‹ Traité pratique et descriptif des maladies de la peauChapitre 47 sur 82 · HUITIÈME CLASSE NÉVROSES CUTANÉES · texte numérisé non relu

HUITIÈME CLASSE NÉVROSES CUTANÉES

Dans les maladies de la peau on rencontre fréquem ment des phénomènes qu'on peut rapporter à une altération du système nerveux; le plus ordinairement ces phénomènes sont consécutifs soit à une lésion du système nerveux lui-même, comme pour certaines difformités cutanées, telles que le vitiligo ou l'ichtyose, ou certains flux, ainsi que nous l'avons vu pour Chyperidrose et la chromidrose, soit plus souvent encore à une maladie quelconque de la peau, comme on le voit dans les cas de douleur, de prurit, de chaleur consécutifs aux éruptions inflammatoires, parasitaires ou herpétiques. Dans tous ces cas les altérations de la sensibilité ou de la nutrition de la peau sont symptomatiques; je

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n'ai pas à m'en occuper ici, leur histoire appartient à celle des affections dont elles dépendent. Je ne dois pas parler non plus de l'anesthésie ni de ses variétés, toujours subordonnées à une lésion ou à une maladie du système nerveux ou à une altération du sang. Je pense devoir, dans ce chapitre, me borner à décrire les maladies nerveuses cutanées protopathiques ou du moins pouvant se présenter dans certains cas comme des affections idiopathiques et indépendantes, quoiqu'elles puissent cependant exister quelquefois comme secondaires et symptomatiques. D'après cette manière de voir, je ne placerai dans la classe des névroses idiopathiques de la peau que la dermalgie, l'hyperesthésie cutanée et l'urticaire, maladies consistant dans des troubles fonctionnels de la sensibilité, sans altération anatomique appréciable et explicative de ces troubles morbides.

a. Dermalgie.

Définition; historique. — La dermalgie ou dermatalgie est une névralgie de la peau caractérisée par une douleur superficielle indépendante d'une lésion appréciable de la* peau ou du système nerveux. On peut dire avec justice que c'est à Beau qu'on doit la première description exacte et magistrale de la dermalgie, considérée comme une maladie distincte et bien déterminée, et la plupart des auteurs qui en ont parlé, depuis Valleix, Axenfeld, Monneret, n'ont fait que répéter ce qui se trouve dans le mémoire de l'auteur que je viens de citer en premier (Arch. gén. de méd., 1841).

Description.— Le phénomène dominant de la dermalgie est la douleur, plus ou moins vive, que les malades comparent à une cuisson, à une brûlure, à la sensation qu'on éprouve par l'enlèvemnt de l'épiderme et la dénudation du corps muqueux. J'ai rencontré quelques

hardy. — Malad. de la peau. 38

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malades qui, au lieu de ressentir de la chaleur, accusaient une sensation de froid. Celte douleur est permanente et spontanée, mais de temps en temps, comme dans toutes les névralgies, elle est renforcée par des élancements instantanés, intermittents, revenant à des intervalles variables ; ordinairement aussi, la sensation douloureuse est augmentée par la pression, par le contact des objets extérieurs, tels que les vêtements; le froissement le plus léger suffît quelquefois pour faire naître ou pour exaspérer la douleur. Par contre, avec la douleur spontanée on observe quelquefois une diminution de la sensibilité tactile, les malades peuvent être touchés, pinces, piqués impunément, il y a de l'anesthésie : cela se voit, comme je l'ai noté, dans certains cas de névralgie accompagnant le zona, et cela peut exister aussi dans la dermalgie idiopathique. La douleur est superficielle; par ce seul fait, on reconnaît bien qu'elle existe dans le tégument externe, et Piorry a observé que, si l'on déplace la peau à l'endroit douloureux par quelques tractions, la douleur persiste dans la partie déplacée et ne se fait plus sentir dans l'endroit où elle existait auparavant. Dans la région douloureuse la peau ne présente d'ailleurs aucune altération apparente , ni de coloration ni de température ; on a dit qu'il existait quelquefois une teinte rosée, je crois ce fait bien rare.

