‹ Traité pratique et descriptif des maladies de la peauChapitre 51 sur 82 · TÂCHES LENTICULAIRES ROSÉES · texte numérisé non relu

TÂCHES LENTICULAIRES ROSÉES

la couleur de cette tache disparait momentanément par la pression.

Le siège ie plus ordinaire de ces taches est la base et la partie antérieure de la poitrine, le dos et la région lombaire, mais on peut en trouver sur les membres supérieurs et inférieurs ; il est bien rare qu'on en ait rencontré à la face.

Les taches lenticulaires apparaissent du sixième au douzième jour du début de la fièvre typhoïde, ordinairement le septième ou le huitième jour; elles se développent successivement, chacune demeurant pendant deux, trois, quatre et même huit jours, et elles peuvent ainsi persister et se succéder pendant un espace de temps qui varie depuis une jusqu'à trois semaines; elles s'effacent du jour au lendemain en ne laissant ni desquamation, ni aucune trace de leur existence. Dans la rechute, qui a lieu quelquefois pendant la convalescence de la fièvre typhoïde, les taches se montrent du second au quatrième jour.

Le nombre des taches est très variable, quelquefois on n'en trouve qu'une, deux ou trois ; dans quelques cas elles sont assez nombreuses pour qu'il soit difficile de les compter; il n'y a aucune relation à établir entre le nombre des taches et la gravité de la maladie, leur présence n'a d'intérêt qu'au point de vue du diagnostic; mais leur importance est grande sous ce rapport, et j'ai pour habitude de dire familièrement à mes élèves que la tache lenticulaire rosée constitue la signature de la fièvre typhoïde.

e. Taches typhiques.

Il existe dans le typhus une éruption bien plus considérable que dans la fièvre typhoïde ; sa description exacte appartient à l'histoire du typhus, je pourrais ne pas en

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parler ici, mais je vais en donner seulement une indication sommaire.

Ces taches, d'une étendue variable, depuis 2 où 3 millimètres jusqu'à 1 centimètre et plus, à contours mal délimités, paraissent entre le quatrième et le sixième jour de la maladie; elles sont d'abord roses, légèrement élevées au-dessus du niveau de la peau et disparaissent sous le doigt, elles ressemblent à l'éruption rubëolique; mais dès le second, le troisième ou le quatrième jour de leur apparition, leur saillie s'efface, elles deviennent brunes, puis livides, et ne disparaissent pins sous la pression du doigt; ce sont alors de véritables ecchymoses constituées par du sang extravasé, soit entre les éléments de la peau, soit même dans le tissu cellulaire sous-cutané.

Ces taches peuvent exister sur toutes les parties du corps, mais elles se montrent principalement sur le tronc, aux aisselles, aux aines, aux avant-bras. Elles apparaissent ordinairement en une seule poussée, et une fois établies elles persistent pendant toute la durée de la maladie. Dans certains cas toutes les taches ne se ressemblent pas, et il existe sur le même malade de petites pétéchies semblables à des piqûres de puce, des taches ecchyraotiques irrégulières et d'autres taches plus pâles, moins apparentes. Ces taches sont souvent en très grand nombre et elles constituent un phénomène très apparent, qui a fait donner à la maladie le nom de fièvre pétéchiale, de typhus exan thématique. Il est d'observation que la gravité de la maladie est en rapport avec le nombre et l'étendue des taches éruptives; dans les cas les plus graves elles deviennent très rapidement brunes et ecchymotiques.

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HBRPËS FÉBRILE. 651

f. Herpès fébrile.

Aucun terme en médecine n'a eu des significations plus variées que le mot herpès; il est employé encore aujourd'hui pour désigner des élats si différents de forme et de nature, qu'il serait à désirer qu'on le supprimât complètement et qu'on appliquât des mots nouveaux aux affections si disparates qui se trouvent confondues tout à fait artificiellement sous la désignation commune d'herpès.

C'est ainsi que nous trouvons chez les anciens médecins le mot herpès comme désignant des affections chroniques de la peau, ayant de la tendance à durer et à s'étendre, à ramper, du verbe ffwrcTv, ramper; dicitur herpès a serpendo,' quod nimirum anguim modo serpere videtur; et quod, una parte senescente, morbus in proodmam serpit (Sennert). Celte signification vague, synonyme de dartre, persista jusqu'à Willan, lequel, employant le mol herpès d'une manière toute différente, l'appliqua à une maladie définie et lui donna ainsi une signification toute nouvelle et précise : pour Willan et pour son continuateur Bateman (1), l'herpès est un genre de maladie cutanée appartenant à l'ordre des vésicules, et caractérisé par l'éruption de vésicules réunies en groupes distincts et irréguliers, reposant sur une base enflammée, laquelle affection s'accompagne de douleurs et se termine par desquamation. Ce terme herpès est donc ainsi limité à une maladie vésiculeuse, présentant, dans la plupart de ses formes une marche régulière d'accroissement, d'état et de déclin, et se terminant en un espace de dix, douze ou quatorze jours.

