BOUTON D'ORIENT
Le pronostic est ordinairement peu grave, la maladie se termine habituellement par la guérison ; toutefois la durée est très longue, et les ulcérations laissent à leur place des cicatrices irrégulières qui allèrent la beauté des traits lorsqu'elles siègent à la face et qui peuvent êner les mouvements lorsqu'elles existent près des articulations. J'ajouterai que lorsque la maladie se développe sur des individus affaiblis antérieurement, elle peut augmenter la débilitalion générale et amener une terminaison funeste.
Étiologie. — On ignore totalement la cause déterminante du bouton d'Orient, lequel ne parait avoir aucune propriété contagieuse. J'ai déjà dit qu'il était probablement de nature parasitaire, mais ta démonstration positive de ce fait manque encore ; des inoculations du liquide séropurulent fourni par les ulcères ont été tentées par plusieurs médecins et n'ont jamais donné de résultats bien positifs. Duclaux et le professeur Fournier ont pratiqué des inoculations avec du bouillon de culture de coccus pris sur des ulcères et dans le sang d'un malade venu à Paris et traité à l'hôpital Saint-Louis; à la suite de ces inoculations sont survenus des éruptions furonculeuses et quelques plaques de gangrène de la peau; mais j'avoue que je ne trouve pas une grande ressemblance entre l'aspect de ces éruptions artificielles et le vrai bouton d'Alep, et d'ailleurs ces éruptions ont eu une courte durée, tandis qu'un des caractères essentiels du bouton d'Orient est de se prolonger pendant plusieurs mois.
Les médecins et les habitants des pays où règne la maladie qui nous occupe accusent principalement l'insalubrité des eaux qui servent à la boisson ; et, à Alep, l'eau limoneuse de la rivière le Koïq est regardée comme la cause du bouton d'Orient, on a dit que les habitants qui s'abstenaient de boire de cette eau en étaient préser-
hardt. — Malad. de la peau. 31
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vés ; mais, comme ce bouton s'observe ailleurs avec les mêmes caractères, il n'y a pas à s'arrêter à cette opinion.
Il faut donc admettre que la cause déterminante du bouton d'Orient est encore inconnue ; mais ce qui est certain, c'est que cette maladie ne reste pas exclusive à Alep ni à Biskra, et que, si elle est spéciale à certains pays, elle est néanmoins répandue dans un grand nombre de régions de l'Orient; c'est ainsi qu'on a indiqué des éruptions à peu près identiques, et analogues à la description que nous avons donnée, en Algérie, à Laghouat, à Biskra, dans le désert de Sahara, au Maroc, en Egypte, particulièrement sur les bords du Nil, en Syrie, à Bagdad, en Perse et dans l'Inde. Le Roy de Méricourt indique comme domaine de la maladie les différents territoires compris entre le Maroc à l'ouest, jusqu'aux rives du Gange à l'est, entre le dixième et le quarantième degré de latitude nord, étendue, comme on le voit, bien considérable (1).
Dans les pays où règne le bouton d'Orient, les indigènes comme les étrangers sont exposés également à contracter cette maladie, laquelle attaque les individus de tous les âges, même les enfants à la mamelle et les deux sexes indifféremment. Une première attaque ne confère pas l'immunité contre une récidive.
Traitement. — On ne connaît pas mieux le traitement du bouton d'Orient que sa cause. Dans chaque pays on prescrit des remèdes empiriques différents qui n'ont aucun résultat et qui ne paraissent pas abréger la durée de la maladie. L'essai des caustiques n'a pas été heureux, et les médecins européens qui ont habité l'Orient, conseillent seulement des lotions émollientes ou détersives et l'expeclation. Il me semble qu'avec l'idée de la nature
(1) Dict. cncycl., 1M série, t. X, p. 412, Bouton d*Alep.
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EP1Z0AIRES. i83
parasitaire de la maladie on devrait essayer les lotions de sublimé et les applications d'emplâtre de Vigo.
§ 2. — Épizoaires.
Les épizoaires sont les parasites animaux qui ne séjournent pas dans l'intérieur de la peau et qui l'irritent seulement par leur présence et leurs piqûres. Les éruptions causées par ces parasites sont celles qui sont déterminées par les poux, les puces, les punaises, les moustiques, les guêpes et quelques mouches.
a. Phthiriase, maladie causée par les poux.
