DIVISION DES SYPHIL1DES
Cependant, comme ce diagnostic peut, dans certaines circonstances, avoir de la valeur au point de vue du pronostic et du traitement, et comme il en a toujours au point de vue scientifique, on doit, dans tous les cas, chercher à reconnaître la variété de syphilide que Ton a à traiter.
Pour arriver à établir ce diagnostic des différentes variétés de syphilides, et pour les décrire méthodiquement, on a proposé plusieurs classifications. Un grand nombre d'auteurs les ont rangées d'après les lésions anatomiques élémentaires qu'elles présentent, et ils ont admis des syphilides vésiculeuses, papuleuses, pustuleuses, etc. Cette méthode a certainement quelques avantages : elle les rapproche des éruptions d'une autre nature ayant la même lésion élémentaire, et elle permet d'en reconnaître les caractères distinctifs; mais elle a peu de valeur pratique, et elle ne donne aucune indication spéciale pour le traitement. Aussi, en m' appuyant sur ce fait que la syphilis a une marche régulière, et que ses manifestations varient selon ses périodes, je pense avec Bazin qu'il est mieux d'adopter, pour classer les syphilides, l'époque de leur apparition, et de les ranger d'après l'âge de la maladie. En sachant à quelle période appartient telle ou telle éruption, on a tout de suite une première idée des indications thérapeutiques principales qu'elles réclament, les préparations mercurielles convenant habituellement aux syphilides précoces, et Tiodure de potassium aux syphilides tardives. Considérant donc l'âge de la maladie, je rangerai les syphilides en trois groupes, qui sont :
I. Les syphilides précoces ; II. Les syphilides intermédiaires; III. Les syphilides tardives.
Et chacun de ces groupes se présentera avec des caractères particuliers, qui souvent permettront à eux seuls
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d'établir l'âge de la maladie. Quant à l'époque d'apparition, il n'y a pas de syphilides à la première période de la syphilis, parce qu'elles ne sont jamais primitives; les syphilides précoces arrivent de trois semaines à huit ou douze mois après l'accident primitif; les syphilides intermédiaires, de six mois à un an ou deux ; et les syphilides tertiaires se développent de deux ans à dix, quinze, trente ans après. J'ajoute que cette règle d'apparition n'est pas absolue, et qu'on peut constater de temps en temps quelques exceptions relatives à des éruptions spécifiques se manifestant ou plus tôt ou plus tardivement qu'à l'ordinaire.
§ 1er. — Syphilides précoces.
Les syphilides précoces, c'est-à-dire celles qui se développent peu de temps après l'accident primitif (de trois semaines à un an), présentent les caractères particuliers suivants : Les éruptions sont très superficielles, et elles ne présentent pas d'ulcérations, ou, s'il y en a, elles sont très légères, d'une durée très courte, et elles se terminent par de simples maculatures qui disparaissent au bout d'un temps assez court. Un des caractères les plus importants est la dissémination de l'éruption ; il est très rare de voir une syphilide exan thématique ou papuleuse limitée à une région du corps. Les éléments éruptifs des syphilides précoces présentent bien la forme arrondie, mais ils sont groupés indifféremment; ils ne forment ni cercles, ni segments de cercle, comme on le voit pour les éléments des syphilides plus tardives.
L'apparition d'une syphilide précoce est souvent précédée de malaise, de courbature, de douleurs nerveuses ou musculaires, d'embarras gastrique et d'une fièvre légère que l'on a appelée fièvre syphilitique. Ces phénomènes n'existent pas toujours, et l'on peut voir une ro-
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séole apparaître sans aucun trouble de la santé et sans que le malade s'en aperçoive; toutefois il n'est pas rare de les observer et de les voir disparaître au moment où se montrent les premières taches cutanées ; dans certains cas, ils sont accompagnés d'une angine érythémateuse, et alors ils peuvent faire croire à une fièvre éruptive. Mais, contrairement à ce qui se passe pour ces dernières maladies, il est rare, dans les syphilides, que l'éruption se montre sur tout le corps en même temps ; ordinairement elle se fait avec lenteur, par poussées successives ; elle débute par une région, en envahit une autre et s'étend ainsi à tout le corps, se développant au moment où apparaissent les autres accidents secondaires. C'est ainsi que les syphilides précoces seront accompagnées de l'engorgement indolent des ganglions inguinaux et cervicaux, de l'angine syphilitique, de la céphalée bitemporale et des douleurs rhumatoïdes s'exaspérant le soir. Dans les cas où les caractères spéciaux de l'éruption sont peu tranchés, ces accidents concomitants pourront aider au diagnostic.
