saillies et de lignes horizontales gravées sur la surface extérieure; dans le favus, au contraire, les ongles sont amincis, les stries longitudinales deviennent plus apparentes, quelques tubérosités peuvent bien se manifester; mais, dans d'autres points, l'amincissement de plus en plus marqué, peut aller jusqu'à la perforation de l'ongle. Dans la matière sale, brunâtre, située entre l'ongle et le doigt, on peut découvrir par l'examen microscopique l'existence de VAchorion Schœnleinii.

Le pityriasis du cuir chevelu ne peut pas être confondu avec le favus; l'étendue delà maladie, la diffusion de l'alopécie qui l'accompagne quelquefois, la linesse des squames, leur caractère franchement épidermique, sont autant de signes qui se rapportent exclusivement au pityriasis et qui ne se retrouvent pas dans le favus. Mais, dans certaines circonstances, on peut éprouver quelque difficulté à distinguer le psoriasis du cuir chevelu du favus et surtout du favus squarreux, dans lequel les croûtes

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sont grises et comme plâtreuses. Dans ces deux maladies, les plaques saillantes au-dessus du cuir chevelu sont sèches et circonscrites, et leur couleur est peu différente. Hais on devra se rappeler que, dans le favus, les croûtes sont moins adhérentes, que la portion superficielle s'en détache facilement et qu'elle forme des grains adhérents aux cheveux ; on se souviendra surtout que les cheveux sont altérés et qu'il existe souvent des plaques de calvitie complète sur lesquelles le cuir chevelu se présente avec l'aspect parcheminé que j'ai déjà signalé. Tandis que dans le psoriasis les plaques blanches sont formées par des squames et non par des croûtes, que ces squames, très adhérentes, s'enlèvent par le grattage dans leur partie superficielle, sous forme de poussière et non de grains, que la squame ainsi grattée devient luisante et d'un blanc nacré, que les cheveux ne sont pas altérés et ne tombent pas.

On devra savoir surtout que le psoriasis, borné exclu* sivement au cuir chevelu, est rare, et que le plus ordinairement, lorsque cette maladie existe à la tête, on doit en découvrir des plaques d'un caractère incontestable sur quelques parties du corps et particulièrement dans les régions des coudes et des genoux. Dans un cas que j'ai eu occasion de rencontrer récemment, ces caractères distinctifs étaient si peu précis cependant, que j'ai dû recourir à l'examen microscopique, lequel, en ne me faisant découvrir aucune trace de parasite, m'a permis d'affirmer l'existence d'un psoriasis.

Le lupus érythémateux se développe quelquefois sur le cuir chevelu sous forme de plaques squameuses amenant une alopécie circonscrite et plus tard une cicatrice. Ces caractères pourraient faire confondre cette maladie avec le favus; mais l'absence de croûtes, le peu d'épaisseur des squames, leur adhérence, leur caractère lamelleux, la dépression plus marquée de la cicatrice, sont des

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signes qui devront servir à faire reconnaître lascrofulide érythémateuse.

S'agit-il maintenant de distinguer le favus des autres affections parasitaires du cuir chevelu, le diagnostic est ordinairement facile pour les médecins habitués à voir des maladies de la peau. Dans ces diverses affections, quel que soit le parasite, les éruptions sont sèches, plus ou moins étendues, mais circonscrites au moins au début; les cheveux sont altérés et leur chute a lieu ; mais, à ces caractères communs, si on oppose les signes diagnostiques différentiels, on se rappellera que, dans l'herpès tonsurant (ringworm des Anglais) qu'on pourrait confondre quelquefois avec le favus scutiforme, la partie malade est quelquefois d'une couleur bleuâtre, qu'elle est recouverte d'écaillés épidermiques grises, qu'elle peut même présenter une surface croûteuse, mais grise et sans godets ; les cheveux qui ne sont pas tombés sont cassés à un demi-centimètre de leur hauteur, de manière à figurer une tonsure, surtout au début de la maladie; la plupart des poils sont engainés par une enveloppe épidermique blanchâtre et floconneuse. La pelade (porrigo decalvans de Willan), caractérisée par une alopécie partielle, par l'existence de plaques complètement glabres ou recouvertes de cheveux rares, grêles et cotonneux, sans squames, bans croûtes, sans autres altérations du cuir chevelu qu'une décoloration et un peu d'œdématie, est une affection qui diffère trop du favus pour qu'il soit besoin d'insister davantage sur ce diagnostic.

Dans les cas douteux, lorsque l'affection est ancienne, lorsque les caractères appartenant à chaque espèce parasitaire ont été altérés par le temps ou par les moyens de traitement, l'examen microscopique pourra encore donner des résultats utiles pour le diagnostic : dans le favus, le champignon se trouve principalement et en grande quantité dans les croûtes ou dans les poussières

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qui en proviennent, aussi bien que dans la racine et dans la tige des cheveux ; il est caractérisé par des tubes minces, ramifiés (mycélium), par quelques tubes plus gros, contenant des spores (tubes sporifères), et surtout par un grand nombre de spores arrondies, mais peu régulières, tantôt isolées, tantôt réunies en forme de chapelet. Dans l'herpès tonsurant, on doit surtout chercher le champignon (Trichophyton) dans l'épaisseur du cheveu et dans la gaine épidermique qui l'enveloppe à sa base ; on trouve peu de tubes, mais des spores sphériques, phïs petites et plus régulières que celles de l'achorion du favus. Enfin, dans la pelade, la recherche du champignon sur les cheveux altérés qui présentent quelques flocons blancs à leur surface est ordinairement infructueuse, et, dans les cas rares où on distingue quelque chose, le champignon (Microsporon Audouini) se montre sous la forme de spores très petites, très régulières et peu nombreuses.

Pronostic. — La teigne faveuse n'est pas une maladie grave, en ce sens qu'elle ne menace pas les jours de ceux qui en sont atteints ; ce n'est que bien exceptionnellement, et lorsqu'elle est étendue non seulement à tout le cuir chevelu, mais encore à une partie assez considérable de l'enveloppe cutanée, qu'elle s'accompagne quelquefois d'une faiblesse générale et d'une altération marquée de la santé qui peuvent devenir graves en suscitant pour l'économie un état d'imminence morbide à la moindre cause et surtout un défaut de résistance à une maladie même légère. Mais, à défaut de gravité réelle, le favus constitue, par l'aspect répugnant des teigneux, par l'o. deur qu'ils exhalent, par la crainte de la contagion qu'ils font naître et par la ténacité de la maladie, une affection excessivement pénible quifait de ces malades des espèces de parias redoutés et repoussés par tous les gens qui les approchent. La longue durée de la maladie, sa réapparition facile et fatale, tant que toutes les parties consli-

hàrdy. — Malad. de la peau. 23

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tuantes du végétal parasite n'ont pas été détruites, sont également des circonstances qui rendent celte maladie redoutable, surtout pour les enfants et pour les individus lymphatiques et scrofuleux, chez lesquels la maladie se développe plus facilement et tend à se propager et à se perpétuer. Toutefois, je dois ajouter que la connaissance des moyens de traitement efficace qu'on possède aujourd'hui, en rendant la guérison du favus possible et même presque toujours facile avec du temps et des soins convenables, est venue diminuer de beaucoup la gravité du pronostic de cette maladie, que les médecins qui nous ont précédés désespéraient de guérir et dont ils abandon naient le traitement à des empiriques et à des charlatans. Étiologie. — Le favus est une maladie qui ne se développe jamais spontanément ; une seule cause peut la déterminer, c'est la contagion, agissant par le contact ou le transport de matières faviques d'un individu malade à un individu sain. La contagion peut avoir lieu suivant quatre modes différents : 1° d'abord par le contact immédiat, ainsi que cela arrive en couchant dans le même lit qu'un teigneux, en ayant des rapports fréquents de cohabitation avec lui, comme le font les enfants en jouant ensemble, les parents et les enfants en Rapprochant et en vivant intimement. Chez un malade déjà atteint de favus, le grattage de la partie malade et l'introduction de la poussière favique sous les ongles expliquent le favus unguéal; de même le favus épidermique 4 survient le plus habituellement après le favus céphalique et par le contact d'une croûte favique sur l'endroit du corps atteint consécutivement. 2° L'inoculation constitue un mode de contagion plus directe encore ; elle peut être accidentelle, comme cela arrive par le grattage et le dépôt dans l'épaisseur de Tépiderme d'une parcelle de croûte favique ; mais le plus ordinairement elle est le résultat d'une expérimentation entreprise dans le but de mettre hors de

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doute la faculté contagieuse des croûtes faviques. Ces faits d'inoculation sont maintenant assez nombreux ; ils sont dus à Bennett, Hebra, Vogel, Kobner, Bazin et Deffis. Sur trois tentatives d'inoculation, Deffis réussit deux fois à produire des croûtes faviques incontestables. Kobner s'inocula lui-même sur l'avant-bras et obtint des croûtes jaunes en godet, qu'il montra à la Société médicale de Breslau. 3° Un troisième mode de contagion, peut-être plus commun encore que le contact direct, est celui qui a lieu d'une manière médiate, au moyen de vêtements et surtout de bonnets ou de chapeaux ayant servi à des teigneux et portés ensuite par des individus sains qui contractent ainsi la maladie ; à côté des bonnets, on doit placer aussi les peignes, les brosses et les objets de toilette ; c'est de ces diverses manières que la contagion s'exerce fréquemment dans les asiles, dans les écoles, dans les hôpitaux, où des enfants malades et sains sont réunis dans une habitation commune et où les enfants s'empruntent souvent momentanément leurs coiffures ou divers objets qui peuvent servir d'agents de contagion. 4° Enfin on doit admettre l'air lui-même parmi les moyens de contagion. Il est indubitable que la poussière des croûtes faviques suspendue dans l'atmosphère peut aller se porter sur un point quelconque du corps d'un individu sain et particulièrement sur le cuir chevelu, et y déterminer par sa seule présence une teigne faveuse. Cette propriété contagieuse de l'air et la présence réelle de poussières faviques suspendues au milieu de l'atmosphère ont été rendues incontestables par une expérience très curieuse et très ingénieuse de Bazin. Ayant choisi un malade, âgé de seize ans, atteint d'un favus étendu à tout le cuir chevelu, il le plaça de manière qu'un violent courant d'air passât au-dessus de sa tête et allât se diriger sur un bassin rempli d'eau glacée et placé à une distance • de 50 centimètres. En invitant le malade à frotter sa tête

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et ses cheveux avec ses doigts, on distinguait manifestement dans le courant d'air une poussière visible à l'œil nu et dans laquelle le microscope permettait de reconnaître des spores d'achorion ; dans l'eau du bassin, à la surface de laquelle aboutissait le courant d'air, on trouva également un grand nombre de spores isolées. Cette expérience fut répétée à plusieurs reprises, et chaque fois' on trouva dans une goutte d'eau au moins une trentaine de spores. La présence dans l'atmosphère des spores végétales parasitaires est donc un fait démontré scientifiquement, et il vient expliquer facilement un assez grand nombre de faits regardés auparavant comme des preuves de la génération spontanée de la teigne.

La transmission du favus peut avoir lieu des animaux à l'homme ; cette maladie se rencontre en effet chez quelques espèces animales et en particulier chez les chats et les souris : dans une note annexée à ses Leçons sur les affections cutanées parasitaires (p. 126), Bazin rapporte qu'un jeune médecin américain, le docteur Draper, lui communiqua la relation d'une maladie observée à New- York sur plusieurs souris prises au piège et caractérisée par des croûtes jaunâtres, arrondies, déprimées au centre et représentant assez exactement les croûtes faviques. Ces souris furent données à manger à un chat, qui offrit, quelque temps après, une croûte semblable au-dessus de l'œil. Plus tard, deux jeunes enfants de la maison qui jouaient avec le chat furent affectés, successivement et à quinze jours d'intervalle, de croûtes jaunes, circulaires, se montrant à l'épaule, à la face et à la cuisse. Le médecin appelé crut reconnaître l'existence d'un porrigo favosa. Quelques-unes des croûtes recueillies par le docteur Draper sur la tête d'une des souris ayant été envoyées à Paris, Bazin y reconnut au microscope l'achorion avec ses caractères les plus tranchés.

Le docteur Anderson cite plusieurs exemples de favus

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obsevé chez les animaux et de la transmission de cette maladie à l'homme ; ils m'ont paru assez intéressants pour être rapportés ici. Le premier fait est celui d'un client du docteur Buchanan, habitant Glascow, et qui lui montra son chien atteint sur une des pattes de devant d'une croûte semblable à celle d'un favus, opinion qui fut corroborée par l'examen microscopique. Ce chien avait l'habitude de tuer des souris qui existaient en bon nombre dans la maison. Plusieurs d'entre elles furent prises, elles étaient atteintes de la même maladie, et dans les croûtes, les docteurs Buchanan et Anderson constatèrent au microscope la présence de l'achorion de Schœnlein.

Cette maladie chez les souris a une tendance particulière à se porter sur les oreilles et de là à s'étendre à la tête, à la poitrine et ailleurs. Elle parait plus grave chez les souris que dans l'espèce humaine ; elle ne se borne pas en effet à faire tomber les poils, mais elle peut amener l'affaiblissement et même la mort.

Anderson raconte encore avoir vu au dispensaire pour les maladies de la peau, à Glascow, en février 1854, une pauvre femme et un de ses enfants, tous deux affectés de favus sur les parties non pileuses du corps ; le mari de cette femme et deux autres de ses enfants étaient atteints de la même maladie. Il y avait eu beaucoup de souris dans leur maison et on leur avait donné un chat pour les détruire. Les souris ne purent être examinées, mais le chat présentait sur les pattes de devant de nombreux godets de favus. Dans le même mois de la même année, Anderson fut également appelé en consultation dans une maison où, trois mois auparavant, on avait pris un assez grand nombre de souris qui avaient été touchées par les enfants. Cinq semaines plus tard apparaissait une éruption sur une des petites filles; cette affection cutanée s'était développée ensuite sur une des sœurs, sur la mère,

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sur un enfant à la mamelle et sur une jeune fille qui travaillait dans la maison. L'éruption était constituée par des plaques de favus disséminé très évidentes, distribuées sur diverses parties du corps non pileuses et ayant l'apparence de la variété désignée sous le nom de favus épidermique ; dans les croûtes, le microscope permettait de reconnaître l'achorion. Au moment de la visite du docteur Anderson dans cette famille, il n'y avait pas de souris prise au piège, mais quelques jours après on lui en envoya cinq, dont l'une présentait un godet favique sur le dos près de la queue, tandis qu'une autre avait les parties latérales de la tête et les oreilles ulcérées par la maladie. Les croûtes examinées au microscope contenaient un grand nombre de spores.

Les chats et les souris ne sont pas les seuls animaux sur lesquels on ait constaté la présence du favus : Mùller l'a observé sur un coq coehinchinois et sur plusieurs poulets de la même basse-cour; Gerlach dit avoir noté la transmission de cette maladie du coq à l'homme, et Kobner réussit à produire du favus chez des cochons d'Inde en leur inoculant des croûtes faviques prises sur un sujet humain.