(1) Bateman, Practical Synopsis of cutaneous Diseases, according to the arangement of W Willan. London, 1813 ; 7* edit., 1829.

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Cette manière d'envisager l'herpès, proposée par Willan, a été généralement adoptée en Angleterre, en France et en Allemagne ; Alibert seul, après avoir donné le nom d'olophlyctide à l'herpès de Willan, a continué à désigner sous le nom d'herpès les maladies dartreuses connues sous le nom d'eczéma, de lichen, de pityriasis, de psoriasis et certains herpès parasitaires, et leur a donné les noms assez pittoresques et assez inusités d'herpès furfureux volatil (pityriasis), d'herpès furfureux circiné (herpès circiné), d'herpès squameux humide (eczéma), d'herpès squameux scabioide (lichen), d'herpès squameux orbiculaire (lèpre vulgaire), d'herpès squameux centrifuge (herpès circiné parasitaire) et d'herpès squameux lichénoïde (psoriasis). Ces expressions sont à peu près oubliées aujourd'hui, mais cependant on continue dans le langage habituel à faire du mot herpès le synonyme de dartre, et surtout l'adjectif herpétique reste l'analogue du mot dartreux. C'est ainsi qu'on dit indifféremment, et dans le même sens, affection herpétique ou affection dartrewe pour désigner un genre particulier de maladies cutanées (voy. Dartres).

Il y a quelque chose de regrettable dans cette opposition entre le substantif qui s'applique à une maladie définie, à un genre nosologique et l'adjectif qui désigne une classe toute différente d'affections cutanées; mais la confusion augmente encore lorsqu'on considère les espèces morbides rattachées à ce genre herpès : suivant Willan, dont la classification avait été adoptée assez fidèlement par la plupart des dermatologues anglais, français et allemands, l'herpès comprend six espèces distinctes : 1° l'herpès phlycténoïde ; 2° l'herpès zoster; 3° l'herpès circiné; 4° l'herpès labial; 5° l'herpès préputial; 6° l'herpès iris. Mais, si l'on soumet ces prétendues maladies distinctes à un examen clinique, on ne tarde pas à se rendre compte de leur peu de légitimité et de leur peu de ressemblance

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les unes avec les autres. C'est ainsi que la première variété, l'herpès phlycténoïde, ne constitue pas une véritable entité morbide, car en lisant attentivement les descriptions données par Willan et par les auteurs qui ont accepté sa classification, on voit que ce nom a été donné tantôt à un herpès fébrile plus étendu que d'habitude, tantôt à un zona développé dans une région insolite et particulièrement à la face ou aux membres. La seconde variété, l'herpès zoster, est une maladie très distincte, très nette, mais qui, par sa marche régulière, par son siège unilatéral, par l'association habituelle d'une douleur névralgique et d'une éruption, ne présente qu'un rapport d'aspect avec les autres variétés d'herpès ; cette maladie doit être décrite à part, et on a pris depuis quelques années l'habitude louable de la désigner sous le nom seul de zona; je l'ai déjà décrite ailleurs (voy. Zonay p. 239). La troisième espèce d'herpès, l'herpès circiné, est une affection parasitaire causée par la présence dans le système pileux ou dans l'épiderme d'un parasite végétal désigné sous le nom de trichophyton (voy; p. 368). La quatrième espèce, l'herpès labial, qu'on ferait mieux de nommer l'herpès fébrile, est une éruption qui accompagne certaines maladies fébriles aiguës. La cinquième espèce, l'herpès préputial, n'est le plus souvent qu'une éruption eczémateuse. Enfin la sixième espèce, l'herpès iris, coïncide le plus souvent avec certaines variétés d'érythème papuleux, et sa description se confond avec celle de l'érythème polymorphe (voy. p. 629). Cette courte analyse des espèces admises par Willan et ses élèves justifie suffisamment la critique que j'ai cru devoir faire sur ce genre nosologique, puisqu'elle démontre que sous ce titre, herpès, on a confondu le zona, des éruptions liées à l'état fébrile, des eczémas, des érythèmes et des maladies parasitaires ; il n'y a véritablement aucun tien commun entre ces diverses affections, et, je le répète, on

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devrait rayer le genre herpès du cadre nosologique en donnant d'autres noms aux maladies qui existent réellement et qu'on a placées dans ce genre. Ici, je n'ai à m'occuper que de l'herpès fébrile.