Je crois devoir admettre cinq formes différentes de syphilides précoces : 4° la syphilide exan thématique; 2° la syphilide papuleuse; 3° la syphilide pustuleuse superficielle; A0 la syphilide varioliforme, et 5° la syphilide végétante. Ces formes se présentent souvent mélangées les unes avec les autres.
1° Syphilide exanthématique.
La syphilide exanthématique, désignée aussi sous le nom de roséole syphilitique, est ordinairement la première manifestation de la syphilis du côté de la peau ; elle arrive le plus souvent en même temps que l'engorgement des ganglions inguinaux et cervicaux et au moment où se développent les plaques muqueuses. Quelques
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auteurs admettent que la roséole syphilitique est un phénomène constant, qui ne manque jamais ; et ils ajoutent que celte éruption, se développant souvent sans aucun trouble de la santé et parcourant toutes ses périodes sans déterminer aucune réaction morbide, peut passer inaperçue, non seulement pour le malade, mais aussi pour le médecin, si ce dernier ne pense pas à faire découvrir le malade pour examiner l'enveloppe cutanée. Si la roséole peut, en effet, exister quelquefois sans être aperçue, je suis loin de l'admettre comme un phénomène constant de la syphilis ; dans un assez grand nombre de cas, une observation attentive et soutenue ne permet pas de la constater.
La roséole syphilitique apparaît ordinairement de trois à six semaines après l'accident primitif : elle peut aussi ne se montrer qu'après trois ou quatre mois, rarement plus tard. Elle peut débuter de deux façons : le plus souvent, elle se développe d'une manière lente et progressive, elle envahit d'abord la poitrine, puis le ventre, les cuisses et les avant-bras; dans ce cas, elle est quelquefois accompagnée de malaise, de courbature et des phénomènes que nous avons signalés comme pouvant se montrer quelques jours avant l'apparition des syphilides précoces. Dans d'autres cas, le début est brusque, et l'éruption envahit alors en vingt-quatre heures tout le corps du malade. Lorsque l'apparition de la roséole est ainsi rapide, le plus souvent elle a été provoquée par une cause occasionnelle, telle qu'une émotion vive, une grande fatigue, un excès de table, un bain de vapeur ou tin bain sulfureux.
La syphilide exan thématique est caractérisée par des taches irrégulièrement arrondies, un peu déchiquetées sur leurs bords, sans saillie ou à peine saillantes audessus de la peau; leur volume varie de celui d'une lentille à la largeur d'une pièce d'un franc. La coloration
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présente des variétés qui dépendent surtout de l'âge de l'éruption; au début, les taches sont d'un rose assez net, qui devient insensiblement plus foncé, acquiert la couleur du rose de Chine, puis à la fin prend une teinte plus brune; souvent, dans la période de décroissance, ces taches présentent une coloration grisâtre, qui les fait ressembler à des plaques de malpropreté. La roséole est quelquefois si peu prononcée que, pour la reconnaître, il faut regarder la peau obliquement et à contre-jour. La pression du doigt fait disparaître momentanément la coloration de la roséole, mais elle ne s'efface que lentement et incomplètement, lorsque l'éruption existe depuis quelque temps.
Les taches de la syphilide exanthématique peuvent être discrètes ou confluentes. Elles sont ordinairement disposées sans aucun ordre; on a dit qu'elles forment des cercles et des segments de cercle ; cette disposition est bien rare. Comme elles laissent entre elles des espaces ayant la coloration normale, elles donnent à la peau un aspect marbré caractéristique.