Malgré sa faculté contagieuse, le favus ne se communique pas nécessairement à tous ceux qui sont en contact avec des teigneux ou sur lesquels se répandent des poussières faviques ; pour contracter cette maladie, il faut encore une certaine prédisposition qui n'existe pas heureusement pour tout le monde. Il est des individus réfractaires même à l'inoculation et ils se rencontrent principalement parmi les personnes adultes, d'une bonne constitution, jouissant d'une bonne santé et se trouvant dans de bonnes conditions hygiéniques. Les circonstances opposées constituent au contraire une prédisposition qui rend apte à contracter le favus, pourvu qu'on y soit exposé directement ou indirectement. Parmi ces causes

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prédisposantes, on doit signaler principalement le jeune âge, le tempérament lymphatique, la scrofule même et les mauvaises conditions hygiéniques. Sans être exclusif à l'enfance, le favus se développe fréquemment chez les enfants; et chez beaucoup d'adultes qui sont atteints de cette maladie, le début remonte à l'enfance ou à l'adolescence. La presque totalité des teigneux présente les caractères du tempérament lymphatique, beaucoup même sont scrofuleux et on voit les croûtes faviques associées à divers phénomènes morbides appartenant à la scrofule. Le favus est presque inconnu dans la classe riche de la société, chez les gens habitués aux soins ordinaires de propreté ; on le rencontre au contraire chez les gens pauvres, mal nourris, mal vêtus, mal logés ; c'est une des maladies de la misère. Quoique je ne puisse pas appuyer la proposition suivante sur des relevés statistiques, il m'a semblé cependant que la teigne faveuse était plus commune dans les campagnes que dans les villes; et parmi les campagnards teigneux ceux qui couchent dans les étables et dans les écuries m'ont paru assez nombreux pour que j'aie cru devoir penser que le champignon de la teigne pouvait trouver, comme d'autres cryptogames, dans l'atmosphère chaude des écuries et deà étables, une condition favorable à son développement.

Toutes les circonstances que je viens d'indiquer constituent seulement des causes prédisposantes, lesquelles à elles seules ne suffisent jamais pour produire le favus; mais, si quelques croûtes ou quelques spores faviques viennent à se déposer sur des individus présentant ces conditions, elles rencontreront là un terrain favorable à leur développement, et la maladie se déclarera et se propagera. En dehors de ces conditions indiquées, d'âge, de tempérament, d'étatsocial, l'acborion déposé sur un sujet par accident ou même par inoculation, ne se développera pas, ou constituera une maladie très limitée qui ne far-

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dera pas à disparaître ou spontanément ou sous l'influence du traitement le plus simple.

Nature du favus. — Les détails dans lesquels je suis entré relativement à l'existence et aux caractères de VAchorion Schœnleinii me dispensent d'insister sur la nature du favus : il est évident que cette maladie est une affection parasitaire due à la présence et au développe • ment de ce cryptogame. Cette proposition ne fait plus doute aujourd'hui en dermatologie et les médecins qui, comme Érasmus Wilson (1), n'admettent pas l'existence d'un parasite dans les croûtes faviques ou ceux qui regardent, avec Cazenave, les productions parasitaires comme une conséquence ou comme un accessoire de la maladie, comptent tous les jours moins de partisans. Mais il est une autre question débattue principalement en Angleterre et que je dois soulever ici, c'est celle de la légitimité du genre Achorion et de la disparité des divers parasites végétaux observés sur la peau de l'homme. Déjà, en 1857, le docteur Lowe avait cherché à démontrer l'identité de genre de VAchorion et des autres parasites végétaux qu'on remarque dans le sycosis, dans l'herpès tonsurant, dans le pityriasis versicolore et dans le porrigo declavans; il avait même conclu à l'identité parfaite entre ces parasites et VAspergillus glaucus (2). En 1859, Hogg exprima la même opinion (3) ; mais cette manière de voir a surtout été professée par Tilbury Fox (4) et par Hebra. Fox, frappé du peu de différence des spores et des

(1) Erasmus Wilson, On Diseases of the Skin.

(2) J. Lowe, Transactions of the botanical Society of Edinburgh, vol V. — On the true nature of parasitic Diseases (The Lancett 13 août 1859, p. 168).

(3) Jobez Hogg, Furtuer observations on the vegetables parasites (Quarterly Journal of microscopical science, January 1866).

(4) Tilbury Fox, The true Nature and meaning of parasitic Diseases of the surface {The Lance ty 2 and 9 July 1859, p. 5, 31 ; 10 Septeraber 1859, p. 260). — Skin Diseases of parasitic origin, their Nature and Treatment. London, 1863, in-8% 210 pages.

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tubes dans chaque maladie, lesquels ne diffèrent guère que par le nombre ou le volume, en conclut à l'identité de tous les cryptogames des maladies parasitaires de la peau et cherche à démontrer que la différence d'aspect de chacune des espèces qu'on a voulu établir pour chaque maladie dépend seulement du degré de développement du végétal. Prenant pour exemple ce qui se passe pour les cysticerques et pour les taenias, qui ne sont en réalité que des transformations du même animal, il pense qu'il en est de même des parasites végétaux et que VAchorion étant le cryptogame parvenu à son entier développement, le Microsporon Audouini représenterait ce végétal à l'état primitif, à l'état fœtal pour ainsi dire, tandis que les âges intermédiaires se retrouveraient dans l'herpès tonsurant, appelé ringworm par les médecins anglais et dans le pityriasis versicolore.

Pour soutenir cette opinion que je viens d'exposer, Fox a encore cherché à faire remarquer que l'apparence diverse des maladies parasitaires pouvait s'expliquer par le siège précis du champignon atteignant le fond du follicule dans le favus et n'occupant que la superficie de la peau dans la pelade et dans le pityriasis versicolore, tandis que dans le sycosis les tumeurs cutanées sont expliquées par le dépôt de matière sébacée dans le follicule et par l'inflammation extra-folliculaire. A ces arguments, Fox ajoute encore l'observation de quelques faits cliniques dans lesquels le diagnostic est véritablement très difficile à établir entre le favus et le ringworm. 11 invoque surtout à l'appui de sa doctrine des exemples de transmission de favus par le contact avec des malades atteints d'herpès ou de toute autre affection parasitaire, et quelques faits de favus s'étant transformé sur le même malade en herpès tonsurant.

Si ces derniers faits étaient incontestables, ils apporteraient un grand appui à la doctrine adoptée par Fox et

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par Hebra, mais précisément la difficulté du diagnostic, dans certains cas, peut expliquer une erreur; d'autre part, Anderson, qui combat avec force et talent l'opinion de Fox, affirme n'avoir jamais vu ces transmissions, et ces transformations d'une maladie parasitaire dans une autre affection (1). Bazin soutient également l'indépendance de chaque espèce ; et, quant à moi, je n'ai jamais vu le favus communiquer l'herpès tonsurant à une autre personne, et je ne puis expliquer les faits cités par Hebra et par Fox que par des erreurs de diagnostic ou par la coïncidence possible et réelle de deux affections parasitaires dont l'une seulement serait transmise à une autre personne ; on pourrait ainsi voir un malade atteint de plaques d'herpès tonsurant cachées par des croûtes faviques beaucoup plus apparentes, communiquer à un autre par le contact ou même par l'inoculation une affection qui présenterait réellement les caractères de l'herpès parasitaire. Mais ces faits sont bien rares, et si dans la pratique on voit souvent le sycosis, l'herpès circiné et l'herpès tonsurant coïncider soit sur le même individu, soit sur les membres d'une même famille, et se transportant indifféremment par la contagion, on peut dire que la même chose ne s'observe pas pour le favus et pour les autres maladies parasitaires et que le favus reste toujours favus, comme la pelade reste toujours pelade.

Ainsi que je l'ai déjà dit, je ne puis donc admettre l'identité des divers végétaux qui produisent par leur présence les affections parasitaires de la peau, et je pense qu'on doit les considérer comme des espèces distinctes, lesquelles diffèrent d'ailleurs les unes des autres par des caractères qui permettent de les reconnaître au microscope et d'établir le diagnostic des maladies parasitaires

(1) Call Anderson, On the parasitic Affections of the Skin. London, 1861 ; new édition 1868, in-8°.

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entre elles en dehors même des altérations de la peau si différentes dans chacune de ces affections.

Traitement. — Pendant de longues années, et il y a peu de temps encore, le traitement du favus était abandonné à l'empirisme le plus grossier; des religieuses, des charlatans de toutes sortes gardaient le privilège de traiter la teigne ; à l'aide de pommades, de procédés particuliers, qui aboutissaient presque toujours à l'épilation des cheveux malades, on arrivait quelquefois à des succès fondés souvent sur des erreurs de diagnostic, les diverses éruptions non parasitaires du cuir chevelu étant confondues avec les vraies teignes par des ignorants, incapables de saisir les différences de nature des maladies, et désignant sous le nom de teignes toutes les affections de la partie pileuse de la tète.

Je ne puis ni ne dois entrer dans le détail de tous les traitements secrets vantés contre le traitement de la teigne, lesquels n'ont plus d'ailleurs aujourd'hui aucune raison de subsister; j'indiquerai seulement comme un moyen qui a été souvent employé et qui est encore en usage dans quelques hôpitaux de province le traitement par la calote, consistant dans l'application sur les parties malades d'un emplâtre agglulinatif, qu'on enlève, après plusieurs heures ou plusieurs jours, de manière à pratiquer brusquement et d'un seul coup une avulsion violente de tous les poils et de la partie la plus superficielle de la peau. Cette épilation brutale qu'on avait cherché à adoucir dans les hôpitaux de Lyon en substituant à un morceau unique d'emplâtre des bandelettes détachées de sparadrap qu'on enlevait séparément, a compté des guérisons ; mais la douleur inséparable de ce procédé thérapeutique doit le faire abandonner complètement, maintenant qu'on possède des moyens d'épilation beaucoup plus doux et plus faciles.

Depuis qu'on est fixé sur la nature parasitaire du favus,

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depuis surtout que les travaux de Bazin ont démontré que le cryptogame pénètre la substance propre du cheveu, le traitement de la teigne faveuse repose sur des bases véritablement scientifiques. Il a pour but d'enlever les parties imprégnées de végétaux parasites et de détruire les parasites qu'on ne peut enlever. On arrive à ce but en arrachant les cheveux malades à l'aide d'une épi la lion successive, et en faisant périr, au moyen d'agents parasiticides, les substances cryptogamiques répandues à la surface épidermique et dans les follicules pileux. Voici, d'ailleurs, les détails du traitement institué par Bazin et adopté avec quelques variantes insignifiantes par tous les médecins de l'hôpital Saint-Louis, traitement qui nous donne tous les jours des succès incontestables.

Ce traitement comprend trois temps, trois opérations successives :

1° On débarrasse d'abord la tête ou les parties malades des croûtes qui les recouvrent, avec des cataplasmes émollients etdes lotions soit d'eau de guimauve, soit d'eau de savon, ou même à l'aide de bains, si le favus siège au tronc ou sur les membres. Quelques jours suffisent ordinairement pour que la partie malade soit nettoyée et pour qu'elle présente une coloration rouge avec quelques ulcérations superficielles, d'aspect assez semblable à celui qui succède à la chute des croûtes de l'eczéma ou de l'impétigo.

2° Lorsque les croûtes ont été enlevées, on passe à la seconde partie du traitement, la plus essentielle, qui consiste dans l'avulsion des cheveux situés sur toute la surface malade. On procède à cette avulsion par une épilation successive, qui est pratiquée au moyen de pinces à mors larges. Pour diminuer la douleur et pour éviter de briser les cheveux, on a soin de n'en saisir qu'un ou deux à la fois et d'exercer la traction dans le sens de l'implantation du cheveu. Lorsque la surface malade est un peu

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étendue, on esl obligé de pratiquer cette épilation en plusieurs séances, pour ne pas occasionner trop de douleur ou trop de fatigue aux malades ; mais avec un peu d'habitude, on arrive facilement à épiler tout le cuir chevelu en cinq ou six séances et même en moins de temps, lorsque le nombre des cheveux n'est pas très considérable. L'épilation est également nécessaire lorsque le favus siège au tronc ou aux membres ; les poils doivent être arrachés de la même manière.

Par cette épilation, on enlève déjà une grande quantité de parasites, tout ce qui était contenu dans les poils; mais il existe encore une certaine quantité de substance parasitaire dans les follicules pileux, et, pour la détruire, en même temps qu'on arrache les cheveux, on humecte les surfaces épilées avec une lotion parasiticide qu'on cherche à introduire jusque dans les follicules au moyen d'une brosse ou d'un morceau de linge ou de flanelle imbibés de cette liqueur. La préparation liquide proposée par Bazin et aujourd'hui généralement adoptée n'est autre qu'une solution aqueuse de sublimé au 500', soit, par exemple : eau distillée, 125 grammes; sublimé, 25 centigrammes. Il est nécessaire de faire ces lotions immédiatement après l'épilation pour que le liquide puisse pénétrer plus facilement dans l'intérieur des follicules encore béants, et il est bon de les répéter matin et soir pendant les trois ou quatre jours qui suivent l'épilation. Chez certains malades, ces lotions donnent lieu à une éruption de pustules plus ou moins nombreuses, mais de peu de durée, lesquelles s'effacent d'ailleurs très vite sous l'influence de quelques lotions adoucissantes ou de quelques cataplasmes émollients.

3° Enfin, les cheveux sont arrachés, la liqueur parasiticide a pénétré dans les follicules et dans les couches superficielles de l'épiderme ; mais on n'est pas certain que tous les parasites soient détruits, quelques végétaux

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entiers, quelques spores survivent à la ruine générale et peuvent être le point de départ de nouvelles répudiations ; de là, la nécessité de continuer le traitement parasiticide, ce qu'on exécute alors en frictionnant matin et soir la partie malade avec une pommade contenant une substance susceptible de détruire le parasite, c'est-à-dire soit du soufre, soit une préparation mercurielle,soit une préparation cuivreuse ou même une préparation de goudron ou d'huile de cade. J'ai l'habitude d'employer une pommade contenant, pour 30 grammes d'axonge, 2 à 3 grammes de fleurs de soufre et 1 gramme de camphre. Bazin préfère une pommade composée de 30 grammes d'axonge et de 4 à 2 grammes de turbith minéral. On peut encore employer l'acétate de cuivre à la dose de 50 centigrammes pour 30 grammes d'excipient; mais celte substance a souvent l'inconvénient de déterminer des éruptions artificielles, et il vaut mieux lui préférer le soufre ou les préparations mercurielles. L'acide phénique, le goudron, l'huile de cade, sont également employés ; mais leur effet est moins certain que celui des préparations sulfureuses ou mercurielles.

Lorsqu'un malade a été soumis au traitement que je viens d'indiquer, on voit la surface malade reprendre peu à peu un aspect normal ; et, au bout d'un mois ou de cinq semaines, les cheveux arrachés repoussent, car c'est une grossière erreur de croire que les poils avulsés ne repoussent pas. A ce moment alors la guérison parait obtenue, mais on ne doit pas se fier à l'apparence ; le plus ordinairement une seule épilation ne suffit pas, il reste encore quelques cryptogames, et, si l'on abandonne le traitement local, on ne tarde pas à voir revenir la maladie avec ses croûtes caractéristiques; il est bon de procéder à une seconde épilation avec lotions parasiticides suivies d'onctions de même nature. Puis, au bout de six semaines de cette seconde série thérapeutique, il faut

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abandonner tout traitement et soumettre le malade à une observation attentive. S'il est guéri, les poils resteront sains, le cuir chevelu restera blanc et net, la surface qui a été malade ne sera le siège d'aucune exfoliation épidermique. Si, au contraire, il reste encore quelque parcelle cryptogaraique, au bout de quelques jours après l'abandon du traitement, Tépiderme deviendra squameux, la peau rougira, et on verra pointer çà et là, au-dessus de l'ouverture extérieure des follicules pileux, plusieurs petites taches jaunes qui ne tarderont pas à s'agrandir et à présenter une dépression centrale en forme de cupule. Il y a alors nécessité d'une nouvelle épilation, ordinairement moins étendue et sur les parties malades seulement, opération qu'il sera nécessaire de renouveler jusqu'à complète guérison.

