TUMEURS CUTANÉES ÉP1THÉL1ALES
avec des bords durs et saillants, se rapproche du vrai cancer pour la marche envahissante et pour la gravité. Je n'ai pas besoin d'ajouter que l'extension de la maladie aux ganglions lymphatiques et surtout que l'apparition des phénomènes cachectiques viennent singulièrement assombrir le pronostic.
Il est évident encore que la récidive d'un cancroïde opéré est une circonstance fâcheuse et qui vient démontrer la persistance d'une disposition générale spéciale et maligne. Cependant j'ai vu guérir des épithéliomas après deux ou trois premières opérations qui n'avaient pas amené une guérison définitive.
Éliologie. — Comme causes prédisposantes du cancer épithélial, on doit noter d'abord l'âge et le sexe; c'est habituellement chez les gens d'un certain âge, après cinquante et soixante ans, qu'il se développe ; on en a cité quelques exemples chez des jeunes gens ; moi-même j'en ai observé quelques cas avant trente ans. La maladie est plus commune chez les hommes que chez les femmes ; cela est vrai surtout pour les épithéliomas des lèvres.
On a dit que le cancroïde naissait assez fréquemment sous l'influence de l'hérédité; Pageta constaté cette cause prédisposante dans un vingtième des cas, et Heurtauxdans un dixième ; quoique probable, cette influence ne parait pas si manifeste pour l'épithélioma cutané que pour les autres variétés de cancer.
Il serait intéressant de savoir si le cancroïde ne se développe pas fréquemment chez des personnes atteintes antérieurement de maladies cutanées rebelles ; Bazin et moi, nous avons noté le cancer comme une des conséquences possibles des dermatoses chroniques, mais aucune recherche spéciale n'a été entreprise relativement au rapport à établir entre les maladies de la peau et le cancer épithélial, si ce n'est, comme je l'ai dit, pour l'acné sébacée chez les vieillards; il y a là une lacune à combler,
Digiti
zedby G00gle
et elle ne peut l'être qu'à l'aide d'une statistique poursuivie pendant longtemps.
Quant aux causes efficientes du cancroïde, on ne sait pas grand'chose ; on a dit que des irritations extérieures, telles que le contact habituel d'une substance irritante, pouvaient déterminer l'apparition de la maladie sur un endroit déterminé; on a cité des cas de cancer épithélial chez des personnes qui avaient gratté fréquemment et écorché une petite saillie verruqueuse ou insignifiante ; mais n'y avait-il pas là dès le début une production épithéliale provoquant le grattage par du prurit. On a accusé le tabac de produire l'épithélioma des lèvres chez les fumeurs, on a surtout pensé que la maladie était déterminée par le contact brûlant du cigare ou du tuyau de pipe ; mais la pipe est presque constamment appuyée sur la commissure gauche de la bouche et le cancroïde ne parait pas plus commun en cet endroit que dans les autres parties des lèvres. On a encore invoqué en faveur d'une cause locale, l'exemple du cancer des ramoneurs qui ne parait pas être autre chose qu'un cancroïde des bourses et qu'on a attribué au contact habituel de la suie sur la peaudu scrotum; mais là encore il n'y a pas que les bourses en contact avec la suie, et pourquoi ce siège spécial ? En somme l'influence des causes locales sur la production du cancroïde cutané est encore à prouver.
Traitement. — Existe- t-il des exemples bien authentiques de guérison de l'épithélioma cutané sous l'influence d'une médication interne? Je ne saurais l'affirmer; on a cité quelques cas de terminaison heureuse du cancroïde après l'emploi de la ciguë, de l'arsenic, du chlorate de potasse administrés à l'intérieur ; mais ces cas sont exceptionnels et on doit bien savoir d'ailleurs que le cancroïde, même ulcéré, est susceptible de guérir spontanément. Aussi je pense qu'il ne faut pas compter sur les médicaments internes dans le traitement du can-
Digiti
zedby G00gle