La syphilide exanthématique peut se développer sur toutes les parties du corps ; mais elle siège surtout sur le tronc, à la base de la poitrine et sur le ventre, et particulièrement sur les flancs ; on la rencontre encore à la face interne des membres, spécialement aux cuisses et aux bras, très rarement à la face et au cou.
La roséole syphilitique, comme toutes les syphilides, n'est accompagnée ni de démangeaison, ni de cuisson, ni de douleur ; et lorsque les malades atteints de cette éruption accusent un prurit violent, il faut toujours en chercher la cause dans l'existence d'une autre affection, principalement de la gaie ou d'une urticaire.
La marche de la roséole syphilitique est ordinairement assez rapide, et l'éruption parcourt son évolution en un ou deux mois. Sa durée semble être en rapport avec son
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époque d'apparition ; ainsi, lorsqu'elle survient peu de temps après l'accident primitif, elle ne dure que trois ou quatre semaines; sa durée, au contraire, est de plusieurs mois, lorsqu'elle ne se montre que plus tardivement.
La roséole se termine habituellement par résolution; les taches s'effacent peu à peu, surtout sous l'influence du traitement. Quelquefois elles se recouvrent d'une légère desquamation qui tombe promptement et qui ne se renouvelle pas.
Variétés de roséole. — Il faut admettre dans la roséole plusieurs variétés : la roséole vulgaire, la roséole boutonneuse, la roséole en plaques, la roséole annulaire.
La roséole vulgaire est celle que je viens de décrire; les taches exanthématiques sont petites, sans saillie, leur forme est arrondie, assez régulière ; elles s'effacent peu à peu et disparaissent sans aucune trace de desquamation.
La roséole boutonneuse (roséole ortiée de Fournier) présente une légère saillie et forme une variété intermédiaire entre la roséole vulgaire et la syphilide papuleuse; elle se termine souvent par une légère desquamation. Elle peut exister seule; mais, lorsque la roséole coïncide avec la syphilide papuleuse, il n'est pas rare d'observer chez le même malade des taches de roséole vulgaire bien caractérisées, des saillies lenticulaires de syphilide papuleuse et d'autres taches légèrement élevées de roséole boutonneuse, qui semblent être la transition entre l'éruption exanlhématique et l'éruption papuleuse.
La roséole en plaques est constituée par des taches exanthématiques assez larges, ayant la dimension d'une pièce de vingt ou de cinquante centimes, non saillantes ou formant à peine un léger relief, assez semblables aux taches de l'érythème. Habituellement elles ne présentent pas de squames et elles s'effacent peu à peu par la diminution graduelle de leur coloration.
La roséole en plaques parait le plus souvent assez tar-
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divement ; c'est une éruption de récidive qui se manifeste ordinairement après la disparition de la roséole vulgaire et de la syphilide papuleuse lenticulaire.
La roséole annulaire ou orbiculaire appartient aux syphilides intermédiaires ou même tardives; il n'est pas rare de la voir coïncider avec des éruptions tuberculeuses ulcérées et avec des gommes, et c'est pour ne pas scinder la description des diverses variétés de roséole que je crois devoir en parler ici. Elle se manifeste sous la forme de cercles d'un rose un peu jaune, d'un diamètre de 3 à 10 ou 12 centimètres, circonscrivant régulièrement un espace dont le centre est complètement sain. Ces cercles sont peu ou point saillants au-dessus du niveau de la peau; ils ne présentent ni squames, ni croûtes, ni ulcérations. Ils gardent ordinairement leur diamètre primitif sans s'agrandir, et disparaissent par une décoloration graduelle. Ils ne sont accompagnés d'aucune douleur, d'aucune cuisson, d'aucune démangeaison. Leur durée est souvent assez longue et peut se prolonger pendant plusieurs mois. Le siège habituel de la roséole annulaire est à la face interne des avant-bras et des poignets; on la rencontre aussi aux épaules, à la poitrine, au ventre et à la partie supérieure des cuisses.
