PITYRIASIS PARASITAIRE OU VERSICOLORE
usage. C'est surtout dans les écoles, dans les asiles» qu'on devra craindre la contagion ; dans ces établissements, les enfants devront être examinés avec soin, et on ne devra pas hésiter à renvoyer dans leur famille ceux qui seront reconnus atteints de plaques de pelade. C'est en procédant de cette manière dans les lycées de Paris que, depuis quelques années, les épidémies de pelade et de trichophytie y sont devenues plus rares qu'elles ne l'étaient auparavant.
e. Pityriasis parasitaire ou versicolore.
Cette maladie est due à la présence dans les lamelles épidermiques d'un parasite végétal auquel on a donné le nom de Microsporon fvrfur ; ce parasite a été découvert en 1846 par Eichstedt; et, en 1864, Kobner réussit à l'inoculer sur la peau de l'homme. . Anatomie pathologique. — Les squames du pityriasis versicolore sont jaunâtres, assez épaisses, habituellement imbibées d'une matière grasse sébacée ; à l'aide du microscope on reconnaît facilement, entre les lames de la couche cornée de l'épiderme, le parasite caractérisé par des spores arrondies rassemblées en groupes de forme également ronde et par des tubes de mycélium assez courts dont les articles sont très allongés. Ce parasite est en grande quantité ; il est très facile à distinguer avec un grossissement de 500 diamètres.
Symptômes. — Le pityriasis parasitaire se présente sous la forme de taches colorées en brun ou en jaune, légèrement saillantes au-dessus de la surface de la peau. Les squames qui forment ces taches sont assez adhérentes; elles se détachent quelquefois spontanément, mais c'est ordinairement par le grattage qu'on les fait tomber en lamelles fines et minces. Ces plaques sont jaunes ou brunes, ordinairement légèrement nuancées, et
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j'avais proposé de donner à la maladie le nom plus exact de pityriasis lutea ; dans quelques cas rares, elles ont une coloration plus foncée, presque noire, et cette variété, que je n'ai rencontrée qu'une seule fois, constitue le pityriasis nigra de Willan et Bateman. Ces plaques squameuses, de forme arrondie ou irrégulière, ont une étendue variable depuis celle d'une pièce de un à deux francs jusqu'à quinze ou vingt centimètres carrés. Elles sont ordinairement en assez grand nombre et disposées dans la même région ; comme elles sont entremêlées de portions de peau saine, elles donnent à la surface cutanée où elles se rencontrent un aspect bigarré, d'où le nom de pityriasis versicolore. Quelquefois, les taches, séparées les unes des autres primitivement, se réunissent en augmentant d'étendue et ne forment plus qu'une seule plaque, café au lait, qui recouvre une partie du tronc, ou même le tronc tout entier. Le siège d'élection du pityriasis est le tronc, le cou et la partie supérieure des membres, mais ce siège n'a rien d'exclusif: on peut rencontrer des plaques du pityriasis sur la figure, sur les membres et particulièrement sur les membres supérieurs. C'est à peine si le pityriasis parasitaire donne lieu à quelques démangeaisons ; le plus ordinairement, cette maladie se présente avec une absence complète de symptômes locaux et généraux ; la présence seule des taches révèle son existence.
Une fois développé, le pityriasis versicolore a une grande tendance à envahir les parties voisines, et, s'il vient à disparaître, il récidive avec une grande facilité ; c'est ainsi que, chez certaines personnes, cette affection apparaît tous les ans au printemps ou au commencement de l'été ; elle disparait au bout de quelque temps, soit à la suite d'un traitement convenable, soit spontanément; mais l'année suivante, à la même époque, sous l'influence des conditions favorables à son développement, le cham-
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PITYRIASIS PARASITAIRE OU VERSICOLORE. il\
pignon, qui n'était pas détruit, repullule, et la maladie se reproduit avec les mêmes caractères.
Le diagnostic du pityriasis parasitaire est facile ; la maladie est suffisamment caractérisée par les plaques squameuses colorées qui donnent à la peau cet aspect versicolore particulier que je viens de signaler ; dans les cas douteux, le microscçpe, en relevant la présence des spores et des tubes appliqués sur des parcelles d'épiderme coloré, enlève toute incertitude. Ces caractères de squames colorées et de spores démontrées au microscope, permettent suffisamment de distinguer le pityriasis [versicolore des autres pityriasis nop parasitaires pour que je n'aie pas besoin d'insister, sur ce diagnostic différentiel. Il est quelquefois plus difficile de distinguer le pityriasis versicolore des éphélides, surtout lorsque les taches du pityriasis sont brunes et que leur nature squameuse est peu accusée ; on devra savoir dans ces cas que les éphélides, constituées par une simple modification du pigment, ne présentent jamais de squames, et que ces dernières, même lorsqu'elles ne sont pas apparentes au premier aspect, se manifestent toujours dans le pityriasis versicolore sous l'influence du grattage. On pourrait encore confondre le pityriasis dont il s'agit avec le vitiligo, en prenant la partie saine pour la partie malade ; un examen un peu plus attentif, l'absence de toute squame, la comparaison de la région atteinte avec les autres parties du corps permettront bien vite de reconnaître l'erreur du premier moment.
Le pronostic du pityriasis versicolore est peu grave en ce sens que cette maladie n'entraîne aucun inconvénient dans la santé, qu'elle se développe habituellement sur des parties couvertes par les vêtements et qu'elle cède ordinairement assez facilement aux moyens de traitement ; il faut savoir cependant qu'elle est sujette à récidiver, que, chez quelques personnes, elle présente une, résistance
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opiniâtre, et qu'elle peut persister pendant plusieurs années, quelquefois même indéfiniment.
Vétiologie du pityriasis parasitaire est assez peu connue ; cette maladie se développe souvent au printemps et pendant Tété ; sa fréquence parait plus grande dans les pays chauds. Il est assez commun de la rencontrer chez les individus débilités et cachectiques : c'est ainsi qu'on en rencontre de fréquents exemples chez les phthisiques, dans la dernière période de l'affection tuberculeuse. Le pityriasis versicolore est-il contagieux comme les autres maladies parasitaires? C'est une question qui n'est pas encore résolue ; en tous cas la faculté contagieuse doit être faible et demander des conditions spéciales pour se manifester, car il n'est pas rare de voir des individus atteints de ce pityriasis, vivre dans une cohabitation habituelle avec d'autres personnes qui demeurent complètement indemnes de toute lésion cutanée.
Traitement . — La thérapeutique du pityriasis parasitaire réclame surtout des moyens locaux, et cette maladie cède bien souvent au seul emploi de bains sulfureux répétés journellement pendant trois ou quatre semaines; on peut y ajouter des onctions faites matin et soir avec une pommade sulfureuse contenant un quinzième de soufre sublimé pour une partie d'axonge : j'ai employé souvent avec avantage les frictions avec la pommade oxygénée du Codex ou mieux avec une pommade contenant vingt gouttes d'acide nitrique pour cinquante grammes d'axonge. Un traitement plus simple encore, et qui réussit quelquefois, consiste dans des frictions quotidiennes un peu rudes avec du savon noir étendu d'eau. On a conseillé encore les lotions avec une solution de sublimé au millième et même les bains de sublimé préparés par l'addition de dix grammes de sublimé dissous dans de l'alcool et ajoutés à un bain ordinaire. Chez les individus débilités, on assurera la guérison et la non-réapparition
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de la maladie parasitaire à l'aide d'une médication tonique et d'une bonne hygiène. J'ai vu dans plusieurs cas rebelles, la guérison s'effectuer ou se consolider par l'usage des eaux minérales sulfureuses et particulièrement par celles de Bagnères-de-Luchon, d'Ax ou d'Aixla-Chapelle.
f. Erythrasma.
A côté du pityriasis circiné, de l'herpès tonsurant et de l'intertrigo simple on a décrit une maladie siégeant habituellement dans les régions inguinales, auquel on a donné le nom $ erythrasma et qu'on a considérée comme appartenant à la classe des maladies cutanées parasitaires. Quoique je ne sois pas bien certain de la légitimité de cette nouvelle espèce nosologiqueje crois devoir en parler et en reproduire la description donnée récemment.
L' erythrasma a été indiqué pour la première fois par Burchardten 1859, puis par Baerensprung en 1863 et par Kobner ; ces auteurs ont attribué le développement de cette éruption à un parasite auquel ils ont donné le nom de Microsporon minutissimum à cause de ses petites dimensions ; Besnier a eu occasion d'en reconnaître plusieurs exemples dans son service à l'hôpital Saint-Louis, et le premier en France a appelé l'attention sur cette maladie, confondue jusque-là avec d'autres affections squameuses ; enfin tout récemment, dans les Annales de dermatologieetdesiphyligraphie (décembre 1883), Balzer a esquissé une description complète de cette affection en y joignant une planche destinée à en reproduire le parasite, d'après ses propres recherches.
Symptômes. — L'érythrasma se développe presque exclusivement dans la région inguino-scrotale ; on peut le rencontrer cependant dans les plis des aisselles etducou
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aux flancs el aux membres, ainsi que cela a été observé dans un cas de Besnier. Jusqu'à présent on ne Ta jamais vu sur les parties de la peau ordinairement découvertes.
La maladie se présente sous la forme de plaques plus ou moins arrondies, d'un diamètre de un à trois centimètres, qui peuvent s'étendre encore davantage par la réunion de plusieurs plaques primitivement isolées. La coloration de ces disques est brune ou jaunâtre, et dans les cas anciens la nuance est plus foncée et parait due à une pigmentation exagérée de la peau. Quelquefois, autour de la plaque ou au-dessous d'elle, il existe une couleur rouge, une apparence d'érythème qui doit tenir à une inflammation concomitante du corps muqueux et du derme. Sur ces plaques ainsi colorées en brun, l'épiderme est sec, rugueux et légèrement soulevé; avec le doigt promené légèrement sur cette saillie on peut quelquefois sentir à ses contours une inégalité, une sorte d'arête formée par les bords de la plaque. Malgré ce soulèvement épidermique, l'adhérence à la couche cornée persiste, il y a peu de squames et l'épiderme est difficile à arracher.
L'érythrasma est ordinairement indolent, c'est à peine si quelques malades accusent un léger prurit; et le plus ordinairement les personnes atteintes de cette affection n'en souffrent pas, ne s'en plaignent pas et souvent elle passe inaperçue des médecins.
Une fois développée, la maladie persiste avec une grande ténacité et peut se prolonger indéfiniment, le plus souvent en gardant toujours le même siège, dans les environs de la région inguinale, quelquefois en détendant dans les parties voisines, ou même, ainsi que je l'ai dit, en se développant dans divers endroits et en affectant de préférence les parties cutanées où existent des plis.
Anatomie pathologique. — A cause de ses petites dimensions le parasite de l'érythrasma est difficile à ob-
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server et à reconnaître ; cependant, après avoir fait macérer les plaques dansl'étheret en les traitant parla potasse à 40 pour 100, ou en les colorant avec l'éosine ou le bleu de quinoléine, Balzer est parvenu à les bien examiner et à les décrire. C'est d'après ses recherches que j'indiquerai que le M icrospor on minutissimum est composé de spores, très petites, rondes ou elliptiques, formées d'un noyau ponctiformeet d'une enveloppe cellulosique homogène et transparente, de tubes flexueux, très nombreux, très grêles, quelques-uns vides, la plupart remplis de spores, lesquelles spores se voient d'ailleurs en dehors des tubes soit isolées, soit réunies en groupes. Ces spores et ces tubes ne se retrouvent que dans la couche cornée de l'épiderme, on ne les a jamais rencontrés dans la couche de Malpighi. Sauf la petitesse de ses éléments, le parasite de l'érythrasma ressemble auMicrosporanfurfur du pityriasis versicolore.
