CHAPITRE in
oe quelle manière , on par quels moyens oe obangement s'accomplit.
Nous allons maintenant considérer par quels moyens s'accomplit la régénération.
Je sens vivement combien celte partie du sujet est difficile, et quelle peine j'aurai à la traiter d'une manière claire et précise , en même temps que prudente et réservée.
On se plaint souvent de ceux qui écrivent sur cette matière , en disant qu'ils posent des bornes au Tout-Puissant, et qu'ils causent des alarmes inutiles à ceux qui n'ont pas fait l'expérience de chacune des particularités qu'il leur plaît de mentionner. On ne peut douter que Dieu n'agisse d'une manière souveraine et absolue (1) dans la
(1) Il convient d^avertir le lecteur que le mot absolu, employé ici et dans quelques autres en-
dispensa lion de sa gràce , comme dans toute autre sphère de son activité. Comme il ne peut être limité quant aux personnes, il ne peut l'être non plus quant au temps et nu mode de leur régénération. C'est précisément h cet égard et dans ce Sens que notre Seigneur a dit : « Le vent souffle où il veut , et lu en entends le son , mais tu ne sais d'où il vient, ni où il va : il jen est ainsi de tout homme qui est né de l'Esprit (Jean , 111 , 8). » Quelquefois Dieu se
droits de ce traité , ne doit aucunement être pris comme synonyme d'arbitraire. Agir arbitrairement, c'est agir sans raison quelconque. Dire cela de l'action divine , ne serait rien moins qu^un blasplième. Quand nous disons que Dieu agit d't/ne manière souveraine et absolue , cela signifie qu'il agit d'après les meilleures et les plus fortes raisons, et pour les fins les plus nobles et les plus excellentes , mais que ces raisons et ces fins sont en partie ou en totalité hors de notre portée et de notre compréhension; cela signifie, surtout, que la supposition que le motif de ses préférences ' serait pris du mérite comparatif des hommes est dépourvue de tout fondement.
platlà arractior les pécheurs du bord tn^nic de la fosse , à faire de quelques-uns des plus dépravés des trophées de sa miséricorde et de sa grâce viclorieuse , landis qu'il permet que d'autres, bien plus modérés el plus honnêtes , qui ne sont « pas loin du royaume de Dieu, » en soient finalement exclus. Il glorifie quelquefois tout ensemble son pouvoir el son amour, en convertissant ses ennemis les plus acharnés , dont il fait les avocats les plus zélés , les plus actifs et les plus heureux do sa cause. Tel fut l'apôtre Paul qui , de persécuteur qu'il était , devint prédicateur de l'Ëvangile.
Quelquefois la conversion s'opère promptement , subitement , et les circonstances et l'époque de ce changement peuvent être facilement déterminées. Tel fut le cas du geôlier dont l'histoire nous est racontée dans les Actes des Apôtres. On en peut dire autant de l'apôtre Paul, et môme chaque âge en offre des exemples.
Quelquefois, au contraire , la récep-
lion de la vérilé et la rénovation du cœur s'accomplissent par degrés , lentement et insensiblement ; il n'est pas plus facile de dire par quels moyens la r^énérationa été commencée , que de déterminer le temps où elle a été complète. Tel fut peut-être le cas de la plupart des disciples de notre Seigneur durant son ministère personnel , si ce n'est même de tous.
Quelquefois la r^énération est très* évidente et très- sensible, l'accroissement et le développement de la vie spirituelle sont rapides et remarquables , Jes plus grands pécheurs devenant des saints éminents , comme la femme dont parle l'Evan* gilc , à laquelle plusieurs péchés avaient été pardonnes , et qui en aimait d'autant plus son Rédempteur.
Quelquefois aussi la nouvelle naissance est très-douteuse , et les progrès du régénéré sont à peine sensibles. L'apôtre Paul censure cette sorte de gens dans les paroles suivantes , qui ne sont que trop applicables à nombre de chrétiens de pro-
Cession de nos jours : « Âo liea que vous devriez êtres inaUres , vu !e temps , vous avez encore besoin qu'on vous enseigne quels sont les rudiments du commencement des paroles de Dieu , et vous êtes devenus tels , que vous avez encore besoin de lait , et non de viande solide (Hébr. , V, 12). »
Quelquefois le converti éprouve beaucoup de paix et de consolation, se réjouissant d'une joie ineffable et glorieuse ; et d'autres fois, au contraire , il est tourmenté de doutes et de craintes , comme s'il marchait dans les ténèbres. Déplus, certains pécheurs sont anoi^nés à la conversion par une humiliation longue et profonde, et après avoir eu l'esprit torturé par les terreurs de la loi , tandis que d'autres sont puissamment , quoique doucement attirés par les cordages de l'amour divin. En tous ceux-là travaille le même Esprit , qui agit en chacun comme il lui plaît. Je désire qu'on retienne cette conclusion des lignes précédentes , c'est qu'il faut peu s'inquiéter
du temps où s'est opérée la régénératioD, ou des moyens qui font amenée, toutes les fois qu'on peut produire des signes constatant son existence.
Ce que je vais ajouter touchant le môme sujet ne doit nullement paraître contraire il ces vérités ou incompatible avec elles. Je n'ai certes pas l'intention de tracer un plan et de dire : « Telle est la voie par laquelle les pécheurs sont ordinairement conduits à une connaissance salutaire de Dieu , » en admettant que , dans quelques cas rares et extraordinaires, il puisse agir en souverain et s'écarter des règles ordinaires pour suivre des voies exceptionnelles. C'est une manière de parler qui est assez commune ; mais, quoiqu'elle puisse découler d'une bonne intention, je la regarde comme n'étant ni très-vraie , ni très-ulile.
Le salut de tout enfant d'Adam procède d'une grftce libre et souveraine , et le chanf^ement dont il est question peut s'accomplir^dans le temps , de la manière , |)ar les moyens et pour les effets qu'il
plaira à la Sagesse infinie d'assigner.