Diagnostic. — Le diagnostic de la roséole est presque toujours facile, non seulement par la teinte un peu foncée de l'éruption et par l'absence de prurit et de douleur, mais aussi parce que le plus souvent, au moment où apparaît la roséole, on peut encore constater sur le malade l'existence ou au moins des traces de l'accident primitif; si l'éruption est tardive, elle coexistera presque toujours alors avec d'autres phénomènes secondaires, tels que l'engorgement des ganglions cervicaux et inguinaux, des plaques muqueuses à la gorge, à l'anus ou à la vulve, la céphalée, l'alopécie, les douleurs rhumatoïdes. Les seules maladies que l'on pourrait confondre avec
hardt. — Malad. de la peau. 6G
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la syphiiide exanthémalique sont la roséole simple et la rougeole. La roséole fébrile aune marche très rapide; elle est accompagnée de quelques démangeaisons, de fièvre, et ne présente pas les phénomènes concomitants de la syphilis secondaire. La rougeole présente au moment de son déclin, quand les taches commencent à disparaître et prennent une teinte .foncée, une assez grande ressemblance avec la syphiiide exanthémalique; mais la marche de l'éruption, la fièvre et les phénomènes de la période d'invasion la feront facilement reconnaître. La roséole annulaire se distingue de la syphiiide squameuse circinée et du psoriasis circiné par l'absence de squames, et de l'herpès circiné par l'absence d'extension centrifuge.
Cazenave a décrit sous le nom A'érythème syphilitique «ne éruption qu'il a rapprochée à tort de la syphiiide exanthématique. En effet, cette éruption est caractérisée par des taches plus larges, très rouges, formant une saillie assez marquée au-dessus de la peau, et elles sont accompagnées de démangeaisons vives. Les caractères de cet exanthème sont tout à fait différents de ceux des syphilides ; or, si l'on remarque que dans les observalions que cet auteur a données, tous les malades avaient la blennorrhagie et qu'ils avaient presque tous pris du copahu, on se convaincra facilement que, dans les cas cités, eette éruption était le résultat de l'action du médicament, ou qu'elle constituait un phénomène en rapport avec la blennorrhagie.
Pronostic. — La syphiiide exanthématique est un phénomène assez grave, puisqu'elle annonce d'une manière certaine que le malade sur lequel on l'observe est syphilitique et qu'il est exposé ultérieurement à des affections plus sérieuses. Comme manifestation cutanée, c'est une éruption bénigne, qui se guérit sans cicatrice, 6t qui souvent disparaît assez promplement et même spontanément.
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2° Syphilide papuleuse.
La syphilide papuleuse présente deux variétés distinctes : a. la syphilide papuleuse lenticulaire ; 6. la syphilide papuleuse plate.
a. Syphilide papuleuse lenticulaire.
Cette variété de syphilide est une des plus communes et des plus précoces ; elle coïncide souvent avec la roséole, ou avec d'autres formes également superficielles. Son début est quelquefois marqué par les prodromes que nous avons signalés plus haut. Elle est caractérisée par de petites taches rondes, aplaties, de la forme et du volume d'une lentille, faisant une légère saillie au-dessus de la peau. Ces taches présentent à leur début une coloration rouge assez nette, qui devient graduellement plus foncée en se rapprochant de la teinte cuivrée, pour présenter à la fin cette teinte brune qui a fait comparer par Fallope la couleur spéciale des syphilides au maigre du jambon. Celte dernière coloration persiste longtemps, et on la retrouve encore après l'affaiblissement de toute saillie. Au début, la pression du doigt la fait disparaître; mais, lorsqu'elle est passée à la teinte cuivrée ou brune, elle ne disparaît qu'en partie sous la pression du doigt.