Diagnostic. — L'érythrasma se distingue des autres affections cutanées squameuses ou maculeuses par l'existence de ses plaques brunes, sèches, non squameuses, un peu rugueuses, bien délimitées, par l'absence de tout phénomène subjectif, particulièrement de prurit, et par son siège habituel à la région inguino-scrotale. Dans cette région on pourrait le confondre avec Pintertrigo, mais la rougeur de cette dernière affection, sa forme régulière et arrondie sur les parties qui se touchent, son apparence squameuse, son humidité fréquente, son prurit souvent très vif sont des caractères qui permettront de faire le diagnostic. Lorsque l'érythrasma est diffus et lorsqu'il est répandu dans diverses régions, le diagnostic est plus difficile et on pourrait le confondre avec le pityriasis rubra, et surtout avec l'eczéma sec en plaques; là encore la coloration brune des taches, leur sécheresse, l'absence de desquamation, l'absence de prurit et la coïncidence de plaques semblables aux aines permettront
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de reconnaître l'existence de l'érythrasma. Dans des cas douteux l'examen microscopique fait méthodiquement trancherait la question en ne faisant reconnaître aucune trace de parasite dans l'eczéma et dans le pityriasis herpétique. Quant au pityriasis versicolore, ses plaques sont trop jaunes, trop étendues, trop squameuses pour qu'on puisse les confondre avec celles de l'érythrasma, et si les parasites de Tune et de l'autre affection recherchés au microscope se ressemblent, les dimensions si exiguës du Microsporon minutissimum comparées à celles du Microsporon furfur, permettront d'en faire la différence. Dans certains cas de pityriasis versicolore on trouve bien parfois quelques éléments, spores ou tubes, très minces, mais à côté de ceux-là, il en existe d'autres plus volumineux et d'une dimension ordinaire ; ce qui ne se rencontre pas dans l'érythrasma, où tous les éléments sont grêles.
Pronostic. — L'érythrasma mérite à peine le nom de maladie; il n'est accompagné d'aucune sensation douloureuse; il ne se développe ordinairement que sur des régions peu apparentes et il n'attaque jamais les parties découvertes. On comprend donc que les personnes qui en sont atteintes ne s'en occupent pas. Mais cependant il faut savoir que cette affection est très tenace, qu'elle est sujette à récidiver et qu'elle peut s'étendre à différentes régions.
Traitement. — Les moyens de traitement destinés à combattre l'érythrasma sont tous locaux ; ils consistent dans des lotions alcalines, dans des applications de teinture d'iode et particulièrement dans des lavages répétés avec du savon noir étendu d'eau.
Ces moyens doivent être employés pendant longtemps, et doivent même être continués après la disparition des plaques dans le but de prévenir une récidive.
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GALE. ktl
§ 2. — Maladies parasitaires causées par la présence de parasites animaux.
Les parasites animaux qui peuvent produire des maladies cutanées se divisent en deux catégories : la première comprenant ceux qui s'introduisent dans l'épaisseur de la peau et y séjournent soit d'une manière habituelle, soit accidentellement, ce sont les dermatozoaires ; la seconde, dans laquelle se rangent les parasites qui ne pénètrent pas dans l'intérieur de la peau, mais qui y puisent leur nourriture, qui la piquent, l'irritent et y déterminent ainsi une inflammation qui se traduit par des éruptions; on leur a donné le nom A'épizoaires. Dans la première classe se rangent l'acare de la gale, l'acare des follicules, la puce du sable, le rouget, la filaire de Médine , etc. ; et dans la seconde, on trouve les poux, les puces, les punaises, les moustiques et quelques autres insectes; je vais entrer dans la description des maladies déterminées par la présence de ces divers parasites et caractérisées par les lésions qu'ils produisent sur la peau.
§ 4 . — Dermatozoaires.
a. Gale.
Définition, historique. — La gale est une affection cutanée causée parla présence d'un animal parasite appelé acare (Acarus scabiei), et caractérisée par des démangeaisons ainsi que par des lésions variées de la peau.
Il est très difficile de savoir à quelle époque cette maladie a commencé à être connue et à être distinguée des autres affections de la peau. Bourguignon et Hebra, citent des versets du Lévitique pour prouver que la gale existait chez les Hébreux ; Hippocrate parle de la psore
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(i|*»/»<x), qu'il considère plutôt comme une souillure que comme une maladie (1); Aristote mentionne non seulement l'existence de la gale, mais encore celle de petits animaux qu'on rencontre dans de petites vésicules cutanées ; les auteurs classiques latins, Gicéron, Horace, Ju vénal, emploient le mot scabies d'une manière métaphysique, pour désigner une chose ou un acte immondes. Mais, dans tous ces passages, était-ce bien la gale véritable dont il était question? Les médecins grecs désignaient sous le nom de psore (+»/»*) les maladies humides de la peau, et sous le nom de lèpre (Xéwpa) les éruptions sèches; chez les latins, le mot scabies était synonyme du mot grec psore; mais, si la gale était connue, elle était confondue avec les autres maladies cutanées, on ne savait pas la distinguer, et nulle part, dans les auteurs anciens, on n'en trouve une description exacte et séparée. Il faut certainement arriver jusqu'aux médecins arabes pour trouver les premières notions précises sur la gale. Rhazès, Haly-Abbas, Avicenne décrivirent une maladie contagieuse de la peau, accompagnée de démangeaisons; Avenzoar alla plus loin et indiqua l'existence d'une maladie causée par la présence d'un petit animal, appelé par le peuple soab ; il dit : t Syrones sunt pedicelli, subter manuurn, crurum et pedum cutem serpentes, et pustulas ibidem excitantes aqua plenas; tam parva animalcula, quant vix visu perspicaci discerni valeant. » Hebra, qui cite cette phrase, ajoute qu'il ne sait pas si l'indication de ces petits animaux doit se rapporter aux acares ou aux poux, et il penche à croire que cette description appartient plutôt à la phthiriase qu'à la gale ; j'avoue, pour ma part, que je ne saurais partager cette opinion : la mention de l'exiguïté de volume de ces petits animaux (quam vix discerni valeant) y l'indication de leur siège d'élec-
(1) Hippocraie, Œuvres des Affection», traduct. parE. Litt ré. Paris, 1849, t. VI, p. Î47.
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tion aux pieds et aux mains, me paraissent se rapporter bien mieux aux acares qu'aux poux facilement visibles à l'œil nu, et qu'on ne rencontre habituellement ni aux pieds ni aux mains. Je ne fais donc pas difficulté de reconnaître que les médecins arabes ont clairement indiqué pour la première fois l'existence de la gale, et que, parmi eux, Avenzoar, qui vivait dans le douzième siècle, a signalé d'une manière très nette la présence des acares dans cette maladie.
A partir de cette époque, la gale est bien connue comme maladie distincte; mais tout l'intérêt historique roule sur l'existence de ces animaux parasites, tour à tour admise et rejetée par les différents auteurs qui se sont succédé. Après les œuvres des écrivains arabes, il semble d'abord que les cirons de la gale soient généralement connus ; à la fin du quatorzième siècle, Guy de Chauliac les décrit de cette manière : t Syrones sunt aninialia parva facientia vias sinuosas, corrodendo inter carnem et cutem, potius in manibus otiosorum. * Dans un ouvrage publié à Venise, en 1533, par Alexander Benedictus, professeur à Padoue, il est dit : « In manibus quidam exilis pedicellus cette minor sub ente serpit (1). » Dans les auteurs du seizième siècle, ces connaissances sont encore plus positives : Ambroise Paré, Rabelais, Ingrassias de Naples, mentionnent les cirons de la gale ; dans Ambroise Paré on trouve ce passage : c Les cirons sont petits animaux cachés dans le cuir, sous lequel ils se traînent, rampent et le rongent petit à petit, excitant une fascheuse démangeaison et gratelle. > « Ces cirons doivent se tirer avec espingles ou aiguilles (%) *. Ingrassias spécifie les parties du corps sur
(1) Benedictus, De re medica. Venetiis, 1533.
(2) Ambroise Paré, (Euvreê complètes, édition Malgaignc. Paris, lUi9 t. III, p. 269, chap. vr.
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lesquelles on trouve le plus communément les cirons. En 1584, à Francfort, Fallope mentionne également les petits animauxdela gale ; en 1592, Gulielme Rondelet, en décrivant les diverses espèces de poux, indique comme appartenant au troisième genre, le ciron de la gale : « Tertium, quodcyrones vulgo appellent, qui nunquam extra erumpunt et semper intra cutem et cuticulum habitant. » Vers la même époque, en 1577, Laurentius Joubert écrit également : « Sunt cyrones dicti, omnium minimi, semper sub epidermide latentes, sub qua serpent (1). » 11 semble, par ces passages qu'on pourrait multiplier, que l'existence de la présence des acares dans la gale fût une chose bien connue ; et cependant il ne parait pas que les médecins qui s'occupaient des maladies de la peau fussent bien familiarisés avec les recherches que je viens de mentionner. C'est ainsi qu'on peut s'étonner à bon droit de voir Mercuriali (2) parler de la gale comme d'une maladie causée par des humeurs perverties ; il la considère comme une affection de l'organisme entier et particulièrement du sang, et il admet que la gale est contagieuse, parce que les liquides contenant le principe contagieux sont déposés sur ou dans la peau.
Cette manière de voir de Mercuriali n'arrêta d'ailleurs en rien les recherches relatives aux acares, je ne dois pas oublier de citer l'ouvrage de Thomas Mouffet. Parlant des animalcules, il dit que les Anglais les appellent mités (en allemand Milben) lorsqu'on les trouve dans le fromage, dans les livres, dans le vieux bois ; mais que, lorsque ces animaux se rencontrent sur l'homme, on les appelle en anglais wheals, wormsj en allemand Sauren, en français cyrons, en latin pedicelli (3). Il ajoute qu'il
(1) Laurent Joubert,! De aflectibus pilorum et cutis. Ge novae, 1572. — Lugduni, 1577.
(2) Mercuriali, De morbis cutaneis, publié à Venise, en 1601.
(3) Mouffet, Theatrum insectorum. Londini, 1634.
a vu le cyron de la gale, et qu'il ne réside pas dans les pustules, mais à côté : € Hoc est observandum, cyrones istos non ipsis pustulis, sed prope habilare. » Vers la même époque, la découverte du microscope, qui date de 1649, donna lieu à de nombreuses études sur les petits animaux, et le parasite de la gale ne fut pas oublié. Hauptmann publia le premier un dessin très incorrect de Pacare (1) ; Borellus parla de cet animal comme ressemblant à une tortue ; Michael Ettmuller en publia une figure plus exacte que celle de Hauptmann. Mais, en 1687, Cosimo Bonono, dans une lettre adressée à Redi, donna de la gale et des acares une description tellement exacte qu'il n'est pas permis de la passer sous silence (2). Dans cette œuvre remarquable, d'après ses propres observations et d'après celles de Cestoni, Bonono décrit les vésicules et les sillons de la gale ; il parle de la forme de l'acare ; il indique même avoir vu un de ces animalcules pondre un œuf au moment où il l'avait placé sous le champ du microscope et où il en faisait une esquisse. Bonono et Cestoni arrivent à cette conclusion pratique que la gale n'est pas causée par l'âcreté des humeurs, mais qu'elle est due à la présence d'un animal, lequel, rongeant la peau, amène des éruptions et des démangeaisons qui forcent les malades à se gratter ; par suite de ce grattage naissent des excoriations et des croûtes ; la contagion est le résultat du passage de l'animal d'une personne à une autre. Et pour guérir cette maladie, les remèdes internes sont inutiles, mais il faut avoir recours à des bains salés, à des pommades contenant du soufre, du mercure, du vitriol, en un mot à des moyens externes destinés à tuer ces animaux.
(1) Hauptmann, Uralter Volkensteinischer Wurmer Bad- und Wa*$er+ Schati. Leipzig, 1657.
(S) Bonomo. Observaiioni interno si pellicelli del corpo umano. Florence, 1687.
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N'est-ce pas là ce que nous enseignons aujourd'hui, et en face de ces notions si claires et si nettes sur la gale et sur sa nature, ne doit-on pas s'étonner et s'affliger de toutes les erreurs accumulées entre cette époque et la nôtre; et pour expliquer ces erreurs, n'a-t-on pas besoin de réfléchir que la vérité scientifique ne s'établit définitivement qu'après de nombreuses oscillations?