L'herpès fébrile a été d'abord désigné sous le nom d'herpès labial (herpès labialis) parce qu'il se développe le plus souvent sur les lèvres; mais il est observé aussi sur le nez, sur les paupières et sur tous tes points de la face, et Hébra a proposé de lui donner le nom plus exact d'herpès facialis. Comme cette maladie coïncide toujours avec la fièvre, et comme, d'autre part, il arrive quelquefois qu'on trouve des plaques de cet herpès au cou ou ailleurs qu'à la face, il me parait plus exact de l'appeler herpès fébrile. Alibert a décrit cette éruption sous le nom peu connu et aujourd'hui abandonné d'olophlyctide labiale.

Anatomie pathologique. — Les lésions de la peau dans l'herpès sont semblables à celles qu'on rencontre dans les autres affections vésiculeuses ; elles ont été étudiées principalement par Neumann (1), par Yulpian et par Renaut, de Lyon. Le siège de la maladie est dans le corps muqueux ; là, les cellules du réseau de Malpighi se gon* fient, plusieurs communiquent entre elles par suite de la rupture de leurs parois et forment ainsi des vacuoles remplies d'un liquide et de cellules migratrices venues des vaisseaux des papilles. Ces vacuoles soulèvent la lame cornée de l'épiderme et forment les saillies de l'herpès; le liquide contenu dans les vésicules est acide, il est d'abord transparent, puis il devient blanc et opaque par la transformation graisseuse des cellules. Plus tard, la résorption de ce liquide s'opère, et il se forme une croûte par la dessiccation des éléments cellulaires.

(1) Neumann, Traité des maladies de la peau. trad. par Darin. Paris,

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Symptômes. — L'herpès fébrile débute par une tache rose ou rouge, légèrement saillante, de forme arrondie, allongée ou irrégulière, et ordinairement d'une assez petite dimension. Le lendemain ou le soir même de son apparition, on voit se développer sur cette tache des vésicules du volume d'une tête d'épingle, arrondies ou acuminées, groupées les unes à côté des autres, au nombre de quatre, cinq, six ou dix. Ces vésicules forment ainsi des plaques d'une petite dimension, de' 5 millimètres à 1 centimètre, mais qui peuvent quelquefois acquérir la dimension d'une pièce de deux francs ou de cinq francs 4n argent. Lorsque les plaques sont plus grandes, les vésicules sont habituellement plus volumineuses et peuvent acquérir la dimension d'un grain de millet ou même d'un grain de chènevis. Le liquide contenu dans ces vésicules est d'abord clair et transparent, le lendemain il devient louche et purulent, puis les vésicules se dessèchent promptement, et au bout de deux, de trois ou de quatre jours, elles sont remplacées par une croûte brune ou noire formée par le liquide desséché et par l'épiderme soulevé. Ces croûtes persistent pendant trois, quatre, sept ou huit jours, puis elles se détachent, et, en tombant, lai*senti la place qu'elles occupaient une légère maculature rose qui ne tarde pas. à. disparaître; lorsque la croûte ne tombe qu'au bout de sept à huit jours, souvent il n'y a pas de tache après sa chute et l'épiderme a repris sa ^coloration normale. Il peut n'y avoir qu'une seule plaque d'herpès ; le plus souvent il y en a plusieurs qui se développent simultanément ou successivement à un, deux ou trois jours d'intervalle ; dans quelques cas plus rares, les plaques d'herpès sont plus nombreuses et plus étendues, c'est une véritable fièvre éruptive, qui a été désignée par quelques auteurs sous le nom d'herpès phlycténoïde ; mais les circonstances dans lesquelles surviennent ces plaques sont les mêmes que celles qui accompagnent

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l'herpès fébrile ordinaire, et cette éruption me parait devoir être rattachée à la variété dont il est question ici, alors même qu'elle existe sur diverses régions de l'enveloppe cutanée.