Lorsque le favus siège sur le tronc ou sur les membres, j'ai déjà dit que le traitement était le même ; on peut seulement alors substituer aux lotions et ajouter aux pommades quelques bains de sublimé. Le favus est d'ailleurs ordinairement plus facile à guérir lorsqu'il ne siège pas au cuir chevelu, ce qui peut s'expliquer par le nombre moins considérable et le plus petit volume des follicules pileux.

Lorsque le favus siège aux ongles, la substance cryptogamique étant développée entre l'ongle et l'épiderme, pour faire parvenir les agents parasiticides jusqu'au point où elle existe, on doit user l'ongle avec du verre ou avec une lime, puis se servir de la solution et des pommades déjà indiquées. Comme pour le cuir chevelu, on est quelquefois obligé de revenir une ou deux fois à ce procédé de traitement avant d'obtenir une guérison définitive.

À l'aide du traitement que je viens d'exposer en détail, on arrive à guérir le favus d'une manière radicale; plusieurs milliers de guérisons ont été ainsi obtenus.

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Mais il ne faut pas oublier que les parasites végétaux trouvent des conditions favorables de développement dans une constitution faible et détériorée, et que, pour . assurer la guérison du favus, il est nécessaire, en même temps qu'on attaque le cryptogame par des moyens directs, de chercher à modifier la constitution par un traitement reconstituant médical et hygiénique. Aussi, chez les personnes atteintes de favus, principalement chez les enfants lymphatiques ou scrofuleux, on se trouvera bien de l'administration des amers, houblon, gentiane ou quinquina, des antiscorbutiques, de l'huile de foie de morue et de l'emploi des moyens hygiéniques relatifs à l'alimentation, à l'habitation et aux exercices du corps.

2° Trlchophytle.

Sous ce nom de trichophytie, on doit comprendre les affections cutanées produites par la présence dans les couches superficielles de l'épiderme ou dans les glandes cutanées d'un parasite végétal décrit sous le nom de Trichophylon. Suivant le siège occupé par ce cryptogame, la maladie présente des aspects assez différents pour qu'on ait admis pendant longtemps ces éruptions comme constituant des espèces nosologiques distinctes et pour qu'on les ait désignées sous des noms particuliers. Des recherches microscopiques attestant l'existence du même parasite, des observations attentives relatives à l'évolution et à la transformation de ces maladies ont permis à Bazin et à moi de constater leur identité, et aujourd'hui tout le "monde est à peu près d'accord pour reconnaître qu'elles sont dues à la présence du même parasite et que leur différence d'aspect et de marche n'est qu'une question de siège. Le mot trichophytie que j'ai proposé dans mes leçons cliniques à l'hôpital Saint-Louis est généralement accepté maintenant.

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Je décrirai successivement : 1* la trichophytiecircinèe ; 2* la trichophytie tonsurante ; 3° la trichophytie sychosique.

La connaissance de la nature parasitaire de la trichophytie circinée et la trichophytie tonsurante est un fait tout moderne ; mais ces maladies étaient connues depuis longtemps, surtout en Angleterre, où elles étaient désignées sous le nom de ringworm (ver en anneau), dénomination qui est encore aujourd'hui employée communément dans ce pays pour désigner une affection conta* gieuse de la peau ou des poils, caractérisée par des cercles rouges ou squameux. Willan et fiateman dédaignèrent ce mot populaire de ringworm et décrivirent, sous le nom d'herpès circinatus, le ringworm du corps et sous celui de porrigo scutulata la même affection siégeant à la tête et dans la barbe, considérant l'herpès circiné comme une éruption vésiculeuse et plaçant le porrigo dans les affections pustuleuses. La propriété contagieuse de ces maladies n'avait d'ailleurs pas échappé aux auteurs anglais, qui l'avaient signalée comme un fait d'observation acquis depuis longtemps, et Bateman, en parlant de l'herpès circiné, a soin de le considérer comme une affection locale n'amenant aucun trouble dans la santé générale. Les médecins français qui adoptèrent les doctrines.de Willan et de Bateman, Biett, Cazenave, Gibert, Devergie, acceptèrent également les dénominations d'herpès circiné et de porrigo, tandis qu'Alibert désignait ces maladies sous les noms d'olophlyctide miliaire et de porrigine tonsurante. Mais il faut croire que ces maladies étaient alors mal connues, car, en 1829, Mahon jeune décrivit, sous le nom de teigne tondante, une affection du cuir chevelu qui lui parut nouvelle et qui n'est véritablement que le porrigo scutulata de Willan, notre herpès tonsuranl actuel ; et plus lard, en 1840, Cazenave, ayant eu occasion de rencontrer

hardy. — Malad. de la peau. 24

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cette maladie sur la tête de plusieurs élèves d'un collège de Paris, et ayant cru apercevoir quelques vésicules au milieu des squames et des cheveux altérés, en donna la description comme s'il s'agissait d'une nouveauté, et proposa àê désigner cette affection sous le nom d'herpès tonsurané, qui est resté depuis dans le langage médical. Dam cette première époque de l'histoire des herpès parasitaires, on voit ainsi la maladie distinguée des autres éruptions et décrite dans ses caractères objectifs et cliniques ; les travaux ultérieurs eurent surtout pour but et pour résultat, d'éclairer la nature de ces affections et de démontrer leur caractère spécifique. En 1842 et 1844, Gruby lut, à l'Académie des sciences de Paris, deux mémoires dans lesquels, faisant connaître en France des recherches déjà entreprises en Allemagne, il indiqua l'existence de cryptogames dans la mentagre et dans Vherpes tonsurans, auquel il donna par erreur le nom de porrigo decalvans ; un peu plus tard, en Suède, en 4846, Malmsten, imprimant à ces recherches minutieuses une plus grande précision, décrivit scientifiquement le champignon de Vherpes tonsurans, indiqué par Gruby, et lui donna le nom de Trichophyton, qui lui est resté. Le premier pas était fait dans la connaissance de la nature des herpès parasitaires, et, à partir de ce moment, les travaux de Baerensprung, qui indiqua l'existence d'un champignon dans l'herpès circiné (1856), et surtout ceux de Bazin, datant de l'année 1854 et confirmés dans des mémoires successifs, établirent d'une manière défi-* niti vêla présence du trichophyton de Malmsten dans l'herpès circiné, dans l'herpès tonsurant et dans le sycosis, et, par conséquent, firent admettre que ces trois affections sont de même nature, qu'elles sont causées par le même cryptogame et qu'elles ne doivent leur dissemblance apparente qu'à leur siège différent. Malgré l'opposition de quelques médecins élevés à une autre école,

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ces dernières propositions sont aujourd'hui complètement adoptées, et c'est d'après cette doctrine que j'ai acceptée depuis longtemps et que j'ai contribué à propager dans mes cours cliniques, que je vais décrire successivement sous les noms de trichophytie circinée et tonsurante, l'herpès circiné et l'herpès tonsurant, en réservant pour un dernier chapitre les questions d'étiologie, de pathogénie et de thérapeutique communes à ces deux formes morbides ; et en terminant par l'histoire du sycosis ou trichophytie sycosique.

a. Trichophitie circinée.

(Vesicular Ringworm; Ringworm of the body des auteurs anglais ; olophlyetide miliaire, Alibert ; Herpès circiné, Willan.

Symptômes. — La trichophytie circinée commence ordinairement par une tache rouge, arrondie, de la dimension d'une lentille ou d'une pièce de vingt centimes, laquelle présente, au bout d'un ou de deux jours, une légère desquamation épidermique, et devient promptement le siège d'un sentiment assez léger de cuisson et de démangeaison. Une fois développée, cette tache, très peu saillante au-dessus du niveau de la peau, augmente en étendue par une extension circulaire et centrifuge et peut acquérir ainsi, en quinze ou vingt jours, le diamètre de quatre ou cinq centimètres. Mais en même temps qu'a lieu cette extension, on voit, au centre de cette tache, la rougeur diminuer et la peau reprendre son aspect naturel, de sorte qu'au bout de deux ou trois semaines la maladie est constituée par un cercle rouge, squameux, plus ou moins saillant et dont le centre est sain. Tant que la maladie n'est pas arrêtée par un traitement convenable, cette marche centrifuge continue et le cercle s'agrandit incessamment, de manière à mesurer quelquefois jusqu'à vingt, vingt-cinq centimètres de diamètre et plus. En

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augmentant d'étendue, ce cercle devient d'ailleurs moins régulier, il est quelquefois interrompu et, au bout d'un certain temps, on trouve ordinairement plutôt des segments de cercle qu'un anneau complet.

Dans la forme la plus simple delatrichophytie circinée, la lâche initiale et la saillie circulaire qui en est la suite sont constituées par une éruption érythémato-squameuse plus ou moins élevée au-dessus de la peau et qui a été désignée, par quelques auteurs, sous les noms d'érythème marginé ou d'eczéma marginé ; mais souvent aussi, par le fait d'un travail inflammatoire plus intense, il se développe, sur la tache rouge, des vésicules ou des vésicopustules de peu de durée, qui se rompent, en formant des croûtes peu épaisses et plus souvent encore des squames épidermiques. Ces vésicules et ces pustules ont la même configuration que la tache rouge et forment ainsi tantôt un disque, tantôt un cercle ; ces saillies éruptives ont d'ailleurs une courte durée ; elles se dessèchent au bout de deux ou trois jours et se convertissent en squames pendant que de nouvelles vésicules ou pustules se développent en dehors des anciennes, de manière à agrandir incessamment le cercle. Willan et ses élèves avaient pensé que ces vésicules étaient constantes dans l'herpès circiné et que les squames n'étaient que les débris de ces vésicules; ils ajoutaient qu'elles étaient quelquefois tellement ténues, qu'on ne pouvait pas toujours les distinguer. C'est à cause de ces vésicules apparentes ou supposées, que la maladie qui nous occupe avait été appelée herpès et qu'elle avait été placée dans la classe des affections vésiculeuses. Cette opinion ne peut plus être acceptée aujourd'hui, et on ne doit pas hésiter à reconnaître que les vésicules manquent souvent dans l'herpès et que les éruptions vésiculeuses ou pustuleuses qui se rencontrent quelquefois sont un simple accident traduisant un degré plus intense de l'inflamma-

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tion cutanée. Ces éruptions accessoires se montrent d'ailleurs principalement au début de la maladie; elles cessent ordinairement à mesure que le cercle s'agrandit, et on aperçoit rarement des vésicules ou des pustules dans ces anciens herpès caractérisés par des lignes circulaires, continues ou interrompues, mais s'étendant à de larges surfaces. Dans les lamelles épidermiques qui constituent les squames, il est quelquefois possible de reconnaître, au microscope, des spores parasitaires ; nous reviendrons plus tard sur ces détails.

Le plus ordinairement, ainsi que je l'ai dit, la maladie se présente sous la forme d'un cercle qui s'agrandit et dont le centre devient sain à mesure que l'éruption s'étend en circonférence; mais quelquefois la partie centrale n'est pas complètement nette et l'on voit reparaître au milieu une plaque nouvelle ou un anneau plus petit, inscrit dans l'ancien. Il peut y avoir ainsi trois ou quatre cercles concentriques plus ou moins saillants, plus ou moins squameux ou vésiculeux, qui sont quelquefois de nuance différente et qui ressemblent à une cocarde multicolore. C'est là une forme d'éruption qui a été désignée par quelques auteurs sous le nom d'herpès iris ; mais il ne faut 'pas oublier que, le plus souvent, l'éruption qui se présente avec ces cercles concentriques de diverses nuances n'est qu'une forme de l'érythème polymorphe qui n'a aucun rapport de nature avec l'herpès (voy. Érythème).

Qu'il soit érythémateux, squameux, vésiculeux ou pustuleux, l'herpès circiné est ordinairement accompagné d'une sensation de chaleur, de picotement ou de démangeaison. Chez certains malades, ces symptômes sont peu prononcés ou même n'existent pas du tout; chez d'autres, au contraire, ils sont assez accusés, surtout pendant la nuit. L'éruption de vésicules ou de pustules donne lieu ordinairement à des élancements ou à

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des picotements, les démangeaisons appartiennent plutôt à la forme érythémateuse ou squameuse. Les phénomènes douloureux se manifestent surtout au début de l'éruption ; lorsque la maladie est ancienne, souvent ces symptômes disparaissent complètement ou ne se développent que d'une manière légère et intermittente.

Dans la trichophytie circinée, les plaques ou les cercles sont rarement uniques; il en existe ordinairement plusieurs de dimension différente, soit dans la même région, soit dans des endroits plus ou moins éloignés. Cette éruption peut se développer sur toutes les régions du corps ; elle est cependant plus commune sur les parties découvertes, à la face, à la nuque, au cou, aux avant-bras et aux mains, principalement sur la face dorsale des poignets ; Baerensprung a indiqué également la région des aines comme un siège assez commun de l'herpès, et cet auteur a décrit minutieusement l'herpès inguinal ; je ne nie pas l'existence de l'herpès circiné à la face interne et supérieure des cuisses, j'en ai même en ce moment un exemple sous les yeux ; mais en parlant de l'herpès circiné inguinal, je crains qu'on n'ait confondu le véritable herpès, affection rare dans cette région, avec l'intertrigo inguinal qui s'y rencontre très fréquemment et qui se présente sous la même forme circinée, et aussi avec une autre maladie parasitaire décrite récemment sous le nom d'érythrasma.

Quel que soit son siège, l'herpès circiné coïncide souvent avec des plaques d'herpès tonsurant à la tête ou à la barbe, et avec les lésions diverses du sycosis parasitaire. Ce sont là, comme je l'ai déjà dit, des éruptions de même nature, causées par le même parasite, et dont les différences d'aspect dépendent seulement du siège de la maladie.

Marche. — En indiquant la tendance extensive de la trichophytie circinée, nous avons caractérisé la marche

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de cette maladie, qui tend à s'étendre dans la région où elle s'est manifestée tout d'abord, puis à se propager plus ou moins loin de son siège primitif. En augmentant ainsi en étendue et en nombre, les cercles de l'herpès peuvent se prolonger pendant des mois et même des années. La guérison peut survenir spontanément après un temps variable ; le plus ordinairement, cependant, l'éruption ne disparaît qu'après un traitement convenable. Il arrive assez souvent que les cercles reparaissent après une guérison apparente datant de quelques semaines ou même de plusieurs mois. Ces alternatives ont été également observées dans quelques autres maladies dues à la présence d'un parasite végétal, et on peut les attribuer à la persistance de quelques spores et à des modifications successives dans la santé générale, modifications tantôt favorables, tantôt contraires au développement et à la propagation du parasite.

Diagnostic. — Le diagnosticde la trichophytie circinée est ordinairement facile : cette maladie se distingue suffisamment par sa forme arrondie ou circulaire, et surtout par son extension centrifuge rapide qui constitue un des meilleurs caractères distinctifs pour différencier la trichophytie des autres affections cutanées qui se présentent avec une forme circulaire, mais dont le cercle ne s'agrandit pas ou ne s'augmente que d'une manière lente et insensible. La coïncidence fréquente des autres formes de la trichophytie (herpès tonsurant et sycosis) sur la même personne ou sur des membres de la même famille et la découverte du parasite dans les débris épidermiques, sont encore des caractères importants dont on comprend toute la valeur.

Les maladies avec lesquelles il serait possible de confondre la maladie qui nous occupe, sont toutes celles qui ont une forme circulaire, et principalement l'érythème marginé, le psoriasis circiné, l'eczéma nummulaire, le

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pityriasis circiné, le favus épidermique au début, certaines formes desyphilide et la scrofulide érythémateuse ; mais le plus ordinairement le diagnostic différentiel est facile à établir.

