DE LA VUE
Les yeux des oiseaux sont disposés comme ceux des Mammifères, mais dirigés plus de côté ; surtout dans certaines espèces : telles que les PALMIPEDES , qui , pour bien voir devant eux , sont obligés de tourner la tête. Ces appareils sont plus compliqués que chez les Mammifères ; et si le sens de la vue n'est pas -plus parfait , la faculté de voir paraît du moins plus perfectionnée dans quelques-unes de ses particularités accessoires. Chez les Mammifères c'est la paupière supérieure qui est la plus mobile , dans les oiseaux c'est au contraire l'inférieure; et ces animaux ont de plus une membrane ciignotan{ey qui arrive chez eux à toute sa perfection, tandis que certains Mammifères seulement en ont une rudimentaire.
Cette membrane très-mince forme une troisième paupière placée verticalement sur la partie antérieure de l'œil, et que les oiseaux peuvent à volonté faire passer, comme un rideau sur la cornée , pour intercepter les rayons lumineux afin d'en diminuer l'intensité; et ces animaux peuvent par là fixer même le soleil , en regardant à travers cette membrane.
Cette troisième paupière, formée par un repli de la conjonctive, se continue en haut, en avant et en bas (correspondant au côté nasal de l'œil de l'homme) par son feuillet externe avec la conjonctive palpébrale et par son feuillet interne avec la conjonctive du globe. Elle recouvre la partie antérieure de ce dernier, et adhère dans sa partie inférieure au tendon du muscle clignoteur (pyramidal des auteurs).
Cette membrane, dont le bord postérieur vertical avoisine la cornée, est tirée en arrière par deux muscles, et revient ensuite en avant par l'effet de son élasticité.
Le principal muscle qui meut la membrane clignotante est ce que
ORGANES ras SENS DES OISEAUX. 401
tes auteurs ont appelé le pyramidal ; mais, comme d'autres muscles portent déjà ce nom , je propose de le nommer muscle ciignoteur»
U se fixe, chez le Dindon {Meiea^ris Gaiio-Pavo), à la partie infra-antérieure et interne de la sclérotique, d'où U se porte en dedans et en haut vers le nerf optique , qu'il contourne en dessus en se déviant dans une coulisse que lui forme le second muscle. Son tendon , après avoir décrit cet arc , se dirige en dessous , passe sous la partie infra-postérieure du globe de l'œil ; arrivé à la face externe de ce dernier , il se dirige horizontalement en avant pour aller gagner la partie inférieure de la membrane clignotante, qu'il traverse en se confondant avec elle , y devient élastique , et son principal faisceau se recourbe ensuite subitement en dessous et en dedans , contourne de nouveau le globe dans sa partie inférieure , et va se fixer, après s'être assez fortement élargi , à la face antéro-interne et inférieure de la sclérotique , au-devant et un peu au-dessus de l'origine du muscle : de manière que ce dernier avec son tendon fait un cercle frrégulier complet en se déviant trois fois.
Le muscle que je nomme charaxoîde *■ (carré des auteurs) forme une grande plaque trapèze placée à la face supra-interne de la sdérotique.
Il descend vers le nerf optique et se termine près de ce dernier en formant le long du bord inférieur une coulisse fibreuse, dans laquelle se dévie le tendon du muscle précédent.
La disposition toute singulière au premier abord de ces deux muscles offre un de ces cas remarquables où la nature montre quels ingénieux moyens elle a su employer pour arriver au résultat voulu Ëi où les conditions ordinaires semblent s'y opposer. £n effet, rien n'eût été plus naturel pour tirer la membrane clignotante en arrière que àd placer le muscle qui produit ce mouvement à la partie infra-postérieure de l'orbite , d'où il aurait agi directement sur cette dernière ; mais dans un aussi petit espace il eût été impossible que ce muscle pût être assez long pour faire parcourir à cette membrane une étendue telle qu'elle passât sur toute la largeur de la cornée , le raccourcissement des muscles étant proportionnel à leur loi^;ueur. Il fallait donc trouver un autre moyen ; et celui qui a été employé est des plus remarquables , nous montrant deux muscles qui , sans se faire réeller ment suite , ajoutent cependant leurs effets , et le charaxoîde , qui ne paraît être qu'un simple accessoire , est précisément celui qui agit le plus efficacement dans le raccourcissement du tendon , son action sur les deux bouts réfléchis de ce dernier étant double.
' De X^o% » coulisse.