Plus tard, en 4734 et 1746, Linné reconnaît l'insecte de la gale, et le classe sous le nom ày A car us humanus subcutaneus. Cette opinion trouva des partisans dans tous les pays de l'Europe, et la véritable nature de la gale fut reconnue en Allemagne, par Wilhelm Reichart, en Italie, par Pallas et Morgagni, en Espagne, par Casai, en France, par Geoffroy, en Suède, par Kosenstein ; mais, malgré tous ces travaux, la cause de la gale reste toujours ignorée de la plupart des médecins, et Lorry, qui écrivait en 1777 un ouvrage très estimé sur les maladies de la peau (1), décrit la gale comme une maladie de cause interne causée par l'acrimonie du sang, et s'élève contre les médecins qui la considèrent comme une affection vermineuse (credunt a verminibus pendere scabiem).
C'est vers la fin du dix-huitième siècle que parut la première figure exacte de l'acare, due à de Geer, entomologistes suédois, et à Wichmann (2), cent ans environ après la lettre de Bonono à Redi, dans laquelle sont si bien décrits tous les détails relatifs à l'acare et aux éruptions qu'il amène. Et cependant à ce moment, Willan, le véritable créateur de la dermatologie moderne, n'admet pas l'acare comme cause de la gale; et son disciple Bateman, tout en relatant les recherches relatives à l'acare (3), et en admettant que certainement on a
(1) Lorry, Tractatus de morbis cutaneis. Parisiis, 1777.
(2) Wichmann, JStiologie der Kràtte. flannover, 1786 ; 2* Auflage 1791, in-8° mit 1 Tafel.
(3) Bateman, Practical Synopsis of cutaneous Diseases according to the arrangement of EF Willan. London, 1813 ; 7* edit. 1829.
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trouvé quelquefois des animalcules sur des galeux, ne peut consentir à considérer leur présence comme nécessaire et constante, et parait porté à se ranger à l'opinion de Sauvage, qui considère la gale dans laquelle on trouve des acares comme une espèce particulière, et qui la désigne sous le nom de scabies vermicularis.
En France, ces recherches furent reprises au commencement de ce siècle; en 1812, un pharmacien de l'hôpital Saint-Louis, Gales, annonça qu'il avait trouvé l'acare ; il le montra, et il réussit à déterminer la production de la gale chez lui en déposant sur son bras des acares vivants (1). On crut à ce moment la question résolue; mais Raspail, qui s'occupait alors de travaux scientifiques et microscopiques (2), soutint que l'animal considéré et montré par Gales comme l'acare de la gale ressemblait complètement à la mite du fromage, et Gales fut, peutêtre à tort, considéré cemme un imposteur. Après ces tentatives malheureuses, la cause de la nature parasitaire de la gale fut perdue en France, où, d'ailleurs, à cette époque, étaient peu répandues parmi les médecins les connaissances bibliographiques de littérature médicale étrangère, et où étaient peu connus les travaux antérieurs d'histoire naturelle que nous avons cités. Les médecins les plus autorisés en dermatologie ne croyaient pas à la présence d'un acare dans la gale, et traitaient de rêverie l'opinion de quelques naturalistes sur ce point. L'insecte de la gale était pour eux un sujet de plaisanterie, lorsqu'en 1834, un Corse, étudiant en médecine à Paris, Renucci, entendant à l'hôpital Saint-Louis nier l'existence de l'acare de la gale, affirma que dans son
(1) Gales, Essai sur le diagnostic de la gale, sur ses causes et sur les conséquences médicales pratiques d déduire» Paris, 1812, in-4°. — Mémoires, rapports et observations, 1816; 2e édit., 1824.
(2) Raspail, Mém. compar. sur Vhisloire natur. de V insecte de la gale* Paris, 1834, in-8°, reproduit in Bulletin de thérap., 1834, t. VII, p. 169.— Nouveau système de chimie organique. Paris, 1838, t. II, p. 598, pi. XV.
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pays on croyait au parasite, et qu'il se faisait fort de démontrer son existence en saisissant le petit animal à la pointe d'une aiguille : ce qu'il fit, en effet, à plusieurs reprises et à volonté, en enseignant que l'acare se trouve à l'extrémité d'un petit sillon irrégulier, et non dans les vésicules ou dans les pustules (1). A partir de ce moment, la nature de la gale fut définitivement reconnue, et si quelques médecins conservèrent encore des doutes, ce ne fut que par habitude et par esprit d'opposition à une découverte à laquelle ils n'avaient pas participé. Les travaux ultérieurs les plus récents eurent pour but principal, d'un côté, la connaissance plus approfondie de l'anatomie et de la physiologie de l'acare, et de l'autre, le traitement scientifique de la gale basé sur les connaissances d'histoire naturelle. Je dois signaler dans ce sens un mémoire d'Albin Gras (2), presque contemporain de la découverte définitive de l'acare en France, et un travail de Eichstaedt (de Greifswald) (3), en 1846, dans lequel l'auteur décrit les œufs de l'acare et indique pour la première fois l'existence d'un animalcule plus petit, qu'il suppose être le mâle, lequel, au lieu de former un sillon, se cache sous l'épiderme ; dans cet ouvrage, il donne également la description du petit acare, qu'il indique comme une larve à six pattes. Vers la même année, également en Allemagne, Kramer signale de nouveau l'existence de l'acare mâle, quelques années avant Lanquetin, qui eut le mérite de le décrire et de le montrer à Paris en 1852 (4).
(1) Renucci, Découverte de l'insecte qui produit la contagion de la gale thèse de doctorat. Paris, 6 avril 1835.
(2) Albin Gras, Recherclies sur tacarus ou sarcopte de la gale de Vhomme, Paris, 1834, in-8°.
(3) Eichstaedt (de Greifswald), Froriepfs Notiteii aus dem Gebiete der Natur und Heilkunde. Weimar, 1846.
(4) £. Lanquetin, Notice sur la gale et sur r animalcule qui la produit* Paris, 1859, gr. in-8°.
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Pour terminer ce long historique, j'indiquerai encore une thèse intéressante d'Aube, qui, le premier, considéra l'acare comme un animal noctambule, et expliqua ainsi les démangeaisons plus vives de la gale pendant la nuit ; un mémoire très intéressant de Bourguignon sur l'histoire naturelle de l'acare, sur les symptômes, la marche et le traitement de la gale (1); plusieurs travaux très importants d'Hebra sur différents points de l'histoire de la gale et particulièrement sur l'existence d'une espèce particulière de gale qu'il a décrite sous le nom de scabies norvegica (2). Je mentionnerai aussi un travail d'histoire naturelle très estimé en Allemagne, celui de Furstenberg (3) cité avec éloges par Hebra. Enfin je dois indiquer les travaux pratiques de Bazin (4) et les miens sur le traitement rapide de la gale (5), travaux qui ont amené des progrès incontestables dans la thérapeutique de cette maladie.
Symptomatologie. — La gale débute habituellement
(1) Bourguignon, De la contagion de la gale et de son traitement. Mémoire présenté à PAca demie des sciences, le 11 novembre 1850 (Recueil de mémoires de médecine vétérinaire, 1850, 3* série, t. VII, p. 1009 et 1851, t. VIII, p. 31. — Traité entomologique et pathologique de la gale de Vhomme (Mémoire de V Académie des sciences : savants étrangers. Paris, 1854, t. VII). Le tirage à part, 1852, contient seul la partie médicale. — Bourguignon et Delafond, Recherches sur les animalcules de la gale de Vhomme et des animaux et la transmission de la gale des animaux à Vhomme (Bulletin de V Académie de médecine. Paris, 1857, t. XXIll).
(2) Hebra, Medi%inische Jahrbùclter der (Esterr. Staaten. Wien, 1844, Band XLVI u. XLVII. — De la gale (Annales des malad. de la peau, 2# année, 2« volume. Paris, 1844, p. 112. — Zeitschrifl der k. k. GeséUschaft der Aertte in Wien. 1852. — Hautkrankheiten (Virchoufs Handbuch der sp. Pathologie und Ther.). Erlangen, 1860; traduction française par Doyon. Paris, 1871-1872.
(3) Furstenberg, Die KraUmilben des Menschen und der Thiere. Leipzig, 18(51.
(4) E. Bazin, Nouveau traitement de la gale (Union médicale, 9 juillet 1850). — Leçons sur les affections cutanées parasitaires, 2* édition. Paris,
(5) Hardy, Société médicale des hôpitaux, 9 juillet 1851, 28 janvier 1852 et Union médicale, 1852, p. 124. — Gatette des hôpitaux, 1853, p. 407 et 411. — Leçons sur les maladies de la peau. Paris, 1858.
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par quelques légères démangeaisons qui se font sentir pendant la nuit, principalement le soir, peu de temps après le coucher, et le lendemain matin de très bonne heure. Ces démangeaisons sont d'abord assez légères, d'une durée peu considérable, et elles se calment après un court grattage ; mais bientôt elles augmentent d'intensité et de durée, et elles peuvent acquérir un tel degré que les malades ne peuvent plus se livrer à aucun repos et qu'ils sont tourmentés par le désir incessant de se gratter, désir auquel ils résistent rarement. Cette démangeaison, qui forme le symptôme le plus caractéristique de la gale, s'accompagne quelquefois d'un sentiment de chaleur et de cuisson qui augmente également pendant la nuit; l'intensité de ces phénomènes est en rapport avec l'ancienneté de la maladie et avec le tempérament du malade : les personnes nerveuses sont ordinairement plus éprouvées par les démangeaisons et les douleurs que les sujets lymphatiques ; chez quelques rares malades atteints de gale, la démangeaison peut manquer, ou n'exister qu'à un degré très peu marqué. En même temps que se développent la démangeaison et le phénomène réflexe qui la suit, c'est-à-dire le grattage, on voit apparaître sur diverses régions du corps des éruptions qui sont liées à la gale. Je signalerai d'abord le prurigo, caractérisé par de petites papules sèches recouvertes à leur extrémité d'une légère croûte noire; cette éruption peut se rencontrer partout, mais on la trouve surtout aux avant-bras, à la face antérieure de l'abdomen et aux faces interne et antérieure des cuisses. Dans la gale ancienne, les papules du prurigo sont quelquefois très nombreuses; elles sont répandues sur la plus grande partie du corps, et elles peuvent acquérir un volume assez considérable. A côté des papules incontestables du prurigo on trouve aussi, souvent, de petites taches rouges, arrondies, d'un très petit volume
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et recouvertes d'une légère croûte jaune ou brune, moins foncée que celle du prurigo. Ces lésions paraissent appartenir à des papules ou à des vésicules d'une petite dimension dont le sommet a été excorié par le grattage. Cette éruption se rencontre surtout aux poignets, à la face interne des avant-bras, autour des aisselles, vers les aines et aux jarrets. Ces éruptions prurigineuse et vésiculo-papuleuse sont très communes dans la gale ; d'après mes observations, elles ne manqueraient qu'une fois sur cent malades.
Très fréquemment encore, on trouve des vésicules entières, plus grosses, du volume d'un grain de millet el même d'un grain de chènevis, parfaitement arrondies, contenant un liquide citrin, transparent, quelquefois un peu opalin. Ces vésicules sont rarement nombreuses ; elles sont habituellement isolées,. et, lorsqu'il en existe plusieurs dans la même région,eHes. restent distipetes sans se confondre ; elles diffèrent de celles de l'eczéma par leur volume plus considérable et par leur isolement. Elles se rencontrent presque exclusivement aux mains, principalement à la face antérieure des poignets, sur les faces latérales et dans les interstices des doigts; on peut en voir également aux pieds. A côté des vésicules entières, on voit quelquefois une petite croûte, ou une lamelle épidermique attestant l'existence antérieure d'une vésicule rompue. Ces éruptions vésiculeuses se rencontrent huit fois sur dix cas de gale.