C'est ainsi que dans Téry thème marginé, caractérisé par une plaque rouge dont le centre est affaissé, la coloration est plus vive, plus foncée, la saillie est plus élevée, l'éruption est surtout érythémateuse et non squameuse; il existe simultanément plusieurs taches qui gardent la même dimension sans s'étendre circulairement.

Le psoriasis se présente quelquefois sous la forme de plaques arrondies ou de cercles réguliers, surtout dans la variété décrite par Willan et Bateman sous le nom de lèpre vulgaire ; mais la saillie de l'éruption est plus considérable que celle de l'herpès, et les squames sont plus adhérentes, plus imbriquées les unes sur les autres, plus blanches et bien plus épaisses. L'extension centrifuge est très peu marquée.

Dans l'eczéma nummulaire, on trouve des plaques arrondies qui augmentent souvent d'étendue assez rapidement; mais dans cette maladie, si les vésicules sont très petites, éphémères, si elles n'existent qu'au début, il y a une sécrétion plus abondante et des squames plus lamelleuses et plus larges ; la circonférence de la plaque est toujours moins régulière que dans l'herpès, et, au lieu de présenter un anneau au bout de quelques jours, l'éruption garde toujours une forme nummulaire.

Le pityriasis circiné ou pityriasis rubra est plus facile à confondre avec l'herpès circiné; dans les deux maladies, en effet, il y a des plaques ou des cercles arrondis, d'une coloration rouge, sur lesquels se voient des squames blanches, fines et assez nombreuses. Mais on évitera facilement l'erreur en sachant que dans le pityriasis les plaques sont très nombreuses, très rapprochées, qu'elles couvrent ordinairement tout le tronc et la

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TRICHOPHYTIE CÎRCÎNÉE. 377

partie supérieure des membres, et que les cercles une fois formés gardent leur dimension sans s'agrandir sensiblement.

Au début de son développement, le favus se montre quelquefois au cou, à la nuque ou dans d'autres régions non pileuses sous la forme de cercles squameux superficiels, ressemblant à ceux de la trichophytie circinée; mais il faut savoir que les cercles faviques sont plus uniformes, plus petits et d'une dimension plus fixe.

Le diagnostic est un peu plus difficile à établir avec certaines éruptions syphilitiques à forme circulaire, telles que la roséole annulaire, la syphilide squameuse circinée, la syphilide tuberculeuse en groupes et la syphilide vésiculeuse herpétiforme; mais dans la syphilis, l'éruption se présente sous la forme de segments de cercle, de croissants, de fers à cheval plutôt que sous celle d'anneaux complets ; la coloration est d'une nuance particulière ; il n'y a pas de démangeaisons ; l'extension centrifuge n'existe pas ; et le siège des éruptions est différent, les syphilides se développant plus particulièrement au tronc et à la partie supérieure des membres, l'herpès circiné se montrant plutôt sur les parties qui sont habituellement découvertes.

Au premier abord, on pourrait confondre l'herpès circiné avec la scrofulide érythémateuse, caractérisée par une tache rouge légèrement squameuse, arrondie, dont le centre se guérit pendant que la circonférence s'étend, circonstance qui avait fait donner, par Biett, à cette maladie le nom d'érythème centrifuge. Mais avec un peu d'attention, on voit bientôt que dans la scrofulide, la coloration est violacée, que la saillie est plus considérable que dans l'herpès, que les squames sont plus adhérentes et plus profondes, que l'extension centrifuge ne se fait que très lentement et qu'au centre de la plaque rouge, à l'endroit où la maladie a disparu, on distingue

378 HALÀWES TAHASTTATÏEBS DE LA PEAU.

une cicatrice caractéristique de la nature scrofuleuse des éruptions, cicatrice qui n'existe jamais dans l'herpès parasitaire.

Pronostic. — Je ne dirai qu'un mot du pronostic de Therpès circiné; c'est une maladie peu grave, mais cependant assez rebelle et qui peut résister longtemps, surtout lorsque la maladie n'a pas été arrêtée au début par un traitement convenable. Lorsque les plaques se développent près des régions pileuses, dans le voisinage du cuir chevelu ou de la barbe, la crainte de voir la maladie attaquer les poils sous la forme d'herpès tonsurant ou de sycosis, maladies bien plus rebelles et bien plus difficiles à guérir, doit rendre le pronostic un peu plus grave. On doit savoir aussi que chez certaines personnes, principalement chez les individus débilités, l'herpès s'acclimate, se prolonge et récidive avec une facilité désespérante.

b. Trichophytie tonsurante.

(Ringworm of the scalp, en anglais ; Porrigo scutulata, Willan et Bateman ; teigne tondante, Manon ; porrigine tonsurante, Alibert ; herpès tonsurant, Gazenave).

Symptômes. — Cette maladie, qui siège exclusivement sur les parties couvertes de poils, est principalement caractérisée par des plaques arrondies, squameuses, sur lesquelles les poils sont en partie tombés, en partie cassés à trois ou quatre millimètres de leur hauteur, de manière 4 figurer une espèce de tonsure ; elle est due à la présence du trichophyton dans les cheveux, dans les poils, dans les follicules pileux et dans les lames de Tépiderme.

Cette forme de trichophytie débute ordinairement, sur une surface pileuse, par quelques points rouges érythémateux, ou bien par quelques vésicules ou pustules, ou bien encore par quelques squames; cette période initiale

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TRICH0PHYT1E TONSURANTE. 379

s'accompagne de démangeaisons ou d'élancements. Bientôt ces éléments éruptifs, d'abord un peu disséminés, se groupent de manière à former une plaque nettement circonscrite et arrondie, légèrement saillante, sur laquelle se distinguent surtout des écailles épidermiques sèches, adhérentes, qui donnent à la partie malade un aspect rugueux avec une coloration grise, quelquefois un peu bleuâtre. Au milieu de ces écailles existent quelquefois des croûtes qui résultent soit de la dessiccation des vésicules ou des pustules, soit du sang et de la lymphe plastique qui viennent d'excoriations causées par le grattage. Les poils qui se trouvent sur ces plaques sont manifestement altérés : au début de la maladie, ils sont plus secs, plus ternes, et leur couleur moins foncée tranche avec celle des cheveux voisins; puis ils deviennent plus friables, ils se cassent à la moindre traction, ce qui rend l'épilation difficile; bientôt même ils se brisent spontanément à quatre ou six millimètres de leur implantation, et, lorsque cette brisure s'est étendue à toute la surface malade, il en résulte une apparence de tonsure caractéristique. En même temps que les cheveux perdent leur couleur et leur aspect lisse et qu'ils se brisent dans leur continuité, ils présentent encore des altérations toutes particulières qu'on peut voir à l'œil nu, mais qui sont surtout apparentes à la loupe et au microscope. Je décrirai minutieusement cet état des cheveux en parlant du champignon qui en est la cause, mais je dois indiquer déjà ici que le cheveu présente souvent des nodosités longitudinales, que ses fibres sont écartées, qu'il paraît gonflé, frisottant, comme grigné; je dois surtout ajouter que sur quelquesuns des poils cassés, près de leur implantation, on voit une gaine d'un blanc grisâtre, un peu floconneuse, qui les entoure complètement ou en partie seulement, et qu'on a comparée avec raison au givre qu'on voit en ' temps de gelée sur les petites branches des arbres. Cette

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gaine, formée d'épidémie et de poussière champignonneuse, donne au poil une couleur blanche qui iranche avec la coloration des autres cheveux; au microscope, on y trouve une quantité considérable de spores que nous décrirons plus tard. Enfin, dans une période ultime de la maladie, les poils deviennent encore plus secs, ils s'amincissent, se décolorent davantage et tombent spontanément ; à ce moment, la surface malade se dénude et devient le siège d'une calvitie qui peut être définitive. Quelquefois aussi, avant ou après la chute des poils, les follicules pileux, irrités parle champignon, s'enflamment et constituent dans l'épaisseur de la peau de petites tumeurs phlegmoneuses qui peuvent s'ouvrir et se recouvrir de croûtes; à côté de ces tumeurs, le derme peut même s'enflammer, et il en résulte des nodosités, des indurations, qui donnent aux parties malades un aspect inégal et mamelonné.

Les surfaces couvertes de squames, de croûtes, de poils brisés et engainés, ont des dimensions très variables ; au début de la maladie, l'étendue est celle d'une pièce de cinquante centimes ou d'un franc, plus tard, par le fait d'une extension excentrique, la partie malade peut occuper la plus grande partie de la région pileuse. Rarement il n'y a qu'une seule plaque ; le plus ordinairement il en existe plusieurs qui s'étendent et qui peuvent se réunir ; c'est ce qui arrive ordinairement dans le cas où il existe de larges surfaces altérées.

L'herpès tonsurant peut se développer sur toutes les parties du corps couvertes de poils, mais il est surtout commun au cuir chevelu; on le rencontre aussi àlabarbe chez les hommes, et on en a constaté quelques exemples sur les parties pileuses qui avoisinent les organes génitaux dans les deux sexes. Il coïncide fréquemment avec l'herpès circiné et avec le sycosis; lorsque l'herpès tonsurant existe au cuir chevelu, la trichophytie circinée se montre %

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TRICHOPHYTIE TONSURÀNTE. 381

particulièrement à la nuque, derrière les oreilles, aux tempes ou aux parties latérales du cou ; il n'est pas rare même de voir une plaque trichophytique développée en partie sur le cuir chevelu, en partie sur la peau voisine ; la surface qui correspond à la tête présente alors l'aspect de Therpès tonsurant, la surface située sur la peau offre les caractères objectifs de l'herpès circiné.

Lorsque la trichophytie tonsurante siège à la barbe, il est souvent possible de constater chez les mêmes malades des plaques ou des cercles d'herpès circulé aux joues ou au cou; on en voit aussi assez fréquemment à la face dorsale du poignet et surtout du côté droit. Cette coïncidence, assez importante pour le diagnostic, s'explique par l'habitude qu'ont les malades de se gratter le menton avec le dos de la main pour satisfaire la démangeaison qui les tourmente.

Pendant tout le cours de la maladie, il existe, en effet, des démangeaisons dont l'intensité est variable chez les différents sujets. Chez quelques-uns, le besoin de ée gratter est vif, irrésistible ; il s'y joint quelquefois de la chaleur, des élancements, des cuissons, qui sont souvent sous la dépendance d'éruptions accessoires eczémateuses ou furonculeuses. Chez d'autres malades, il n'y a aucun symptôme local, et la maladie est uniquement constituée par ses caractères objectifs ; c'est principalement chez les sujets lymphatiques et scrofuleux qu'on observe cette absence de réaction locale.

Le plus ordinairement, l'herpès tonsurant est une maladie purement locale, qui n'entraîne aucun trouble dans la santé générale. Chez quelques personnes cependant, et principalement chez les enfants d'une faible constitution, la trichophytie tonsurante s'accompagne de faiblesse générale, de pâleur, d'un certain trouble des fonctions digestives et de symptômes d'anémie ; ces phé-

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nomènes sont bien sous la dépendance de la maladie cutanée, car ils ne disparaissent qu'avec elle.

Avant de quitter la symptoraatologie de l'herpès tonsurant, j'ajouterai que cette maladie n'est pas toujours simple et qu'il arrive assez souvent de la voir s'associer avec l'eczéma, l'impétigo et certaines scrofulides. Il résulte de ces complications des lésions complexes qui augmentent beaucoup la difficulté du diagnostic.

Marche. — La marche de l'herpès tonsurant est assez rapide dans le début ; en quelques semaines, quelquefois même en quelques jours, on voit la maladie se développer, gagner successivement d'étendue et occuper promptement des surfaces assez larges ; d'autres fois la maladie reste circonscrite à deux ou trois places et parcourt ses périodes sans s'étendre beaucoup. Une fois développée, la maladie est toujours longue, il est bien rare qu'elle dure moins de six à huit mois, et elle se prolonge souvent pendant plusieurs années, surtout lorsque le traitement convenable n'a pas été appliqué promptement, ou lorsqu'il n'est pas suivi rigoureusement.

La maladie peut se terminer spontanément par la guérison : les poils tombent, le champignon meurt faute de nourriture suffisante, la peau reprend son aspect normal, et plus tard on voit repousser des poils d'abord grêles et décolorés, mais qui ne tardent pas à reprendre leur apparence naturelle. Les mêmes phénomènes peuvent se présenter à la suite du traitement : les cheveux repoussent peu à peu pour remplacer ceux qui sont tombés spontanément ou qui ont été arrachés, et la guérison arrive peu à peu ; mais cette guérison n'est pas toujours très complète, et il arrive souvent de voir des récidives survenir au moment où l'on croyait à la terminaison heureuse de la maladie ; ces récidives s'expliquent par l'existence de quelques spores qui ont échappé à la destruction et qui germent de nouveau dès que le traitement

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parasiticide a été cessé. Dans des cas moins heureux, surtout lorsque la maladie, non combattue par un traitement méthodique, s'est prolongée pendant plusieurs mois, elle peut se terminer par une alopécie irrémédiable; les follicules pileux sont détruits, les poils manquent et le cuir chevelu reste lisse et aminci, comme à la suite du favus. D'autres fois, F alopécie n'est pas complète, mais à la place occupée par la maladie on ne voit plus que quelques poils rares, grêles, décolorés et quelquefois même tout à fait blancs.

Diagnostic. — Relativement au diagnostic, on devra se rappeler que l'herpès tonsurant se présente sur les régions pileuses et principalement au cuir chevelu sous la forme de plaques uniques ou multiples, arrondies, nettement circonscrites, figurant des tonsures eW sur lesquelles se trouvent des squames grisâtres, quelquefois des croûtes ou des ulcérations et surtout des cheveux secs, décolorés, noueux, cassés et souvent recouverts d'une gaine amiantacée qui leur donne une couleur blanche. Sur ces cheveux, dans les squames qui recouvrent la peau, l'examen microscopique permet de reconnaître des spores de trichophyton.

Les maladies avec lesquelles on pourrait confondre l'herpès tonsurant sont d'abord les affections darlreuses, l'eczéma, le pityriasis et le psoriasis, puis les autres affections parasitaires, le favus et la pelade. D'une manière générale, l'herpès se distingue de l'eczéma, de l'impétigo et du pityriasis par la limite précise des plaques qui sont bien circonscrites et par l'altération spéciale des cheveux; tandis que dans les affections dartreuses, la maladie est diffuse, répandue çà et là, sans qu'on puisse nettement distinguer le point précis où cesse la partie malade et où commence la partie saine; de plus, les cheveux peuvent tomber, mais l'alopécie est également diffuse, étendue partout; il n'y a pas de tonsure et les che~

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veux ne présentent aucune altération dans leur texture. Dans le psoriasis siégeant à la tête, on observe quelquefois des plaques squameuses arrondies et bien délimitées, qu'on pourrait prendre pour des plaques d'herpès parasitaire, mais les squames du psoriasis sont plus épaisses, plus blanches, et les cheveux ne présentent d'autre altération qu'une sécheresse plus grande que d'habitude. Il est rare d'ailleurs que le psoriasis soit limité à la tête, et le plus ordinairement on observe des plaques squameuses sur d'autres parties du corps et particulièrement aux coudes et aux genoux. On devra se rappeler encore que dans l'herpès tonsurant, il existe souvent en même temps, sur diverses parties du corps, et particulièrement au cou, à la face et au dos de la main, des plaques d'herpès circiné. Dans les cas douteux, on devra d'ailleurs avoir recours au microscope, qui lèvera ordinairement toute incertitude de diagnostic. Il ne faut pas oublier, cependant, que dans les trichophyties anciennes arrivées à leur dernière période, le champignon peut avoir disparu et ne plus se rencontrer ni dans les cheveux ni dans les squames épidermiques.