Nous ne devons pas chercher à rendre compte de celle diversilé tfopéralion aulremenl que noire Sauveur : « Il est ainsi, ô Pèrel parce lellea élé la bonne volonlé (Luc, X , 21). »> Ainsi, ce que j*ai en vue , c'esl de signaler ces voies qui, en fait de régénération, sont, en substance du moins , communes h tous les fidèles. Ce sera une sorte d'explication plus étendue , par voie d'analyse, de la régénération ellemôme: explication qui pourra, entre autres usages , nous permettre de discerner plus sûrement le vrai de sa contrefaçon. A cet égard, on peut, malheureusement, appliquer à beaucoup de personnes cette parole d'un prophète : « Quel rapport y at-il de la paille avec le froment? » dit l'Eternel. Cette explication fera , en outre , vivement ressortir la sagesse et la souveraineté divines, en nous montrant combien cette diversité d'opération , si remarquable en différents sujets, produit^finalement chez tous un effet unique et bienheureux.
Skct. I. — Pour naitre de nouveau , il faut reconnaître la vraie nature de Dieu.
Un premier pas, iraporlanl , nécessaire même , dans Taccom plissement d'un changement salutaire , c'est que le pécheur reconnaisse la nature véritable , la majesté infinie et la gloire excellente du Dieu vivant I Peut-être quelqu'un de mes lecteurs s'étonnera-t-il de ce que je ne mentionne pas, comme on le fait d'ordinaire , la conviction du péché comme le premier pas à faire dans la voie de la conversion.
Je ne conteste à personne le Broit d'en agir ainsi; j'ai seulement signalé, comme le premier signe de vie d'un pécheur qui renaît , la connaissance de la nature véritable de Dieu , dans la ferme persuasion que celte connaissance , trop peu remarquée , est à la base du tout. Elle est aussi de nature à produire des convictions salutaires de péché ; car comment pourrionsnous connaître ce qu'est le péché , jusqu'à
ce que dous ayons connu Celui contre qui nous avons péché ? D'ailleurs, la connaissance de Dieu montrera seule la différence qui existe entre une conviction réelle el centaiiies craintes occasionnelles qui ne poussent jamais plus loin qu'à Tesprit d'esclavage. Pour vous assurer de la vérité de ces assertions, observez que, dansTEcrilure , ceux qui sont dans leur état naturel ou d'inconversion sont souvent décrits comme se trouvant dans un état d'ignorance ou de ténèbres. Il est dit d'eux qu'ils ne connaissent pas Dieu : « Lorsque vous ne connaissiez point Dieu , vous serviez ceux qui , de leur nature , ne sont point dieux (Gai. , IV , 8). » Prenez garde aussi è cette description : « Ayant leur entendement obscurci de ténèbres , et étant éloignés de la vie de Dieu , h cause de l'ignorance qui est en eux parTendurcisseraent de leur cœur (Eph. , IV , 18). » En conséquence, le changement produit en eux nous est représenté comme leur communiquant la lumière ou l'intelligence, par
opposition à leur igaorance antérieure :
« Pour ouvrir leurs yeux, afin qu'ils soient convertis des ténèbres à la lumière et de la puissance de Satan à Dieu (Actes, XXVI , 18). — Que si notre Evangile est encore voilé , il ne Test que pour ceux qui périssent , desquels le Dieu de ce siècle a «nveuglé les entendements , c'est-à-dire des incrédules , afin que la lumière de l'Évangile, de la gloire de Christ, lequel est Timoge de Dieu, ne leur resplendît point. Car Dieu, qui a dit que la lumière resplendît des ténèbres, est celui qui a relui dans nos cœurs, pour manifester la connaissance de la gloire de Dieu qui se trouve en Jésus-Christ (2 Cor., IV, 3, 4, 6). » L'Écriture emploie ce langage beaucoup plus souvent qu'on ne l'observe communément. D'ailleurs , l'intelligence étant la faculté principale de noire être, il est naturel de penser que c'est par elle que la régénéra lion doit commencer, en y répandant, pour servir de fondement à toute la partie
subséqueale de cette œuvre, la connaissance de la nature et de la gloire de Dieu. Nous en serons persuadés, si nous faisons attention à la nature de ce changement , telle que je Tai décrite plus haut d'après les saintes Ecritures, qui la font consister dans un respect suprême pour la gloire de Dieu, et dans un désir habituellement prédominant dobtenir sa faveur. La connaissance de la vraie nature et de la gloire excellente de Dieu est donc indispensable comme préliminaire à la nouvelle naissance. Comment quelqu'un accepterait- il pour motif capital de ses actions ce qu'il ne comprend pas ?
comment aurait-il pour premier objet de ses désirs ce qu'il ne connaît pas? Ni l'un ni l'autre ne sont possibles: il faut, pour cela , que la connaissance dont je viens de parler existe préalablement. 11 est vrai qu'elle ne sera d'abord qu'imparfaite : l'homme véritablement régénéré croîtra dans la connaissance de la gloire de Dieu , comme dans le sentiment du bon«
Dieu tel qu'il nous est dépeint dans sa Pa role , qui est la seule ^^gle de la foi , la colonne et le fondenaent de la vérité. Ceci e;st de la plus haute importance et d'une parfaite raison, quoique , je suis fâché de le dire , on y fasse très-rarement attention de nos jours. Si Ton ne voit pas Dieu tel qu'il est, en vérité, on ne pourra jamais lui rendre un service conforme à sa nature. Si nous nous représentons Dieu sous de fausses couleurs, nous ne pourrons naturellement lui offrir aucun culte, ni lui porter du respect ou de Faraour , ou plutôt, le culte ci l'obéissance que nous croirons lui rendre ne l'auront nullement pour objet, mais seulement quelque autre chose que nous aimerons, honorerons et servirons à sa place. Je prie le lecteur sérieux de remarquer quelle jalousie extrême Dieu montrait sous la dispensation de l'Ancien Testament quant à la pureté de son culte, et combien toute idolâtrie était criminelle à ses yeux.