La phthiriase est une maladie causée par les poux, insectes sans métamorphoses, de la famille des Pédicu- UdéSj présentant une tête ovale à extrémité arrondie, un thorax peu distinct de l'abdomen, lequel est ovale, plus large, et six pattes grimpeuses. Les poux se subdivisent en trois variétés, ayant des habitats différents: le pou de tête, le pou de corps et le pou du pubis. Je vais indiquer successivement les caractères et les effets de chacun de ces parasites de l'homme, qui vivent de son sang, mordant la peau avec leurs mandibules et enfonçant leur rostre dans la plaie pour opérer la succion. Mais il faut savoir d'abord que les poux sont de sexe différent; les femelles sont plus nombreuses, et lorsqu'elles ont été fécondées, elles peuvent pondre en peu de jours un grand nombre d'œufs, ce qui explique la multiplication prompte de ces parasites. La difficulté, assez fréquente, de savoir où on a pu gagner des poux, la rapidité avec laquelle ils pullulent, a fait admettre pendant longemps qu'ils pouvaient se développer par génération spontanée ; je n'ai pas besoin de réfuter celte opinion extra-scientifique et d'insister pour dire que la contagion
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est la seule cause de l'arrivée des poux sur les diverses régions où on en rencontre; mais j'ajoute que certaines circonstances paraissent les attirer: tels sont le jeune âge, surtout pour le pou de tête, la vieillesse pour le pou de corps, puis la maladie, la malpropreté et l'ivrognerie. Ce sont là des causes prédisposantes pour la phthiriase qui se manifeste par des démangeaisons et par des éruptions diverses parmi lesquelles le prurigo, l'ecthyma et l'eczéma tiennent lé premier rang.
1° Pou de tête y Pediculus capitis (de Geer); gris ou blanc cendré, avec taches noires au bord externe de chaque segment, long de un à deux millimètres, large de un demi-millimètre à un millimètre; ce parasite vit dans les cheveux de l'homme et surtout de l'enfant; ses œufs, connus sous le nom de lentes, sont collés aux cheveux sous la forme de petits grains grisâtres et ternes, visibles à l'œil nu. Par sa présence il détermine d'abord des démangeaisons, puis, si les parasites se multiplientet si on ne les détruit pas promptement, il survient au cuir chevelu et à la nuque des excoriations dues aux grattages, des éruptions pustuleuses et vésiculeuses qui constituent la maladie décrite à tort par Willan, comme une espèce particulière, sous le nom d'impétigo granulata, et caractérisée principalement par des croûtes sèches, adhérentes aux cheveux, et au milieu desquelles s'agite une plus ou moins grande quantité de poux. Par suite de la dessiccation de l'humeur fournie par ces éruptions vésiculeuses et pustuleuses, des croûtes plus ou moins épaisses se forment au cuir chevelu, et sous ces croûtes, en les enlevant, on peut trouver des amas de poux, ce qui a fait croire à l'existence de tumeurs formées par l'agglomération de ces parasites. En même temps l'inflammation des lymphatiques du cuir chevelu amène l'engorgement des ganglions cervicaux, qui se tuméfient, deviennent douloureux et peuvent suppurer; des abcès se forment même
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quelquefois à la tète. Avec la sécrétion séro-pu ru lente due aux éruptions eczémateuses et impétigiueuses se mélange souvent un flux sébacé, et ce liquide visqueux, résultant de l'irritation des glandes sébacées, colle les cheveux les uns aux autres, les enchevêtre et peut amener cet état particulier de la chevelure décrit sous le nom de Irichoma ou plique (voy. ces mots) et caractérisé encore par une odeur fétide qui s'échappe de la tête.
Si la phthiriase capillaire persiste un certain temps, et surtout s'il s'agit de jeunes enfants ou de sujets déjà débilités, il peut en résulter de l'agitation générale, de l'insomnie, de l'amaigrissement et même quelques troubles digestifs et nerveux.
Le pou de tête habite le cuir chevelu, mais il peut gagner la nuque, le front, les sourcils et la barbe, surtout chez les hommes qui la portent longue. On le trouve bien rarement dans les autres parties du corps, même dans les régions pileuses.