A l'endroit où se développent les plaques d'herpès, les malades éprouvent assez habituellement une légère sensation de chaleur, de cuisson et de picotements qui commence avec les vésicules et qui cesse promptement au moment de leuf dessiccation; mais ces symptômes locaux manquent quelquefois complètement.

Le siège le plus ordinaire de l'herpès fébrile est aux lèvres, d'où le nom d'herpès labialis; il peut se développer sur divers points de la muqueuse ou de la peau des lèvres, en formant quelquefois une sorte de cercle incomplet tout autour de la bouche ; mais l'herpès est observé également sur le nez, autour de l'ouverture des narines, sur les paupières, sur les joues, sur les oreilles, sur le front. Beaucoup plus rarement, on trouve des plaques d'herpès au cou, sur les parties génitales et dans diverses régions. Dans un assez bon nombre de cas, en même temps que se sont développées des plaques d'herpès cutané, on en voit également survenir i l'intérieur des narines, à l'intérieur du conduit auditif externe et sur la conjonctive. Des vésicules, soit isolées, soit groupées, se montrent également dans la cavité buccale, à la face interne des lèvres et des joues, sur la langue et même sur la luette, sur les diverses parties du palais et sur les amygdales. Sur la surface extérieure des lèvres, l'herpès se manifeste sous forme de petites vésicules groupées qui se dessèchent très vite et qui sont remplacées par des croûtes sèches et aplaties formées presque exclusivement d'épiderme. Dans l'intérieur delà bouche, les vésicules, d'abord globuleuses et contenant un liquide tantôt clair, tantôt puriforme, se rompent vite et donnent lieu à des ulcérations très superficielles,

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recouvertes en partie par un épithélium blanc ou grisâtre, peu adhérent et qui forme souvent une couche assez épaisse. Sur les amygdales, les vésicules, distendues par un liquide purulent, donnent lieu en se rompant promptement au bout d'un, de deux ou de trois jours, à une concrétion d'un blanc grisâtre, molle, assez adhérente, ayant l'apparence d'une véritable fausse membrane, mais en différant principalement par son origine, par sa mollesse, par sa circonscription très exacte et par son défaut absolu d'extension. Cet herpès de la gorge constitue une espèce d'angine s' accompagnant de douleur et de chaleur à la partie malade, ainsi que d'un sentiment ordinairement assez prononcé de gêne dans la déglutition. Cette angine, dite herpétique, qui a été indiquée par Bretonneau et Trousseau sous le nom d'angine couenneuse commune (1) et qui a fait le sujet d'un mémoire intéressant de Gublcr (2), n'a pas échappé à l'observation de Bateman; cet auteur en a indiqué les caractères et la marche en ces termes : c Sous l'influence des circonstances qui produisent Yherpes labialis, une sorte d'angine herpétique (herpetic sore-throat) coïncide souvent avec l'éruption développée sur les lèvres; des vésicuies semblables se développent sur la luette, sur les tonsilles, en amenant une forte douleur et une gêne assez grande de la déglutition. Les vésicules internes se trouvant sur une surface humide se rompent promptement et forment des ulcérations. La maladie cesse au bout de sept à huit jours, au moment où tombent les croûtes situées sur la surface interne des lèvres (3). j> On voit par cette citation que cette espèce d'angine était connue et décrite bien avant le mémoire de Gubler.

(1) Trousseau, Clinique médicale de VFIôlel-Dieu, 7e édition. 1885.

(2) Gubler, Mémoire sur Vherpès guttural, angine couenneuse commune (Société médicale des hôpitaux de Paris et Union méd.f 1857i.

(3) Bateman, V édit., p. 335.

hardy. — Malad. de la peau. 42

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Quelques jours avant le développement de l'herpès, il existe ordinairement un mouvement fébrile très manifeste, et en l'absence d'une fièvre bien caractérisée, on peut constater au moins un sentiment de courbature, un malaise général, de l'inappétence et quelques phénomènes d'embarras gastrique. Assez souvent la fièvre cesse au moment où apparaît l'herpès, et, à cause de cette amélioration coïncidant avec le développement des vésicules, beaucoup d'auteurs ont considéré cette éruption comme un phénomène critique, dont l'apparition devait être regardée toujours comme un signe pronostique favorable. Mais cette manière d'envisager l'herpès n'est pas toujours en rapport avec l'observation, car dans un assez grand nombre de cas, on voit la maladie fébrile continuer son cours malgré le développement de l'herpès ; c'est ce qui arrive assez souvent dans l'embarras gastrique, dans la grippe et surtout dans la pneumonie.