Qu'il fut grand le déplaisir de Dieu au
sujet de réreclion et de Tadoralion du veau d*or, quoiqu'il soit très-probable qu'Aaron n'eût pas d\iulre intention que celle de représenter le vrai Dieu , en se servant du môme symbole qu'il ^vait vu usité en Egypte. Ne touchons-nous pas ici à la substance même de la religion, et non à sa forme seulement?
La nécessité de fuir toute sorte d'idolû- Irie n'est-elle pas aussi grande sous le Nouveau Testament que sous TAncien?
Le Dieu immuable qui fut si irrité de ce qu'on lui donnait un faux nom, ne le serait-il pas également contre ceux qui lui attribuent une fausse nature?
Si cette vérité jette du jour sur la nature et sur la source de la régénération , elle en reçoit, elle aussi, de ce qui a été dit dans les parties précédentes de ce traité. La régénération, c'est la restauration de rixnage de Dieu dans le cœur ; c'est-à-dire, quelle consiste à aimer Dieu par-dessus tout , et à se réjouir en lui ; ou , en d'autres tçrmes, elle consiste dans l'a-
mour suprême et dans ia jouissaDce de la bonté parfaite et de 1^ sainteté sans tache.
Quand cela a lieu, le pécheur est régénéré ; il porte de nouveau l'image de Dieu qu'il avait perdue; il est de nouveau rendu propre à habiter dans la présence de Dieu dont il avait été chassé. Mais il ne connaît pas Dieu, s'il le croit essentiellenaent différent de ce qu'il est réellement ; en ce cas, il ne sert pas le vrai Dieu, il ne porte pas son image, il ne se réjouit pas dans sa communion et n'est pas propre à goûter sa présence. Si la piété est la fiossession d'une nature divine, une telle personne ne l'a point, à moins qu'il n'y ait plusieurs dieux. Un changement peut, il est vrai, s'être opéré en elle, en sorte qu'elle ait accordé sa confiance à un autre et changé de maître, car il y a beaucoup d'idoles : néanmoins, elle n'est pas venue à Dieu , et aussi longtemps que Dieu sera le même , son bonheur est impossible. Je ne vois pas quelle objection sérieuse on pourrait me proposer , si ce n'est que la connaissance que
nous avons de Dieu est, en un certain sens, très-imparfaite. Cela est vrai tant que nous sommes en ce monde , et le sera probablement aussi pendant toute Téternité ; car : « Trouveras-tu le fond de Dieu en le sondant ? Connaîtras-tu parfaitement le Tout-Puissant ? Ce sont les hauteurs des cieux , qu'y fera s- tu ? C'est une chose plus profonde que les abîmes , qu'y connaîtras-tu ? Son étendue est plus longue que la terre et plus large que la mer (Job, XI, 7-9). » Mais il y a une grande différence entre avoir une connaissance imparfaite de Dieu, et se former de lui des conceptions fondamentalement fausses. Il y a une grande différence entre avoir des idées faibles et incomplètes de la vérité, et croire l'erreur diamétralement opposée , ou agir comme si on la croyait. Si cela n'est admis, nous ne comprendrons jamais le grand avantage dont les Juifs jouissaient , par-dessus les Gentils, « en ce que les oracles de Dieu leur avaient été confiés ; »
nous ne comprendrons pas davantage \a
ner de la grande Ignorance qui règne maintenant chez plusieurs, malgré les excellentes occasions de s'instruire qa'ils ont à leur portée. On s'étonne de voir dans quelle ignorance de tout ce qui concerne la religion vivent beaucoup de gens qui possèdent d'ailleurs des connaissances étendues dans les sciences humaines. Si le hasard ou la curiositéavait mis ce traité entre les mainsde quelqu'un à qui ces remarques fussent applicables, qu'ihme permette de lui demander un moment d'attention.
Je vous conjure de songer à votre état, et d'en être effrayé. Vous pouvez avoir une espèce de foi nominale en un être invisible, inintelligible , appelé Dieu, tandis que vous ne savez « ni de quoi vous parlez, ni ce que vous affirmez.»
Peut-être avez- vous entendu parler, ou plutôt , dans notre heureuse patrie , vous ne pouvez pas ne pas avoir entendu parler de Jésus-Christ, le Fils de Dieu, souvent appelé le Sauveur des pécheurs; mais vous ne connaissez ni le Père ni le
Fils ; vous oe connaissez pas Dieu, comme créateur ni, par conséquent , vos obligations envers lui, ni la chute que vous avez faite en manquante ces obligations; vous ne savez ce qu'est le péché et, par conséquent, vous ne pouvez savoir ce qu'est un Sauveur. Si jamais vous saisissez complètement la vraie religion , la lumière éclairera vos ténèbres, vous ne pourrez plus oublier Dieu : il vous suivra dans votre cabinet , il entrera avec vous dans la maison , il vous assiégera, pour ainsi dire , de la réalité de sa présence , de la parfaite sainteté de sa nature et de la majesté redoutable de sa puissance. Qu'elle est grande l'impression produite chez un saint ou chez un pécheur, par la connaissance véritable de la gloire divine, que cette connaissance se soit produite par la Parole ou par la Providence de Dieu I Ecoutez comment Job en parle : « J'avais ouï de mes oreilles parler de toi ; mais maintenant mon œil l'a vu : c'est pourquoi j'ai horreur d'avoir
que sa vie soit bonne. Celai qoi erre , peut méfne Aire aossî agréabie à Diea cpie celai qui possède la vérité j poanra qu'il soit aossî sincère qne loi.... Nul doote qoe la facoUé de rechercher librement la vérité ne soit un bienfait inestimable, et que l'impartialité dans les recherches religieuses ne soit on indispensable devoir.
Mais la maxime que je viens de rapporter , si on loi donne trop d^extension, devient faosse et dangereose , et on la porte à cet excès à la faveur de deux suppositions erronées et sans fondement.