Chez quelques malades, outre les éruptions papuleuses et vésiculeuses que je viens d'indiquer, on rencontre encore, en nombre plus ou moins considérable, des pustules d'ecthyma, principalement caractérisées par leur dimension assez large, par leur forme régulièrement arrondie, par l'auréole franchement inflammatoire qui les entoure et par le point noir qui existe à leur centre. Ces pustules se trouvent surtoul aux mains, puis
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aux fesses et aux pied: ; on en voit quelques-unes au ventre et aux membres, mais elles sont beaucoup plus rares à ces dernières régions dans la gale que dans la phthiriase. Cette forme particulière de la gale a été désignée par quelques auteurs sous le nom de gale pustuleuse ; Bateman la décrit sous le nom de gale purulente (scabies purulent a). Cette variété est commune chez les enfants ; il est même rare que chez eux la gale existe sans qu'il se produise quelques pustules d'ecthyma, principalement aux mains et aux régions que je viens d'indiquer; on la rencontre encore assez souvent chez les sujets adultes de l'un et de l'autre sexe qui présentent les caractères d'un tempérament lymphatique ou qui sont affaiblis par des causes débilitantes.
A côté de l'eclhyma, je dois placer encore une éruption pustuleuse caractérisée par des pustules plus petites et moins régulières que celles de l'ecthyma, lesquelles pustules se rompent assez vite, se confondent et se recouvrent, par la sécrétion d'un liquide plastique, d'une croûte jaune ou brune assez analogue à celle de l'impétigo. Cette éruption pustuleuse, qui m'a paru spéciale à la gale, se voit principalement aux coudes et aux fesses. L'existence de quelques pustules et d'une croûte aux coudes est pour moi une raison suffisante de soupçonner l'existence de la gale.
Je dois dire encore quelques mots d'une éruption, beaucoup plus rare, que j'ai rencontrée quelquefois, et qui est également signalée par Hebra : je veux parler de petites élevures rouges, allongées, susceptibles de paraître et de disparaître successivement, lesquelles se développent principalement à la partie supérieure des bras, aux épaules et au tronc. Ces élevures appartiennent à l'urticaire, et particulièrement à la variété décrite sous le nom d'urticaria subcutanea. Mais je dois ajouter que cette éruption est surtout commune dans la phthiriase et que
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dans la gale même elle est peut-être due à la présence de quelques poux.
En même temps qu'existent quelques-unes de ces lésions cutanées que nous venons d'indiquer, on peut encore rencontrer des éruptions de lichen, d'eczéma, de pityriasis et d'impétigo. Ce sont de véritables complications qui viennent s'ajouter aux éruptions spéciales à la gale et qui souvent en rendent le diagnostic plus difficile. Cette forme a été décrite par Bateman sous le nom de gale cachectique (scabies cachectica). L'eczéma et l'impétigo peuvent se rencontrer partout, même sur la figure; mais on les observe principalement aux mains, aux avant-bras, aux fesses, aux aisselles et aux jarrets. Chez les femmes, l'eczéma du mamelon et de la partie médiane du sein est si fréquemment observé, que l'existence d'un eczéma du sein doit faire penser à l'existence de la gale. On peut rencontrer l'eczéma des seins chez l'homme, mais il est plus. rare.
Enfin j'indiquerai encore comme des lésions accessoires, des furoncles, des abcès dermiques et des excoriations tantôt linéaires, tantôt arrondies. Dans ces cas si compliqués, toute la peau se trouve souvent altérée, la tête exceptée, et il est très difficile alors de distinguer le genre de la maladie ; les véritables caractères de la gale disparaissent sous cette multitude de lésions cutanées.
Ces diverses éruptions que je viens d'indiquer sont secondaires; elles sont consécutives à la présence du parasite de la gale. Je dois maintenant indiquer ce qui se rapporte à ce parasite sans entrer toutefois dans des particularités d'histoire naturelle. L'animal qui produit la gale par sa présence sur la peau, YAcarus scabiei, a été placé dans la famille des acariens, de la classe des arachnides; il est d'une couleur blanchâtre, d'une forme arrondie, un peu ovale ; sa longueur est à peu près d'un
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tiers de millimètre et sa largeur d'un quart de la même mesure. Il est visible à l'œil nu lorsqu'on le place sur un morceau de verre ou sur une surface lisse de couleur foncée. On l'aperçoit alors comme un petit point blanc, et avec une loupe on peut distinguer à une de ses extrémités un point plus foncé, qui est la tète, et sur ses bords des poils qui appartiennent à ses pattes. A la loupe et
Fig. 8. — Sarcopte femelle. — a, son œuf.
même à l'œil nu, s'il est vivant, on peut le voir se mouvoir et changer de place avec une assez grande rapidité. Au microscope, avec un grossissement de 25 à 50 diamètres, on distingue très facilement les détails extérieurs de son organisation : la face dorsale, arrondie, laisse apercevoir des taches, des lignes, ainsi que des poils ; sur la face ventrale, également convexe, on voit quatre pattes de chaque côté, deux antérieures, deux postérieures, les premières garnies d'un tube armé d'une ventouse, les dernières se terminant par un poil. A une des extrémités, on voit la tête portant les organes de la
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manducation; à l'extrémité opposée, se trouvent l'anus et les organes sexuels (fig. 8 et 9).
Cette description sommaire s'applique à l'acare femelle qu'on rencontre en plus grand nombre et qu'on extrait plus facilement; le mâle est plus petit que la femelle, sa longueur est d'un cinquième de millimètre, sa largeur d'un sixième de millimètre ; son apparence est de même
Fig. 9. — Sarcopte femelle (face dorsale).
testudiforme, mais un peu plus aplatie et moins régulière; il présente à la dernière paire des pattes postérieures un ambulacre armé d'une ventouse, tandis que la femelle est pourvue d'un long poil aux mêmes pattes; sur la face abdominale, près de l'extrémité postérieure, il est encore possible de distinguer entre les épimères des pattes les organes génitaux formant des saillies distinctes (fig. 10). J'ajouterai que les larves ou jeunes animaux sont beaucoup plus petits que les acares, leurs pattes sont moins distinctes, quelques naturalistes ont dit qu'elles n'étaient qu'au nombre de six. Les œufs sont de
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Ut MALADIES PARASITAIRES DE LA PEAU.
forme ovoïde et mesurent 0—,168 de longueur, sur 0MI,414 de largeur.
L'acare mâle se place habituellement sous des écailles épidermiques ou sous des croûtes ; les larves sont sous l'épiderme ou libres ; les acares femelles fécondées creusent dans l'épaisseur de l'épiderme une sorte de galerie dans laquelle elles déposent leurs œufs. Cette galerie est appelée sillon ou cuniculus et mérite une description détaillée, car c'est sur sa présence que repose presque exclusivement aujourd'hui le diagnostic de la gale.
Aux poignets, à la partie intérieure de L'avant-bras et principalement aux différentes parties constituantes de la main, le sillon se présente sous la forme d'une petite ligne grise souvent ponctuée de points plus foncés, apparente à l'œil nu, mais dont les détails doivent être observés à la loupe ; sa longeur varie de deux à trois millimètres jusqu'à deux, trois, quatre et même cinq centimètres ; sa direction est bien rarement droite, elle est ordinairement plus ou moins contournée de manière à figurer une virgule, un S, un fer à cheval ; les lignes suivantes me paraissent représenter son aspect le plus habituel.
Fie. 10.
traie).
Sarcopte mâle (face ven-
Chaque sillon offre deux extrémités, qu'il est ordinairement assez facile de distinguer. La première, l'entrée, ou
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la tète, pour me servir de l'expression d'Hebra, est ordinairement plus large que le reste du sillon, quelquefois on y observe une éraillure épidermique, et le sillon ou galerie couverte ne commence qu'un peu au delà; c'est l'entrée de l'acare sous Tépiderme ; l'autre extrémité ou la queue (Hebra) est légèrement saillante, et à travers l'épiderme on peut y apercevoir habituellement un petit point blanc qui n'est autre chose que l'acare lui-même, lequel peut être enlevé en déchirant la dernière partie du sillon avec la pointe d'une épingle, de manière à convertir la galerie fermée en une route à ciel ouvert et en raclant le sillon avec l'extrémité de l'épingle ; si cette opération réussit, l'acare se trouve sur un des côtés de l'épingle sous la forme d'un petit point blanc très distinct qu'on peut mieux voir encore en le plaçant sur une surface noire et lisse. Quelquefois le sillon est isolé; dans d'autres circonstances, il est accolé à une vésicule ou à une pustule qui se trouvent à une de ses extrémités; dans certains cas la vésicule ou la pustule se trouvent au-dessous du sillon creusé dans la partie de l'épiderme qui forme la paroi supérieure de la lésion cutanée ; mais qu'il soit à côté ou au-dessus, l'acare est toujours, isolé du liquide, et il ne s'y trouve mêlé que lorsqu'on a rompu les parois du sillon et qu'on l'a fait communiquer artificiellement avec le contenu de la petite cavité séreuse ou purulente. Avec ces caractères de lignes grises, ponctuées et sinueuses, les sillons se rencontrent principalement aux mains (fig. 41 et 12), aux poignets, dans les interstices interdigitaux, sur les faces latérales des doigts, sur le bord cubital, sur la paume même de la main chez les personnes dont l'épiderme n'est pas durci par des travaux professionnels; il peut se présenter de la même manière aux pieds, principalement sur le dos du pied, en avant ou en arrière des malléoles, sur les faces latérales des orteils.
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Dans un sillon on ne trouve jamais qu'un acare, mais il existe des œufs en nombre variable. Le même acare
Fie 11 et 12. — Mains de galeux sur lesquelles se votent la forme et le siège habituels des sillons. — *, sillon. — e, eczéma. (Musée de l'hApital Saint-Louis.)
peut-il creuser plusieurs sillons? un fait dont j'ai été témoin me permettrait de le croire : chez une personne qui venait de contracter la gale, j'ai constaté la présence de deux sillons dans un espace interdigital, mais je n'ai
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pu découvrir et extraire qu'un acare à l'extrémité d'un des sillons, l'autre paraissant abandonné; et la maladie
Fie. Il et 12. — Mains de galeux sur lesquelles se voient la forme et le siège habituels des sillons. — *, sillon. — e, eczéma. (Musée de l'hôpital Saint-Louis.)
s'est arrêtée sans autre traitement, après l'enlèvement de ce seul acare.
Le sillon est encore rencontré sur d'autres parties du corps, sur les avant-bras et sur les bras, en avant des ais-
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selles, sur le dos, sur le ventre, sur les cuisses, mais il se présente alors sous la forme d'une petite ligne, longue de deux à cinq millimètres, rougeâtre ou brune, ressemblant à une excoriation linéaire, l'acare y est plus difficile à distinguer, mais on peut cependant quelquefois réussir à l'extraire avec la pointe d'une aiguille. Chez les femmes on trouve fréquemment de petits sillons rudimentaires sur les seins à côté du mamelon ; à cette région, au lieu d'une ligne on trouve quelquefois une saillie arrondie, gonflement inflammatoire causé par la piqûre de l'acare. Mais je dois mentionner surtout l'éruption qu'on rencontre presque constamment chez les hommes au pénis et sur les bourses, éruption composée tantôt de papules arrondies ou ovales, d'une couleur ordinairement rouge, tantôt de vésicules ou de pustules, soit entières, soit desséchées ou excoriées, et quelquefois de véritables sillons droits ou sinueux, plus courts que ceux des mains et à l'extrémité desquels on peut trouver l'acare. Cette éruption, qui constitue un des meilleurs signes de la gale chez l'homme, se trouve soit sur la peau de la verge, soit sur le prépuce, soit sur le gland, soit même sur la peau du scrotum; on la rencontre le plus souvent à l'extrémité de la verge, au prépuce ou au gland.