Les enfants sont très disposés à gagner des poux de tête, il n'y a même que les enfants tenus très proprement qui échappent à cette contagion; les sujets blonds, à tempérament lymphatique, y sont plus exposés. Les poux se transportent facilement et pullulent promptementchez les femmes à longue chevelure mal entretenue; c'est surtout chez ces personnes malpropres et peu soigneuses qu'on voit se développer l'aspect sordide du cuir chevelu prenant d'abord l'apparence de l'impétigo granuleux, puis plus tard celle du trichoma. Après une maladie aiguë, grave et prolongée, il n'est pas rare de voir apparaître des poux sur le cuir chevelu, c'est un accident assez commun chez les femmes après leurs couches, et c'est surtout dans ces circonstances qu'on a pu croire au développement spontané des parasites. Il faut accuser seulement les garde malades ou les personnes ayant approché les malades et considérer l'absence des soins de propreté
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comme une circonstance favorable qui attire les parasites.
La pbthiriase capillaire se reconnaît par la présence des poux; mais le diagnostic peut être rendu plus difficile par l'existence des éruptions variées et souvent même par la présence des eczémas et des impétigos véritables qui viennent compliquer la maladie parasitaire; on la soupçonnera à l' enchevêtrement des cheveux, à l'odeur fade et fétide exhalée par la tête, et surtout à la présence des lentes déposées sur les cheveux sous la forme de grains grisâtres et adhérents. Souvent les poux euxmêmes ne sont pas vus au premier abord, surtout chez les gens à longue chevelure, mais en écartant les cheveux et en fixant un même point du cuir chevelu pendant un certain temps, il est bien rare qu'on n'aperçoive pas bientôt remuer quelques poux qui fixent définitivement le diagnostic.
Le pronostic de cette affection est peu grave ; cependant chez certains enfants, chez quelques femmes peu disposées à la propreté, les poux peuvent persister pendant longtemps et reparaître facilement. Chez les personnes herpétiques, la présence de ces parasites peut déterminer le développement d'un eczéma du cuir chevelu qui subsiste après la destruction des parasites.
Traitement. — Lorsque les poux de tête sont peu nombreux et nouveau-venus, il suffît souvent de quelques soins de propreté pour les faire disparaître ; en se peignant scrupuleusement et pendant plusieurs jours avec un peigne fin, en se lavant la tête avec de l'eau de savon, s'il s'agit de personnes habituées aux soins de propreté, il est rare que la phlhiriase s'établisse. Dans un but prophylactique ces précautions doivent être continuées chez les enfants qui ont gagné des poux et qui, par leur faiblesse ou par leur tempérament lymphatique, paraissent constituer un sol favorable pour ces parasites. Si les
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soins de toilette ne suffisent pas, il faut y joindre l'emploi de quelques parasilicides ; on se trouvera bien alors de saupoudrer la tète avec de la poudre de staphisaigre ou de pyrèthre ou avec du soufre pulvérisé, de la frictionner pendant deux ou trois jours avec un gramme ou deux d'onguent napolitain, ou même d'y étendre, matin et soir, un mélange à partie égale d'huile d'amandes douces et d'huile de pétrole commune. Mais lorsque la phthiriase est très prononcée, lorsque les cheveux sont collés les uns aux autres et enchevêtrés de manière à produire le trichoma, et surtout lorsque les cheveux ont une certaine longueur, pour assurer et activer la guérison, on doit commencer par couper les cheveux ras, puis laver la tête à l'eau de savon et ensuite employer les parasiticides en poudre, en lotions ou en pommades. Si après la destruction des poux, il reste de l'eczéma, il ne faut pas insister sur les topiques irritants, mais on doit combattre la maladie par le traitement spécial applicable à la complication.
2° Pou de corps, Pediculus humanus (Linné), Pedir culus corporis(de Geer), Pediculus vestimenti (Nitzch) ; d'un blanc sale, plus long et plus gros que le pou de tête, mesurant deux à trois millimètres en longueur, un millimètre à peu près en largeur; il se nourrit en piquant et en suçant les régions du corps autres que la face et le cuir chevelu; il habite dans les vêtements et principalement 4ans ceux qui sont en contact immédiat avec la peau; ce «'est que très rarement qu'on peut l'apercevoir sur la peau, qu'il abandonne dès qu'il a pris sa nourriture, pour se cacher dans les plis des vêtements où se trouvent ses œufs sous la forme de points gris foncés. Lorsqu'on fait déshabiller promptement une personne atteinte de phthiriase, il peut arriver qu'on aperçoive un ou quelques poux courir sur la peau, mais ce fait est rare et il faut chercher ces parasites dans les effets d'habillement et
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de literie, où ils sont même quelquefois assez difficiles à découvrir. C'est à cause de cet habitat particulier qu'on a proposé pour ce parasite le nom de pou du vêtement, Pediculus vestimenti.