On se sert fréquemment de cette maxime pour justifier une opposition déclarée et violente aux vérités les plus importantes de l'Evangile , et m^me quelquefois pour excuser la négation de toute religion , naturelle ou révélée. Pour en agir ainsi , il faut nécessairement supposer que Terreur exercera une influence aussi heureuse sur le cœur que la vérité ; si cela est, le privilège tant vanté du libre examen no vaut pas la peine d'ôlrc possédé, et toud
le travail qu*on se donne pour chercher la vérité est une pure vanité. Un autre supposition, qui est au fond de l'usage qu'on fait de celte maxime, c'est qu'on peut ôtre aussi sincère en embrassant les plus grandes erreurs qu'en s'a Hachant 5 la vérité ; si cela était, le Créateur ne nous aurait pas donné les moyens de distinguer le vrai du faux , ce qui constituerait la plus grande accusation qu'on puisse élever contre sa sagesse et sa bonté.
Les personnes qui avancent les maximes que je combats ici ne réfléchissent pas qu'une inclination corrompue dans le cœur apporte une altération dans le jugement, et que lorsque les homriîes ne se soucient pas de connaître Dieu , il les abandonne souvent , par un juste jugement , à un esprit réprouvé. Lorsqu'ils rejettent sa vérité, par l'effet de l'aversion qu'ils' éprouvent intérieurement pour sa pureté, il est écrit que Dieu leur envoie « une erreur efficace,» comme on peut s'en assurer en lisant le? passages ^i-
vanls : « Parce qu'ils n'ont pas reçu l'amour de la vérilé pour être sauvés , à cause de cela Dieu leur enverra une erreur efficace , de sorte qu'ils crotront au mensonge^ afin que tous ceux-là soient jugés , qui n'ont point cru à la vérité , mais qui ont pris plaisir à Tiniquilé ( 2 Thess., Il, 10-12). »
La nature de la régénération servira d'ailleurs tout particulièrement à montrer le danger de Terreur. Si Ton se forme de fausses idées de Dieu , si l'on aime,, adore et se représente un faux Dieu , on ne peut être régénéré et, par conséquent, on est impropre à jouir de îa présence du vrai Dieu. Ne vous y trompez pas : Dieu ne peut se renier soi-même , et conséquemraent a il n'y a point de communion entre la justice et rinjustice, entre la lumière et les ténèbres , ni d'accord entre Christ et Bélial (2 Cor., VI, U, 15). ))
Pour qu'on ne se méprenne pas sur le sens de ces observations, je dois faire
remarquer qu'elles ne sont point applicables à des divergences de peu d'importance, au nombre desquelles je compte toutes celles qui ne regardent que les formes de la religion. Je suis parfaitement convaincu que beaucoup de dénoinina lions fort différentes entre elles bâtissent sur le seul fondement posé en Sion pour y asseoir Tespérance du pécheur , et que leur séparation les unes d'avec les autres et leur manque réciproque d'affection fraternelle sont tout-à-fait déplorables. Plusieurs qui ne veulent pas se réunir sur la terre pour servir Dieu n'auront qu'un temple dans le royaume de leur Père éternel , où tous les fidèles venus de l'Orient et de l'Occident, du Nord et du Midi , seront assis avec Abraham , Isaac et Jacob. Mais , après tout , je dois croire aussi qu'il est possible de faire naufrage quant à la foi. Le passage suivant de l'Ecriture , ainsi que beaucoup d'autres , l'enseigne clairement ; « Comme il y a eu de faux prophètes parmi le peuple ,
il y aura aussi parmi vous de faux docteurs qui introduiront secrètement des sectes de perdition , et qui renieront le Seigneur qui les a rachetés , attirant sur cux-mèoies une prompte ruine (2 Pierre, 11, t). » Si quelqu'un se fait de fausses idées de Dieu , ou cherche la sanctification et la vie éternelle dans quelque autre voie que celle que Dieu a tracée dans sa Parole , quoiqu'il édifie maintenant son espérance sur celte imagination folle que Dieu est semblable à lui , il sera à la fin horriblement déçu , à l'ouïe de cette parole effrayante : « Hetirez-vous de moi , je ne vous connais point , vous qui faites le métier d'iniquité. »
Sect. il — Pour naître de nouveau , il faut connaitre la gloire infinie de Dieu.
L'homme que l'Esprit renouvelle doit faire un second pas, qui consiste à connaître la gloire infinie de Dieu , tout comme il
a reconnu sa véritable nalure. Il lui faut, non-seulement voir Dieu précisément tel qu'il est , mais encore devenir sensible au prix infini , à la beauté et à la perfection de son caractère. Ces deux choses , quoique étroitement liées, sont cependant assez distinctesTune deTautrepour mériler d'être considérées séparément. La première est nécessaire ; mais seule et par elle-même, elle ne suffit point. Il ne peut y avoir de vraie piété là où manque la connaissance de la véritable nature de Dieu.
Pourtant, malgré cette connaissance, si Ton n'y ajoute celle de Texcellence et de la gloire divine , Dieu ne peut en aucun cas être l'objet de notre respect et de notre amour. Connaître et sentir sont deux choses tout-à-fait différentes, et tant que nous ne sentirons pas, quoi que ce soit que nous connaissions , que nous affirmions ou dont nous soyons persuadés touchant l'Etre suprême, nous ne le connaîtrons pas comme Dieu , ni ne pourrons le glorifier comme tel. Celte importante vérité nous deviendra
toutes les choses qui sont écrites au livre de la loi pour les faire (Gai. , 111 , 10). » Alors paraît leur inimitié pour Dieu , qui auparavant peut-être leur était cachée. Il faut remarquer que certaines personnes de mœurs lâches et déréglées soutiendront quelquefois , à des époques fixes , une profession de piété. Tout le temps que , grâce aux notions vaguesetindistincles qu'elles se forment de Dieu , qu'elles se représentent comme un être indulgent et facile à contenter, ne se souciant nullement de punir, elles parviennent à tranquilliser leur conscience , elles pensent à lui sans peine , elles accomplissent même certaines obser-»vances extérieures , avec toutes les apparences du contentement et du bonheur.