D'après la description que je viens de faire, on voit qu'il existe dans la gale deux espèces de lésions cutanées, une primitive et essentielle causée directement par la présence de l'acare, ce sont les sillons ; une autre consécutive et accessoire, ce sont les vésicules, les éruptions papule use, ecthymateuse et autres. Avant d'aller plus loin, il est bon de se rendre compte de la manière dont se produisent ces lésions. Il n'y a aucune difficulté pour les sillons, lesquels sont creusés directement par l'acare fécondée qui y dépose ses œufs; mais la question est plus difficile à résoudre lorsqu'il s'agit des éruptions accessoire?. Pour Hebra toutes les éruptions qu'on
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observe chez les galeux sont le résultat du'grattage : les acares installés dans le tégument externe attaquent incessamment les extrémités des nerfs et produisent ainsi la sensation appelée démangeaison ; celle-ci provoque l'action réflexe qu'on désigne sous le nom de grattage, et ce grattage amène des papules de prurigo, des excoriations, des vésicules, des pustules et autres lésions inflammatoires de la peau. Dans cette manière d'expliquer les éruptions scabieuses, Hebra arrive jusqu'à considérer la gale comme un eczéma artificiel provoqué par la présence des acares et par des grattages. J'avoue que je ne puis accepter une telle proposition ; on trouve certainement, chez quelques galeux de l'eczéma, du lichen, de l'impétigo; ces maladies se sont développées par le fait d'une disposition spéciale préexistante, dite herpétique, que la gale n'a fait que réveiller accidentellement, comme aurait pu le faire toute autre irritation cutanée; mais en laissant de côté ces éruptions qui constituent de véritables complications, on trouve dans la gale des éruptions habituelles qui font partie de la maladie, je veux parler du prurigo, des excoriations, des vésicules scabieuses, et de ces éruptions vésiculo-pustuleuses siégeant principalement aux coudes. De ces éruptions, les unes sont positivement le résultat du grattage, ce sont le prurigo, les excoriations, on les rencontre dans tous les cas de démangeaison, quelle qu'en soit la cause, dans la phthiriase, dans l'urticaire, dans l'ictère. Mais je serais tenté d'expliquer autrement le développement des vésicules isolées qu'on rencontre aux mains et aux pieds, des petites excoriations arrondies qui se trouvent principalement aux avant-bras et aux aisselles, et des vésico-pustules des coudes. En établissant d'abord que ces éruptions sont spéciales à la gale, n'est-on pas en droit de penser qu'elles sont le résultat des piqûres des acares ou de leurs larves. Moquin-Tandon pensait que
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ces petits animaux, se rapprochant par leur organisation des arachnides, devaient être pourvus de même d'un appareil contenant un liquide venimeux, et que leur piqûre en Taisant pénétrer ce liquide dans la peau devait produire des démangeaisons et des éruptions (1). Bourguignon croit que l'acare inocule dans l'économie un principe morbide auquel il faut attribuer l'évolution inévitable des éruptions papuleuses, vésiculeuses et pustuleuses. Sans admettre cette intoxication générale, je serais bien porté à croire que plusieurs des éruptions et en particulier les éruptions vésiculeuses sont le fait de la piqûre des acares, ainsi qu'on voit des lésions cutanées spéciales suivre les piqûres des poux, des puces, des punaises. Une expérimentation que j'ai tentée sur moimême, il y a quelques années, m'engagerait à croire à cette sorte de venin admise par Moquin-Tandon. Le 15 octobre 1860, après avoir broyé sur une plaque de verre huit acares tout récemment extraits, je m'inoculai sur le dos d'une main la matière visqueuse résultant de cet écrasement, au moyen de deux piqûres sous-épidermiques faites avec une lancette ; et à un autre endroit de la même main, je me fis cinq piqûres semblables avec une lancette propre. Au bout de quinze à vingt minutes, je ressentis dans les deux piqûres septiquesune sensation de chaleur avec chatouillement et démangeaison, sensation très vive, analogue à celle de la gale; cette sensation s'effaça au bout de cinq à six minutes et reparut à plusieurs reprises dans la matinée. Je n'éprouvai rien dans les piqûres simples. A l'œil nu et à la loupe sur les deux espèces de piqûres, on n'apercevait qu'une petite tache sanguine. Le lendemain, vers sept heures du matin, au moment du réveil, je ressentis de nouveau dans les piqûres septi-
(1) Moquin-Tandon, Éléments de wologie médicale, comprenant la description détaillée des animaux utiles en médecine et des espèces nuisibles a l'homme, particulièrement des venimeux et des parasites. Paris, 1860.
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ques un léger sentiment de démangeaison qui se prolongea à peine pendant dix minutes et qui ne reparut plus. Aucune sensation dans les piqûres simples. Au bout de quatre jours la trace de ces dernières piqûres avait complètement disparu, mais on voyait encore, sous la forme de points rouges, l'endroit où avait piqué la lancette chargée du sucd'acares, et cette trace ne disparut que le huitième jour.
Je serais donc tenté de considérer les vésicules scabieuses comme le résultat de piqûres des acares ou de leurs larves; quant aux éruptions ecthymatheuses, leur présence dans d'autres affections parasitaires et particulièrement dans la phthiriase semblerait indiquer qu'on devrait la regarder comme le résultat d'une irritation d'un des éléments de la peau consécutive soit à la démangeaison, soit au grattage; cependant on doit remarquer que, dans la variété désignée sous le nom de gale pustuleuse, les mains sont couvertes de pustules d'ecthyma et qu'il est bien difficile d'y trouver un sillon, ce qui avait fait dire à Devergieque la gale pouvait exister sans acare, puisqu'on n'en trouvait pas de trace dans la variété la plus grave. Ne pourrait-on pas penser alors que l'acare, en voulant creuser son sillon, détermine par sa piqûre une inflammation cutanée, laquelle se change en une éruption pustuleuse en vertu d'une disposition spéciale inhérente à l'individu; et dans ce cas, au lieu de sillons, on ne trouve que des pustules ecthymateuses. Je ne donne d'ailleurs cette explication que sous toutes réserves.
Le plus ordinairement, la gale ne détermine pas de troubles dans la santé générale ; sauf les démangeaisons et les éruptions que je viens d'indiquer, les malades se * portent bien et leurs fonctions sont régulières; cependant, lorsque la gale est ancienne, lorsqu'elle est compliquée, lorsque les individus atteints sont nerveux, la
hardy. — Malad. de la peau. 29
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diminution et même la perte du sommeil, les inflammations cutanées peuvent entraîner quelques désordres consécutifs ; c'est ainsi que l'appétit s'altère, que les digestions sont mauvaises, qu'il survient de l'amaigrissement, de la faiblesse musculaire et souvent, surtout chez les femmes, des signes de chloro-anémie.
Marche de la maladie. — Entre le moment où la gale a été contractée, et celui où elle se manifeste par quelque phénomène appréciable, il s'écoule un certain temps, mais on manque de données positives pour fixer d'une manière précise cette période d'incubation, qui peut être de deux à huit jours; ce qu'il y a de certain, c'est que la maladie s'annonce d'abord par un léger prurit, qui augmente de jour en jour, puis surviennent les éruptions prurigineuses et vésiculeuses, et plus tard l'ecthyma, l'eczéma et les autres complications. Une fois développées, ces éruptions se maintiennent ou augmentent, l'étendue des régions atteintes est plus considérable, et la maladie se prolonge jusqu'à ce qu'un traitement convenable la fasse disparaître. Chez les gens de la classe aisée, habitués aux soins ordinaires de propreté, la gale peut persister pendant plusieurs mois, sans acquérir une grande intensité et sans susciter des complications trop graves; mais chez les individus pauvres et malpropres, les acares se multiplient, les éruptions s'étendent, les complications sont habituelles, souvent tout le corps est couvert de croûtes ou d'excoriations, et au bout de quelques mois on voit survenir un état cachectique caractérisé par la pâleur de la face, l'émaciation du corps et l'affaiblissement musculaire. La guérison spontanée est rare; et dans certains pays habités par une population misérable et sale, la gale semble endémique ; dans quelques familles, tous les individus qui en font partie sont atteints de cette maladie d'une manière permanente ; ils ont des acares comme d'autres ont des poux, des puces ou des
punaises. On trouve ces gales endémiques dans quelques parties de la Bretagne, dans quelques villages du Valais en Suisse, mais surtout dans les pays du nord de l'Europe, en Norwège, en Pologne et en Russie.
A propos de la marche de la gale, je dois signaler un fait qu'on retrouve dans la plupart des maladies parasitaires, je veux parler de la disparition des symptômes éruptifs sous l'influence du développement d'une maladie intercurrente. Qu'il survienne une maladie grave et fébrile, une pneumonie, un érysipèle, une fièvre typhoïde ou toute autre affection, à mesure que se manifestent les phénomènes propres à ce nouveau processus, la démangeaison s'éteint, les éruptions disparaissent, les sillons s'effacent, et, si Ton trouve encore quelques acares, ils sont aplatis, maigres, et se meuvent à peine ; la gale parait guérie, et cela peut être vrai. Mais, le plus souvent, vient la convalescence, et alors même, après plusieurs semaines, la démangeaison reparaît peu à peu, de nouveaux sillons sont creusés, des éruptions secondaires se produisent, et la gale renaît avec tous ses caractères, soit que quelques acares aient survécu, soit que cette recrudescence doive être attribuée à l'éclosion des œufs, lesquels, dans les animaux inférieurs, offrent une grande résistance aux causes de destruction.
Frappés de la coïncidence de la disparition des symptômes de la gale avec le développement d'une autre maladie, quelques médecins avaient pensé que la rétrocession de la gale était la cause de l'affection incidente; ces cas ont été cités comme des exemples de métastases, la gale étant considérée comme se transformant en une autre maladie. Mais l'observation attentive des faits ne permet pas d'admettre une telle opinion; il est évident, en effet, que les symptômes de la gale ne cèdent qu'après l'apparition des premiers phénomènes de la maladie intercurrente, et que la cessation de la démangeaison et
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des éruptions scabieuses est l'effet et non la cause de cette nouvelle maladie. On a altribué la disparition de la gale dans les maladies incidentes à l'état d'anémie de la peau qui ne permet plus aux acares de trouver une nourriture suffisante; mais cette opinion adoptée par Hebra me parait peu soutenable; d'abord, parce que les symptômes scabieux disparaissent très vite, avant que la peau n'ait subi une altération anémique réelle, et d'autre part, parce que, dans certaines affections, loin d'être anémiée, la peau se Irouvehyperhémiée, et que néanmoins les acares l'abandonnent. Il me paraît plus plausible d'admettre que les acares, comme d'autres parasites, ne se plaisent que sur un organisme sain, et que l'altération des sécrétions cutanées dépendante de la maladie, est pour eux une cause de dépérissement et même de destruction.
Variétés. — Si la cause de la gale est toujours la même, et si les caractères principaux de cette affection se retrouvent dans tous les cas, il n'en est pas moins vrai que, par son intensité, par son ancienneté et surtout par ses complications, la maladie, dont j'ai fait ici l'histoire, peut revêtir des formes assez différentes, qu'on a considérées comme constituant des variétés. Willan et Bâteman avaient admis quatre espèces de gale, la gale papuliforme, la gale lymphatique, la gale purulente et la gale cachectique (1). Dans la première appelée aussi gale sèche, l'éruption est constituée par de très petites vésicules, dont le sommet s'excorie et se recouvre de petites écailles; dans la seconde variété (scabies lymphatica), on trouve des vésicules plus grosses, sans aucune inflammation à leur base, susceptibles de se rompre ou de se transformer en pustules, et de former plus tard des ulcérations. La troisième variété, gale purulente, est carac-
(1) Batcman, Practical Synopsis of culaneous Diseuses according to the arrangement of D* Willan. London.
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térisée par de larges pustules semblables à celles delà variole, c'est la gale ecthymaleuse, et enfin, la quatrième espèce, gale cachectique, est caractérisée par des éruptions d'eczéma, de lichen et d'impétigo.