Il est ordinairement facile de différencier l'herpès tonsurant des autres maladies parasitaires qui attaquent les parties pileuses : les croûtes du favus, jaunes, épaisses et disposées en godets, diffèrent complètement des squames blanches et minces et des croûtes peu prononcées, brunes ou grises de l'herpès ; l'altération des cheveux n'est pas du tout la même : dans la trichophytie, ils sont secs, gonflés, cassés et souvent engainés; dans le favus, ils sont également décolorés et ternes, mais ils sont lanugineux et tombent entiers, sans se casser, près de leur insertion. Dans le favus ancien, dit squarreux, caractérisé par des croûtes blanches, plâtreuses, le diagnostic est plus difficile ; mais cependant l'épaisseur des squames, l'alopécie ordinairement plus complète, l'odeur spéciale

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exhalée par les parties malades, serviront à reconnaître l'affection favique. J'ajouterai que l'examen microscopique, en faisant reconnaître des spores plus régulières, plus arrondies dans l'herpès que dans le favus, pourra encore aider au diagnostic.

Je n'ai pas besoin d'insister beaucoup sur les caractères différentiels qui distinguent l'herpès tonsurant de la pelade; cette dernière maladie est tellement caractérisée par ses plaques d'alopécie partielle, par la décoloration et l'aspect lisse de la peau sur les points malades, et par l'espèce de duvet cotonneux qui remplace quelquefois les poils, qu'il est très facile de la reconnaître et de la distinguer de l'herpès.

Pronostic. — Le pronostic de l'herpès tonsurant est assez grave; il faut savoir que cette maladie est longue, qu'elle réclame un traitement douloureux et minutieux qui ne peut réussir qu'à la condition d'être suivi pendant longtemps ; les récidives sont faciles tant que le parasite n'a pas été complètement détruit, et les cheveux peuvent rester grêles et même tomber complètement pour ne pas repousser, si la maladie n'a pas été traitée convenablement. De plus, la faculté contagieuse de la trichophytie force à isoler les personnes qui en sont atteintes, et peut ainsi, chez les enfants et les jeunes sujets, devenir une gêne très grande pour leur éducation littéraire ou professionnelle.

Étiologie et pathogénie des trichophyties circinéeet tonsur an te. — L'herpès circiné se développe chez les personnes de tout âge, mais il est peut-être un peu plus commun chez les jeunes sujets; l'herpès tonsurant est observé presque exclusivement chez les enfants et chez les adolescents ; on le rencontre quelquefois sur la barbe des hommes adultes, mais il est tout à fait exceptionnel de le rencontrer à la tète chez les gens des deux sexes

hardy. — Malad. de la peau. 25

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qui ont passé l'âge de l'adolescence . Ces deux variétés de trichophytie paraissent se développer plus facilement et se prolonger plus longtemps chez les personnes faibles ou débilitées soit par des maladies antérieures, soit par de mauvaises conditions hygiéniques; elles sont plus particulièrement communes chez les scrofuleux; toutefois ces dernières causes prédisposantes paraissent moins puissantes pour l'herpès que pour le favus, et il arrive assez souvent de rencontrer les diverses variétés de trichophytie chez des personnes en bon état de santé.

La seule et véritable cause du développement des herpès parasitaires est la contagion qui peut s'exercer quelquefois par l'intermédiaire de l'air tenant en suspension des poussières champignonneuses, plus souvent par le fait de coiffures, de peignes, de brosses ou autres objets de toilette, ou même encore par le contact direct d'une partie affectée d'herpès appliquée sur un point quelconque du corps d'une personne saine, ainsi que cela peut arriver pour des gens qui couchent dans le même lit. Il n'est pas rare de voir l'herpès tonsurant se propager rapidement sur un assez grand nombre d'enfants, dans les asiles, dans les écoles, dans les collèges et dans les ateliers, de manière à constituer une espèce d'épidémie qu'on a souvent beaucoup de mal à arrêter.

La contagion peut avoir lieu de manière qu'une forme de trichophytie soit communiquée par le contact médiat ou immédiat d'une personne atteinte de la même variété ; c'est ainsi qu'on voit l'herpès circiné donner lieu à la même maladie, et l'herpès tonsurant venir à la suite d'une communication avec une personne atteinte de la même forme d'herpès ; mais comme les trois formes de la trichophytie, l'herpès circiné, l'herpès tonsurant et le sycosis, sont causées par le même champignon, il faut savoir que l'une de ces variétés, qui doivent à leur siège seul leurs différences d'aspect, peut communiquer les

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deux autres ; et c'est ainsi qu'on voit souvent, dans ia même famille, le père atteint d'un sycosis de la barbe, la mère présentant des cercles d'herpès circiné dans une région quelconque, et l'enfant affecté au cuir chevelu d'une ou de plusieurs plaques d'herpès tonsurant. Il faut ajouter encore que l'herpès tonsurant est une maladie qu'on peut rencontrer chez les animaux domestiques et particulièrement chez les chevaux, chez les ânes, chez les chiens et chez les chats ; elle est surtout commune dans l'espèce bovine. Des animaux, la maladie peut se propager à l'homme : Malherbe (de Nantes) a cité des observations incontestables d'herpès tonsurants transmis de veaux et de vaches aux personnes qui les soignaient. Bazin et moi-même, nous avons vu des exemples semblables de la même maladie transmise du cheval à l'homme.

Cette faculté contagieuse des herpès a été reconnue par tous les auteurs, et elle a été mise hors de doute par les faits d'inoculation d'herpès dus à Deffis et relatés par Bazin; elle se trouve d'ailleurs expliquée d'une manière bien complète par la nature parasitaire de ces affections. On a reconnu en effet que les herpès circiné et tonsurant étaient dus à la présence, dans l'épiderme et dans les poils, d'un champignon particulier auquel Malmsten a donné le nom de Trichophyton (1), lequel a été placé par les naturalistes dans la famille des Arthrosporés et dans la tribu des Torulacés. Ce végétal est formé uniquement de spores, rondes ou ovales, incolores, à surface lisse, d'un diamètre variant entre O^OOS et 0B",008 (Robin), Ces spores se rencontrent principalement dans l'intérieur des poils, dont ils écartent les fibres, et à l'extérieur, dans les plaques épidermiques qui entourent le cheveu près

(1) Malmsten, Archiv fiir Anatomie und Physiologie, wn J. Millier. Berlin, 1848.

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de son insertion. Elles se présentent sous la forme d'amas arrondis ou allongés dans lesquels on reconnaît parfaitement, à un grossissement de 250 à 300 diamètres, la disposition et la forme des spores qui les composent. On les rencontre encore dans l'intérieur des follicules pileux d'où sortent les cheveux malades et dans les squames qui couvrent les plaques de l'herpès tonsurant. Dans l'herpès circiné, on rencontre le même végétal sur les poils follets et au milieu des lamelles épidermiques qui forment les anneaux herpétiques; mais dans cette dernière variété, le champignon est plus difficile à trouver que dans les poils de l'herpès tonsurant ; et lorsqu'on le découvre, il est constitué par des spores plus petites, moins régulières; elles se rapprochent de la première description, donnée par Gruby (1), du champignon trouvé dans la mentagre, et pour lequel il avait proposé le nom de Mentagrophyte; Bazin le considère avec raison comme un trichophyton altéré ou peu développé. Ch. Robin prétend que les spores du trichophyton ont de la tendance à se réunir en chapelets de manière à figurer une ligne ondulée (2) ; mais cette disposition est bien rare, et ordinairement les spores sont isolées les unes des autres ou réunies en groupes irréguliers.

Dans l'herpès tonsurant, si l'on examine au microscope un cheveu malade, et surtout si l'on en a choisi un qui présente la gaine blanchâtre que j'ai déjà signalée, on constate ordinairement des altérations importantes : on voit d'abord la racine altérée ; au lieu de présenter cet aspect arrondi qui la fait ressembler à la racine d'une plante bulbeuse, elle est aplatie, irrégulière, quelquefois même elle est tout à fait détruite. Puis le poil est coudé et présente, en certains points, des nodosités, des renfle-

(1) Gruby, Compta rendus de V Académie des sciences. Paris, 1844.

(2) Ch. Robin, Histoire naturelle des végétaux parasites qui croissent sur C homme. Paris, 1863.

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menls anormaux; en ces endroits, il est souvent crevassé, ses fibres sont écartées, et dans ces crevasses, entre ces fibres, on aperçoit des amas de spores. A l'extrémité du poil, à l'endroit où il a été brisé, l'examen microscopique

Pig. 6. — Herpès tonsurant. Gaine Fie. 7. — Herpès tonsurant avec

épidermique recouvrant le cheveu de nombreuses spores à l'in-

et contenant des spores (Clinique térieur du cheveu.

photographique).

(Pour bien voir les détails de ces planches, il faut les examiner à la loupe.)

permet encore de reconnaître que la coupe n'est ni nette, ni régulière; l'extrémité brisée paraît comme épiée, elle ressemble à un pinceau, et, entre ses fibres écarlées, on aperçoit souvent des spores. Dans les poils, dans les squames et dans les poussières épidermiques qui s'attachent aux poils, on trouve souvent une quantité considé-

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rable de spores, surtout lorsque la maladie n'est pas arrivée à sa dernière période.

Traitement. — La nature parasitaire de la trichophytie indique le traitement à l'aide duquel on doit chercher à guérir ses diverses formes; les éruptions cutanées, les altérations et la chute des cheveux qui sont observées ont pour cause la présence d'un champignon, c'est ce végétal parasite qu'il faut détruire. Toutefois, avant d'arriver à ce traitement radical, on doit quelquefois combattre les phénomènes inflammatoires qui se sont développés et qui seraient augmentés par l'emploi immédiat des moyens parasiticides ordinairement irritants. Donc, lorsqu'il existe des éruptions vésiculeuses ou pustuleuses, lorsque les plaques d'herpès sont le siège d'une rougeur et d'un gonflement assez prononcés, on doit d'abord chercher à diminuer l'inflammation par quelques topiques émollients (cataplasmes de fécule, lotions d'eau de lin ou de guimauve), par des bains et par quelques boissons émollientes ou acidulés. Puis ces phénomènes phlegmasiques calmés, ou bien même d'emblée, lorsque l'inflammation locale est peu prononcée, il faut avoir recours aux moyens locaux capables de détruire le parasite.

Dans les cas de trichophytie circinée, on emploiera avec avantage les pommades à base de soufre ou de mercure ; la pommade soufrée du Codex, contenant de deux à quatre grammes de fleurs de soufre pour trente grammes d'axonge, à laquelle j'ajoute un gramme de camphre, m'a donné fréquemment de bons résultats ; on se trouve mieux encore de frictions avec la pommade au turbith minéral, contenant de un à deux grammes de sulfure de mercure pour trente grammes d'axonge ; on pourra se servir également de l'onguent mercuriel et de l'onguent citrin mêlé à trois ou quatre parties d'axooge. On a employé également les onctions avec l'huile de cade, avec la teinture d'iode ; je me suis trouvé moins bien des

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lotions avec une solution de sublimé, lesquelles ont cependant été conseillées. Tous ces moyens agissent en détruisant le parasite; mais, pour être sûr du succès, il est nécessaire de les appliquer au delà du temps où toute trace de l'affection cutanée a disparu; en cessant trop tôt, on peut laisser quelques spores non détruites, lesquelles, en repullulant, feront bientôt reparaître la maladie. Gomme adjuvant du traitement parasiticide, on emploiera quelques bains, et particulièrement des bains sulfureux ou des bains alcalins; ces derniers sont surtout indiqués lorsqu'on a prescrit des pommades mercurielles : on évite ainsi la coloration noire de la peau qui suivrait l'emploi des bains sulfureux par la formation du sulfure de mercure.

Dans la trichophytie tonsurante, le traitement est le même, mais la maladie est plus profonde, plus étendue et nécessairement plus tenace ; au lieu de rester dans les lamelles superficielles de l'épiderme, le parasite se trouve dans les poils et dans la profondeur des follicules pileux; il faut donc un traitement qui agisse plus profondément; il faut surtout arrêter l'extension de la maladie en arrachant les cheveux malades, et tâcher de faire pénétrer un agent parasiticide jusqu'aux follicules pileux qui contiennent souvent une grande quantité de spores. Pour arriver à ce résultat, le meilleur traitement est celui que nous avons déjà exposé à propos du favus, lequel, proposé par Bazin, est aujourd'hui à peu près universellement adopté.

Sans entrer dans des détails déjà exposés (voy. Favus), j'indiquerai sommairement qu'après avoir combattu les lésions inflammatoires, lorsqu'elles existent, par les moyens convenables, on procède à l'épilation sur les parties du cuir chevelu ou de la barbe atteintes par la maladie, et j'ajouterai que cette épilation n'est pas très facile, les cheveux étant souvent tellement altérés, tellement friables, qu'ils se brisent près de la surface cutanée

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et que la racine reste dans le follicule ; néanmoins on arrache tout ce qu'on peut, ce qui reste sera enlevé plus tard, à la prochaine épilation. Puis, les cheveux étant arrachés, on humecte la partie épilée avec une solution de sublimé au cinq-centième (sublimé, un gramme; eau distillée, cinq cents grammes), en tâchant de la faire pénétrer jusqu'à l'intérieur des follicules demeurés béants après F épilation. Ces lotions sont répétées matin et soir pendant deux ou trois jours, et, si elles déterminent une inflammation locale caractérisée par une éruption pustuleuse, on la combat par quelques applications émollientes ; puis on passe à l'usage des pommades parasiticides que je viens d'indiquer à propos de l'herpès circiné et qui sont appliquées en frictions matin et soir. Au bout de six semaines ou de deux mois, les cheveux arrachés sont repoussés, ceux qui ont été cassés et dont la racine est restée dans le follicule ont crû, et comme dans la très grande majorité des cas la maladie existe encore, caractérisée par des squames et par l'altération spéciale des cheveux, il faut procéder à une seconde épilation, suivie de lotions au sublimé et d'onctions avec les pommades indiquées, dont on peut d'ailleurs varier la formule. Tant que la peau n'a pas repris son aspect normal, tant que les cheveux ne sont pas nets, luisants et droits, il faut renouveler les épilations, qu'on est quelquefois obligé de porter jusqu'à sept, huit, dix ou douze, en en diminuant ordinairement l'étendue à mesure que la guérison avance, mais qu'il est important de continuer jusqu'à ce que toute trace de maladie ait disparu. C'est quelquefois un traitement bien long qui peut durer un an et plus ; mais une guérison définitive, qu'on n'obtiendrait pas sans cela, viendra récompenser la patience du médecin et du malade.

Dans les herpès parasitaires, le traitement local tient la première place ; il ne faut pas cependant oublier que

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ces affections se développent de préférence et sévissen. plus fortement chez les sujets débilités par une cause quelconque; de là l'indication très utile d'associer à l'emploi des topiques parasiticides l'usage des moyens médicinaux et hygiéniques qui peuvent agir comme reconstituants ; je signalerai particulièrement l'utilité de l'huile de foie de morue, des préparations ferrugineuses et iodées, du quinquina, des bains sulfureux. Une bonne nourriture est indispensable ; l'habitation à la campagne, le séjour au bord de la mer, les bains de mer, les eaux sulfureuses, les eaux chlorurées sodiques, peuvent également avoir une grande influence sur la guérison, surtout dans les cas où la maladie, se prolongeant au delà du terme habituel, parait entretenue par un mauvais état de la santé générale.

c. Trichophytie sycosique. — Sycosis; mentagre.