Elles ne comprennent pas la grâce divine comme la disposition à pardonner le plus grand des pécheurs qui se repent , mais comme la disposition à être indulgent envers le pécheur , et à fermer les yeux sur sa persistance dans le péché. De telles personnes n'ont pas plutôt découvert le
caractère vérilable d'un Dieu saint, que leurs pensées à son égard sont entièrement changées. Sa nature leur paraît sombre et sa providence sévère , Tinflexibilité de sa loi les aigrit , et , autant qu'elles l'osent, elles se plaignent de la tyrannie de son gouvernement. Leurs sentiments sont ceux exprimés par les hommes de Beth- Sémes dans les paroles suivantes: « Qui pourrait subsister en la présence de l'Eternel , ce Dieu saint ? Et vers qui monterat-il en s'éloignant de nous ( 1 Sam. , VI, 20)? »
Je ne puis m'empêcher de faire remar* quer qu'ici nous avons , pour ainsi dire, la source de Terreur en fait de religion. A quoi , si ce n'est au sentiment que je viens de signaler, faut-il atlribuer les systèmes religieux, nouveaux et flatteurs, que se font une foule de gens, qui s'imaginent un Dieu si complètement différent de cet Etre saint qui se manifeste à nous dans sa Parole? Quand les hommes ne veulent pas conformer leur conduite aux principes de
la religion pure et sans tache, il est rare qu'ils n'essaient pas d'accommoder la religion à leur conduite. N'en est-il pas plusieurs qui ne peuvent souffrir qu'on représente Dieu comme saint et jaloux , ainsi qu'il nous est décrit dans l'Ecriture? Avec quelle violence n'opposent-ils pas des raisonnements charnels à ce caractère divin , et ne le qualifient-ils pas des noms les plus odieux et les plus abominables *2 On le comprend aisément. Envisager Dieu tel qu'il est, voilà ce qui jette le plus de lumière sur l'opposition de nos cœurs contre lui. Deux choses de nature opposée ne peuvent plaire à la fois : il en résulte qu'ils doivent éprouver de l'aversion pour Dieu , ou pour eux-mêmes. Cependant, nous avons sujet de bénir Dieu de ce que leur résistance à la vérité ne sert qu'à la confirmer et à la manifester tout de nouveau , en montrant que « l'affection de la chair est inimitié contre Dieu, car elle ne se rend point sujette à la loi de Dieu , et aussi ne le |>eut-elle point (Rom. , VIII, 7). » Et
comme celle inimitié contre Dieu se révèle par une opposition à sa vérité sur la terre, elle sera d'autant plus violente qu'une résistance plus efficace est impossible.
Quand un pécheur irrégénéré pénètre dans le monde des esprits, où il a une vue plus claire et un sentiment plus intime de ce que Dieu est, son inimitié naturelle éclate sans retenue , et il blasphème , comme les démons , avec qui il doit demeurer à jamais.
De tout cela il résulte évidemment que l'homme régénéré doit posséder la connaissance de la gloire et de la beauté de la nature divine, et acquiescer entièrement à tous les attributs de Dieu, les reconnaissant comme parfaitement droits et d'une complète justice. Il est évident qu'on ne saurait posséder sans cela cet amour suprême pour Dieu , dans lequel consiste proprement la vraie piété ; car personne ne peut aimer ce qui ne lui paraît pas aimable. J'ajouterai môme que cette œuvre est absolument nécessaire pour que la régénération commence , et qu'elle est la base même de ce
changement. Elle est nécessaire à toute conviction de péché véritable et salutaire.
Qu'est-ce qui humiliera mieux le pécheur, en lui faisant sentir ses transgressions de la loi divine, que la vue de la sainteté parfaite, de l'excellence absolue et de la bonté infinie de Dieu? Sans cette connaissance, on peut se sentir faible et asservi , mais jamais on ne se sentira placé sous l'obligation d*un devoir; on peut craindre la colère, mais on ne pourra haïr le péché.
11 semble que nous soyons ainsi amenés directement à traiter le premier pas qui reste à franchiraprës celui-ci dans l'accomplissement d'un changement salutaire , c'est-à-dire à la conviction du péché et de la misère de l'homme. Mais, avant d'entrer dans le développement de cette conviction, il ne sera pas hors de propos de prendre note de quelques vérités qui résultent de ce qui a déjà été dit. Cela est d'autant plus nécessaire que les opinions défectueuses ou erronées qu'on se forme de la religion
ont pour cause ordinaire quelque erreur à regard du fondement.
1 . La nécessité de la régénération ressort avec une force parliculiëre de ce que nous avons dit sur celte partie de notre sujet. Il doit s'opérer dans notre cœur un changement intérieur véritable , pour que nous puissions avoir une véritable piété.
S'il faut que nous découvrions rexcellence morale de la nature divine , s'il faut que nous reconnaissions que Dieu est glorieux en sainteté, il faut pour cela que notre cœur et nos affections soient changés aussi bien que notre vie. D'après les saintes Ecritures, rien n'est plus évident que cette vérité, « que l'homme naturel ne reçoit pas les choses de l'Esprit de Dieii, » et c'est aussi évident d'après l'expérience et la nature de la chose. Tant qu'on persiste à aimer le péché, il est impossible qu'on voie la beauté de la Sainteté infinie. Tant qu'on aime le j)éché , on doit haïr la safnleté , qui ne lui est pas moins opposée que la lumière ne l'est aux ténèbres. Cesi
pourquoi , toute modéralion dans la conduite, tout zèle, toute applicalion à accomplir des formes et des cérémonies même lorsqu'elles exigent de coûteux sacrîGces, tout empressement à s'acquitter d'un devoir quelconque, qu> proviendraient de la crainte ou d'autres motifs extérieurs , sont sans importance jusqu'à ce que les inclinations et les affections du cœur soient totalement renouvelées.
2. Les considérations précédentes nous montrent que la régénération doit être attribuée, du commencement à la fin, à l'action du Saint-Esprit. Elle ne peut être que l'effet de la grâce divine et l'œuvre de la Toute-Puissance. Qu'aucune créature ne prétende n'être pas redevable de sa nouvelle création à l'Auteur de sa première existence : « Car de lui, et par lui, et pour lui, sont toutes choses (Rom. , XI , 36). »
Tout le temps que l'homme demeure dans son élat naturel , ses mauvaises œuvres montrent que son entendement est ennemi de Dieu. La manifestation qui lui est faite
de la vraie nature de Dieu , par ses œu vres el par sa parole , tant que le pécheur demeure dans les mêmes dispositions , excite, non son amour, mais son inimitié.