Au pou de corps, on doit rattacher le pou des malades (Pediculus tabescentium) que certains naturalistes ont décrit comme une variété particulière et qui lui est tout à fait semblable, si ce n'est par son organisation, au moins par ses effets.
Le pou de corps donne lieu à des accidents spéciaux qui ont été désignés sous le nom de phthiriase, de pêdîculose du corps } de maladie pédiculaire, de prurigo pédiculaire, maladie à laquelle, suivant l'histoire, auraient succombé plusieurs personnages illustres parmi lesquels on cite Sylla, Hérode, Philippe II.
Par la piqûre de la peau et par la succion exercée sur la petite plaie qui en résulte, le pou détermine une irritation cutanée qui se traduit tout d'abord par une plaque d'urticaire peu étendue et peu saillante; cette urticaire très transitoire, s'accompagne d'une démangeaison vive et irrésistible, le grattage écorche le sommet de la papule urticante et produit, par l'action des ongles, des excoriations linéaires quelquefois assez étendues. Si la phthiriase se prolonge, on voit se produire tous les effets du prurigo pédiculaire (voy. ce mot), caractérisé par des démangeaisons insupportables, par de l'urticaire à petites papules, par des croûtes noires de prurigo, par une multitude de lignes excoriées et souvent recouvertes de sang desséché; plus tard la peau s'épaissit, revêt une teinte noire avec des points plus foncés indiquant l'existence antérieure des papules prurigineuses et se recouvre quelquefois d'une sueur visqueuse et fétide. En même temps il peut survenir de la lymphangite, des furoncles, et des abcès sous-cutanés qui viennent aggraver les souffrances des malades. L'éruption prurigineuse et les traî-
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nées du grattage peuvent exister sur toute la surface cutanée, mais elles se rencontrent surtout au tronc et principalement à la nuque, et dans le dos entre les épaules; c'est à ces régions que la coloration noire de la peau se manifeste principalement. Lorsque la maladie pédiculaire se prolonge pendant plusieurs mois, la santé générale peut être atteinte, le sommeil est très troublé par les démangeaisons, l'appétit se perd, la diarrhée s'établit, il survient de l'amaigrissement, de la faiblesse, quelques phénomènes de fièvre hectique et la mort peut survenir, surtout chez les vieillards déjà affaiblis par l'âge, par la misère ou par une maladie antérieure.
Diagnostic. — Il est très important de reconnaître la maladie pédiculaire, laguéiïson dépendant de la connaissance de la cause spéciale; c'est dans les vêtements ou sur les draps du lit qu'il faut aller chercher le parasite dont la découverte établit positivement le diagnostic; mais lorsque les poux sont en petit nombre, ou lorsque les malades viennent de changer de linge, cette recherche est difficile et souvent infructueuse ; dans cette circonstance même en dehors de la présence démontrée du parasite, l'existence des démangeaisons, les traces du prurigo et des traînées linéaires excoriées dans le dos et entre les épaules, la teinte brune de la peau de la même région sont des signes qui permettent d'affirmer l'existence de la phthiriase. C'est surtout avec la gale qu'il est quelquefois facile de confondre la pédiculose; mais on doit se rappeler que dans la maladie acarienne, le prurigo siège surtout à l'abdomen, à la partie antérieure des cuisses et aux avant-bras, qu'il existe souvent aux aisselles et aux coudes une éruption vésiculo-pustuleuse, et enfin qu'on rencontre presque constamment comme signe caractéristique des pustules ecthymateuses, des vésicules et des sillons aux poignets et aux mains, régions qui sont complètement indemnes dans la maladie pédiculaire.
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Pronostic. — Chez une personne bien portante, non débilitée par l'âge et se tenant proprement, la pédiculose est ordinairement peu grave et cède aux moyens de traitement les plus simples ; mais chez les gens affaiblis, chez les vieillards, chez les personnes non habituées aux soins de propreté, chez les alcooliques principalement, les poux pullulent avec une grande facilité, on a beau les détruire, ils reparaissent avec une facilité désespérante, quelquefois même après un intervalle de plusieurs mois, et la maladie devient permanente. Dans certaines familles pauvres, dans certains pays où les soins de la propreté la plus vulgaire sont inconnus, la phthiriase parait être une maladie endémique.