Au commencement de l'éruption, ces taches forment des saillies dures, pleines et lisses; mais bientôt, sur la surface, l'épiderme se ride, se détache et une desquamation assez marquée s'opère ; les squames sont fines et blanches; en se détachant d'abord à leur circonférence, elles forment autour de la tache un petit liséré blanc, une espèce de collerette à laquelle Biett attachait une grande valeur pour le diagnostic et qu'on a l'habitude de désigner sous le nom de liséré de Biett. Dans quelques
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cas, la desquamation est plus prononcée, les squames sont plus épaisses, légèrement imbriquées les unes sur les autres, et elles se renouvellent plusieurs fois ; on a alors donné à l'affection le nom de syphilide papulosquameuse. Dans ces cas, on pourrait confondre facilement l'éruption papuleuse avec la syphilide squameuse proprement dite, si Ton ne faisait attention que dans la première les squames sont plus fines, les plaques moins grandes et que l'état squameux a été précédé par une période papuleuse.
La syphilide papuleuse lenticulaire a pour siège de prédilection la partie postérieure du cou; mais on la rencontre fréquemment aussi sur le front, sur la poitrine, sur le dos, sur le tronc et sur les membres, principalement aux bras et aux cuisses.
Comme toules les syphilides, l'éruption papuleuse ne présente ni douleur, ni démangeaison ; nous noterons cependant que quelques malades peuvent éprouver un léger prurit le soir, au début de la maladie. Elle coïncide avec les accidents secondaires de la syphilis, tels que l'engorgement des ganglions post-cervicaux, les plaques muqueuses, etc., et dans quelques cas, en même lemps que l'éruption papuleuse, on peut constater encore l'existence du phénomène primitif.
La marche de la syphilide papuleuse lenticulaire est assez lente, et sa durée est habituellement de trois à huit semaines. Souvent l'éruption se fait par poussées successives, et alors la maladie peut persister pendant plusieurs mois. C'est dans ces cas que l'on peut voir chez la même personne les papules à différents degrés d'évolution ; on constate alors des papules roses qui viennent d'apparaître, d'autres plus ou moins brunes qui existent depuis plusieurs semaines, et dont quelques-unes plus anciennes disparaissent déjà.
L'éruption se termine par résolution; la saillie dispa-
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raît peu à peu, la papule se trouve de niveau avec la peau, et en même temps la desquamation s'établit; la coloration brune terminale persiste encore un certain temps, puis elle s'eflace peu à peu, en passant par une teinte grise pour arrivera une macule blanche qui disparaît elle-même sans laisser de cicatrice.
Diagnostic. — Le diagnostic de la syphilide papuleuse lenticulaire est très facile : la saillie, la forme lenticulaire des papules, leur couleur cuivrée et brune à la fin, l'absence de démangeaisons, sont des caractères qyi permettent de distinguer facilement cette éruption des autres syphilides et de toutes les maladies cutanées.
Parmi les affections de la peau qui peuvent ressembler à la syphilide papuleuse et qui pourraient être confondues avec elle, nous trouvons : le lichen, qui se distin guera par l'existence de papules petites, agminées, réunies en plaques, par l'absence de la coloration spécifique spéciale, par la démangeaison vive qui l'accompagne, et par l'absence des phénomènes concomitants de la syphilis ; le prurigo, maladie ordinairement due à des parasites, caractérisée par de petites saillies recouvertes d'une croûte noire, et par une démangeaison très vive ; l'érythème papuleux, qui présente une coloration plus diffuse et plus étendue, des saillies plus larges et plus considérables et moins régulièrement arrondies ; enfin l'acné indurala, dans laquelle l'éruption souvent pustuleuse est constituée par des saillies acuminées, et reste fixée à la partie supérieure du corps. Dans sa période de décroissance, la syphilide papuleuse lenticulaire pourrait être confondue avec le purpura, au moment où il est constitué par des taches rouillées; maison aura pour éclairer le diagnostic la marche de la maladie ; en effet, dans le purpura, les taches n'ont jamais disparu sous le doigt, elles n'ont jamais fait saillie, et elles sont souvent accompagnées par de petits points rouges carac-
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téristiques ou par des taches, lesquelles, étant à une période moins avancée, se présentent sous la forme d'ecchymoses; l'absence des phénomènes concomitants habituels de la syphilis serait encore précieuse dans les cas douteux.