11 est si loin d'aimer Dieu comme son père, qu'il le craint comme son ennemi. Celte crainte se manifeste de Tune des deux manières suivantes : Quelquefois elle induit le pécheur à fuir loin de Dieu , à jeter l'instruction derrière son dos, et à croître toujours davantage en impiété , jusqu'à ce qu'il ait fait taire sa conscience en la cautérisant. L'expérience n'apprend que trop combien il existe de personnes de cette espèce, qu'un crime précipite dans un autre crime, il faut prendre garde aussi à l'insistance que l'Ecriture met à nous enseigner que l'effet premier et naturel du péché pour tous, c'est de les entraîner toujours plus loin de Dieu. Nous en avons déjà donné deux exemples. Nos premiers parents n'eurent pas plutôt péché qu'ils s'enfuirent et se cachèrent dès qu'ils entendirent la voix de Dieu dans le jardin, comme s'ils n'eussent
pu souffrir son approche. Nous voyons quelque chose de semblable se passer chez Tapôtre saint Pierre; c'est comme un témoignage rendu à un effet extraordinaire de la puissance de son Sauveur: « Et quand Simon Pierre cul vu cela , il se jeta aux genoux de Jésus, en lui disant: Seigneur , retire-toi de moi , car je suis un homme pécheur (Luc , V , 8). » Voici un autre exemple de la même espèce : « Alors toute cette muliitude , venue de divers endroits voisins des Gadaréniens, le prièrent de se retirer de chez eux , car ils étaient saisis d'une grande crainte : il remonta donc dans la nacelle et s'en retourna (Luc, Vil , 37). M
Un autre effet, ordinairement produit par cette crainte naturelle, effet à quelques égards contraire au précédent, consiste à disposer, à s'acquitter, avec contrainte et hypocrisie, de certains devoirs , au moyen desquels on pense échapper au châtiment. Cet effet se montre dans le caractère et dans la conduite des enfants
d'Israël, tels qu'ils soot représentés par le Psalmiste : « Qoaod il les mettait à mort, alors ils le recherchaient ; ils se repentaîeDt et ils cherchaient le Dieu fort dès le matin ; et ils se souvenaient que Dieu était leur rocher , et que le Dieu fort et souverain était celui qui les délivrait.
Mais ils faisaient beau semblant de leur bouche , et ils lui mentaient de leur langue ; car leur cœur n'était point droit envers lui, et ils ne furent point fîdèles dans son alliance (Ps. LXXVIII, 3i-37). »
Il résulte de là, qu'il nous faut, non-seulement connaître la gloire et l'excellence qui sont en Dieu , mais encore être , en quelque mesure,, rendus conformes à son image. Attribuer cet effet à notre activité et à nos efforts dans la pratique du devoir, sans la coopération de la puissante efRcace de la grâce divine, c'est, si Ton y prend garde, un contre-sens manifeste.
Si nous cherchons à nous contraindre, à nous obliger d'aimer quelqu'un, l'effort que nous faisons dans ce but nous est
une preuve certaine que celle personne ne nous paraît rien moins qu'aimable. On ne peut forcer d'aimer, ou plutôt, un amour forcé n'est pas le moins du monde de l'amour. En un mot, c'est un devoir incontestable pour nous que de céder à toutes les exigences de notre conscience , et de lui obéir en tout état de cause ; et pourtant , je ne puis m'empêcher de croire que le désir vrai et sincère d'un changement de nature est, chez un pécheur, un indice que ce changement a commencé de s'effectuer. Donc, jusqu'à ce que le pécheur soit éclairé d'une lumière surnaturelle, il ne peut voir la gloire et la beauté de la nature divine. Avant cela , il peut chercher à s'attirer la faveur de Dieu, il peut désirer d'éviter sa colère , il peut souhaiter, dans l'intérêt de son propre salut, qu'il s'opère un changement en Dieu ; mais il ne peut l'aimer tel qu'il est réellement.
Le même pouvoir tout-puissant qui tira le monde du néanl doit être mis en œuvre pour tirer le pécheur de sa rébellion et de
son apostasie, d'après cette promesse, évidemment faite au Sauveur : « Ton peuple sera un peuple plein de franche volonté, au jour que tu assembleras ton armée en sainte pompe ; la rosée de ta jeunesse te sera produite du sein de Taube du jour (Ps. ex, 3). » Le Nouveau-Testament affirme la même chose avec non moins de clarté : « C'est Dieu qui produit en vous, avec ef6cace, le vouloir et Toxécution, selon son bon plaisir (Phil., II , 13). »
3. Tout cela nous montre où gtt la différence fondamentale, essentielle , qui existe entre des convictions générales ou imparfaites, et rinfluence efficace, sanctifiante et salutaire du Saint-Esprit. Les premières naissent de la connaissance des perfections naturelles de Dieu , de la foi à sa puissance et à la sévérité de son jugement, dépourvues de la connaissance de sa justice et de sa gloire. Par conséquent, -quelque profondes qu'elles soient, quelque diversité ou même quelque opposition d'effets qu'elles puissent produire, elles
n'amènent jamais le cœur à un changement véritable, il importe extrêmement de prendre garde à cette distinction ; car, bien que des convictions imparfaites s'effacent quelquefois entièrement et ne soient suivies d'aucun effet durable, le contraire n'en arrive pas moins souvent. Elles produisent fréquemment une contre-façon dé piété qui se maintient, non-seulement pendant un certain temps , mais que plusieurs emportent à la tombe , comme un mensonge dans leur main droite. Les séductions de Satan sont si subtiles qu'elles donnent lieu à plusieurs formes creuses de piété, reposant non -seulement sur un fondement légal , mais encore sur un fondement évangélique. Je vais donner au lecteur une esquisse des principes et de rinûuenee de ces deux séries de tromperies.