Le mot sycosis, synonyme de mentagre, a été employé par les anciens auteurs grecs et latins pour désigner des affections de la peau mal déterminées, mais principalement caractérisées par des saillies molles, ayant soit pour la forme, soit pour la structure, l'apparence de figues et siégeant au visage ; «Wi* vient en effet de rôxov, figue ; cette confusion dura jusqu'à Bateman, lequel, au commencement de ce siècle, donna le premier une définition précise du mot sycosis, qu'il appliqua à une affection de la peau caractérisée par une éruption de tubercules enflammés, charnus, d'un rouge sombre, développés sur la partie barbue du visage ou sur le cuir chevelu, groupés et souvent confondus, susceptibles de fournir une suppuration sanieuse. 11 admit d'ailleurs deux espèces, le sycosis du menton (sycosis menti), et le sycosis du cuir chevelu (sycosis capillitii). Le sycosis fut placé par

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Bateman dans Tordre des tubercules, à côté de l'acné; . fut imité en ce sens par Alibert, qui le décrit également sous le nom de varus mentagra, le mot varus étant pour ce dernier auteur synonyme d'acné. Plus tard Biett, tout en acceptant la définition de Bateman, plaça le sycosis dans Tordre des pustules; ses élèves Gibert, Devergie, Cazenave, firent de même ; mais Cazenave eut le mérite de fixer d'une manière plus nette dans le follicule pileux le siège anatomique du sycosis et de considérer cette maladie comme une inflammation de la glande pileuse et du tissu cellulaire ambiant.

De notre temps Thistoire du sycosis s'est trouvée singulièrement éclaircie par la découverte du parasite cryplogamique rencontré fréquemment dans les poils et dans les écailles épidermiques de la peau atteinte de cette maladie. A partir de cette époque on admit deux espèces distinctes de sycosis, la première constituée par un sycosis de nature parasitaire, la seconde comprenant un sycosis de nature inflammatoire simple, non parasitaire. J'accepte parfaitement cette distinction; mais je la voudrais plus grande encore, en regrettant que chaque espèce de sycosis ne soit pas désignée par un nom différent; et dans mon enseignement j'ai proposé de réserver le nom de sycosis à la seule affection parasitaire du follicule pileux et de désigner sous le nom iïadénotrichie l'inflammation simple de la glande pileuse. Quoi qu'il en soit, je me résume en définissant le sycosis une inflammation tantôt pustuleuse, tantôt tuberculeuse du follicule pileux, et en admettant dans ce genre nosologique deux espèces très différentes par leur nature, le sycosis parasitaire (sycosis vrai, trichophytie sycosique) et le sycosis inflammatoire (adénotricbie). Je n'ai ici à décrire que la maladie parasitaire ; je parlerai de Tadénotrichie à propos de l'impétigo.

Historique. — Cette maladie a probablement existé

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dans les temps plus anciens, mais nous n'en trouvons de traces bien évidentes que dans la narration d'une épidémie faite par Pline, lequel raconte que sous le règne de Tibère (Claude, Auguste), il se développa à Rome uue maladie épidémique caractérisée par des éruptions et des ulcères survenant au visage et amenant de cruelles difformités. Cette affection, suivant le même auteur, fut introduite à Rome par un chevalier romain nommé Persinus, qui la rapporta d'Asie, et se transmit par contagion à un grand nombre de personnes, à l'occasion du baiser, salut usité parmi les chevaliers. Appelée d'abord lichen, cette éruption fut ensuite désignée sous le nom de mentagra, à cause de son siège presque exclusif au menton et à la barbe. Ce mot de mentagre est resté dans la science, mais fut appliqué à des maladies de nature différente, n'ayant de commun que le siège de la face, chez les hommes» Dans la mentagre de Pline, siégeant dans la barbe, se transmettant par contagion, il est impossible de ne pas reconnaître notre sycosis parasitaire actuel ; mais cette maladie fut pendant bien longtemps confondue avec l'acné, l'eczéma, le lichen et autres éruptions développées à la face, et sa nature toute spéciale ne commença à être connue que de nos jours. En 1844, dans une communication à l'Académie des sciences, le docteur Gruby indiqua le premier la présence d'un champignon dans la mentagre et proposa de lui donner le nom deMicrosporon mentagrophytes. Cette découverte fut confirmée plus tard, en 1854, par Bazin, puis par Kobner en Allemagne, ensuite par les recherches du Suédois Malmsten, qui donna au végétal parasite le nom de Trichophyton, dénomination qui lui est restée ainsi que j'ai déjà dit à propos de l'herpès. Depuis cette époque, la nature parasitaire du sycosis fut bien établie et, de plus, les observations de Bazin et les miennes démontrèrent que le même champignon, le Trichophyton, existe dans l'herpès circiné, dans

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l'herpès tonsurant et dans le sycosis, et que ces trois maladies ne doivent leur aspect différent qu'à la différence de siège anatomique, le trichophyton se trouvant, pour l'herpès circiné, dans les lamelles épidermiques, pour l'herpès tonsurant, dans les cheveux et dans les follicules pileux du cuir chevelu, et pour le sycosis dans les follicules pileux de la barbe. C'est pour établir cette identité de nature que j'ai proposé de donner aux trois maladies que je viens de citer les noms de trichophytie circinée, de trichophytie tonsurante et de trichophytie sycosique. Tout le monde en France accepte maintenant cette manière de voir, encore combattue par l'école allemande d'Hebra, qui ne veut voir dans le sycosis qu'une folliculite simple des poils de la barbe et de la face, tout en concédant cependant que, dans quelques cas rares, cette affection peut être due à la présence du trichophyton et n'être alors qu'une dépendance de l'herpès tonsurant (1).

Anatomie pathologique. — Les altérations anatomiques qui caractérisent le sycosis parasitaire se rencontrent principalement dans le poil de la barbe : il est peu adhérent au follicule, sa racine est presque complètement détruite, sa tige est inégale, ses fibres longitudinales sont écartées. Quelques poils sont recouverts d'une gaine blanche, dans laquelle on trouve des quantités plus ou moins considérables de spores sphériques de trichophyton, ainsi que je l'ai déjà dit en parlant de la trichophytie circinée et tonsurante. Toutefois ces spores sont plus rares dans le sycosis que dans l'herpès tonsurant, et chez certains malades on ne trouve ni spores, ni tubes de mycélium ; quelquefois on ne constate que la présence de granulations, petites et irrégulières, que Gruby a indiquées comme appartenant à un champignon particulier, au Microsporon mentagrophytes, et que Bazin

(1) Kaposi, Maladies de la peau, t. II, traduct. par Besnier et Doyon.

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considère comme des débris de trichophyton altéré. Les adversaires de la nature parasitaire du sycosis ont argué de cette difficulté de montrer les spores pour nier la présence du champignon, mais on le retrouve plus facilement dans le début de la maladie; et plus tard, s'il est si difficile à découvrir, cela tient à ce que les spores ont été détruites ou entraînées par la suppuration. Ne sait-on pas que, dans certains cas de gale, il est impossible de trouver un acare? et cependant personne aujourd'hui ne voudrait nier le caractère parasitaire de cette affection.

Dans la peau, dans le follicule pileux, dans le tissu cellulaire sous-cutané, on trouve des lésions d'origine inflammatoire, voire même de petits abcès ou une infiltration de pus dans le tissu cellulaire sous-cutané ; mais je vais revenir sur ces détails en présentant la description des symptômes et des caractères objectifs du sycosis.

Symptômes. — Le sycosis débute ordinairement par des taches rouges, arrondies, légèrement squameuses, d'une petite dimension, qu'on peut observer sur les joues ou sur le cou et qui appartiennent à l'herpès circiné ; puis au bout de quelques jours, sur le cuir barbu, le poil s'altère, il devient terne, sec, cassant, il se recouvre d'un petit duvet blanchâtre qui n'est qu'une poussière champignonneuse, ou bien il est entouré par une véritable gaine grise dans laquelle on trouve très facilement les spores du trichophyton. En même temps, sur les régions pileuses atteintes par la maladie, la peau devient rouge, squameuse, des pustules se forment, de véritables tubercules rouges, arrondis, volumineux, ayant leur point de départ dans le follicule pileux, se développent en nombre et dans une étendue variables; ces pustules se rompent, ces tubercules suppurent et s'ulcèrent, et il se forme une sécrétion séro-purulente qui agglutine les poils en se desséchant et qui recouvre les surfaces malades de croûtes

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brunes plus ou moins épaisses. Plus tard, ces croûtes elles-mêmes se détachent et laissent à nu des ulcérations fongueuses, qui donnent à la figure du malade un aspect repoussant, et qui rappellent la description laissée par Pline de la mentagredes chevaliers romains. A cette altération de la peau viennent même quelquefois se joindre encore d'autres lésions dans les parties voisines, et on peut constater alors un gonflement de la face dû à une infiltration inflammatoire du tissu cellulaire sous-cutané, des abcès dermiques ou sous-dermiques, des furoncles et des adénites sous-maxillaires susceptibles de se terminer par suppuration.

En même temps le poil s'altère de plus en plus, il se ternit, devient gris ou jaunâtre, il n'est plus adhérent dans le follicule, la moindre traction l'enlève sans douleur et souvent même il tombe spontanément. C'est dans cette période qu'il est ordinaire de ne plus pouvoir retrouver dans le poil les spores du trichophyton; le champignon a été détruit par la suppuration.

Ces lésions que je viens de décrire existent surtout à la barbe, mais on peut les rencontrer, dans quelques cas rares, sur d'autres parties pileuses, à la nuque, à la poitrine, dans les régions génitales. L'étendue de la maladie est d'ailleurs très variable : quelquefois il n'existe que quelques points isolés sur lesquels on constate l'inflammation folliculeuse et l'altération des poils ; dans d'autres circonstances la maladie est étendue et atteint de larges surfaces, et il n'est pas très rare de la voir envahir successivement toute la région barbue.

Concurremment avec les lésions du sycosis, il est ordinaire de voir, dans les régions voisines de la barbe, des cercles d'herpès circiné, ou plus rarement des plaques d'herpès tonsurant, ces éruptions étant tantôt préexistantes, tantôt subséquentes à l'affection du cuir barbu. Fréquemment aussi on rencontre aux poignets et sur le

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dos des mains des cercles d'herpès circiné qui se sont développés à la suite du grattage des parties malades de la face par le dos des mains. Cette coïncidence habituelle de ces diverses formes du trichophyton et la similitude absolue du champignon sont les raisons sur lesquelles Bazin et moi nous nous sommes appuyés pour admettre l'identité de la maladie dans les herpès parasitaires et dans le sycosis.

Les malades atteints de sycosis parasitaire éprouvent dans les parties malades un sentiment de chaleur, de cuisson et de démangeaison dont l'intensité est en rapport avec l'intensité des lésions inflammatoires; il est rare que la douleur soit très vive; quelquefois cependant, lorsqu'il y a des abcès, des furoncles, ou une inflammation aiguë du tissu cellulaire sous-cutané, on peut observer des souffrances assez fortes pour que la parole et la mastication en soient gênées. En cas d'abcès, il peut se développer un mouvement fébrile caractérisé par des frissons, delà chaleur à la peau, une certaine fréquencedu pouls, de la céphalalgie, de l'insomnie et de l'inappétence. Ces phénomènes généraux sont toujours momentanés.

Marche, durée, terminaison. — Comme je l'ai déjà dit, la trichophytie sycosique commence ordinairement par des cercles d'herpès circiné autour des parties pileuses ou par des plaques d'herpès tonsurant sur la barbe elle-même, et l'affection des follicules pileux et des poils ne parait être que le résultat de l'extension du parasite envahissant de nouveaux organes et s'étendant en profondeur. Une fois développée dans un ou plusieurs points, la maladie gagne ordinairement en étendue, le tissu cellulaire sous-cutané se prend et tout le cuir barbu peut être atteint. Le sycosis peut d'ailleurs présenter dans sa marche des irrégularités marquées par des améliorations et des exacerbations successives dont il n'est pas toujours possible de connaître la cause.

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La durée de cette maladie est indéterminée et dépend beaucoup du traitement ; abandonnée à elle-même, elle peut se prolonger pendant plusieurs années, avec des variations d'intensité ; j'ai vu même quelques cas dans lesquels, malgré le traitement rationnel bien appliqué, la maladie se prolongeait indéfiniment; mais alors, ordinairement, le parasite n'existe plus et la maladie s'est transformée en une folliculile pileuse entretenue par un mauvais état général. On doit savoir que la guérison spontanée peut être observée: par suite de l'inflammation puriforme des follicules, les poils se détachent et tombent, les spores contenues dans les follicules sont entraînées et, le parasite n'existant plus, la peau reprend son état normal et les poils repoussent, quelquefois un peu moins nombreux. Bazin a parfaitement indiqué la théorie de cette guérison spontanée invoquée comme argument contre la doctrine de la nature parasitaire du sycosis. Mais cette terminaison heureuse et spontanée n'a pas toujours lieu et le plus ordinairement la guérison ne s'obtient qu'à l'aide d'un traitement rationnel que j'indiquerai tout à l'heure. Je ne dois pas omettre de mentionner qu'il n'est pas rare d'observer, après une guérison apparente, des récidives dues simplement à la résistance de quelques spores à l'action des moyens parasiticides et à la repullulation du parasite non complètement détruit. Ce ne sont pas là à proprement parler des récidives, ce sont des guérisons incomplètes.

Diagnostic. — Il est très important de reconnaître le sycosis parasitaire, car du diagnostic dépendent le traitement et la guérison. Pour établir ce diagnostic, on devra surtout se rappeler que la tricophytie sycosique est limitée aux parties pileuses, qu'elle s'accompagne habituellement d'une infiltration inflammatoire du tissu cellulaire souscutané, que les poils sont altérés et s'arrachent facilement, souvent même qu'ils sont tombés spontanément. Lors-

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qu'on trouve quelques poils recouverts d'une poussière blanchâtre ou entourés par une gaine grise, la certitude augmente et elle est complète, si le microscope permet de reconnaître la présence du trichophyton. Mais je crois devoir répéter encore ici qu'il n'est pas toujours possible de retrouver le parasite et que le diagnostic peut être établi, même en son absence. La présence simultanée d'herpès circinéou tonsurant sur le même sujet ou même sur des personnes de la même famille constitue encore des points de repère très importants, qui servent à reconnaître la nature parasitaire de la folliculite.

Plusieurs affections de la peau présentant une certaine ressemblance avec la trichophylie sycosique, il est essentiel de connaître les caractères différentiels qui permettront de les distinguer de la maladie dont il s'agit : ces affections sont surtout l'eczéma et ses diverses variétés, l'acné, l'ecthyma, les syphilides pustuleuses et tuberculeuses circonscrites.

L'eczéma et particulièrement la forme impétigineuse de l'eczéma peuvent être confondus avec le sycosis, principalement après l'ouverture des pustules et l'ulcération des tubercules, alors que la partie malade est recouverte d'une croûte grise ou brune : dans ces circonstances, on se rappellera que, dans le sycosis, l'éruption ne dépasse pas les régions pileuses et qu'il existe toujours un gonflement sous-cutané lorsque la maladie est à la période de sécrétion ; tandis que dans l'eczéma la lésion n'est jamais circonscrite au cuir barbu, on aperçoit toujours quelques vésico-pustules ou quelques croûtes sur le cou, sur les oreilles ou sur d'autres parties glabres, et, habituellement, il n'existe pas le même gonflement que dans le sycosis.

Un peu d'attention suffira pour distinguer l'acné, affection des follicules sébacées, laquelle occupe presque exclusivement les parties de la face glabres ou garnies de

hardy. — Malad. de la peau. 26

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poils follets, ne se complique pas de gonflement sous-cutané, n'est pas recouverte de croûtes, et ne s'accompagne ni de douleurs, ni de cuissons, ni de démangeaisons.