Ces variétés, admises par Willan, ont été à peu près conservées dans la pratique ; on a l'habitude d'admettre une gale simple, sèche ou papuleuse, dans laquelle dominent les éruptions papulo-vésiculeuses d'un petit volume et le prurigo, une gale vésiculeuse dans laquelle se rencontrent les vésicules des mains, des poignets et des pieds, une gale ecthymateuse ou purulente, que je désigne encore sous le nom d'eclhyma scabieux, caractérisée par la présence des pustules d'ecthyma, principalement aux mains et aux fesses, et dans laquelle on trouve difficilement des sillons, enfin la gale eczémateuse qui se distingue par des éruptions d'eczéma ou d'impétigo siégeant dans des régions variées, mais principalement aux mains, aux fesses, et aux seins, surtout chez les femmes pour cette dernière région.
A la suite de ces variétés qu'on rencontre fréquemment dans la pralique, je dois signaler d'une manière toute particulière, une forme spéciale de la gale, observée d'abord en Norwège par Danielssen et Bœck (1), et décrite par Hebra, qui lui a donné le nom de gale norwégienne (scabies norvegica) quoiqu'on en ait trouvé des exemples dans diverses régions de l'Allemagne, à Constantinople et même à Madère. Dans cette variété de gale, on observe, sur différentes parties de l'enveloppe cutanée, des amas épidermiques, épais et semblables à du cuir, lesquels recouvrent principalement la paume des mains et la plante des pieds, sous forme d'excroissances jaunes cornées. En même temps les ongles subis-
(1) Bœck, Une nouvelle forme de la gale (Annales des maladies de peau, février 1852. — Union médicale, 1852).
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sent une dégénérescence particulière, leurs lamelles se cassent et se racornissent en se détachant des tissus sousjacents. Sur la face, sur le cuir chevelu et sur le pavillon de l'oreille existent également des croûtes assez semblables à celles de l'impétigo. Dans toutes ces croûtes, dans ces amas épidermiques et dans ces ongles altérés, on découvre au microscope un nombre considérable d'acares morts, de larves, d'oeufs et de fèces, et au-dessous de ces concrétions, on trouve sur la peau humide et ramollie des sillons et des acares vivants. Hebra avait d'abord pensé que cette variété de gale était due à la présence d'une espèce particulière d'acare, différente de celle qu'on trouve habituellement chez l'homme; mais un examen plus approfondi des acares morts et vivants, lui a permis de conclure à l'identité parfaite du parasite rencontré dans cette maladie avec celui de la gale ordinaire, et de considérer la gale dite de Norwège, comme ne différant de la gale commune que par le plus grand nombre des acares et par l'accumulation considérable de leurs débris mortuaires.
Diagnostic. — Dans les cas simples, le diagnostic de la gale est ordinairement facile à établir; mais il devient souvent d'une grande difficulté pour certains malades, chez lesquels les caractères distinctifs de la maladie sont très peu distincts, ou bien sont masqués par des complications. Pour reconnaître la gale, on devra d'abord faire attention aux démangeaisons, survenant principalement pendant la nuit, puis à l'apparence et au siège de quelques éruptions : c'est ainsi qu'on attachera une grande importance aux petites excoriations arrondies, situées à la face interne des avant-bras, près des aisselles et aux jarrets, au prurigo de la partie antérieure du corps, entre les seins et les genoux, aux vésicules entières et isolées des mains, des poignets et des pieds, à l'éruption vésiculo-pustuleuse des coudes, à l'ecthyma des mains,
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des fesses et des pieds, à l'eczéma des seins ; toutes ces éruptions sont des indices de la gale, qui doivent mettre sur la voie du diagnostic, et qui doivent engager le médecin à rechercher les caractères spéciaux de la gale, c'est-à-dire les sillons et l'acare. L'extraction d'un acare à l'extrémité d'un sillon, est un signe certain, pathognomonique, de la gale ; mais cette découverte n'est pas nécessaire pour le diagnostic : il suffira de constater la présence d'un ou plusieurs sillons incontestables, qu'on trouvera le plus habituellement aux mains ou aux poignets. Chez les hommes, les grosses papules scabieuses de la verge, dues à la piqûre de l'acare, les sillons placés snr le fourreau de la verge ou sur le gland forment un signe précieux pour le diagnostic, surtout lorsqu'il s'agit d'ouvriers dont les mains calleuses ou imprégnées de certaines substances, sont peu attaquables pour les acares. Je citerai pour exemples les maçons qui manient le plâtre et les mégissiers qui ont les mains continuellement dans l'eau; chez eux, on trouve rarement des sillons aux mains. Chez les femmes, on trouve également assez souvent des papules scabieuses et des sillons sur le mamelon et sur la peau qui l'entoure.
Pour affirmer le diagnostic de la gale, est-il nécessaire de constater la présence d'un ou de plusieurs sillons? D'une manière générale je serais tenté de répondre par Paffirmative ; cependant, même en l'absence de sillons, certaines éruptions sont tellement significatives que je pense qu'elles suffisent pour faire admettre l'existence de la gale, surtout si plusieurs signes existent simultanément. C'est ainsi que je puis dire que l'ecthyma des mains est un signe presque certain de la gale; on doit môme se rappeler ce que j'ai dit à propos de la gale purulente, que les sillons étaient rares et difficiles à voir dans cette variété ; l'ecthyma siégeant aux mains, fera donc supposer l'existence de la gale et le diagnostic devra se poser,
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même en l'absence de sillons, si, àl'ecthyma, se joignent des papules de prurigo à la partie antérieure de l'abdomen et des cuisses. J'en dirai presque autant de l'eczéma du sein occupant, chez les femmes, le mamelon et ses alentours; cet eczéma ne survient guère que dans trois conditions, sous l'influence de la grossesse, sous l'influence de la lactation ou par le fait de la gale. Chez les femmes qui ne sont nj enceintes, ni nourrices, l'eczéma des seins est donc un signe presque certain de l'existence de la gale.
Dans la pratique, la gale est souvent confondue avec d'autres affections cutanées, principalement avec les maladies prurigineuses et avec les diverses formes d'eczéma. Les maladies prurigineuses, c'est-à-dire caractérisées par des papules de prurigo, sont la phthiriase, le strophulus prurigineux et l'hyperesthésie cutanée. Pour les médecins habitués à l'étude des maladies de la peau, le diagnostic différentiel est ordinairement facile et prompt à établir : je dirai en peu de mots que dans le prurigo pédiculaire, qui se caractérise, comme la gale, par des démangeaisons nocturnes et par des éruptions ecthymateuses, les papules excoriées et recouvertes de croûtes sanguines sont plus grosses; elles existent principalement dans le dos, entre les épaules, vers la nuque, où se rencontrent aussi des excoriations linéaires causées par les ongles ; les mains, les parties génitales des hommes sont exemptes de toute éruption ; les pustules d'ecthyma sont dispersées sur le tronc et sur les membres; tandis que dans la gale, l'éruption prurigineuse se trouve principalement à la partie antérieure du corps, le dos et surtout la nuque étant sains, les mains et les parties génitales chez les hommes sont rarement sans éruptions et ces éruptions ont un caractère spécial.
La maladie que j'ai décrite sous le nom de strophulus prurigineux (voy. Strophulus), est confondue très sou-
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vent avec la gale : dans les deux maladies, il y a en effet des démangeaisons vives, des éruptions prurigineuses et même pustuleuses ; de plus le strophulus, survenant sous l'influence de mauvaises conditions hygiéniques et atteignant souvent plusieurs personnes de la même famille, peut faire croire à une faculté contagieuse qui existe dans la gale. Le meilleur signe différentiel, outre l'absence de sillons aux mains, se trouve pour le strophulus, dans l'existence presque constante d'une éruption papuleuse à la face, sur la région maxillaire, tandis que dans la gale, la face est presque constamment exempte de toute éruption.
Dans Phyperesthésie cutanée, caractérisée par des démangeaisons et par les lignes rouges ou blanches que laisse pendant quelques minutes le passage des doigts sur la peau, souvent il n'y a aucune éruption, et lorsqu'il existe du prurigo, les papules sont rares et disséminées, sans occuper aucun siège spécial. Les signes caractéristiques de cette affection sont surtout négatifs.
Quant au diagnostic différentiel de l'urticaire, de l'ecthyma, et des diverses formes d'eczéma, je dois dire que la question a été mal posée ; ces maladies peuvent coïncider avec l'affection scabjeuse et pour établir le diagnostic, il faut seulement, l'urticaire, l'eczéma, l'ecthyma ou toute autre maladie étant reconnu, rechercher si on ne trouve pas en même temps les signes de la gale. Ce complément de diagnostic devra surtout être établi lorqu'il s'agira d'une urticaire à petites élevures linéaires, d'un eczéma siégeant aux mains, aux seins, ou aux fesses et d'un ecthyma des mains.
Pronostic. — La gale n'est pas une maladie grave, je ne l'ai vue qu'une seule fois se terminer par la mort ; il s'agissait d'un vieillard chez lequel les pustules d'ecthyma compliquant la gale, prirent le caractère gangreneux. Mais c'est une affection désagréable entraînant des dé-
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mangeaisons pénibles et des éruptions gênantes. De plus, la faculté contagieuse de la gale en fait une maladie répugnante et réputé honteuse. Dans l'intérêt du malade et de ceux qui peuvent avoir des rapports avec lui, on ne saurait apporter trop de promptitude et trop de soin à l'institution d'un traitement curatif.
Étiologie. — La gale ne reconnaît qu'une cause unique, la contagion. Elle se transmet soit par le contact direct d'un individu malade, soit par le fait d'un objet intermédiaire, d'un lit, d'un meuble, de vêtements, ayant appartenu à un galeux et avec lequel se trouve en rapport la personne qui gagne la maladie. Dans ces circonstances un acare, une larve ou des œufs abandonnant l'individu malade, ou s'en détachant, sont portés sur une personne bien portante antérieurement, et sur ce nouvel organisme, î'acare, en se développant et en se multipliant, produit les phénomènes de la gale.
Certaines conditions paraissent favoriser la propagation de la gale ; mais elles n'agissent en réalité qu'en augmentant les rapprochements entre des individus malades et d'autres sains, ou en rendant plus communs les contacts avec des objets intermédiaires ayant servi à des galeux. C'est ainsi qu'il est certain que la gale attaque presque exclusivement la classe inférieure de la société, qu'elle atteint plus souvent les hommes que les femmes, qu'elle est fréquente chez les enfants et chez les jeunes gens, et qu'elle est plus commune en hiver qu'en été; ce qui s'explique facilement si l'on réfléchit que les prolétaires ont l'habitude de coucher plusieurs dans le même lit, et de s'associer souvent pour passer la nuit avec des individus qu'ils connaissent à peine ; lorsqu'ils couchent seuls, on leur donne fréquemment des draps de lit qui ont déjà servi. Les enfants et les jeunes gens du sexe masculin ont surtout cette mauvaise habitude de coucher plusieurs ensemble, tandis que les femmes vivent da van-
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tage dans leurs familles ; elles sont plus isolées par leurs professions ou par leurs habitudes, et elles sont d'ailleurs plus habituées aux soins journaliers de propreté. Pendant l'hiver également, la gale est plus commune parce que les ouvriers se rapprochent davantage la nuit, pour se mettre à l'abri du froid ; c'est surlout pendant la mauvaise saison qu'ils se rassemblent dans ces maisons garnies de bas étage où la gale est pour ainsi dire endémique. On a dit que certaines professions disposaient à la gale et on a cherché à établir qu'elle était plus commune chez les journaliers, chez les tailleurs, chez les cordonniers, chez les couturières et les domestiques ; la vérité est qu'aucune profession ne dispose à la gale, mais que la manière de vivre des ouvriers de certains corps d'état, qui émigrent dans les villes, et qui y vivent dans la plus grande promiscuité, favorise la contagion de la gale. Aucune profession non plus n'exempte de cette maladie, qu'on peut voir, d'ailleurs, dans tous les rangs de la société; j'indiquerai seulement que, chez les maçons et chez les mégissiers, l'acare parait se développer avec moins de facilité ; on en trouve rarement sur leurs mains et sur leurs bras, ordinairement en contact avec le plâtre ou avec le tan ; chez ces ouvriers, il faut rechercher les signes de la gale ailleurs que sur la partie inférieure des membres thoraciques.