Étiologie. — La contagion est la seule cause de la maladie pédiculaire, c'est en couchant dans un Ut malpropre comme cela peut arriver en voyage, ou dans des maisons garnies mal tenues et mal fréquentées ou dans les hôpitaux, c'est en séjournant, même peu de temps, dans une voiture publique, c'est en approchant, en examinant et surtout en auscultant un malade pouilleux, comme cela arrive quelquefois aux médecins, que cette contagion peut avoir lieu. Les gens habituellement malpropres, les personnes obligées de se soustraire accidentellement aux soins habituels de propreté et surtout empêchées de changer de linge, comme les voyageurs, les soldats en campagne, les prisonniers, sont exposés à gagner des poux et ne peuvent s'en débarrasser que par le changement des conditions hygiéniques qui ont attiré les parasites et qui favorisent leur développement. Les vieillards, parlefait de l'âge et peut-être aussi par la négligence des soins de leur personne, sont exposés à la pédiculose, et la maladie cutanée décrite sous le nom de prurigo semlis n'est le plus habituellement qu'un prurigo pédiculaire. On trouve fréquemment des poux, principalement dans les hôpitaux, sur des malades atteints
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d'une affection chronique, chez les convalescents, chez les alcooliques, et chez ces derniers les parasites s'acclimatent et résistent souvent aux moyens de destruction.
Traitement. — Il est facile de détruire quelques poux contractés accidentellement et par une personne propre et non âgée; le changement de linge, quelques bains suffisent ordinairement. Si la maladie dure depuis un certain temps, il faut aux soins de propreté, indispensables en tous cas, joindre l'emploi des parasiticides : on doit avoir recours aux bains sulfureux, aux fumigations cinabrées, aux poudres de camphre, de staphisaigre, aux lotions avec l'acide phénique étendu d'eau, avec une solution de sublimé au centième ou au millième. Il faut également tâcher de découvrir les circonstances dans lesquelles les poux ont été gagnés, de manière à ne pas s'exposer à une nouvelle contagion. Chez les gens débilités, chez les vieillards, pour assurer la guérison, on doit ajouter aux moyens parasiticides, un traitement tonique et médicinal. Enfin en même temps qu'on soigne les malades atteints de pédiculose, il faut également traiter leurs vêtements dans lesquels se trouvent les parasites et leurs œufs; le linge doit être soumis à la lessive, les effets de drap seront passés au soufre ou mieux exposés dans un endroit clos à une chaleur de 400 degrés ; c'est souvent pour avoir omis ces précautions que la pédiculose se perpétue.
8° Le pou du pubis, Phthirius inguinalis (Denny), appelé vulgairement morpion, est un insecte d'une autre .espèce que les poux de tète et de corps ; d'une couleur gris clair, long de deux millimètres, large d'un millimètre -et demi, de forme arrondie, il a une tête saillante et un thorax confondu avec l'abdomen ; ce dernier est pourvu de six pattes, dont les premières grêles, s'amincissent vers l'extrémité qui porte un petit ongle et dont les deux dernières fortes, s'élargissent vers l'extrémité terminée
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par un ongle très fort formant pince avec l'extrémité élargie de la jambe; c'est à l'aide de ces pattes si bien organisées que ce parasite s'attache à la peau. Il habite les parties pileuses du corps à l'exception du cuir chevelu ; on le trouve principalement à la région génitale ; on le rencontre aussi aux aisselles, puis à la poitrine, à l'abdomen et à la partie supérieure des cuisses chez les hommes velus; il peut envahir la barbe et les moustaches; une fois chez un enfant, à la consultation de l'hôpital Saint-Louis, j'ai trouvé un de ces parasites attaché à la base d'un cil, il avait déterminé une conjonctivite intense.
Le pou du pubis adhère fortement à la peau en s'attachant à la base du poil à l'aide de ses pattes ; il n'est pas facile à apercevoir, sa couleur pâle ne tranchant pas sur la coloration de la peau, et les poils, au milieu desquels il se trouve, le recouvrant et le masquant. Il faut ordinairement le secours de la loupe pour reconnaître sa présence. Il détermine des cuissons et des démangeaisons, et par sa piqûre aussi bien que par le grattage, il occasionne du prurigo, de l'érythème et souvent même des éruptions eczémateuses. A côté des parties pileuses, soil à l'abdomen, soit à la face antérieure ou interne des cuisses, il est assez fréquent d'apercevoir des taches bleuâtres, connues sous le nom de tache$ bleues, taches ardoisées et dont la signification pathologique n'est connue que depuis peu de temps, grâce aux recherches des docteurs Mouscrou et Duguet, qui les ont rattachées à la présence des Pediculi pubis; les observations ultérieures ont pleinement confirmé ces opinions.