Quant à Pecthyma, il est rare à la face et ses pustules régulières, aplaties et sans base indurée, ne ressemblent en rien aux pustulo-tubercules du sycosis.

La différence est plus difficile à établir lorsqu'il s'agit de distinguer de la trichophytie sycosique les éruptions pustuleuses ou tuberculeuses de la syphilis. Toutefois ces pustules et ces tubercules ne sont pas traversés par les poils, l'éruption est rarement bornée aux parties pileuses, les tubercules sont durs, indolents, d'une couleur bronzée, et, lorsqu'il existe des croûtes, celles-ci sont sèches, inégales, et d'un vert noir ; d'ailleurs les éruptions syphilitiques s'accompagnent presque toujours de quelque autre lésion caractéristique de la syphilis.

Mais la difficulté la plus grande consiste dans le diagnostic différentiel à établir entre le sycosis parasitaire et le sycosis simple ; diagnostic important, car il domine la thérapeutique. Pour résoudre ce problème, on devra savoir que dans la trichophytie sycosique les pustules sont plus volumineuses, plus saillantes, qu'elles sont associées à de véritables tubercules; il y a une infiltration inflammatoire sous-cutanée amenant du gonflement; d'autre part, les poils sont altérés, ils sont ternes, gris, engainés, et il est quelquefois possible d'y découvrir, au microscope, des spores de trichophyton ; ils se laissent arracher facilement, souvent même ils tombent spontanément; on peut trouver chez les mêmes malades des plaques de trichophytie circinée ou tonsurante. Dans le sycosis non parasitaire, dans l'adénotrichie, les pustules sont petites, peu saillantes, les tubercules et les nodosités cutanés sont rares, il n'y a pas de gonflement sous-cutané ; les poils sont peu altérés et adhérents, on ne peut les arracher qu'avec difficulté et douleur.

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Pronostic. — Le sycosis parasitaire n'est jamais une maladie grave, à proprement parler, mais son siège à la face, la déformation souvent considérable qu'elle entraîne au visage, sa ténacité assez fréquente, en font une affection très désagréable.

Étioèoqie. — La trichophytie sycosique est une maladie qui se développe par contagion, soit par le contact direct de la partie contaminée avec une surface cutanée atteinte d'un herpès circiné, d'un herpès tonsurant ou d'un sycosis, soit par un corps intermédiaire contenant des spores detrichophyton ; cet intermédiaire est souvent un peigne ou un rasoir ou même la main d'un coiffeur ou d'un barbier. J'ai eu occasion de constater plusieurs fois le développement du sycosis chez des personnes qui, ayant l'habitude de se raser elles-mêmes, étaient allées par exception se faire faire la barbe chez un barbier se servant d'un rasoir banal. Dans ces circonstances, quelquefois les malades avaient souvenir qu'on les avait coupés et que la première lésion cutanée s'était montrée à l'endroit de la petite blessure ; on doit admettre, dans ces circonstances, une véritable inoculation sous-épidermique. On est encore obligé de croire que l'air peut servir d'intermédiaire et que des spores voltigeant dans l'atmosphère peuvent aller se fixer sur la barbe, particulièrement lorsqu'elle est mal tenue et recouverte de poussière, comme cela arrive chez les ouvriers ; on comprend que les spores trouvent plus facilement à se fixer sur une surface pileuse malpropre que sur des poils luisants et exempts de tout corps étranger.

Comme pour la plupart des maladies cutanées parasitaires, il est nécessaire d'ailleurs, pour que le trichophyton se multiplie de manière à former un sycosis, qu'il trouve un terrain rendu favorable par la malpropreté ou la débilitation de l'individu exposé à la contagion. Toutefois je dois dire que, dans certains cas, ces conditions

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ne paraissent pas indispensables, car on rencontre le sycosis chez des personnes bien portantes et habituées à tous les soins de la propreté.

Je répéterai ici que la trichophytie sycosiqueest presque exclusive aux hommes; cependant on en a cité quelques cas chez les femmes velues, dites à barbe, et qui se trouvent alors dans les conditions des hommes ; plus rarement encore on constate la présence du trichophyton et des lésions qu'il entraîne sur quelques pubis féminins.

Traitement. — Le traitement du sycosis est fondé sur la nature parasitaire de la maladie ; et pour faire disparaître les lésions diverses qui se rencontrent dans les parties atteintes, il faut détruire le parasite en employant les moyens déjà indiqués à propos des herpès parasitaires. Le moyen par excellence consiste dans l'épilation des poils de toute la partie malade, opération qui n'est pas habituellement douloureuse, les poils étant peu adhérents à leurs follicules et se laissant arracher avec la plus grande facilité. Immédiatement après cette épilation qu'on ne devra pas craindre de faire trop étendue, il faut laver la partie épilée avec une solution de sublimé au 500% puis les jours suivants étendre matin et soir une couche d'une pommade parasiticide, composée soit de deux grammes de turbith minéral et d'un gramme de camphre, soit de deux grammes de soufre sublimé pour trente grammes d'axonge, de vaseline ou de cold-cream. Un a proposé les onctions avec l'huile de cade étendue d'axonge ou d'huile, les applications de teinture d'iode, mais ces substances sont trop irritantes. Depuis peu de temps j'ai employé avec avantage un mélange de vaseline et de naphlol au dixième. Très ordinairement une seule épilation ne suffit pas et au bout de trois ou quatre semaines il est souvent utile de la répéter dans les points sur lesquels existent encore de la rougeur, des pustules, du gonflement sous-cutané et des poils altérés ; et cette

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opération doit être renouvelée tant que la peau et le système pileux n'ont pas repris leur aspect normal. J'ajoute d'ailleurs que les poils arrachés repoussent, et que, chez les gens bien traités et complètement guéris, la barbe est ordinairement aussi bien fournie qu'auparavant; cependant, chez les hommes d'un âge moyen ou avancé, les poils peuvent repousser blancs et rester tels. .

Lorsque les phénomènes inflammatoires ne sont pas très prononcés, on peut procéder immédiatement au traitement parasiticide que je viens d'exposer ; mais, lorsque les pustules ou les tubercules sont nombreux, lorsque la partie malade est recouverte d'une croûte épaisse ou étendue, ou lorsqu'il existe un gonflement sous-cutané prononcé, il faut combattre d'abord l'inflammation locale à l'aide de lotions émollientes, de cataplasmes de fécule ou de farine de riz, de bains et de quelques purgatifs, puis n'arriver au traitement radical que lorsque les lésions inflammatoires ont beaucoup perdu de leur intensité. De même, après l'épilation et les applications de solution de sublimé, il se manifeste quelquefois une inflammation caractérisée par la rougeur de la peau, par une éruption de petites pustules, par une douleur assez vive et de la cuissori1; il y a lieu alors de suspendre ou d'ajourner les pommades parasiticides et d'avoir recours momentanément aux applications émollientes.

Dans le sycosis, le traitement local est très important et suffit souvent; chez quelques malades cependant, lorsqu'il existe quelques-uns des phénomènes inflammatoires que je viens de signaler, on se trouvera bien de l'usage de quelques tisanes rafraîchissantes, de quelques purgatifs et de bains émollients. Chez les individus d'une constitution faible, ou qui sont débilités par une cause quelconque, on conseillera au contraire, avec avantage, a médication tonique et particulièrement le sirop antiscorbutique, le vin de gentiane, les préparations de quin-

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quina, l'huile de foie de morue, l'iodure de 1er et les baios sulfureux. Dans les cas de sycosis rebelles et récidivants, une saison aux eaux sulfureuses chaudes devrait être favorable, je veux parler principalement des eaux de Barèges, de Bagnères-de-Luchon, d'Ax et d'Aix-la-Chapelle.

d. Pelade.

Définition. — Le mot pelade, employé autrefois comme synonyme d'alopécie et appliqué particulièrement par les auteurs du seizième et du dix-septième siècle pour désigner l'alopécie syphilitique, a été proposé par Bazin pour dénommer une affection spéciale du système pileux, due à la présence dans l'épiderme et ses dépendances d'un parasite végétal, le Microsporon Audouini, et caractérisée par une alopécie plus ou moins étendue, survenant habituellement, au moins au début, sous forme de plaques circonscrites, lisses, glabres, et ne présentant aucun élément éruplif. Willan et Bateman, soupçonnant l'identité de nature de cette maladie avec le favus (pour eux porrigo favosa), l'ont décrite sous le nom de porrigo decalvans et l'ont placée dans l'ordre des maladies pustuleuses, admettant bien à tort l'existence éphémère de petites pustules qui ne se montrent jamais. Cazenave, frappé surtout de la décoloration de la peau, qui se rencontre quelquefois dans les plaques dépourvues de poils, a confondu la pelade avec le vitiligo, et Ta désignée sous ce dernier nom. Hebra, qui ne reconnaît pas la nature parasitaire de la maladie, et qui considère la chute des cheveux comme le fait principal, a appelé cette maladie alopécie aréatée, et Anderson, qui la rattache aux autres affections parasitaires, lui donne le nom de teigne aréatée. Mais il faut bien savoir que, quelles que soient les opinions des divers auteurs sur la nature de la maladie qui va nous occuper, ces diverses dénominations que

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nous venons de rappeler s'appliquent à la même affection, laquelle constitue un genre nosologique et clinique parfaitement délimité, que nous n'hésitons pas à placer dans la classe naturelle des maladies parasitaires cutanées, nous appuyant sur les travaux de Bazin et surtout sur les recherches plus récentes de Malassez, lequel nous paraît avoir démontré péremptoirement l'existence du parasite dans les lamelles épidermiques de la peau dénudée de ses poils (4). Bazin avait proposé d'admettre dans la pelade deux variétés de forme, la pelade achromateuse caractérisée par des plaques dénudées d'une couleur blanche rappelant la décoloration du vitiligo, et la pelade décalvante, dans laquelle existerait seulement l'alopécie, sans altération de la couleur de la peau ; dans un ouvrage plus récent, Bazin semble même admettre entre ces deux variétés une différence plus radicale, puisque dans la variété achromateuse il n'admettrait pas la nature parasitaire et il considérerait la maladie comme résultant d'une altération spéciale du système nerveux. Pour moi, j'avoue n'avoir pas été frappé par les différences indiquées par Bazin, et je ne considère pas la décoloration de la peau comme un fait assez important pour admettre les espèces proposées par Bazin : aussi je ne décrirai qu'une seule forme de pelade.

Symptômes. — La pelade débute ordinairement par un léger prurit, qui survient à l'endroit où va se développer la maladie ; en même temps, les cheveux deviennent secs, ternes, légèrement pulvérulents, et cèdent à la moindre traction; puis, au bout de quelques jours, ils tombent spontanément, en laissant une place vide. Cette chute des cheveux a lieu très rapidement, et souvent, en l'espace de cinq à six jours, il se forme sur le cuir chevelu ou sur la barbé une ou plusieurs plaques glabres, ordinaire-

(1) Malassez, Archives de physiologie, 2a série, 1. 1* 1874, p. 203.

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ment arrondies et d'une dimension plus ou moins étendue. Sur ces plaques, la peau est lisse, tantôt d'un blanc laiteux, tantôt d'une coloration normale ; assez souvent, surtout dans les premières semaines du début de la maladie, il existe sur ces plaques une légère tuméfaction, une apparence œdémateuse, qui fait quelquefois place, plus tard, à une dépression peu marquée. J'ai dit tout à l'heure que Bazin s'était appuyé sur la présence ou l'absence de décoloration de la peau pour admettre deux variétés distinctes de la pelade ; je répéterai que ce caractère, qui ne s'accompagne d'aucun autre phénomène spécial, ni d'aucune modification particulière dans la marche de la maladie, ne me paraît pas suffisant pour motiver la distinction de la pelade en deux variétés.

La dimension des plaques de pelade est très variable; elle diffère depuis un centimètre de diamètre jusqu'à dix, quinze, vingt centimètres. Le nombre des plaques est également différent : tantôt il n'y en a qu'une, mais le plus souvent il y en a deux, trois ou quatre. Ce qui arrive encore fréquemment, c'est que les plaques glabres s'agrandissent, que plusieurs se réunissent et qu'il en résulte une surface très étendue, sur laquelle existe une alopécie complète, et sur laquelle ne se voient que quelques rares cheveux minces, ternes et décolorés; par suite de cette extension successive, tout le cuir chevelu peut ainsi être attaqué ; même, dans certains cas, la maladie envahit tout le système pileux et se généralise.

Au début de la maladie, dans les premières semaines et même dans les premiers mois, la plaque de pelade est complètement glabre, la peau est tout à fait lisse,elle ressemble à de l'ivoire; mais un peu plus tard on voit survenir un léger duvet cotonneux, semblable à celui qui recouvre la peau des enfants nouveau-nés, duvet peu adhérent, qui est quelquefois assez fin pour qu'on ne puisse l'apercevoir qu'à l'aide d'une certaine incidence de la lumière.

L'existence de ce duvet parait constituer la période d'étal de la maladie, celle de son entier développement. A ce moment, on ne constate ordinairement aucun phénomène subjectif: la démangeaison qui avait existé au début a cessé, il n'existe aucune douleur, aucune cuisson, aucun phénomène local. Habituellement la santé générale est conservée, et il n'y a aucun trouble des fonctions organiques. Dans certains cas, cependant, lorsque la pelade est assez étendue et surtout lorsqu'elle tend à se généraliser, on constate quelquefois, chez les individus qui en sont atteints, de l'amaigrissement, de la faiblesse musculaire, un peu d'alanguissement des fonctions digestives et quelques symptômes d'anémie.

Le siège le plus ordinaire de la pelade est au cuir chevelu, aux sourcils, aux cils et à la barbe chez les hommes adultes; la maladie peut se développer également aux aisselles, au pubis, à la partie antérieure de la poitrine chez les hommes; elle peut même envahir les poils rudimentaires qui existent sur les diverses parties du corps. Le plus ordinairement, comme nous l'avons dit, la pelade est circonscrite à certaines régions, sous la forme d'une ou de plusieurs plaques ; mais dans certains cas, moins rares peut-être qu'on ne le pense, l'alopécie gagne de proche en proche et devient générale ; chez ces malades, il n'existe plus sur toute la surface cutanée que quelques poils follets et quelques traces d'un duvet cotonneux.

Marche. — La pelade se manifeste ordinairement sous la forme d'une petite plaque arrondie sur laquelle les cheveux sont tombés; cette plaque s'agrandit rapidement; souvent plusieurs plaques se développent simultanément ou successivement à peu de jours d'intervalle, et, par leur extension graduelle, les cheveux qui séparent chaque plaque tombent et les plaques voisines se rejoignent en formant alors une large surface dénudée.

Toute la tête peut ainsi être atteinte, et l'alopécie

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peut être complète ; comme je l'ai déjà dit, la pelade peut s'étendre à toutes les régions du corps. Mais le plus ordinairement la maladie est caractérisée par une ou plusieurs plaques de dimension variable, siégeant soit au cuir chevelu, soit à la barbe chez les hommes, soit aux sourcils et aux cils.

La terminaison de la pelade est habituellement heureuse, et alors, au bout de quelques semaines ou de quelques mois, on voit la plaque s'affaisser, la peau reprendre sa coloration, et sur la place dénudée on commence à apercevoir quelques poils rares, minces, d'une nuance très claire, quelquefois même tout à fait blancs, lesquels peu à peu s'épaississent, se colorent, reprennent la couleur des autres cheveux et finissent par recouvrir la plaque glabre. Successivement, en commençant par les places les plus anciennes, tous les cheveux repoussent ainsi et la guérison est complète. Chez quelques personnes, cependant, aux endroits atteints par la maladie, les cheveux sont plus clairsemés, moins touffus et souvent plus minces ; chez d'autres, les poils qui repoussent sont blancs, et cette canitie, tan tôt est seulement temporaire, tantôt elle est permanente. J'ai vu souvent les cheveux rester blancs chez les individus d'un certain âge, atteints de pelade; la canitie coïncide alors ordinairement avec une alopécie relative : les cheveux restent minces, clairsemés et blancs, ou même d'une couleur blanche avec un léger reflet rosé.