On peut rapprocher de l'herpès fébrile une éruption qui survient à certaines femmes à l'époque de leurs règles. Cette éruption est constituée par des vésicules groupées ayant une marche aiguë ; elle siège quelquefois à la face et alors il n'y a pas de doute sur le diagnostic, tout le monde reconnaît l'existence d'un herpès; mais d'autres fois le groupe de vésicules se développe aux parties génitales, soit à la vulve, aux grandes ou aux petites lèvres, dans le repli vulvo-inguinal, plus rarement sur le pubis. Les vésicules sont très promptes à se rompre et la maladie se présente alors sous la forme d'ulcérations superficielles arrondies ou irrégulières. Il y a même un peu de chaleur, un peu de cuisson et un peu de démangeaisons. J'ai été consulté plusieurs fois par des femmes qui avaient une éruption semblable à chaque époque menstruelle et je dois ajouter qu'elle a persisté malgré le traitement.

J'ai déjà indiqué que la durée de la maladie était

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courte; les plaques d'herpès parcourent ordinairement leurs périodes d'éruption et de dessiccation dans l'espace de quatre à huit ou neuf jours. Lorsque les vésicules sont volumineuses et lorsque la maladie, caractérisée par un assez grand nombre de plaques, prend l'aspect de l'herpès dit phlycténoïde, il peut y avoir plusieurs éruptions successives, et la maladie peut se prolonger pendant quinze ou vingt jours.

Le diagnostic de l'herpès fébrile est très facile ; lk maladie se reconnaît aisément à l'existence de vésicules groupées, en plaques, se desséchant rapidement, survenant principalement à la face et surtout près de l'ouverture buccale; la préexistence d'un mouvement fébrile, d'un embarras gastrique ou d'un malaise général, pendant deux ou trois jours, vient encore aider au diagnostic. La réunion des vésicules en groupes, leur forme arrondie, leur dessiccation prompte, la formation de croûtes sèches et noirâtres, la marche rapide de la maladie, sont autant de caractères qui distingueront l'herpès fébrile de l'eczéma. Le petit volume des vésicules, la petite dimension des plaques, l'existence fréquente de l'éruption des deux côtés de la face, l'absence de douleurs névralgiques dans la région occupée par l'éruption, la marche rapide de la maladie, serviront à différencier l'herpès fébrile du zona.

Le pronostic de cette affection est toujours léger; suivant la presque totalité des auteurs, l'apparition de l'herpès serait même un indice favorable annonçant la terminaison heureuse de l'affection fébrile dans le cours de laquelle il apparaît. J'ai déjà dit que l'observation attentive des faits ne permettait pas d'adopter cette proposition d'une manière absolue; la terminaison heureuse dépend plutôt de la nature de la maladie principale, dont l'herpès n'est qu'un épiphénomène, que de l'éruption elle-même.

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Dans ces derniers temps on a cité quelques cas d'herpès fébrile ayant présenté une forme maligne et même ayant été terminés par la mort : le docteur Lagout en a publié trois observations (Lagout, Société méd.'des hùpitaiLc, 1873) ; le docteur J. Simon en a communiqué une autre, avec terminaison funeste, à la Société médicale des hôpitaux. Mais dans ces exemples, je pense que la gravité était bien plutôt due à la maladie, peut-être méconnue, accompagnant l'éruption herpétique, qu'à l'herpès lui-même. Un malade a une pneumonie avec herpès labial, il est gravement malade, il meurt même, personne ne pensera qu'on a eu affaire à un herpès malin. Étiologie. — L'herpès fébrile se développe à tout âge ; mais il est surtout fréquent chez les jeunes sujets, c'est presque exclusivement chez les enfants qu'on observe ces plaques d'herpès larges et multiples que j'ai signalées. On a dit que cette affection était plus fréquente au printemps que dans toute autre saison ; cette assertion aurait besoin de nouvelles preuves. On a également avancé que l'herpès fébrile pouvait survenir d'une manière presque épidémique, sous l'influence d'une constitution médicale particulière ; il serait plus vrai de dire que ce sont les maladies que vient compliquer l'herpès qui sont épidémiques, ainsi qu'on peut en fournir des exemples pour la grippe, pour l'embarras gastrique, pour les angines, etc.