Pronostic. — La syphilide papuleuse lenticulaire est une forme peu grave, qui cède ordinairement au traitement dans un temps assez court.
b. Syphilide papuleuse plate et syphilide en plaques.
La syphilide papuleuse plate survient à la même époque que la syphilide papuleuse lenticulaire, avec laquelle elle coïncide souvent. Elle présente des papules moins saillantes, mais plus larges; leur dimension peut égaler celle d'une pièce de vingt ou de cinquante centimes. La coloration de ces plaques, d'abord rose, devient plus foncée, pour arriver à la couleur brune spécifique. Elles sont ordinairement en petit nombre; on les rencontre surtout sur le front, mais on en voit aussi sur le dos, sur les épaules et sur la poitrine.
La durée de la syphilide en plaques est de quatre à huit semaines. La maladie se termine habituellement par desquamation; la saillie se recouvre d'une plaque épidermique d'abord adhérente, qui se détache ensuite; et en même temps, on voit peu à peu la saillie s'effacer, la teinte brune diminuer d'intensité pour faire place à une macule grise, qui ne laisse plus tard ni trace ni cicatrice.
A la syphilide papuleuse plate j'ai cru devoir rapporter la variété de syphilide que Bazin a désignée sous le nom de plaques muqueuses de la peau. Comme celte variété se rapproche plus de la syphilide papuleuse que des
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plaques muqueuses, j'ai de la peine à admettre le nom donné par Bazin, et je considère cette éruption comme une simple variété de la syphilide papuleuse. Comme cette dernière affection, à laquelle elle est souvent associée, c'est une éruption précoce, appartenant au début de la seconde période de la syphilis, et siégeant principalement sur le front, à la nuque, sur les épaules et sur la poitrine. Elle est caractérisée par des plaques rouges, légèrement saillantes, rondes ou ovales, de la grandeur d'une pièce de vingt ou de cinquante centimes; ces plaques se recouvrent promptement d'une squame jaunâtre, superficielle, mince, un peu analogue à une croûte, et quelquefois légèrement soulevée par un peu de sérosité puriforme; souvent plus en dehors, on distingue une auréole d'un rouge foncé. Au bout d'un certain temps, les squames se détachent, tombent, les bords s'affaissent, la coloration de la plaque pâlit et la guérison arrive sans laisser de cicatrice.
Comme on le voit par cette description succincte, ces plaques diffèrent totalement des plaques muqueuses qu'on peut retrouver à la peau dans toutes les régions, et qui présentent pour caractères principaux : la mollesse, l'humidité, l'état fongueux et une odeur fétide caractéristique.
Je rangerai encore dans la syphilide papuieuse la syphilide cornée, qui appartient à la même période d'évolution de la syphilis. Elle siège à la paume des mains et à la plante des pieds, et elle est caractérisée par de petites taches arrondies, jaunâtres, légèrement saillantes, lesquelles deviennent, au bout de huit ou dix jours, dures comme de la corne, d'où le nom de syphilide cornée; après un certain temps, celte surface dure, saillante, se détache et laisse au-dessous d'elle une tache violacée qui. s'efface peu à peu.
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1018 ÉRUPTIONS CONSTITUTlOiNNELLES.
Si l'on réfléchit que celle forme coïncide avec la sypliilide populeuse, et qu'elle ne se développe que dans des régions spéciales, à la paume des mains et à la plante des pieds, on arrive à celte conclusion qu'elle ne constitue pas une variélé particulière rapprochée des formes squameuses, mais qu'on doit la considérer comme une syphilide papuleuse, et que son aspect spécial n'est dû qu'à l'épaisseur de Tépidcrme des parties où elle se développe.