Le mode de contagion de la gale le plus commun est certainement celui qui a lieu par le fait de coucher dans le même lit avec un individu galeux ; Bourguignon a dit que, d'après ses observations, ce fait de contagion se rencontrait quatre-vingts fois sur cent; d'après mes propres recherches, je l'ai noté dix-neuf fois sur vingt. Dans ce cas, l'acare ou l'œuf émigré se trouve placé d'abord sur le tronc; ce qui explique pourquoi dans le début de la gale, on voit les sillons sur le pénis chez l'homme ou sur les seins chez la femme avant qu'on ne trouve d'érup-
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tion aux mains. Mais, excité par les démangeaisons, les malades se grattent, et par le fait du grattage, un acare ou une larve se trouvent détachés et s'introduisent dans l'ongle, d'où ils se dirigent sur les faces latérales des doigts, sur la main et sur le poignet. Celte opinion sur la marche desacares me parait appuyée sur l'ordre d'évolution des éruptions et des sillons.
Pour contracter la gale, il est nécessaire que le con~ tact avec un galeux soit d'une certaine durée, et, sous ce rapport la cohabitation dans le même lit est la condition la plus favorable, parce que le contact est souvent prolongé, et surtout parce qu'il a lieu la nuit, moment où les acares sont le plus actifs. Il faut considérer comme peu probables les faits de contagion par une poignée de main; les gens qui accusent ce mode de propagation, ont souvent leurs raisons pour cacher la véritable cause de la maladie. Si cependant le contact de la main est prolongé pendant un certain temps, la contagion peut avoir lieu: c'est ce qui arrive au bal, où des danseuses tiennent assez longtemps dans leur main la main non gantée de leur partenaire ; c'est encore ce qui arrive aux enfants, tenus à la main par des domestiques pendant une promenade. Il est également possible de gagner la gale en se servant de gants, de vêtements ayant été portés par des galeux ; dans des ateliers on peut voir des ouvriers être atteints par l'intermédiaire d'instruments de travail, portés successivement à la main par plusieurs personnes. On a dit encore que la maladie pouvait se transmettre par le voisinage immédiat d'un galeux prolongé pendant plusieurs heures, ainsi que cela peut arriver dans une voilure publique, dans les théâtres et dans certains lieux de réunion ; j'ai donné des soins, il y a quelques années, à un prêtre qui accusait de la gale, dont il était atteint, des remplaçants militaires à côté desquels il avait passé une nuit en voilure. Ces faits ne
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sont pas impossibles ; mais il est assez difficile d'admettre l'émigration de l'acare à travers les habits, et ces conditions de contagion doivent être regardées comme exceptionnelles.
La gale des animaux peut-elle se transmettre à l'homme? Cette question a été résolue par l'affirmative par plusieurs observateurs, en particulier par Got, dans sa dissertation inaugurale (Paris, 1844). Bourguignon ne pense pas que celte transmission puisse avoir lieu, et il a constaté plusieurs fois, chez des individus qui disaient avoir gagné la gale de chevaux, de chats ou de chiens, la présence d'acares tout à fait semblables aux acares ordinaires, et différents des acares des animaux ; il a institué avec Delafond à l'école d'Alfort des expériences qui ont abouti au même résultat : des acares de chevaux et de moutons, déposés en grand nombre sur les bras d'élèves vétérinaires, n'ont donné lieu à aucun symptôme de gale (1). Pour ma part, j'ai vu plusieurs fois des malades, ayant chez eux des chiens ou des chats galeux, contracter une maladie caractérisée principalement par des démangeaisons et par du prurigo, mais sans sillons ; et cette maladie m'a paru céder facilement à des soins de propreté et à quelques bains sulfureux. Je ne crois donc pas que les acares des animaux puissent s'acclimater chez l'homme de manière à constituer une véritable gale.
De tous les faits précédents, je puis donc conclure que la seule cause de la gale est le passage de l'acare d'un individu malade à un individu sain, des expériences nombreuses ayant d'ailleurs démontré que le liquide des pustules ou des vésicules scabieusesne jouit d'aucune propriété contagieuse. Je n'oserais pas en dire autant des croûtes, lesquelles, selon Hebra, peuvent contenir
(1) Delafond et Bourguignon, Recherches sur les animalcules de la gale de C homme et des animaux et la transmission de la gale des animaux à Chomme (Bulletin de V Académie de médecine, 1857, t. XXIII).
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quelquefois des larves et des œufs, surtout dus la variété décrite sous le nom de gale norwégienne.
Nature. — Il n'y a plus de doute aujourd'hui sur la nature de la gale ; c'est une maladie parasitaire, essentiellement locale, et il faut rejeter parmi les doctrines surannées et inacceptables, l'idée d'une altération constitutionnelle, primitive ou consécutive, liée à la gale et désignée sous les noms de virus psorique, de diathèse psorique. La gale est une maladie spécifique, qui ne reconnaît pour cause que la présence d'un acare ou d'un œuf d'acare nécessairement communiqués ; dans l'état actuel de la science, on ne peut admettre de gale spontanée.
Traitement. — Le traitement de la gale comporte deux indications : 1° guérir la gale en détruisant les acares et leurs œufs; 2° faire disparaître les éruptions concomitantes et les complications.
Pour arriver au premier but, la destruction des acares, il est nécessaire d'avoir recours à un agent parasiticide ; les substances dont on peut se servir, sont en assez grand nombre, ce sont : le soufre, le sulfure de potassium, l'iodure de soufre, certains sels mercuriels et en particulier le sulfure et le nitrate de mercure, la chaux, les carbonates alcalins, l'huile de cade, la térébenthine, les essences de plantes aromatiques, etc. Ces médicaments sont ordinairement appliqués sous forme de pommades, quelques-uns sont employés à l'état liquide. Je crois devoir indiquer ici les formules les plus usitées; je commencerai par la pommade d'Helmerich, qui a eu et qui a encore une grande réputation, et qui contient pour huit parties d'axonge deux parties de soufre et une partie de sous-carbonate de potasse ; cette pommade est très irritante pour la peau, elle contient en trop grande quantité le soufre et le sous-carbonate de potasse; je l'ai modifiée en ajoutant à une partie d'axonge, un
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sixième de fleurs de soufre, et un douzième de sous-carbonate de potasse dissous préalablement dans la quantité d'eau suffisante; c'est cette dernière pommade qu'on emploie habituellement dans le traitement de la gale à l'hôpital Saint-Louis. La pommade de Vezin (.1) contient :
{ àâ.
Pr. : Fleurs de soufre
Savon blanc [ ââ 180 grammes.
Axonge
Poudre d'ellébore blanc 8
Nitrate de potasse 0°r,50
La pommade de Wilkinson employée et modifiée par Hebra se compose de :
Pr. : Fleurs de soufre
Fleurs de soufre ) ioa „..mmM
Huile de hêtre ou huile de cade ( **' ' ' • i8° «ramme8-
Savon vert
Axonge
Craie 120
| ââ....^ 500
On se sert aussi fréquemment pour le traitement de la gale de l'onguent citrin du Codex dont la base active est le nitrate de mercure. Cette pommade, d'une efficacité réelle, est assez fréquemment conseillée par des pharmaciens et des empiriques ; les médecins s'en servent peu, à cause de la salivation qui suit souvent son emploi en frictions .
On a conseillé encore une pommade à base de staphisaigre :
Pr.: Poudre de semence de staphisaigre... 15 grammes.
Extrait de pavot 8 —
Axonge 60 —
Mêlez.
Bourguignon a proposé un glycérolé d'essences aro-
(1) Vesin, Uber die Kratee und deren Behandlung, Osnabruck, 1843.
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matiques (1), d'une odeur agréable, mais d'un prix trop élevé pour les malades peu aisés. Voici sa formule :
Pr. : Essence de lavande \
— de menthe f ~ * ™ „».,.«„
. - de girolle È "» 2 grammes.
— de cannelle/
Gomme adragant 4 —
Carbonate de potasse 30 —
Fleurs de soufre 90 —
Glycérine 180 —
Mêlez.
On a encore employé une pommade composée de poudre de chasse et de fleurs de soufre, de chaque 100 grammes, et d'une quantité suffisante d'huile pour faire une pâte semi-solide. Celte pommade, préparée par un empirique, a réussi entre les mains de Bazin.
Dans ces dernières années, Kaposi (de Vienne) a van lé pour le traitement de la gale remploi du naphtol (2) ; j'ai essayé cette substance et je m'en suis bien trouvé. Je me sers de naphtol sous forme de pommade (naphtol, 10 grammes; alcool, quantité suffisante pour liquéfier ; vaseline, 100 grammes) ; je fais faire des frictions générales matin et soir et au bout d'une quinzaine de jours la guérison est obtenue. Cette pommade parasiticide a un grand avantage; elle n'est nullement irritante et elle peut être employée sans inconvénient, même lorsqu'il existe aux diverses régions occupées par les acares des éruptions eczémateuses, ecthymaleuses ou autres.
Au lieu de pommades, on a employé dans le traitement de la gale des médicaments liquides ; les principaux sont une lotion chlorurée: chlorure de chaux, 60 grammes;
(1) Bourguignon, Avantages de la substitution de la glycérine aux corps gras comme excipient des agents antipsoriques (Bulletin de thérapeutique , 1855, t. XLIX, p. 481).
(2) Kaposi, Leçons sur la pathologie et la thérapeutique des maladies de la peau, traduites et annotées par Besnier et Doyon. Paris, 1881.
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eau distillée, 1000 grammes ; une solution d'iodure de soufre employée par Cazenave et composée d'iodure de soufre, 15 grammes pour 1 litre d'eau. Le même auteur a conseillé des lotions avec des essences aromatiques qui jouissent d'une propriété parasiticide ; voici une de ses formules :
Pr. : Essence de menthe \
— de romarin I ~ , , a
— de lavande \ M f a 2 grammes.
— de citron ]
Alcool à 80» Q. S.
Eau 5 litres.
Parmi ces médicaments liquides on doit surtout mentionner la liqueur composée par Yleminckx (de Bruxelles) et employée communément en Belgique :
Pr.: Chaux vive 500 grammes.
Pleurs de soufre.. 250
Eau de fontaine 2500
(Faire fondre dans un vase en fer et agiter avec une spatule jusqu'à mélange parfait.)
Hais quel que soit le médicament choisi, pour obtenir la guérison de la gale, il est nécessaire de frictionner rudement afin de déchirer les sillons et de faire pénétrer l'agent parasiticide jusqu'à l'acare; puis de faire des frictions générales, pour atteindre le parasite dans tontes les régions où il peut se trouver. Ces précautions sont indispensables, et c'est depuis qu'on les prend qu'on est arrivé à un traitement prompt et certain de la gale. Pour favoriser la rupture dessillons, on se trouvera bien, avant d'employer les frictions ou les lotions paras iticid es, de faire frotter la peau avec du savon et mieux de faire prendre un bain, lequel a pour effet de ramollir l'épiderme et de faire entr'ouvrir les sillons.