Les causes accidentelles les plus ordinaires de l'herpès fébrile sont un refroidissement ou une fatigue ; c'est sous l'influence de ces circonstances que survient l'herpès buccal et guttural. Mais, le plus habituellement, l'herpès fébrile n'est pas une maladie idiopathique, c'est une affection qui vient en compliquer une autre déjà existante, et parmi ces maladies pendant le cours desquelles se développe cette éruption, je signalerai le coryza, les angines inflammatoires, les fièvres intermittentes, la

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HERPÈS FÉBRILE. Ml

lièvre éphémère, la grippe, l'embarras gastrique, la bronchite, la pleurésie et surtout la pneumonie; il est assez commun de voir l'herpès fébrile se développer aux environs des lèvres ou du nez dans les premiers jours d'une pneumonie, et le développement de cette éruption accessoire ne peut servir en rien au pronostic, quoi qu'on en ait dit. Il est encore assez commun de voir l'herpès fébrile se développer chez les femmes en couches, affectées de fièvre éphémère, d'embarras gastrique ou de métropéritonite. On l'a noté également comme un symptôme habituel de la méningite cérébro-spinale épidermique. Il est d'observation générale que l'herpès fébrile ne se développe pas dans le cours de la fièvre typhoïde ; quoique Hébra affirme que les médecins allemands ont pu constater quelquefois cette coïncidence, je persiste à penser que l'herpès ne se rencontre pas chez les malades atteints de fièvre typhoïde, ou du moins que ce fait est exceptionnel. Ce résultat de l'observation peut servir au diagnostic, en permettant de ne pas regarder comme devant prendre les caractères d'une fièvre typhoïde toute maladie fébrile au début de laquelle apparaissent les vésicules d'un herpès fébrile.

J'ai bien peu de chose à dire sur le traitement de l'herpès fébrile : c'est une maladie dont la marche est rapide et qui a une tendance constante à une terminaison heureuse. Le médecin n'a donc à intervenir que pour conseiller de respecter l'éruption, et de s'abstenir de lotions et de pommades qui pourraient faire tomber les croûtes trop tôt ou irriter la peau. Si l'on veut faire quelque chose pour diminuer la chaleur ou la douleur qui existe quelquefois au début, on peut saupoudrer les parties malades avec des poudres d'amidon, de sous-nitrate de bismuth ou de lycopode. Le véritable traitement devra s'adresser à la maladie fébrile principale, et variera par conséquent suivant la nature de cette affection. Je n'ai

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m ÉRUPTIONS FÉBRILES.

pas à en parler ici, j'indiquerai seulement qu'il existe fréquemment avec l'herpès fébrile, et quelle que soit la maladie principale, un embarras gastrique qui nécessitera l'emploi de quelques tisanes acidulés, d'un purgatif ou d'un éméto-purgatif.

Nature de l'herpès fébrile. — Plusieurs auteurs, parmi lesquels je citerai principalement Gintrac, Bazin, Lagout, mais surtout Parrot, ont considéré l'herpès fébrile comme une fièvre éruptive, comme une affection pseudo-exan thématique, pour me servir de l'expression de Bazin, et Parrot a décrit celte maladie sous le nom de fièvre herpétique, en la considérant comme un genre nosologique spécial, dans la classe des fièvres. J'avoue que je ne puis me ranger à cette opinion à cause des circonstances morbides variées au milieu desquelles on voit apparaître l'herpès. Si cette éruption ne se manifestait que dans le cas d'une fièvre synoque, ou dans rembarras gastrique, je ne demanderais pas mieux de donner à ces maladies le nom de fièvre herpétique ; mais, lorsqu'on voit l'herpès survenir à la suite d'un accès de fièvre intermittente, dans le cours d'une pneumonie, faire partie du cortège des symptômes d'une méningite cérébro-spinale, etc., il me paraît plus logique de considérer l'herpès comme une complication liée à l'état fébrile, comme un phénomène commun à plusieurs maladies et non comme un genre nosologique spécial. Quant à considérer l'herpès fébrile comme un phénomène critique annonçant une terminaison heureuse, ainsi que le proessaient les anciens médecins, je ne pense pas qu'on puisse accepter cette opinion, cette éruption se montrant aussi bien dans les cas graves que dans les cas légers et le pronostic dépendant de la maladie principale et de son caractère bien plus que de l'éruption. Également, je ne saurais adopter l'opinion du docteur Lagout, qui cherche à établir une valeur pronostique, dans la pneumonie, a

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l'herpès suivant son siège, l'éruption qui se montre à la lèvre supérieure et qui se développe franchement, indiquant, suivant lui, une terminaison plus favorable que lorsque les vésicules siègent ailleurs, ou lorsque l'évolution en est incomplète.

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