La syphilide cornée a des caractères si tranchés, qu'il suffit de l'avoir vue une seule fois pour toujours la distinguer des autres maladies cutanées. Dans le psoriasis palmaria et plantaria, l'éruption est plus confluente, elle se présente sous la forme de cercles entourés d'un liséré rouge brun, les squames sont plus inégales et elles occupent un espace plus considérable.
3° Syphilide pustuleuse superficielle.
Je me propose de décrire sous ce nom une éruption qui survient fréquemment au début de la syphilis, et qui se caractérise principalement par des croûtes peu épaisses, siégeant plus spécialement au cuir chevelu; cette éruption n'est ni un impétigo, ni un eclhyma, quoiqu'on ait l'habitude de la désigner sous l'une ou l'autre de ces dénominations.
La syphilide pustuleuse superficielle arrive rarement seule, elle existe en même temps qu'une syphilide exanthématique ou une syphilide papuleuse. Elle apparaît à la même époque que ces syphilides précoces qu'elle précède même quelquefois, et elle ne détermine ordinairement aucun phénomène subjectif. Elle est caractérisée par de petites pustules superficielles, ne présentant pas une base indurée, comme dans la syphilide pustuleuse acnéifoime. Cespetiles pustules ont une durée très éphé-
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SYPH1LIDE PUSTULEUSE SUPERFICIELLE. I0i9
mère, le plus souvent on ne peut conslaler leur existence, et Ton ne voit qu'une petite croûte inégale, brune, non caractéristique, ressemblant à la croûte d'une pustule d'impétigo simple. 11 n'est pas rare de voir plusieurs éruptions se succéder, chacune ayant d'ailleurs une durée assez courte.
On peut rencontrer la syphilide pustuleuse superficielle sur toutes les parties du corps ; mais elle occupe particulièrement le cuir chevelu. Dans ce dernier siège, elle donne naissance à ces croûtes disséminées dans la tête, qui la font ressembler à l'impétigo granulata. Elle produit rarement l'alopécie ; quelques cheveux peuvent être entraînés par les croûtes, mais l'alopécie arrive ordinairement un peu plus lard, et elle appartient à la syphilis elle-même. En même temps que cette syphilide pustuleuse superficielle du cuir chevelu, on constate ordinairement l'engorgement des ganglions post-cervicaux, et de là est venue l'opinion de quelques auteurs qui admettent que cet engorgement est consécutif à cette éruption. Nous avons déjà dit plus haut que c'était une erreur, car on voit l'engorgement ganglionnaire exister souvent sans cette syphilide, ou apparaître avant qu'elle se développe.
Diagnostic. — La syphilide pustuleuse superficielle ressemble assez à l'impétigo; toutefois on la distinguera de l'impétigo dartreux ordinaire en ce que, dans celle dernière affection, la sécrétion est purulente et plus abondante, en ce que les croules sont plus épaisses, moins disséminées et occupent un espace plus étendu. Quant à l'impétigo granulata, il est suffisamment caractérisé par la présence des poux et des lentes, et par l'engorgement des ganglions, lesquels, au lieu d'être indolents, sont douloureux et véritablement enflammés.
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4* Syphilide varioliforme.
La syphilide varioliforme, quoique la plus fréquenle des syphilides vésiculeuses, esl encore une éruption assez rare. Elle se montre du quatrième au sixième mois après l'accident primitif. Son apparition est ordinairement annoncée par du malaise, de l'inappétence, de la courbature et de la fièvre ; et, comme il y a souvent en même temps de l'angine syphilitique, on peut croire, au premier abord, au début d'une fièvre éruptive.
Cette éruption est caractérisée par des taches rouges formant une légère saillie de la grosseur d'un petit pois; sur chaque tache se développent de une à trois vésicules, acuminées, globuleuses ou ombiliquées. Ces vésicules, entourées à leur base de la tache rouge qui plus tard devient brune, sont remplies d'une sérosité transparente qui se trouble rapidement, se dessèche et se transforme en une croûte assez épaisse, adhérente, présentant la coloration brune syphilitique. Au bout de huit à dix jours, la saillie s'affaisse, et, vers le quinzième jour, la croûte tombe, et laisse à sa place une tache brune qui pâlit peu à peu, en laissant ensuite une petite macule plus ou moins longue à disparaître. Cette éruption peut se développer en divers endroits ; les taches sont ordinairement disséminées en plusieurs régions, à la face, au tronc, aux membres; elles sont rarement confluentes ; le plus souvent il n'y en a qu'un petit nombre.