Il y a des hypocrites légaux. Réveillés au sentiment du danger qu'ils courent uniquement par la considération de la puissance irrésistible de Dieu ^ ils se
mettent à s'exercer à la repentancc, espérant revivre par ce moyen. De là, tout le système de la pénitence et de la mortiBcation corporelle ; de là aussi cet attachement si puissant que montrent certaines personnes du monde pour les formes extérieures de la reh'gion, et celte vénération exagérée qu'elles portent aux lieux consacrés au culte divin. Trouvant maintenant dans leur conduite ordinaire plus de r^ularité et de sérieux qu'auparavant y elles nourrissent la folle espérance que tout ira bien pour leur avenir.
En même temps , elles sont si loin d'c^lre renouvelées à l'image de Dieu ou d'être dominées par son amour, que cos choses leur sont un fardeau ; et c'est précisément parce qu'elles leur sont un fardeau qu'elles sont portées à les croire mériloire?s. Leur conscience les censure tellement qu'elles n'osent prendre part aux excès d'autrui , ni même retourner à ce qu'elles faisaient autrefois , et le résultat de cette comparaison est de leur
faire croire qu'elles sont en bon chemin.
Mais si elles réfléchissaient un peu à ce qu*est la nature de Dieu, elles reconnaîtraient bientôt leur erreur. Elles s'apercevraient qu'elles sont si loin d'être renouvelées dans l'esprit de leur entendement que , quelle que soit leur obéissance, elles sont poussées ou conduites contre leur volonté, et qu'elles sont prêtes à se dérober au joug, toutes les fois qu'elles ont une excuse plausible pour cela. Une intelligence exacte de la gloire de Dieu et de l'obligation de l'aimer et de le servir, qui est imposée à toute créature raisonnable , les guérirait efficacement de toute propre justice et de toute fausse indépendance; elle les conduirait à Dieu et à la grâce accumulée sur son Fils pour « accomplir en eux tout le bon plaisir de sa bonté et l'œuvre de la foi avec puissance. »
D'un autre côté , il y a aussi des hypocrites évangéliques. Ceux-ci partent des mêmes principes que les premiers , et leurs vues présentent le même défaut
radical que les leurs. Ils sont réveillés au seDtiraeDt du danger qu'ils courent, et quelquefois ils tremblent à la crainte des châtiments ; de Dieu, mais sans découvrir la gloire et la beauté de la nature divine. Si de telles personnes vivent dans une famille ou font partie d'une con^réaation où elles entendent exposer souvent la doctrine de la rédemption , cette doctrine peut avoir sa place dans leur système. Elles sont assez convaincues de leurs nombreuses transgressions pour jeter volontiers leurs péchés sur le garant du pécheur et pour se reposer sur les souffrances et la mort de Christ , afin d'être délivrées de la colère d'un Dieu offensé. Je n'ai même pas le moindre doute qu'il n'y en ait plusieurs qui, animées par une assurance présomptueuse, puissent imiter la foi des élus de Dieu, et croire que Christ est mort pour elles en particulier. Aussi longtemps que cette persuasion demeure, elle leur donne (et elle le doit) beaucoup de paix
et de joie. Qui ne trouverait de la consolation dans la pensée qu'il est à Tabri de la colère de Dieu ? Et cependant elles n'ont jamais connu le mal du péché, considéré en lui-même, comme constituant une opposition à la nature de Dieu et une transgression de sa loi. Elles n'ont jamais su aimer en sincérité de cœur un Dieu infiniment saint; elles peuvent l'aimer, parce qu'elles sopposenl qu'elles soiït les objets particuliers de son amour, et parce qu'elles se font une idée obscure^ confuse , sensuelle , des délices des deux ; mais elles ne connaissent pas ou ne considèrent pas la nature du salut qu'il a préparé aux siens, il est évident que tout amour de cette espèce naît, chez ceux qui l'éprouvent, d'une fausse confiance qu'ils ont dans leur propre état , et non d'une connaissance véritable de Dieu. L'amour de Dieu envers eux leur apparaît plutôt comme une indulgence partiale qui lui fait fermer les yeux sur ce qu'ils sont maintenant , que comme
une compassion infinie qui le porte à pardonner ce qu'ils ont été. Les effets d'une piété de ce genre sont exactement conformes à ce qu'on peut attendre de sa nature; pendant un certain temps ils sont violents et outrés, ordinairement entachés d'ostentation , puis ils se montrent temporaires et inconstants. L'amour-propre est à la racine de tout cela; par conséquent , les personnes dont je parle maintiennent leur profession de piété tant qu'elles la trouvent agréable et facile ; mais quand on leur demande de renoncer à elles-mêmes et de porter leur croix , elles s'y refusent , leurs transports cessent, et elles retournent à leurs péchés.
Non-seulement F Ecriture , mais encore l'histoire de l'Eglise dans tous les siècles , nous en donnent plusieurs exemples. Plus d'un de ces disciples qui paraissent embrasser do bon cœur la doctrine de Christ et honorer profondément sa personne « s'en retournent et ne marchent plus avec lui (Jean, VI, 66),» dès qu'ils l'en-
tendent proférer quelques-uns de ses préceptes les plus sérieux. Ce caractère ressemble h celui qui nous est décrit sous Timage d'auditeurs qui ont bâti sur le sable, « qui n'ont pas de racine en euxmêmes j et qui , lorsque la persécution ou la tribulation surviennent encore à cause de la parole, sont aussitôt scan* dalisés. »
J'espère que l'indication de ces effets et l'explication de leur cause que j'ai donnée plus haut serviront à faire distinguer les apparences de la réalité dans un temps de réveil religieux. Des personnes dont la conduite parait celle d'âmes vraiment converties retombent cependant plus tard , et retournent avec « le chien à ce qu'elles avaient vomi, ei avec la truie lavée se vautrer dans le bourbier.»
