CHAPITRE PREMIER
Division du sujet.
La puissance occulte et inconnue qui entretient la vie de l’homme ne peut facilement disparaitre ou se cacher à nos yeux. Liée dès notre origine à des organes dont l’évolution lui appartient , elle ne saurait abandonner ses entraves, sans faire un violent effort, et sans rééler aussitôt sa disparition par les phénomènes les plus caractéristiques.
En recevant l’impulsion vitale dans Pacte de
la fécondation, l'œuf humain commence à se nourrir, l’endosmose fournit à ses premiers besoins jusqu’à l’établissement d’une circulation réelle, et il ne cesse de vivre que lorsque l’action du sang ne vient plus entretenir la réparation moléculaire de ses tissus. Chez l'homme, et dans tous Îles
DIVISION DU SUJET. 33 corps organisés, la vie se révèle par le même fait, qui est un acte de nutrition moléculaire.
Un acte aussi important, si complexe dans sa nature, dans ses conséquences, et dans son accomplissement, ne s'effectue pas à la dérobée : la science doit pouvoir le découvrir là ou 1l s’accomplit, et les organes qu’il met en jeu lui sont d’ailleurs assez connus et assez faciles à suivre dans leurs mouvements, pour qu’elle n’ait pas à douter de leur action persistante ou de leur repos définitif.
C’est ainsi que la vie peut être étudiée dans toutes ses manifestations, jusqu’à sa limite la plus extrème, par les mouvements fonctionnels des organes qui servent à ses besoins, prolongent sa durée , et soutiennent son exercice jusqu'à linstant de la mort.
Mais la vie qui s’éteint et disparait, offre encore d'importants sujets de méditation. Les agents physiques, naguère si puissants sur elle , et dont elle pouvait modérer l'action, reprennent imsensiblement un empire contre lequel rien ne peut lutter. Ce qui reste de la dépouille humaine n’obéit bientôt plus qu'aux lois éternelles de l’attraction, de la pesanteur, de l’affinité chimique, d’où résultent des phénomènes divers dont se compose
l'histoire de la mort réelle et de la mort apparente.
L'esprit n’envisage jamais ces deux situations sans les opposer l’une à l’autre. La négation de la première entraîne nécessairement l'affirmation de la seconde. Du contraste jaillit quelquefois la lumière. Être ou ne pas être, 11 n’y a pas de moyen terme à cette question, et ici, la preuve de la vie résulte de la certitude même des signes de la mort.
L'étude des caractères de la mort réelle est donc imséparable de l’étude des caractères de la mort apparente. L’une sert de complément à l’autre ; aussi, dans cet ouvrage, devons-nous parler successivement :
De la mort;
Des signes de la mort;
Des signes des morts apparentes.
Cette manière d'envisager la question me parait devoir remplir aussi complétement que possible le but de son auteur, M. le professeur Manni , et c’est aussi, je le crois, le meilleur moyen de satisfaire au vœu de l’Académie, qui a demandé dans son programme : «des observations capables de rendre le diagnostic de la mort aussi sûr que prompt et facile. »