La maladie peut être généralisée, mais le plus ordinairement, dans la névralgie cutanée idiopathique, non symplomatique d'une altération des centres nerveux, la douleur est localisée, et suivant l'observation de Beau, elle se rencontre plus souvent à la tête et aux membres inférieurs. Valleix dit l'avoir observée surtout sur les parties pileuses. La névralgie peut gagner en superficie, elle peut changer de place. L'étendue de la partie douloureuse est variable, quelquefois elle est bornée à deux ou trois centimètres, d'autres fois elle occupe dix à quinze centimètres;

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on a cité des cas de dermalgie étendue atout un membre, à tout un côté du corps ; dans ces circonstances je serais bien porté à croire à une névralgie symptomatique d'une lésion d'un nerf, des centres nerveux ou d'une maladie générale.

La dermalgie ne s'accompagne ordinairement d'aucun phénomène accessoire ; il y a rarement de la fièvre, Beau ne l'a signalée que chez trois de ses malades; lorsque La douleur est vive, l'appétit peut être diminué et le sommeil peut être troublé.

La marche de la maladie est ordinairement aiguë ; sa durée n'est quelquefois que de deux à trois jours ; Beau lui assigne une durée habituelle de huit à quinze jours. La guérison est habituellement graduelle et la douleur diminue d'intensité avant de disparaître complètement. Beau n'a pas signalé la marche intermittente de la dermalgie; j'en ai observé deux cas avec un type quotidien. La récidive est possible, mais elle n'est pas fréquente.

Diagnostic. — La dermalgie est suffisamment caractérisée par une douleur superficielle, occupant un espace circonscrit de la peau et augmentée par une légère pression, pour qu'on puisse la reconnaître facilement avec un peu d'attention. Il faut croire cependant qu'elle est confondue souvent avec la névralgie des nerfs souscutanés et avec le rhumatisme musculaire pour expliquer sa rareté apparente auprès de la plupart des médecins. Pour la distinguer des deux affections douloureuses que je viens de nommer, il faut se rappeler que dans la névralgie des nerfs sous-cutanés la douleur est moins superficielle et qu'elle suit le trajet de ces nerfs ordinairement sensibles à la pression, et que dans le rhumatisme musculaire la douleur se fait sentir principalement dans lès mouvements qui nécessitent la contraction des muactes affectés. L'essentiel dans le diagnostic est de distinguer la dermalgie idiopathique, dite rhumatismale, de celle

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qui est symplomalique; dans ce dernier cas la douleur est plus étendue, plus durable et elle s'accompagne d'autres phénomènes.

J'ai peu de chose à dire du pronostic, la dermalgie idiopathique est une maladie assez douloureuse, mais sa durée est courte et la guérison est habituelle.

Eliologie. — Ne parlant ici que de la dermalgie idiopathique, je n'ai pas à mentionner parmi ses causes le traumatisme, les affections des centres nerveux, le diabète, la polyurie, l'hystérie et d'autres affections du système nerveux; je mentionnerai avec Beau comme une cause ordinaire de la douleur névralgique de la peau, le refroidissement, c'est là une circonstance étiologique qu'on constate souvent et qu'on peut supposer même lorsque les malades n'en ont pas eu conscience. J'ajouterai que la maladie parait plus commune chez les adultes que chez les enfants et les vieillards, chez les hommes que chez les femmes, et qu'elle semble affecter de préférence les gens nerveux et les rhumatisants. Cette dernière circonstance et la notion de la cause ordinaire a frigore ont engagé Beau à considérer la dermalgie comme une affection de nature rhumatismale, et celle opinion a été généralement adoptée.

Le traitement de la dermalgie consiste dans des applications de cataplasmes chauds rendus narcotiques par l'addition de quinze à vingt gouttes de laudanum, dans des onctions avec du baume tranquille et avec l'huile chloroformée et dans des injections hypodermiques de solution de chlorhydrate de morphine. En même temps il sera bon d'administrer à l'intérieur le sulfate ou le valérianate de quinine, les préparations de valériane ou de datura stramonium, la poudre de Dower, les pilules de Mégi in, et de garantir les malades contre les impressions du froid et de l'humidité.

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