La marche de l'éruption est assez rapide, mais la maladie peut durer plus de deux mois, à cause des poussées successives. Ces poussées permettent de voir sur le même malade l'éruption à différents degrés d'évolution, d'observer en même temps des taches, des vésicules, des croûtes et des macules. Cette éruption peut exister seule ou coïncider avec une autre syphilide précoce.
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SYPHILIDE GRANULEUSE. 1051
Diagnostic. — La marche, révolution régulière de l'éruption distinguent facilement la syphilis varioliforme des autres syphilides. Mais, au début, il serait facile de la confondre avec une varioloïde simple; en effet, dans le& deux maladies, on observe les mêmes prodromes, et l'éruption débute de la même manière; mais la lenteur de l'éruption, la coloration de l'auréole, et la coexistence d'autres accidents syphilitiques viennent promptement éclairer le diagnostic.
Pronostic. — La syphilide varioliforme est d'un pronostic peu grave et elle disparaît assez facilement au bout d'un certain temps.
5° Syphilide végétante.
Sous le nom de syphilide végétante, je crois devoir comprendre toutes les éruptions qui se développent sur la peau et sur les muqueuses, en présentant un aspect de verrues ou de végétations. On peut les ranger sous trois formes : a. la syphilide granuleuse; b. les excroissances, et c. les plaques muqueuses.
a. Syphilide granuleuse.
La syphilide granuleuse est une variété assez rare qui se montre surtout dans le sillon naso-labial, autour des lèvres et au menton ; on la rencontre plus souvent chez les homme*. Elle est caractérisée par de petites saillies inégales, verruqueuses, du volume d'une tête d'épingle, rarement plus grosses, mais souvent agminées les unes à côté des autres, de manière à former une traînée oblongue. Leur coloration est d'un gris terne, quelquefois elle offre la teinte cuivrée caractéristique; il n'est pas rare de voir ces petites saillies disposées en cercles ou
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en segments de cercle, et Taire qu'elles circonscrivent est d'une teinte grise plombée.
Au bout d'un certain temps, ces saillies s'aiïaissent ou se détachent, et il ne reste plus à l'endroit qu'elles occupaient qu'une tache brune qui devient grise et qui persiste encore pendant quelque temps, pour disparaître ensuite sans laisser de cicatrice. Cette syphilide apparaît de deux à huit mois après l'accident primitif, et sa durée est de deux à quatre semaines.
La syphilide granuleuse se rencontre rarement seule; on constate ordinairement en même temps qu'elle l'existence d'une autre syphilide et des phénomènes concomitants du côté des muqueuses et des ganglions. Les caractères de cette syphilide sont tellement tranchés, qu'il est impossible de la confondre avec aucune autre éruption cutanée; la rapidité de son développement et de son évolution la distingue suffisamment des verrues, avec lesquelles elle présente quelque ressemblance.
b. Excroissances.
J'ai réuni sous ce nom toutes les végétations auxquelles on a donné les noms de verrues, crêtes de coq, condylomes, choux-fleurs, etc. ; mais je dois dire tout d'abord que, tout en les décrivant ici pour être complet, je ne les considère pas comme des symptômes essentiellement syphilitiques; en effet, on peut les rencontrer chez des individus n'ayant jamais eu la syphilis, quelquefois même chez des personnes qui ne sont atteintes d'aucune maladie vénérienne ; c'est ce qui arrive quelquefois pour des femmes enceintes, chez lesquelles on rencontre aux parties génitales externes et à l'anus des végétations dues simplement à la turgescence sanguine plus grande de l'utérus et des parties environnantes, laquelle existe
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