En employant les frictions rudes et générales, Bazin était arrivé à guérir la gale en quarante-huit heures
hardy. — Malad. de la peau. 30
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m MALADIES PARASITAIRES DE LA PEAU.
après quatre frictions, et même en vingt-quatre heures après deux frictions ; j'ai simplifié encore ces procédés et je suis arrivé à un traitement rapide de la gale qui laisse peu à désirer. Je vais en indiquer les détails : le malade est d'abord soumis à une friction avec du savon noir, mélangé d'eau, pendant vingt minutes; puis il est placé dans un bain tiède d'une heure, pendant lequel il continue à se frotler et à se savonner ; et en sortant du bain, il est frictionné de nouveau sur tout le corps pendant vingt minutes, avec une pommade d'Helmerich modifiée, dont j'ai donné plus haut la formule. Ce traitement dure ainsi une heure quarante minutes; la friction de savon noir et le bain ont pour but de nettoyer la peau, de ramollir Tépiderme et d'entr'ouvrir les sillons, de préparer ainsi l'action de la pommade destinée à détruire les acares. Après ce traitement, les malades se rhabillent sans s'essuyer et sont invités à ne pas enlever la pommade avant quatre ou cinq heures au moins. Ce contact prolongé a pour but d'assurer la destruction des acares et surtout d'atteindre ceux qui ont pu s'égarer sur les vêtements; un individu ainsi enduit de pommade sulfuroalcaline, est une véritable machine fumigatoire, de laquelle s'exhalent des vapeurs sulfureuses. Néanmoins, peur assurer la guérison et pour empêcher la gale de se reproduire par le fait d'acares restés sur les effets d'habillement, il est mieux de faire passer au soufre tous les vêtements de laine qui ont servi depuis le début de la maladie, de changer complètement le linge et les draps, et de brûler tous les gants qui ont été mis. Dans certains pays, en Belgique particulièrement, dans les hôpitaux, en même temps que les malades sont frictionnés, on purifie leurs vêtements en les plaçant dans une armoire chauffée à 100 degrés centigrades; cette température élevée tue les parasites animaux en dilatant l'eau qui entre dans leur organisation.
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Je viens d'exposer le traitement qui est appliqué à l'hôpital Saint-Louis pour la guérison de la gale, on le fait exécuter en rassemblant les malades du même sexe dans une salle de bains ; et là, sous la direction d'un homme ou d'une femme de service, on les fait frictionner en les plaçant en ligne les uns derrière les autres, de manière que chacun se frotte sur la partie antérieure du corps et frotte par derrière le malade placé devant lui. Apràs cette séance d'une heure quarante minutes, les acares et leurs œufs sont détruits; et pour compléter la guérison, il n'y a plus qu'à prescrire quelques bains.
Ce traitement, que j'ai institué en 1852, a été appliqué jusqu'à présent à près de cent mille galeux (95816), et il donne environ cinquante-neuf guérisons sur soixante malades.
Pour les malades de la ville, on peut employer le même traitement dans toute sa rigueur; mais, comme il est souvent moins bien dirigé, j'ai pour habitude de prescrire deux frictions de pommade sulfuro-alcafine, chacune à vingt-quatre heures de distance en les faisant précéder immédiatement d'un bain tiède. Depuis trois ans, je me sers plus habituellement de la pommade de naphtol dont j'ai déjà parlé. Quand il s'agit de personnes habituées aux soins de propreté et dont la peau n'est pas couverte de poussières professionnelles, on peut se passer des frictions savonneuses. Dans tous les cas, à moins de complications, les médicaments internes sont inutiles; la maladie, essentiellement locale, ne réclame qu'un traitement externe.
Au lieu de la pommade d'Helmerich modifiée, on peut se servir des autres pommades, que nous avons indiquées et particulièrement de la pommade de Wilkinson ou de la pommade aux aromates de Bourguignon ; on peut également au lieu de pommades employer des lotions
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avec la solution d'iodure de soufre de Cazenave, avec le liquide de Vleminckx ou toute autre préparation. Tous ces remèdes réussissent à peu près également avec une ou deux frictions, à la condition que Tépiderme sera préalablement ramolli par un bain, que les frictions seront faites rudement et que la totalité du corps sera frictionnée, à l'exception de la tête, en insistant surtout sur les régions, où se trouvent le plus grand nombre d'acares, c'est-à-dire sur les mains, sur les pieds, sur les parties génitales et sur les environs des seins.
On a conseillé encore pour le traitement de la gale des fumigations sulfureuses, des fumigations cinabrées, des bains sulfureux ; ces moyens ont pu réussir quelquefois, mais ils sont ordinairement insuffisants, et, quand ils amènent la guérison, ce ne peut être qu'au bout d'un temps assez long ; les acares logés sous l'épiderme ne sont atteints que bien incomplètement par des fumigations ou par des bains; comme je le disais tout à l'heure, on a besoin, pour obtenir la guérison certaine de la gale, de rompre les sillons en faisant des frictions rudes et prolongées.
A l'aide des procédés que je viens d'indiquer, on remplit la principale indication du traitement de la gale, on détruit les acares ; mais il reste encore à combattre les éruptions concomitantes et les complications : dans la gale simple, dite sèche ou papuleuse, ordinairement, à partir de la friction parasiticide, les démangeaisons et les éruptions diminuent graduellement, et il n'est nécessaire pour obtenir la guérison complète que de prescrire quelques bains simples ou quelques bains émollients et de les continuer jusqu'à ce que la peau ait repris son aspect normal. Mais, lorsqu'il existe de l'ecthyma ou un eczéma assez intense, on ne peut pas employer immédiatement le traitement parasiticide ; il augmenterait, par les propriétés irritantes des diverses lotions ou pom-
mades, les phénomènes inflammatoires de la peau ; et, en outre, comme les frictions pratiquées dans ces conditions sont douloureuses, elles seraient mal faites, les malades ne seraient pas frottés assez rudement et tous les acares ne seraient pas détruits. Il faut donc d'abord combattre la maladie concomitante avec des bains, des cataplasmes, des applications de toile vulcanisée, avec des boissons adoucissantes, et même avec des purgatifs en cas d'eczéma et ne procéder au traitement principal de la gale que lorsque l'état de la peau est assez amélioré pour supporter le contact des substances irritantes qui entrent dans la composition des pommades ou des solutions. Immédiatement après le traitement parasiticide, on doit alors reprendre l'usage des émollients, et, suivant la nature de la complication, il faut employer les moyens propres à la combattre. L'ecthyma disparaît ordinairement peu de temps après les frictions, ou du moins il ne se manifeste que par quelques éruptions éphémères qui ne se prolongent pas longtemps; mais il n'en est pas de même de l'eczéma, cette affection est souvent exaspérée par les frictions; quelquefois même elle ne vient qu'après elles; son développement est le fait du traitement lui-même et elle persiste pendant plusieurs semaines ou même pendant plusieurs mois. Le traitement doit alors être dirigé contre l'eczéma seul, on ne doit plus penser à la gale et on arrivera à la guérison par l'emploi des différents moyens thérapeutiques indiqués contre l'affection eczémateuse (voy. Eczéma). C'est principalement dans ces cas de gale compliquée que la pommade au naphtol, non irritante, peut rendre de grands services, puisqu'on peut l'employer sans crainte d'augmenter les inflammations cutanées.
Pendant la durée de la gale et quelquefois à la suite de cette maladie, il survient chez certains malades des abcès sous-cutanés et des furoncles qui souvent se prolongent
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pendant assez longtemps; on combattra cette complication plus gênante que sérieuse par l'eau de goudron prise à l'intérieur, par des bains, par quelques purgatifs et par une alimentation douce.
Après l'emploi du traitement méthodique de la gale, le plus ordinairement la gué ri son a lieu et devient manifeste par la disparition graduelle des démangeaisons et des éruptions; mais on doit savoir que le succès complet ne suit pas toujours le premier traitement; chez certaines personnes, les démangeaisons persistent ; les éruptions ne cèdent pas ou se renouvellent; chez quelques autres ces symptômes reparaissent après une ou deux semaines d'amélioration. On doit penser alors que la gale persiste soit parce que tous les acares n'ont pas été détruits, soit par le fait de l'évolution ultérieure d'œufs, qui ont résisté aux agents parasiticides; il faut alors rechercher avec soin si on aperçoit des sillons récents; et surtout il faut tenter d'extraire un acare vivant ; ces recherches demandent souvent plusieurs jours d'observation attentive. Lorsqu'on a reconnu les signes certains de la gale, ou même, lorsque, sans sillons, la persistance des vésicules scabieuses des mains et le renouvellement des pustules d'ecthyma viennent prouver l'existence de la maladie, on doit procéder à un nouveau traitement. Il est bien rare qu'on soit obligé de revenir à une troisième et surtout à une quatrième série de frictions parasiticides; cela arrive quelquefois cependant chez les enfants, qu'on guérit plus difficilement que les adultes. Lorsqu'on voit ainsi la gale se prolonger malgré un traitement convenable répété une ou deux fois, on doit penser que le malade gagne de nouveau la maladie par la fréquentation intime d'une personne galeuse qui n'a pas été soumise au traitement.
Avant de terminer, je dois encore mentionner que chez certaines personnes, habituellement chez des gens nerveux, la démangeaison peut persister après la disparition
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OEMODEX FOLLICULAIRE. 471
de tout signe de gale et de toute éruption ; cette démangeaison peut être très vive et peut se prolonger pendant plusieurs mois, quelquefois même pendant des années. Dans ces circonstances, on serait tenté de croire à la persistance de la gale, et les malades ont habituellement, malgré l'avis des médecins les plus compétents, la persuasion qu'ils sont toujours atteints de la maladie scabieuse. Néanmoins, si on ne trouve pas de sillons, si on ne constate la présence d'aucune éruption caractéristique, il faut se garder de prescrire un nouveau traitement parasilicide, il aurait pour effet d'augmenter encore et de prolonger les démangeaisons, lesquelles, duesà une hyperesthésie cutanée de nature nerveuse, doivent être combattues à l'extérieur par des bains alcalins, par des bains de sublimé, par des lotions au chloroforme très étendu d'eau, à 1 intérieur par les préparations d'aconit, par le bromure de potassium et par le chloral, enûn par les moyens destinés à combattre le prurit nerveux.
A côté du traitement curatif de la gale, il y a aussi un traitement prophylactique qui consiste dans l'isolement des malades. Si ces précautions hygiéniques étaient mieux connues ou mieux observées dans les classes inférieures de la société, on verrait certainement diminuer le nombre des galeux, qui semble au contraire avoir augmenté à Paris dans ces dernières années, probablement par le fait de l'accroissement de la population ouvrière et de son agglomération dans des maisons garnies. Le nombre des malades traités à l'hôpital Saint-Louis est, en moyenne, de cinq à six mille par année.
b. Demodex folliculaire.
C'est en 1842, en examinant au microscope de la matière sébacée recueillie sur des malades atteints d'acné sébacée et d'acné ponctuée que Simon (de Berlin) trouva
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m MALADIES PARASITAIRES DE LA PEAU.
mélangés au sébum, de petits corps allongés, susceptibles de mouvements, et qu'il considéra comme des animaux vivant dans les follicules sébacés; Owen proposa, en 1843, de leur donner le nom de Demodex folliculorum, qui a été généralement adopté. Placé par les naturalistes dans la famille des Acariens, cet animalcule est de forme vermiculaire, long de O^âô à 0m-,40, large de 0D>m,0^; il présente une tête portant deux pulpes et deux mandibules, un thorax avec quatre pattes de chaque côté et un corps allongé ayant trois fois la longueur de la partie antérieure. Ce parasite occupe les follicules sébacés principalement chez les personnes atteintes d'acné sébacée ou d'acné ponctuée ; on le découvre en raclant la peau avec un instrument plane, après avoir pressé sur les follicules. H présente d'ailleurs plus d'intérêt pour les naturalistes que pour les médecins, car il ne détermine aucun phénomène pathologique ; il m parait pas en être de même pour les chiens et pour les pores, chez lesquels il peut pulluler en quantité considérable et produire une maladie grave appelée gale folliculaire, laquelle est caractérisée par des pustules cutanées et des abcès. Suivant Mégnin, cette affection des chiens et des porcs n'est pas transmissible à l'homme.
c. Maladie causée par la puce de sable.
Le petit animal appelé vulgairement puce de sable» puce pénétrante, puce chique et, en histoire naturelle, Rhychoprion penetrans, Pulex penetrans, de la famille des Aphaniptères, se rencontre dans l'Amérique inlertropicale et méridionale, particulièrement dans la Guyane, au Mexique et au Brésil. Sous le rapport de l'histoire naturelle, la puce pénétrante a été étudiée par la plupart des naturalistes modernes et plus récemment par Walo kenaer, Guéri n-Méneville, Milne-Edwards, Karsten et par
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