Ces événements donnent aux adversaires occasion de médire, et sont le sujet de beaucoup d'angoisses pour ceux qui crai*gnent vraiment Dieu. Toutefois si Ton prenait soigneusement garde à ce que les sain-
tes Ecrilures noas autorisent d'attendre y aucun des cas de ce genre ne causerait plus de surprise : « II est nécessaire qu'il arrive des scandales (Matth., XVIll, 7].»
Puis , quoiqu'il ne manque pas d'hypocrites j nous possédons encore des moyens suffisants de distinguer l'or d'avec l'écume.
Se€t. ni. — Le pécheur régénéré doit avoir la eonvictidn de son péché et du danger auquel 'ce péché texpc^e*
Un esprit, profondément humilié et convaincu de son péché et de sa condamnation, est , après les précédentes , la première disposition qui doit se manifester dans l'accomplissement d'un chan-' gement salutaire. L'absolue nécessité en est assez évidente pour être généralement reconnue. Elle ressort , avec une égale clarté, soit de la nature même de la r^énératioB, soit des moyens qui l'amènent, soit des motifs qui seront désormais , chez l'homme régénéré , à la basé
de tout devoir. Si un cRangement complet est nécessaire , il doit être accompagné d'un parfait mécontentement de soi-même et de la désapprobation de sa vie passée. Quiconque est satisfait de son état présent , ne désirera pas un changement, ne fera pas d'efforts pour Feffecluer , ne Tacceplera même pas. Si nous considérons le moyen de notre rédemption , qui est Jésus-Christ souffrant à la place des pécheurs, la même vérité en acquerra une évidence croissante. Ceux qui ne sont pas humiliés par le sentiment de leur péché et de leur corruption mépriseront un salut acheté par prix et un Sauveur crucifié. Notre Seigneur luimême nous Fa dit souvent dans les termes les plus clairs : « Ceux qui sont en santé n'ont pas besoin de médecin, mais ceux qui se portent mal. Je ne suis pas venu appeler à la repen lance des justes, mais des pécheurs (Luc, V, 31 , 32). i Aussi est-ce à ceux-ci que ses appeb sont particulièrement adressés : « Venei
à moi, dit-il, vous tous qui êtes Fatigués et chargés, et je vous soulagerai (xVlatth., XI , 28). »
Nous lisons , soit dans les écrits prophétiques, soir dans les apostoliques , plusieurs passages ayant trait au même sujet. Les joyeuses nouvelles du salut y sont toujours annoncées à l'âme humble, misérable , au coour froissé , altéré, et qui s'en va périr. Ainsi, nous lisons dans le prophète Esaïe : « Holà , vous tous qui êtes altérés , venez aux eaux , et vous qui n'avez point d'argent , venez , achetez et mangez; venez, dis-je, achetez sans argent et, sans aucun prix du vin et du lait (Esaïe, LV, i). »
Lorsque Christ entra dans son ministère personnel , il commença sa mission en ces termes ; « L'Esprit du Seigneur est sur moi , parce qu'il m'a oint ; il m'a envoyé pour évangéliser aux pauvres, pour guérir ceux qui ont le cœur froissé; pour publier aux captifs la délivrance, et aux aveugles le recouvre-
tnent de la vue ; pour mettre en liberté ceux qui sont foulés, et pour publier Tan agréable du Seigneur (Luc, IV, 18, 19).»
Je ne citerai plus qu'un passage : « A celui qui aura soif , je lui donnerai de la fontaine d'eau vive, sans qu'elle lui coûte rien (Apec. , XXI, 6). »
D'après ces passages- et plusieurs autres de ce genre, il est hors de doute que l'homme, né de nouveau , doit avoir une profonde humiliation d'esprit et sentir sa culpabilité et sa misère avant qu'il soit amené à Dieu. Aussi ces convictions de péché ont-elles été considérées comme le premier pas à faire dans la voie de la conversion. AGn d'être aussi clair et aussi utile que possible , je diviserai ce sujet en deux parties : j'indiquerai d'abord quelle est la source naturelle d'une véritable conviction de péché , c'est-à-dire de la douleur qu'on ressent de l'avoir commis; puis je rechercherai jusqu'où doit aller cette douleur pour produire un changement^ salutaire.
De la source naturelle d'une sincère conviction de péché, c'est-à-dire de la douleur qu'on ressent de l'avoir commis.
Nous remarquerons qu'en général, à proprement parler , il ne peut y avoir que deux sources de douleur ou d'humiliation pour l'âme , savoir la frayeur du châtiment et le sentiment de la coulpe du péché. On trouve l'une et l'autre chez ceux qui se repentent véritablement, ^t c'est leur union et leur influence mutuelle qui distinguent la repentance qui mène à la vie de toutes ses contrefaçons.
Plusieurs ont tremblé par la crainte qu'ils avaient du châtiment de Dieu , et ont été épouvantés par les signes de sa présence, qui, cependant, ont vécu et sont morts étrangers à la vraie piété ou a tout changement salutaire. Nous voyons que Judas même , qui trahit son Seigneur , se repentit , confessa son péché , alla jusqu'à faire son possible pour rén parer le mal commis en restituant le prix c|ii s^g innoçeat , et que , malgré cela^
âe Yarmie céleste jusqu'au mortel le plas vil et le plus méprisé, est sous le poids d'une obligation inBnte, éternelle, Immuable, d'aimer Dieu, de tout son cœur, de toute sa force et de toute son ème. \\ est persuadé qu'une affection donnée è un autre et une fidélité qu'on lui ravît sont infiniment coupables. Il voit la nécessité de fonder sa piété , non pas uniquement ni même principalement sur la grandeur de Dieu , mais sur rexcellence intrinsèque de sa nature. Il est «linsi convaincu que, se rebeller contre Dieu ou le déshonorer n'expose pas seulement à un grand danger, m dis encore x que c'est un mal manifeste et une criante injustice. Cela lui fait sentir sa culpabilité et celle de tous ceux qui vivent sans Dieu dans le raoniîe. Pour confirmer celle vérité et la rendre plus claire , je vais faire deux observations universellement applicables au caractère et à la conduite de ceux qui sont vraiment repentants.