Enfin, dans des circonstances moins heureuses, et surtout lorsque la maladie n'a pas été traitée méthodiquement, les plaques dénudées persistent en tout ou en partie, et il en résulte une alopécie définitive plus ou moins complète, plus ou moins étendue.

Même lorsque la maladie se termine par la guérison, la durée de la pelade est toujours assez longue, et, alors même que le traitement a été appliqué dès le début, il

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ne faut pas s'attendre à voir repousser les cheveux avant deux, trois ou quatre mois. Souvent ia maladie se prolonge pendant un ou deux ans et même davantage. On doit savoir encore qu'après la guérison bien complète il n'est pas rare d'observer des récidives, une ou plusieurs années plus tard. J'ai vu plusieurs fois des malades qui semblaient bien guéris présenter ainsi des rechutes pendant plusieurs années de suite.

Examen microscopique. — Lorsqu'on examine au microscope un cheveu pris sur une plaque de pelade, on constate qu'il est généralement atrophié et décoloré et qu'il présente plusieurs dépressions circulaires et plusieurs renflements qui semblent indiquer une sorte de dissociation des fibres longitudinales; l'extrémité libre du cheveu est inégale et renflée, et la racine est mince, pointue ou tronquée, quelquefois elle est courbe et en manière de crosse. Dans le cheveu lui-même, il est bien rare qu'on rencontre de véritables spores, telles qu'elles ont été décrites d'abord par Gruby, puis par Bazin; mais on en trouve dans les pellicules épidermiques qui résultent du grattage fait sur une plaque dénudée et sur les parties de la peau qui l'entourent. C'est à Malassez qu'on doit de connaître le siège précis et les caractères de ce champignon, indiqué en histoire naturelle sous le nom de Microsporon Audouini. Dans ces lamelles épidermiques dégraissées avec de l'éther, on voit manifestement, à un grossissement de 400 diamètres, une quantité considérable de spores arrondies ou légèrement ovoïdes, d'un diamètre de i à 5 millièmes de millimètre, non accompagnées de mycélium. J'ajouterai que, d'après Malassez, ces spores ressemblent par leur aspect et par l'absence du mycélium, à celles qu'il a rencontrées dans le pityriasis simple de la tète; elles en diffèrent, cependant, par un volume plus considérable, par une forme plus arrondie et plus régulière,

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les spores trouvées dans le pityriasis étant d'un diamètre de i à 3 ou 4 millièmes de millimètre, étant ovoïdes et comme bourgeonnantes (1). Cette description spéciale des spores pityriasiques ferait croire que dans la pelade, on trouve à la fois les spores régulièrement arrondies de la pelade et les spores ovoïdes plus petites du pityriasis.

Diagnostic. — Le diagnostic de la pelade est très facile : les plaques blanches, luisantes, complètement dénudées, décolorées et ressemblant à de l'ivoire, ou recouvertes d'un duvet léger, caractérisent tellement la maladie, qu il suffit d'en avoir vu quelques exemples pour la reconnaître au premier aspect. La surface lisse et exempte d'éruption de la peau aux endroits affectés distingue si bien la pelade des autres éruptions parasitaires du cuir chevelu et des surfaces pileuses, qu'il est inutile d'insister sur le diagnostic différentiel.

Pronostic. — Le pronostic est ordinairement favorable : la pelade n'est pas une maladie grave, elle ne compromet pas la santé générale, mais elle imprime à la tête un aspect bizarre, presque ridicule, qui est pour certaines personnes un sujet d'affliction. La guérison est la terminaison la plus habituelle, et, après un temps toujours assez long, les poils repoussent et l'alopécie disparaît; on doit savoir cependant que souvent, aux endroits qui ont été affectés, les cheveux restent plus clairsemés et quelquefois décolorés. On doit penser encore aux récidives, qui sont assez fréquentes et qui ont lieu quelquefois une ou plusieurs années après la guérison.

Lorsque l'alopécie est ancienne et surtout lorsque la maladie est restée longtemps sans traitement convenable, on peut craindre que les poils ne repoussent pas. Lorsque l'affection décalvante s'étend incessamment et se généralise, la guérison est très longue à obtenir, elle peut se

(1) Malaisez, Archive* tie physiologie, 1874, p. 460.

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faire attendre plusieurs années; souvent alors elle est incomplète, il reste en certaines régions des places glabres; dans quelques cas même, les malades demeurent atteints d'une alopécie incurable, plus ou moins étendue, quelquefois générale. Le très jeune âge, la vieillesse, la faiblesse de la constitution, les mauvaises conditions hygiéniques, semblent favoriser cette terminaison défavorable.

Éiiologie. — Je n'hésite pas à considérer la contagion comme la cause déterminante de la pelade ; le développement successif de la maladie dans la même famille, dans des établissements d'éducation, sur des personnes ayant eu des rapports incontestables les ânes avec les autres, ne me paraît pas permettre de nier cette influence. Et cependant elle a été rejetée par des auteurs très recommandables, par Cazenave, Devergie, Erasmus Wilson, Tilbury Fox, Hebra, et ce n'est guère qu'en France qu'on croit à la faculté contagieuse de la pelade : Hebra, qui admet que cette maladie est causée par un trouble de l'innervation, s'avance jusqu'à dire que, lorsque plusieurs personnes ont été atteintes de pelade dans la même famille, ce qui arrive fréquemment, on doit alors admettre que le développement de la maladie est le fait d'une disposition héréditaire à une névrose spécifique, comme pour les névroses d'un autre genre (1).

J'ai de la peine à comprendre cette opposition à admettre la nature contagieuse de la pelade en face de faits si fréquents de transmission de cette maladie d'un individu malade à une personne saine, en face de ces épidémies de pelade survenues dans des écoles, dans des asiles après l'arrivée dans l'établissement d'un enfant malade. Pour ma part, j'ai vu si souvent la maladie se communiquer à des membres d'une même famille, à des

(1) Hebra, Traité des maladies de la peau, t. II, p. 209, traduct. Doyon.

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personnes ayant à leur service des domestiques atteints de la maladie décalvanle, que je me crois autorisé à admettre que la pelade est contagieuse, quoique jusqu'à présent on n'ait pas pu déterminer expérimentalement sa transmission par des inoculations directes.

La contagion peut avoir lieu d'une manière directe, comme cela arrive en couchant dans le même lit qu'une personne malade, en ayant de fréquents rapports de contact, comme le font les membres d'une même famille, en vivant intimement, ou, comme le font les enfants, en jouant ensemble. Mais le plus ordinairement la contagion est indirecte et a lieu par des objets ayant été en contact avec la partie malade, ou même par l'intermédiaire de l'air. Très souvent la maladie se transmet par des bonnets, des chapeaux, des vêtements, des peignes, des objets de toilette servant à plusieurs personnes; fréquemment c'est chez les coiffeurs et chez les barbiers, dont les peignes et les rasoirs sont employés d'une manière banale, qu'on va chercher la pelade. On peut encore la gagner dans les voitures publiques, dans lesquelles la tète de chaque voyageur est appuyée au même endroit ; je suis autorisé à admettre ce mode de contagion, pour avoir vu plusieurs fois la pelade se développer après un voyage. Enfin, dans bien des circonstances, on ne peut trouver l'indice d'aucun contact direct ou indirect, et l'on est bien obligé d'admettre alors que la contagion peut avoir lieu par l'intermédiaire de l'air, dans lequel doivent se répandre des poussières contenant des spores susceptibles de se fixer sur les parties pileuses et de s'y développer, si l'individu est disposé par son état général actuel à être atteint par une maladie parasitaire.

En effet, tout le monde n'est pas apte à contracter la pelade, pas plus que toute autre maladie parasitaire végétale ; il faut pour cela une disposition spéciale de l'économie, acquise le plus ordinairement par l'action de

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causes débilitantes diverses qui dépriment l'économie. Après le dernier siège de Paris par les armées allemandes, pendant lequel la population, enfermée dans la ville, était profondément déprimée par les privations de tout genre, j'ai vu un grand nombre de pelades dont on pouvait expliquer le développement soit par le séjour dans les corps de garde, soit par la fréquentation des hôpitaux, mais dont la cause principale me paraissait devoir être attribuée à l'influence des circonstances débilitantes au milieu desquelles on se trouvait.

Nature. — Ce que je viens de dire du résultat des recherches microscopiques dans la pelade et de l'étiologie de cette maladie suffit pour justifier l'opinion que je professe sur la place nosologique qu'elle doit occuper ; avec tous les médecins actuels de l'hôpital Saint-Louis, je pense que la pelade est une affection parasitaire due au développement du cryptogame désigné sous le nom de Microsporon Audouini. Mais je dois dire que cette opinion est très controversée, et que la plupart des médecins étrangers, s'appuyant sur la difficulté et même, disent-ils, sur l'impossibilité de découvrir le parasite, sur l'insuccès des inoculations et sur les cas nombreux dans lesquels la source de la contagion ne peut être reconnue, considèrent la pelade comme une maladie nerveuse caractérisée par un trouble de nutrition dans la production des cheveux, comme une tropho-névrose. A cette manière de voir, développée surtout par Hebra, je crois pouvoir opposer avec avantage les faits nombreux de contagion évidente qui appartiennent à un grand nombre de médecins et surtout les recherches récentes de Malassez, lesquelles, en démontrant l'existence du champignon de la pelade, ont appris qu'il ne se trouve pas dans le poil, où on le cherchait vainement, mais dans les écailles épidermiques de la peau dénudée. Ces raisons me paraissent suffisantes pour qu'on soit endroit d'admettre la pelade comme une

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maladie parasitaire ; mais en considération du siège du champignon dans les lamelles épidermiques plutôt que dans les poils, j'aurais, comme Fa fait très heureusement Lailler, une certaine tendance à rapprocher la maladie dont il s'agit du pityriasis versicolore, affection dans laquelle le parasite se développe exclusivement dans Tépiderme.

Traitement. — Bazin a appliqué à la pelade le traitement qui réussit si bien dans les autres affections parasitaires du système pileux : il a conseillé l'épilation et l'emploi de lotions et de pommades parasiticides, et je dois dire que de nombreuses guérisons ont été dues à cettelhérapeutique rationnelle. Toutefois, des objections ont été faites : on a dit avec raison que l'épilation ne pouvait pas se faire sur une surface complètement glabre, et sur laquelle il n'existait plus de cheveux ; on a cité des cas dans lesquels les moyens parasiticides avaient échoué et dans lesquels on avait réussi avec des agents de la médication stimulante; et aujourd'hui le traitement delà pelade tend à s'écarter un peu de la règle établie pour la thérapeutique des maladies parasitaires. C'est ainsi qu'on a généralement supprimé l'épilation comme inutile et qu'on a cherché surtout à favoriser la reproduction des cheveux à l'aide de la rasure fréquente des parties malades, et par l'emploi de lotions ou de pommades excitantes. Pour ma part, voici le traitement que j'emploie et auquel je dois un grand nombre de succès ; il se compose de moyens locaux et de moyens généraux.

Je n'ai pas renoncé complètement à l'épilation : lorsque la maladie est récente, je me trouve bien, dans le but de borner le travail morbide, de faire arracher, autour de la plaque glabre, une couronne de cheveux déjà atteints et destinés à tomber; cette épilation est facile et n'est nullement douloureuse. Après cette opération préparatoire, je fais laver les parties malades malin et soir.

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pendant quelques jours, avec une solution de sublimé au 500e ; puis je fais, un peu plus tard, frictionner les mêmes endroits avec une pommade contenant, pour trente grammes d'axonge, deux grammes de turbith minéral et un gramme de camphre. Un peu plus tard, j'emploie le soir celle pommade parasiticide ; puis, le matin, je fais faire une friction avec une liqueur alcoolique stimulante, soit avec le baume de Fioraventi, soit avec un mélange d'alcool camphré, et de teinture de cantharidesau dixième. Lorsque les poils commencent à repousser sous la forme d'un léger duvet ou avec l'apparence d'un poil mince et décoloré, je fais raser les parties malades tous les huit ou dix jours; et comme à ce moment les parasites paraissent avoir disparu, je cesse les pommades parasiticides pour me borner aux frictions stimulantes. Sous l'influence de ces moyens continués avec persévérance, on voit ordinairement les plaques dénudées se recouvrir de poils et la guérison se manifester. Vers la fin de la maladie, lorsque les poils repoussés sont grêles et décolorés, je me suis souvent bien trouvé de les faire épiler ; les poils qui repoussaient ensuite étaient plus forts, plus nombreux, plus colorés. J'ai dit plus haut que l'alopécie était quelquefois remplacée par la canitie, et que les nouveaux cheveux étaient blancs. Dans ces cas, plusieurs fois, chez déjeunes sujets, à la suite d'une ou de deux épilations, j'ai vu les cheveux se reproduire avec une couleur plus foncée, analogue à celle du reste du système pileux.

J'ai rarement constaté l'utilité des vésicatoires volants appliqués sur les plaques chauves, ainsi que le conseille Vidal ; ce serait cependant une ressource dans des cas rebelles.

Mais dans la thérapeutique de la pelade je ne me borne pas à l'emploi des moyens locaux ; j'insiste, au contraire, sur la médication reconstituante générale. En parlant de l'éliologie, j'ai fait une grande part dans le développement

haroy. — Malad. de la peau 27

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de la pelade à l'influence des causes débilitantes, et je crois indispensable de combattre la dépression de l'économie par des moyens médicinaux et hygiéniques. C'est ainsi que se trouve indiquée l'administration des préparations de fer et de quinquina, de l'huile de foie de morue, des amers, et particulièrement des substances dites antiscorbutiques. Je prescris concurremment les bains sulfureux, dont l'usage m'a paru avoir une action très salutaire sur l'économie. En même temps j'insiste sur une bonne hygiène, en recommandant une nourriture tonique, un peu de vin aux repas, un air suffisamment renouvelé et une habitation convenable. J'ai vu quelquefois des pelades rebelles se terminer par la guérison à l'aide d'un changement d'air et par l'habitation à la campagne ou sur les bords de la mer. Chez les personnes aisées, lorsque la maladie résiste, j'ai souvent déterminé ou consolidé la guérison par l'emploi des eaux minérales, et particulièrement par l'emploi des eaux sulfureuses chaudes, telles que celles de Bagnères-de-Luchon, d'Ax, d'Aix-la-Chapelle, des eaux chlorurées sodiques, telles que celles de Salins, de Salies-de-Béarn, de Kreuznach, d'Ischl, ou même d'eaux ferrugineuses, à Spa, à Schwalbach, à Forges, particulièrement indiquées dans les cas de chloro-anémie coïncidant chez les jeunes sujets des deux sexes avec l'affection parasitaire du système pileux. Je ne saurais trop insister, dans le traitement de la pelade, sur la nécessité de ce traitement général ; c'est en l'appliquant d'une manière très suivie que j'ai réussi plusieurs fois à guérir des cas de pelade rebelles, traités antérieurement sans succès par des moyens exclusivement locaux.

Je rappellerai que l'on doit se mettre en garde contre la propagation de la pelade non seulement par l'isolement des personnes malades, mais encore en évitant de se servir des objets de toilette ou d'habillement à leur

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