Le diagnostic de la phthiriase pubienne n'est pas toujours facile; on doit néanmoins en soupçonner l'existence par les démangeaisons limitées aux parties pileuses, par quelques papules de prurigo ou par quelques plaques d'éruption dans ces régions, surtout par les taches bleues.
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Comme je l'ai déjà dit, le parasite ne s'aperçoit pas au premier abord, il faut presque toujours le secours de la loupe pour le découvrir, et alors, en le saisissant avec une pince et en le détachant avec une certaine force, on l'enlève et on le rend très visible en le plaçant sur une surface noire ou colorée. Avant d'arriver à voir et à saisir le parasite et alors même qu'on ne le découvre pas à un premier examen, le diagnostic peut s'établir par la présence des œufs déposés sur les poils sous forme de petits grains arrondis, d'un gris foncé.
Le pou du pubis se transmet habituellement à la suite de rapports sexuels; mais il peut aussi se propager à l'aide de vêtements empruntés, et même par un séjour peu prolongé dans des cabinets de bains, dans des voitures de louage et principalement dans des lieux d'aisances .
Le meilleur traitement à opposer à la pédiculose du pubis et des régions pileuses consiste dans des onctions faites matin et soir avec de l'onguent mercuriel sur les endroits occupés par les parasites et renouvelées pendant trois ou quatre jours. Au lieu de cet onguent qui tache le linge et les vêtements, on peut faire des lotions avec une solution de sublimé au centième ou avec de l'huile de pétrole ou du baume de Tolu; quelques bains simples ou émollients achèvent le traitement en combattant les complications inflammatoires.
6. Maladies causées par les puces, les punaises» les cousins, les mouches piquantes.
Ces différents parasites déterminent par leur piqûre une douleur assez vive, mais en même temps produisant des phénomènes d'intoxication locale qui doivent être attribués à un venin.
La puce (Pulex irritans) de la famille des Pulicides (Mégnin) est un des parasites les plus habituels de
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l'homme; par sa piqûre elle détermine une très légère cuisson suivie d'une tache érythémateuse arrondie, peu durable; chez cerlaines personnes, la sensation de cette piqûre est à peine perçue, mais chez d'autres il survient une démangeaison vive et une ampoule d'urticaire ou de strophulus qui peut se prolonger pendant quelques heures ; chez les enfants, chez quelques personnes nerveuses, il suffit d'une ou de deux puces pour produire de l'insomnie et une agitation nerveuse. Que ces accidents, dus à un venin spécial et assez bénin, existent ou non, on voit pendant deux ou trois jours, à la suite d'une piqûre de puce, à l'endroit piqué, une petite tache hémorrhagique, ne disparaissant pas sous la pression du doigt. Et lorsque ces piqûres ont été nombreuses, le corps peut être couvert de ces petits points hémorrhagiques qui simulent un purpura; la parfaite uniformité de chaque tache, leur petit diamètre, leur régularité et les traces de fèces de puce rencontrées sur le linge de corps et sur les draps caractérisent suffisamment cette éruption pour qu'on puisse avec un peu d'attention en distinguer la nature spéciale. Chez des malades atteints de fièvre, on a quelquefois pris des piqûres de puce existant sur l'abdomen pour des taches lenticulaires rosées typhiques; la seule circonstance de l'existence d'une tache hémorrhagique, ne disparaissant pas sous la pression du doigt, suffit pour faire éviter l'erreur, la tache exanthématique de la fièvre typhoïde s'effaçant au contraire sous la moindre pression.
La puce se cache dans les vêtements, dans les lits, dans les meubles, dans les fentes du parquet; dans certains pays, dans cerlaines maisons, il en existe un grand nombre et elles se jettent rapidement sur les personnes qu'elles peuvent atteindre. C'est un peu à tort qu'on accuse souvent les chiens et les chats de donner des puces, leurs parasites de ce genre peuvent bien se porter sur
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MALADfE CAUSÉE PAR LES PUCES. 495
l'homme et le piquer, mais ils ne s'y acclimatent pas et ne tardent pas à disparaître.
La punaise des lits (Cimex lectularia) produit des désordres cutanés analogues à ceux de la puce; la tache hémorrhagique résultant de la piqûre se voit peu, mais les élevures érythémateuses et urticantes sont plus prononcées et plus durables; les démangeaisons sont aussi plus vives, le grattage détermine quelquefois des papules de prurigo et des excoriations superficielles, et comme ce parasite est noctambule, sa présence amène quelquefois une insomnie complète qui peut finir par altérer la santé.
Pour se débarrasser des puces et des punaises, quand on habite des pays ou des maisons qui en sont infectés, les soins de propreté ne suffisent pas; il faut saupoudrer les lits et les vêtements de nuit avec de la poudre de pyrèthre ou de staphisaigre, il faut insuffler ces poudres dans les fentes du lit, des murs, des parquets. S'il s'agit de puces, il faut principalement laver les parquets et les carreaux avec de l'eau de chaux ou de l'eau de lessive bouillante ; et pour détruire les punaises qui se cachent pendant le jour dans les crevasses des murs, sous les papiers de tentures, dans les interstices des parties constituantes des lits, on ne parvient souvent à s'en débarrasser qu'en faisant racler les murs, en les lavant à l'eau de chaux, en bouchant tous les trous, en changeant les papiers, en faisant laver les lits avec de l'essence de térébenthine ou mieux en changeant les bois de lit, et surtout en adoptant des lits de fer et en faisant passer les toiles à matelas à la lessive. Même avec ces précautions, il est certaines maisons dans lesquelles on ne peut parvenir à se débarrasser des punaises, qui habitent dans l'épaisseur des murs et des boiseries. Quant aux lésions cutanées produites par les parasites dont je viens de parler, le plus ordinairement elles sont éphémères et il
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n'y a pas à s'en occuper; si la démangeaison persiste, on devra la combattre avec de l'eau alcoolisée, avec de l'eau vinaigrée, avec de l'ammoniaque liquide étendue de quinze à vingt parties d'eau, ou en saupoudrant les parties atteintes avec de la poudre d'amidon. Si les taches éi*ythémateuses persistaient, on aurait recours à des lotions avec les infusions de mélilot ou de fleurs de sureau. Les cousins (Culex pipiens) qui vivent pendant l'été sur les arbres et près des cours d'eau, les moustiques qui appartiennent à la même espèce entomologique et qui habitent les pays chauds principalement sur les bords de la mer ou près de l'eau, sont plus nuisibles que les puces et les punaises; leur piqûre détermine immédiatement aux endroits touchés, qui sont ordinairement les parties découvertes, la face ou les mains, une sensation de chaleur et de cuisson, puis une élevure papuleuse rouge qui persiste plus ou moins longtemps ; la démangeaison qui se développe promptement est insupportable et oblige à se gratter. En France, dans le nord de l'Europe, les phénomènes que je viens d'indiquer sont assez légers et persistent au plus pendant deux ou trois jours; seulement comme le parasite est noctambule et comme on peut être piqué toutes les nuits, il en résulte des éruptions toujours nouvelles et par suite de l'insomnie et de l'agitation nerveuse. Dans les pays chauds, les lésions produites par les moustiques sont plus intenses et plus durables : les papules sont plus grosses, plus rouges, elles s'accompagnent d'une tuméfaction œdémateuse autour des piqûres. Ces éminences papuleuses sont le siège d'une démangeaison vive, irrésistible, le grattage amène l'excoriation de leur sommet, il se produit des petites ulcérations, des croûtes, quelquefois des pustules, un léger mouvement fébrile se fait quelquefois sentir, et ce n'est qu'au bout de huit ou dix jours que survient la guérison, et à la condition encore que de nouvelles piqûres ne
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MALADIES CAUSEES PAR LES PUCES. m
viennent pas remplacer les anciennes. Circonstance assez singulière, dans le midi de la France, sur les bords de la Méditerranée, en Italie, les moustiques respectent habituellement les gens du pays et attaquent de préférence les nouveaux arrivants non encore acclimatés.
Pour éloigner les cousins et les moustiques, on se trouve bien de brûler dans la chambre où Ton doit coucher un mélange de pyrèthre et de sel de nitre préparé sous forme de trochisques, ou d'y faire pénétrer de la fumée de tabac; on peut encore se couvrir la figure et les mains avec de la poudre de riz parfumée, avec de la poudre de camphre, ou, avant se coucher, se laver les mains et la figure avec de l'eau de Cologne, avec de l'eau phéniquée, les odeurs fortes éloignant les parasites; on peut de même se servir d'essence de térébenthine, d'huile de pétrole affaiblies avec de l'alcool; enfin dans les pays chauds où les moustiques sont surtout à craindre, on a la bonne habitude de coucher avec une moustiquaire; cette précaution est surtout importante pour les personnes étrangères au pays.
Contre les lésions de la peau dues aux piqûres des moustiques, on a coutume de conseiller de laver les parties malades avec de l'ammoniaque liquide, je n'ai jamais vu ce moyen réussir et je pense qu'on ajoute ainsi une brûlure de la peau à une piqûre venimeuse; si donc on emploie l'ammoniaque, il faut l'étendre de beaucoup d'eau, au quinzième ou au vingtième; mais on se trouvera mieux de laver les parties atteintes avec de l'eau de Cologne coupée avec trois quarts d'eau, avec de l'eau de chaux ou de l'eau phéniquée. Les lotions avec des infusions aromatiques de camomille, de mélilot, de petite sauge, de feuilles de noyer réussissent pour combattre les phénomènes inflammatoires locaux; j'ai calmé plusieurs fois les démangeaisons avec une cuillerée à café d'eau phagédénique dans un verre d'eau ou avec une
HARDY. — M a lad. de la peau. 32
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i98 MALADIES PARASITAIRES DE LA PEAU.
solution de sublimé au millième ; ces deux derniers moyens renouvelés trois fois par jour et les applications de poudre d'amidon me paraissent constituer le meilleur traitement à opposer aux éruptions virulentes et pustuleuses qui se développent consécutivement aux piqûres des moustiques, dans les pays chauds.
Pendant Tété, les taons (Tabanus bovinus, Tabanus autumnalis) et quelques autres mouches piquantes, qui se portent sur les chevaux et sur les animaux de la race bovine, peuvent aussi piquer la peau de l'homme dans les parties découvertes, mais, comme ces insectes n'ont pas de venin, il résulte seulement de la piqûre une douleur instantanée assez vive, mais la petite blessure se cicatrise immédiatement, le plus souvent sans suites appréciables. Toutefois ces mouches piquantes peuvent devenir dangereuses lorsque, après avoir sucé un animal atteint de charbon ou un cadavre déjà putréfié, elles vont piquer un animal ou un homme en bonne santé, elles sont alors susceptibles d'inoculer le virus dont leur bouche est chargée. Ce sont ces mouches transportant ainsi un poison virulent qu'on a appelées des mouches charbonneuses , elles appartiennent particulièrement aux genres Stomoxe (Stomaxis calcitrans) et Simulie (Simulium cinereum).
c. Maladies causées par les abeilles, les guêpes, les frelons, etc.
Ces insectes, qui sont à la fois piquants et venimeux, ne sont pas de véritables parasites, ils ne vivent pas aux dépens de l'homme ni des animaux, et ils ne se servent de leur aiguillon que pour se défendre lorsqu'on les attaque ou lorsqu'ils sont effrayés. Je n'ai donc pas à en parler ici longuement, je me contenterai de dire que leurs piqûres très douloureuses, amenant une sensation
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durable de cuissons et d'élancements, est suivie d'une élevure papuleuse assez volumineuse et surtout d'un gonflement oedémateux sous-cutané qui se prolonge pendant plusieurs jours. Lorsqu'il y a plusieurs piqûres, ainsi que cela arrive lorsqu'on se jette dans un nid de frelons ou lorsqu'on se heurte à un essaim d'abeilles, les phénomènes inflammatoires peuvent être intenses et s'accompagner d'accidents généraux graves. On a des exemples d'enfants et d'adultes qui ont succombé à la suite de piqûres nombreuses d'abeilles. Les moyens de traitements à employer contre les piqûres de mouches à aiguillon sont les mêmes que ceux qu'on a conseillés contre les morsures de moustiques. Je ferai ici la même recommandation de ne pas se servir d'ammoniaque liquide pure, ni d'acide phénique concentré : sans détruire l'effet du venin, on déterminerait une irritation artificielle de la peau qui viendrait augmenter la douleur et l'inflammation dues à l'insecte.